Salaire minimum


Salaire minimum

Le salaire minimum est la rémunération minimale qu'un employeur doit attribuer à un employé, pour une heure de travail (on parle implicitement de salaire horaire minimum).

En France, il représente une rémunération brute, dont sont déduites pour le salarié des cotisations sociales salariales, et dont le coût pour l'employeur est augmenté des cotisations sociales patronales.

Des abattements au salaire minimum sont parfois prévus par des dispositifs législatifs ou réglementaires.

Sommaire

Terminologie

« Minimal » est l'adjectif qualifiant ce qui constitue un minimum. L'expression "salaire minimum" est critiquée par certains linguistes[Qui ?] selon lesquels elle présente le défaut de juxtaposer deux substantifs (le salaire et le minimum) sur le modèle anglophone. Les formulations correctes seraient ici "minimum salarial" ou "salaire minimal"[réf. nécessaire].

But

Le salaire minimum vise à garantir un niveau de revenu aux employés et ouvriers. Il maintient une « concurrence loyale » aussi bien entre employés (dans leur participation au travail) qu'entre employeurs (éviter le « dumping social »). Il participe à la cohésion sociale d'un pays et à la redistribution des revenus. Si le principe du salaire minimum est admis dans les différences philosophies économiques, la fixation de son niveau fait l'objet de fortes dissensions en leur sein.

Pour les libéraux, le salaire minimum correspond à une interdiction de travailler pour les employés dont le travail ne permet pas de produire cette valeur, et est la source principale de chômage dans les pays développés[1]. Les libéraux estiment que le coût du salaire minimum (à différencier du revenu final) doit être fixé de manière à n'obtenir qu'un chômage de transition (appelé aussi chômage frictionnel). Les libéraux pensent qu'un coût de salaire minimum élevé est une injustice que subissent les chômeurs. Ils estiment que les salaires définis librement en période de plein-emploi correspondent à la valeur du travail des employés et que, si l'on souhaite opérer une redistribution des revenus ou établir un revenu minimum des travailleurs élevé, il vaut mieux le permettre via un rééquilibrage des impôts et des charges imposées aux plus aisés. Ils estiment que cela crée moins d'injustices et d'exclusions qu'un salaire minimum élevé. Pour assurer un fonctionnement socialement optimal, les salaires doivent être proportionnels à la productivité des employés. Le salaire minimum est un puissant frein à l’embauche selon les libéraux (travaux de Ludwig von Mises, Pigou…).

Pour les marxistes, le salaire minimum limite l'exploitation ouvrière. En effet, le salaire minimum empêche les forces du marché de fixer les salaires à leur niveau de subsistance, c'est-à-dire un niveau qui permet simplement la reproduction de la force de travail. Pendant la Grande Dépression, Trotsky écrivait :

« Sous peine de se vouer lui-même à la dégénérescence, le prolétariat ne peut tolérer la transformation d'une partie croissante des ouvriers en chômeurs chroniques, en miséreux vivant des miettes d'une société en décomposition. Le droit au travail est le seul droit sérieux que l'ouvrier ait dans une société fondée sur l'exploitation. [...] Le salaire, avec un minimum strictement assuré, suit le mouvement des prix. Aucun autre programme ne peut être accepté pour l'actuelle période de catastrophes. »[2]

Pour les sociaux-démocrates ou socialistes réformistes, le salaire minimum est un instrument de justice sociale. Il permet de rémunérer les salariés les moins qualifiés à un « juste niveau » qui assure une subsistance correcte. Il permet de rééquilibrer le rapport de force entre patronat et syndicats salariés en faveur de ces derniers. C'est un instrument de pilotage économique d'un pays puisqu'il limite les déséquilibres du marché.

Cependant, le salaire minimum ne permet de suivre le mouvement des prix que pour les salaires les plus bas. Une échelle mobile des salaires permet que tous les salaires suivent l'augmentation des prix.

Dans la pratique

Le salaire minimum, quand il relève d'une loi comme au Canada, est d'ordre public. Il s'impose aux salaires minima prévus par les conventions collectives quand celles-ci prévoient une rémunération horaire inférieure pour les salariés.

Dans certains pays comme l'Allemagne, la Finlande ou la Suède, il n'existe pas de salaire minimum interprofessionnel. Dans ce cas, ce sont les salaires minima négociés entre partenaires sociaux aux niveaux des branches professionnelles qui s'appliquent. Il existe donc autant de salaires minima que de branches professionnelles, ce qui donne une certaine souplesse à l'économie. Lorsqu'ils ne sont pas étendus par un arrêté ministériel, les accords de branches ne s'appliquent que dans les entreprises membres d'un syndicat professionnel ayant signé l'accord. En defaut de l'extension de la convention collective celle-ci n'oblige le patron qu'envers les salariés membre d'un syndicat signataire. Mais le principe de l'égalité de traitement mène en effet à un rajustement des salaires dans l'entreprise signataire.

Le salaire minimum peut être vu comme une prohibition (l'interdiction de travailler à un salaire inférieur), avec toutes les conséquences de restrictions libertaires et de travail dissimulé.

Dans le monde

La fixation du salaire minimal est un acte politique qui peut être arbitraire ou fixé par des règles (indexation automatique, par exemple).

21 des 27 pays de l'Union européenne possèdent un salaire minimum légal (c’est-à-dire imposé par la loi), de sorte que l'idée d'une mise en place d'un salaire minimum interprofessionnel européen semble a priori réalisable. Le système pourrait fonctionner comme aux États-Unis, où il existe un salaire minimum fédéral servant de niveau plancher mais où chaque État est libre de fixer un salaire minimum supérieur à celui-ci.

Dans les pays développés, les salaires minima (lorsqu'ils existent) peuvent être définis :

Le reste des pays européens (Allemagne, Finlande, Autriche, Italie, Chypre, Suède, Suisse) n'a pas de salaire minimum, ou a seulement des accords de salaire minimum par branches professionnelles.

Salaire minimum mensuel en 2008

En 2009, pour 24 pays membres de l’OCDE, le salaire minimum s’élevait, en moyenne et pour les salariés à plein temps plein, à un peu plus d’un tiers du salaire moyen, avec une tendance à augmenter lentement au cours du temps. Le ratio était le plus faible au Mexique (environ 20 %) et aux Etats-Unis (27,0 %) et le plus élevé en Nouvelle Zélande (51,6 %) et en France (48,0 %). Le salaire minimum représentait un peu moins de la moitié du salaire médian - lequel, n’étant pas affecté par les très hauts salaires, est nettement plus faible que le salaire moyen. Le ratio était également le plus bas au Mexique (environ 20 %) et aux Etats-Unis (37,1 %) et le plus élevé en Turquie (71,3 %) et en France (60,1 %).

Dans chaque pays, le ratio entre le salaire minimum et le salaire moyen - ou le salaire médian - varie quelque peu au cours du temps, tendant à baisser avec la hausse des salaires moyens et médians et à augmenter lors des revalorisations du salaire minimum. Ainsi, en 2000, le ratio entre salaire minimum et salaire moyen était le plus élevé en Irlande (58,5 %), en Australie (50,1 %), en Nouvelle Zélande (45,2 %) et en France (45,1 %). De 2001 à 2005, l’Australie conservait le ratio le plus élevé, suivie de la France et de la Nouvelle Zélande, laquelle prenait la tête de 2006 à 2009, suivie de la France, En 2000, le ratio entre salaire minimum et salaire médian était également le plus élevé en Irlande (67,5 %), suivie de l’Australie (58,2 %) et de la France (56,1 %). De 2004 à 2009, on trouve le ratio le plus élevé en Turquie, suivie de la France[3]

Le pouvoir d’achat du salaire minimum est le plus élevé au Luxembourg, suivi des Pays-Bas, de la Belgique et de la France[4].

Voir aussi : (en) List of minimum wages by country

Salaire minimum légal en janvier 2007 (salaire mensuel brut)
Pays Montant Part des salariés à temps complet
le percevant en 2005
Luxembourg 1 570 € 11,0 %
Irlande 1 403 € 3,3 %
Royaume-Uni 1 361 € 1,8 %
Pays-Bas 1 301 € 2,2 %
Belgique 1 259 € NC
France 1 365 €[5] (1 549 €[6]) 16,8 %
Grèce[7] 668 € NC
Espagne 624 € 0,8 %
Malte 585 € 1,5 %
Slovénie 522 € 2,8 %
Portugal 470 € 4,7 %
République tchèque 288 € 2,0 %
Hongrie 258 € 8,0 %
Pologne 246 € 2,9 %
Maroc 2110 DH = 187 €(2011) NC
Slovaquie 217 € 1,7 %
Lituanie 174 € 10,3 %
Lettonie 172 € 12,0 %
Algérie 18 000 DZD = 175 € (en 2011) NC
Bulgarie 123 € (janvier 2010)[8] 16 %
Roumanie 114 € 9,7 %
Turquie 333 € NC
États-Unis (varie selon États) base : 7,25 USD / heure[9] 1,3 %
(source : Eurostat, 2007)

Canada

Article détaillé : Salaire minimum au Canada.

Au Canada, le salaire minimum est sous la responsabilité des provinces et des territoires, conformément au partage des pouvoirs prévu par la constitution canadienne.

Les différents minima s'échelonnent (pour le cas général, sachant qu'il peut exister des niveaux plus bas pour certains catégories de personnel) de 8,00 dollars canadiens de l'heure (Nouveau-Brunswick, Colombie-Britannique) à 10,25 $/heure en Ontario ; au Québec le salaire minimum est actuellement de 9,65 $/heure.

États-Unis

Aux États-Unis, un salaire minimum existe depuis 1938. Il existe un salaire minimum au niveau fédéral, en outre chaque État, et même chaque subdivision administrative (comté, ville) peut fixer son propre salaire minimum, éventuellement pour certains secteurs économiques (par exemple : spécifiquement pour les contractants publics). C'est toujours le plus élevé des différents salaires minimum existant qui s'applique (donc au moins le niveau fédéral partout aux USA).

Depuis 2007, le salaire minimum fédéral est de 7,25 USD de l'heure[9].

Par exemple, Santa Fe, au Nouveau-Mexique, a un salaire minimum en 2009 de 9,92 $ de l'heure et San Francisco, en Californie de 9,79 $[9]. Il est de 8 $ de l'heure dans le Massachusetts et de 8,55 $ dans l'État de Washington[9]. Le nombre de personnes payées au salaire minimum (essentiellement des femmes) est en baisse ; entre 1997 et 2004, il a chuté de 2,8 millions aux États-Unis pour ne représenter que 1,4 % de la population salariée aujourd'hui.

France

En France, le premier salaire minimum, le SMIG, est créé en 1950 par une loi votée par le Parlement. Très faible au départ, ce salaire minimum est indexé sur l'inflation mais pas sur la croissance économique. Il ne s'applique pas au secteur agricole, et a un niveau différent selon les régions françaises.

Selon l'Institut supérieur du travail, dans son histoire du smic, "C’est la Charte du travail promulguée le 4 octobre 1941 qui a ouvert la voie. Il y est parlé d’un "salaire minimum vital" et cette notion a nécessairement un caractère universel : le minimum vital est le même, pour tout le monde, quelle que soit la profession. Reste que le coût de la vie n’est pas partout le même ce qui était beaucoup plus sensible alors qu’aujourd’hui. On avait donc divisé le pays en une vingtaine de « zones de salaire », avec chacune un taux différent du salaire minimum, mais tous les salaires minima procédaient dégressivement de celui de la zone 0 (Paris) selon un pourcentage fixé : zone -2,5 %, zone -4 %, etc... ce qui permettait de maintenir l’unité tout en respectant la diversité. Ce système des zones ne devait disparaître qu’en mai 1968 : il n’y avait alors plus que deux zones[10]".

En 1968, il est remplacé par le salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC). De portée nationale, le SMIC a augmenté plus vite que le salaire moyen au cours des années 1990. La progression plus modérée du salaire minimum par rapport au revenu médian au cours des dernières années ainsi que la création d'un groupe d'experts indépendants chargé de déterminer les évolutions souhaitables du SMIC participent de la volonté de faire baisser la proportion des travailleurs payés au SMIC afin d'atténuer l'effet trappe à bas salaire (pénalisation du coût du travail des moins qualifiés).

Le salaire minimum (SMIC) est revalorisé tous les ans au 1er janvier. Le 1er janvier 2011, il passe de 8,86 à 9 euros bruts l'heure pour atteindre 1.365 euros bruts pour 35 heures hebdomadaires (environ 1.073 euros nets par mois).

Maroc

Le SMIG au Maroc serait le plus élevé d’Afrique, indique un récent rapport de l’organisation internationale du travail, sur les salaires en 2010-2011. Avec 2110 dirhams par mois, soit 10,64 dirhams par heure, le SMIG marocain arrive en première position au niveau des pays africains, suivi de l’Afrique du Sud[11].

Définition officielle

Le salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) désigne à l'heure actuelle le salaire horaire minimum en vigueur au Maroc. Comme l'indique son nom, le SMIG s'applique à tous les corps professionnels à l'exception notable des , soumis à un régime spécifique, le SMAG pour salaire minimum agricole garanti.

Le SMIG est fixé par décret par le gouvernement. Une telle opération s'effectue généralement suite à d'intenses tractations tripartites entre l'État, les organisations syndicales et le patronat.

Historique des augmentations

Le SMIG était en 2008 fixé à 9,66 dhs/h, soit environ 1800 dhs/mois (brut).

En 2009 après de nombreuses négociations entre le gouvernement marocain et différents syndicats le SMIG s'est élevé à 10.64 dhs/h, soit 2110 dhs/mois.

Le 26 mai 2011, le gouvernement marocain a décidé d'augmenter de 15 % le SMIG répartie en deux tranches pour les secteurs de l'industrie, du commerce, des services et de l'agriculture, entrera en vigueur à partir du 1er juillet 2011 à raison de 10 % et à partir du 1er juillet 2012 (5 %), a indiqué le ministre marocain de la Communication, porte parole du gouvernement marocain, M. Khalid Naciri à l'issue d’une réunion du conseil du gouvernement marocain.

Ainsi, le SMIG dans les secteurs de l'industrie, du commerce et des services s'établira à 11,70 dirhams l'heure à partir du 1er juillet 2011, puis à 12,24 DH/heure à partir du 1er juillet 2012. S'agissant du secteur agricole et forestier, le salaire journalier minimum se situera à 60,63 DH à compter du 1er juillet 2011 et sera de 63,39 DH à partir du 1er juillet 2012[12].

Donc entre 2008 et 2012 le SMIG est passé de 9.66 DH/h à 12.24DH/h soit une augmentation de 26,7 %.

Autres pays

  • En Irlande, le salaire minimum a été introduit en 2000. Depuis le 1er juillet 2007, il est de 8,65 € de l'heure[13].
  • Au Japon, le salaire minimum est défini par les préfectures : en 2009, il y avait quarante-sept salaires minimums différents, d'une valeur moyenne de 713 yens de l'heure (environ 5,50 euros). Cependant, le parti démocrate du Japon désormais au pouvoir souhaite créer un salaire minimum national[14].
  • Au Royaume-Uni, bien qu'ayant été créé en 1999, le salaire minimum a crû très rapidement pour atteindre en 2004 un niveau élevé, parmi les plus hauts au monde. Ce niveau est relativisé par un niveau également très élevé du salaire moyen et du coût de la vie au Royaume-Uni. Par ailleurs, l'existence de décotes de 15 % pour les jeunes de 18 à 22 ans, et de 40 % pour les mineurs de plus de 16 ans, limitent les effets d'un salaire minimum élevé.

Analyse économique

Le salaire minimum est un élément important du marché du travail car il empêche de fixer les salaires en dessous d'un certain seuil. À ce titre, il a un impact sur le niveau de l'emploi, le niveau de vie, de formation des salariés et le niveau de l'inflation.

Effets sur l'emploi

Analyse néoclassique

L'analyse néoclassique considère que l'existence d'un salaire minimum empêche les ajustements à la baisse des salaires qui permettent aux marchés de l'emploi de s'ajuster par les prix en cas de choc exogène. Lorsque ces ajustements ne sont pas suffisamment possibles, on voit apparaître dans une économie, un chômage structurel ou chômage classique. D'autres freins que le salaire minimum existent pour empêcher ces ajustements, comme la présence de syndicats forts défendant des conventions collectives, l'existence de lois sociales protégeant les salariés, et l'existence d'aides sociales monétaires (allocation chômage, revenu d'inactivité…).

L'analyse néo-classique insiste sur le fait que l'existence d'un salaire minimum empêche les entreprises d'embaucher des salariés dont la productivité ne permet pas de couvrir les charges sociales et le salaire minimum.

Dans la théorie des insiders-outsiders (inclus-exclus), le salaire minimum est un moyen pour les salariés de se protéger de la concurrence des chômeurs, en interdisant le « partage du gâteau » de la masse salariale en parts plus nombreuses, mais plus petites. L'existence d'un salaire minimum pénaliserait ainsi la partie de la population la moins bien formée, exclue du marché du travail par l'interdiction d'une faible rémunération du travail faiblement qualifié.

On peut remarquer que l'ensemble des néo-classiques ne récusent pas en bloc l'existence d'un salaire minimum, mais plutôt son niveau trop élevé qui induit le mécanisme présenté précédemment.

En effet, un salaire minimum assez bas pour que la quasi-totalité des salariés soient payés plus n'a que peu d'incidence sur l'économie générale et ne peut pas lui nuire.

Analyse libérale

Les libéraux estiment que le salaire minimum introduit des perturbations sur le marché du travail, et qu'il existe d'autres moyens plus efficaces d'assurer la redistribution des revenus dans l'économie. Le salaire minimum serait la principale cause du chômage dans les économies comme la France. Ainsi, le Prix Nobel d'économie Gary Becker a-t-il écrit qu'« augmenter le salaire minimum, c'est augmenter le chômage ». Il ajoute que les travailleurs peu qualifiés seront les premières victimes de ces hausses du salaire minimum : « un salaire minimum plus élevé réduira encore les occasions d'emploi des travailleurs peu qualifiés »[15]

Certains libéraux comme Milton Friedman prônent le remplacement du salaire minimum par un système d'impôt négatif, moins distorsif, plus juste. Il ne le conçoit cependant que couplé à un impôt à taux unique, comme il le développe dans Capitalisme et liberté.

Marxisme économique

Selon la théorie marxiste moderne (le salaire minimum n'existait pas à l'époque de Marx), l'existence du salaire minimum est analysé comme l'un des instruments étatiques ayant pour objectif d'émousser les revendications ouvrières et salariales[travail inédit ?].

En effet, l'existence d'un salaire minimum en limitant l'exploitation rend moins évident la nécessité de la révolution en accordant des avantages immédiats aux exploités dans le cadre du capitalisme et de la démocratie bourgeoise.

Un salaire minimum élevé en créant du chômage tend à diviser le prolétariat entre ceux qui en bénéficient et ceux qui ne peuvent en bénéficier (les chômeurs). Cette division tend à rompre l'unité d'intérêt immédiat du prolétariat et freine les tentatives d'unification de celui-ci.

Au même titre que les lois sociales, le salaire minimum a pour objectif de tenter de résoudre par la voix démocratique les contradictions du capitalisme en repoussant à un avenir toujours plus lointain, la révolution.

Dans cette optique, le salaire minimum dans une économie capitaliste devrait être le plus bas possible, et même, dans l'idéal, être totalement supprimé.

Vision néo-keynésienne

Pour les néo-keynésiens, l'analyse peut se résumer ainsi :

  • En période de plein-emploi, le salaire minimum est peut-être inutile, mais il n'est pas nuisible car il ne s'applique pas
  • En période de chômage élevé, le salaire minimum assure un revenu stable, oblige les employeurs à rechercher d'autres ajustements que les revenus (formation, investissements…), mais au prix d'un surplus de chômage
  • Le salaire minimum apparaît comme une sécurité pour les salariés les plus faibles (même si des mécanismes de protections autres qu'imposés par la loi peuvent être inventés), c'est un pilotage de politique économique et permet aux partis politiques de gauche de fidéliser ou de mobiliser un électorat.

Vision post-keynésienne

Pour les théoriciens de la croissance endogène, dont les post-keynésiens sont proches (il existe des théoriciens de la croissance endogène dans beaucoup de courants de la pensée économique, courants parfois opposés), l'existence d'un salaire minimum a un effet positif à long terme sur le niveau de l'emploi en incitant les salariés à investir dans leur emploi, les entreprises à favoriser les gains de productivité, et l'État à former sa population. Les efforts conjoints des entreprises, des salariés et de l'État favorisent la croissance à long terme et donc le niveau de l'emploi. [travail inédit ?]

Les post-keynésiens récusent l'analyse néoclassique du marché du travail qui ne voit dans le salaire qu'un coût pour les entreprises.[travail inédit ?]

Ainsi, les salaires représenteraient également pour les entreprises des débouchés (l'entreprise pouvant produire uniquement si quelqu'un peut consommer la production, ce qui nécessite que la population ait un certain pouvoir d'achat).[travail inédit ?]

Pour les post-keynésiens, le salaire est un élément de motivation des salariés : plus les salaires sont élevés, plus le salarié est productif et s'investit dans son travail (on trouve également cette analyse chez les néokeynésiens, c'est la théorie du salaire d'efficience). Pour les entreprises, l'existence d'un salaire minimum permet donc de limiter l'absentéisme, la rotation des salariés et favorise la paix sociale. Les augmentations du salaire minimum soutiennent la consommation et donc les débouchés pour les entreprises (cet effet se réduisant du fait de la part croissante des importations dans la consommation nationale).[travail inédit ?]

Etudes empiriques

Jusqu'au début des années 1990, il existait un fort consensus sur l'idée que le salaire minimum avait un effet négatif sur le niveau d'emploi.

En 1994, les économistes David Card et Alan Krueger publient une étude mettant un évidence un lien positif entre l'augmentation du salaire minimum et l'augmentation de l'emploi. En avril 1992, le salaire minimum dans le New Jersey est passé de 4,25$ à 5,05$ par heure (soit une augmentation de 18,8 %) alors qu'il est resté constant à 4,25$ dans l'état voisin de Pennsylvanie. Card et Krueger ont collecté des informations auprès des employeurs sur le niveau d'emploi dans la restauration rapide dans les deux états avant la réforme d'avril 1992 et à la fin de l'année 1992. La théorie économique standard aurait prédit une baisse du niveau d'emploi dans le New Jersey. Card et Krueger montrent au contraire une augmentation de l'emploi dans le New Jersey et mettent ainsi en évidence un lien positif entre le salaire minimum et le niveau d'emploi[16].

Cela montre que le salaire minimum, et son augmentation, peuvent avoir un effet positif sur l'emploi, lorsqu'on part d'un niveau de SMIC inexistant ou très faible pour atteindre un SMIC modéré.

Effet sur la formation continue

La théorie du capital humain de Gary Becker prédit que le salaire minimum devrait augmenter le coût d'opportunité de la formation continue et donc diminuer le niveau de formation. En même temps, le salaire minimum augmente les incitations pour une entreprise à former ses salariés peu qualifiés. L'analyse empirique de Daron Acemoglu et Jörn-Steffen Pischke montre qu'il est peu vraisemblable que le salaire minimum diminue le niveau de formation continue[17].

Effet sur l'inflation

Le salaire est un élément important d'une part, des revenus des consommateurs; et d'autre part des coûts de production des entreprises. À ce titre, le salaire minimum a un impact sur l'inflation; lorsqu'il augmente en favorisant une inflation par les coûts (si les gains de productivité des salariés rémunérés au salaire minimum sont inférieurs à la dite augmentation) ou en favorisant une inflation par la demande (si les capacités de productions sont insuffisamment élastiques par rapport à l'accroissement de la demande générée par la hausse du salaire minimum)[réf. nécessaire].

Concurrence internationale

La généralisation des salaires minimums à travers les pays développés s'est faite après la Seconde Guerre mondiale en même temps que le développement des échanges internationaux. La mondialisation accrue des échanges de biens à cette époque, a permis le décollage économique des pays d'Asie, à commencer par celui du Japon, entraînant dans son sillage de nombreux autres (Corée du Sud, Chine…). Ce décollage économique a accru la concurrence internationale dans les secteurs fortement dépendants de la main d'œuvre, comme le textile ou l'électronique (secteurs où de nombreux emplois ont été détruits en Europe et aux États-Unis). C'est un paradoxe car la mondialisation soutenue par le monde occidental lui révèle à quel point les systèmes de protection sociale qu'il a élaboré ne sont viables qu'en économie fermée et à remettre en question dans une économie ouverte mondialisée. Ce point est tout de même à nuancer dans la mesure où les grandes économies telles que les États-Unis ou l'Union Européenne sont, globalement, assez peu ouvertes sur le monde (taux d'ouverture compris entre 10 et 15 %) : logiquement, plus un pays est grand, moins il est ouvert, car les échanges se font avant tout à l'intérieur même du pays (seule la Chine déroge à ce principe)[travail inédit ?].

Lorsque que l'on compare les salaires minimums à travers le monde, on est frappé par leur étonnante hétérogénéité. Mais cette forte dispersion (du moins au sein des pays développés) est beaucoup plus faible lorsque l'on tient compte des parités de pouvoir d'achat entre les devises dans lesquels lesdits salaires minimums sont exprimés[réf. souhaitée].

Il existe déjà un « salaire minimum mondial » mais pour une seule profession, celle de marin. Ce salaire, qui est opposable dans 48 pays dans le monde, est géré par l'Organisation internationale du travail (OIT) et se décline en fonction des monnaies nationales en tenant compte de leur pouvoir d'achat local[réf. souhaitée].

Situation dans l’illégalité

Lorsque le travailleur est dans l'illégalité (cas des immigrés clandestins), il ne peut pas travailler légalement ; il lui est difficile de refuser une rémunération inférieure au salaire minimum, en supposant même qu'il connaisse cette réglementation. En outre, il peut trouver cette rémunération très avantageuse selon les normes de son pays d'origine.

Certains secteurs économiques, notamment ceux à forte proportion de main-d'œuvre faiblement qualifiée (construction…), sont plus particulièrement sujets au travail illégal faiblement rémunéré.

Notes et références

  1. Milton Friedman, citations
  2. Programme de transition - Échelle mobile des salaires et échelle mobile des heures de travail - Léon Trotski, 1938.
  3. OECD.StatExtracts, « Marché du travail, Revenus, Salaires minimum en proportion du salaire moyen des salariés à plein temps ». Les mesures excluent les paiements pour les heures supplémentaires et les primes, dont l’importance varie entre les pays. Il faut également noter que le pouvoir d’achat du salaire minimum varie très largement entre les pays (voit OECD.StatExtracts, « Marché du travail, Revenus, Salaires minimum horaire en termes réels. En US$ taux de change)..
  4. Regnard, Pierre “Minimum Wages 2008", Eurostat, Statistics in Focus, No.105/2008, Nov. 2008, 8 pp. ; OECD.StatExtracts, « Marché du travail, Revenus, Salaires minimum horaire en termes réels (en US$, taux de change).
  5. http://www.lentreprise.com/la-revalorisation-du-smic-decalee-du-1er-juillet-au-1er-aout-2011-selon-les-previsions_29124.html
  6. Coût effectif du SMIC : Coût du travail sur le site de l'URSSAF
  7. Les données se réfèrent à juillet 2006
  8. http://www.lpg-bulgarie.bg/salaires-bulgarie.html
  9. a, b, c et d Chiffres 2009, voir (en) List of U.S. minimum wages sur wikipedia anglophone
  10. L'histoire mouvementée du SMIC
  11. [1]
  12. (fr) [2], sur www.afriquinfos.com
  13. (en) Minimum rates of pay in Ireland - Citizens Information
  14. Patrice Novotny, « « La victoire du PDJ est aussi la nôtre » estime le 1er syndicat japonais » sur Aujourd'hui le Japon, AFP, 1er octobre 2009. Consulté le 2 octobre 2009
  15. Gary Becker:Augmenter le salaire minimum, c'est augmenter le chômage, Catallaxia
  16. (en) David Card et Alan Krueger, « Minimum Wages and Employment: A Case Study of the Fast-Food Industry in New Jersey and Pennsylvania », dans American Economic Review, vol. 84, no 4, septembre 1994, p. 774-775 
  17. (en) Daron Acemoglu et Jörn-Steffen Pischke, « Minimum Wages and On-the-job Training », dans Research in Labor Economics, vol. 22, 2003, p. 159-202 [texte intégral (page consultée le 08/06/2011)] 

Voir aussi

Littérature académique

  • (en) David Card et Alan Krueger, « Minimum Wages and Employment: A Case Study of the Fast-Food Industry in New Jersey and Pennsylvania », dans American Economic Review, vol. 84, no 4, septembre 1994, p. 774-775 
  • (en) David Neumark et William Wascher, Minimum Wages, MIT Press, 2008 

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