Régis Debray


Régis Debray
Régis Debray
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Naissance 2 septembre 1940
Paris
Nationalité Drapeau de France France
Profession écrivain, médiologue

Régis Debray, né le 2 septembre 1940 à Paris, est un écrivain, haut fonctionnaire et universitaire français, promoteur de la médiologie.

Sommaire

Parcours

Fils d'un grand avocat parisien et d'une ancienne résistante, il réussit le concours d'entrée à l'École normale supérieure en 1960 fort brillamment : il entre cacique (major, en argot normalien), puis passe l'agrégation de philosophie en 1965, tout en militant à l'Union des étudiants communistes.

La même année, il part à Cuba puis suit Che Guevara en Bolivie. Il théorise sa participation à la guérilla de l'ELN dans Révolution dans la révolution (1967) où il développe la théorie du foquisme : la multiplication de foyers de guérilla[1].

Il est capturé le 20 avril 1967 puis, torturé par les forces gouvernementales boliviennes . Selon Aleida Guevara et quelques autres, il aurait livré des informations-clés[2],[3],[4]. Régis Debray restera incarcéré durant quatre ans. À sa libération, il rencontre Salvador Allende et Pablo Neruda. De la rencontre avec Salvador Allende émergeront le livre Entretiens avec Allende sur la situation au Chili, ainsi qu'un entretien vidéo : Ce que disait Allende (dont un extrait est disponible sur le site de Régis Debray). Il rentre en France en 1973.

De 1981 à 1985, il est chargé de mission pour les relations internationales auprès du Président de la République Française François Mitterrand. Il travaille alors avec Serge et Beate Klarsfeld afin de les aider à organiser l'enlèvement du responsable nazi Klaus Barbie, devenu tortionnaire en Bolivie, afin d'obtenir son jugement en France. Il est ensuite nommé secrétaire Général du Conseil du Pacifique Sud, et enfin maître des Requêtes au Conseil d’État puis mis en disponibilité sans traitement en 1988. Il démissionne en 1992.

En 1991, il est responsable culturel du Pavillon français à l’exposition universelle de Séville. Il passera une thèse de doctorat[5], à Paris I, intitulé : « Vie et mort de l’image. Une histoire du regard en Occident », sous la direction de François Dagognet en 1993.

Il analyse alors l'impact des médias, de la communication et fonde les Cahiers de médiologie en 1996.

En 1998, il est directeur de programme au Collège international de philosophie (avec François Dagognet, un séminaire sur « Technique et Philosophie ») et est président du Conseil scientifique de l’École nationale supérieure des sciences de l'information et des bibliothèques (ENSSIB). C'est en 2002 qu'il est à l'initiative de la création de l’Institut européen en sciences des religions (détachement auprès de l’École pratique des hautes études, à Paris) dont il sera président.

En 2005, il crée la revue Médium, Transmettre pour innover et devient président d’honneur de l’Institut européen en sciences des religions.

Il est élu en 2011 membre de l'Académie Goncourt[6].

Engagements politiques

En 2002, il fait partie des intellectuels qui ont soutenu Jean-Pierre Chevènement.

Après avoir soutenu le NPA à sa création[réf. nécessaire], il s’engage aux côtés du Front de gauche aux élections européennes de 2009[7]. Toutefois, lors de l’émission Bibliothèque Médicis du 20 mars 2010 sur LCP, il déclare : « Si, au bout de la discussion, on m’oblige à me classer entre droite et gauche, je me dirais gaulliste de gauche, voire même, au grand dam de certains, gaulliste d’extrême-gauche ! Honnêtement, j’ai beaucoup de mal à trouver quelque intérêt que ce soit à la politique intérieure de la France d’aujourd’hui. »

Idées

Régis Debray s’intéressa beaucoup au problème du religieux et de la croyance au sein du groupe social. Son postulat de départ est simple : il n’y a pas de société sans transcendance (c'est en cela qu'il ne s'est jamais démarqué de ses origines catholiques). De même qu’un État laïc a ses obligations morales, ce n’est pas parce qu’on est athée qu’on n’a pas de valeurs sacrées. Pour lui, cette transcendance est nécessaire à la cohésion sociale. L’Union soviétique avait Lénine, les États-Unis d'Amérique ont George Washington et les pères fondateurs, la Constitution. Il y en avait aussi autrefois en France avec les grands héros mythiques de la République, comme Danton ou Leclerc…

Selon Régis Debray, un groupe ne peut se définir que vis-à-vis d'une référence transcendante (qu'elle soit territoriale, doctrinaire ou légendaire) vers laquelle se tourne la croyance des gens. Il appelle cette nécessité de définir le groupe par une entité qui lui est extérieure l'incomplétude, et nomme cette entité le « sacré du collectif », qui est la représentation de ce que le groupe estime être le « meilleur ». C'est cette croyance qui assure la confiance réciproque entre les membres du groupe, et garantit selon R. Debray l'ordre social.

Debray affirme que ce sacré serait déterminé par la technologie de la transmission d'information, et baptise l'étude de celle-ci la médiologie. Ce néologisme désigne l’étude des supports de transmission de message, qui selon lui ont transformé les mœurs, les rapports au pouvoir, au savoir… Régis Debray s'intéresse à trois exemples en particulier :

  • Le premier est ce qu’il appelle le codex, c’est-à-dire le premier livre relié, la Bible chrétienne, qui facilite la communication du Dieu unique. Cette « invention » du christianisme va transformer l’ordre social.
  • La deuxième révolution, deuxième évolution du sacré, est l’invention de l’imprimerie. Cette diffusion des livres, du savoir, générera l’École, la République et la laïcité.
  • La troisième grande technologie est la révolution informatique avec le développement du Web. Sur cette toile géante, il n’y a plus de frontières, plus d’État. À quelle forme de « sacré » cela mène-t-il ?

La médiologie sera le deuxième temps du travail de Régis Debray. Comment une idée abstraite devient une force matérielle ? Qu’est ce que la force des idées ? Comment l’idée d’un Dieu unique, total, universel a-t-elle acquis autant de force et comment s’est-elle traduite par des rites ? Comment l’idée d’un Dieu totalement abstrait incarné dans un être a-t-elle fait exploser la société romaine ? Comment peu à peu y a-t-il eu une conversion dans cette croyance incongrue ? Debray va se pencher sur toutes ces questions en étudiant les moyens de transmission. Pour lui le messager conditionne le message. Sa thèse est la suivante : « l’invention de l’écriture alphabétique jointe à une nouvelle technique de partage (le codex) dans un milieu nomade mais sédentarisé a été la condition de naissance de Dieu comme universel ». Sans cela, l’idée d’un Dieu universel n’aurait pas été possible et le Dieu juif aurait été un dieu mort. Le transport s’est réalisé par l’écriture et le partage d’un Dieu transcendant. Debray va alors constituer une histoire des « médiasphères », c’est-à-dire les techniques de transport qui ont impliqué des changements de croyance et donc des changements d’ordre social.

Par le siècle des Lumières, on a cru pouvoir éliminer la religion, mais Debray nous dit qu’on n’a pas pu éliminer la croyance. Il nous dit que la crise actuelle en France est véritablement une crise de la symbolique républicaine, due à un manque de sacré. Pour Régis Debray, le dernier grand homme à la symbolique républicaine était François Mitterrand. Les États-Unis ont su échapper à cette crise du sacré, par leur civisme et leur patriotisme, même s'ils sont mis au service de mauvaises causes. L’effigie du dollar des États-Unis en est un exemple frappant : « In God We Trust ». C’est cette symbolique patriotique qui fait la force des États-Unis. L’Europe est en crise car il n’y a pas de puissance symbolique. Debray prétend appliquer le théorème d'incomplétude de Gödel à l'ordre social pour « démontrer » sa théorie. Il a été vivement critiqué pour l'utilisation de ce résultat mathématique par Alan Sokal et Jean Bricmont dans leur livre Impostures intellectuelles, utilisation qu'ils jugent sans fondement.

Régis Debray établit que quand s’épuise le sens du symbolique reviennent les autorités religieuses. Plus la puissance symbolique est dématérialisée (la religion), plus l’ordre symbolique est fort et plus la puissance symbolique est historicisée (personnages), plus l’ordre symbolique est fragile. Une humanité sans croyance est réduite à l’animalité. Comment alors faire vivre une sacralité non religieuse, tout en lui gardant une symbolique ?

Commissaire et commissions

Selon l'ancien président haïtien Jean-Bertrand Aristide, Régis Debray est venu en 2004 à Port-au-Prince lui demander de démissionner avant la fin de son mandat constitutionnel[8].

Œuvres

  • La Frontière, suivi de Un jeune homme à la page [littérature], 1967
  • Révolution dans la révolution [Essai], 1967
  • Nous les Tupamaros, suivi d'apprendre d'eux, 1971
  • L'Indésirable, [littérature], 1975
  • Les rendez-vous manqués (pour Pierre Goldman) [littérature], 1975
  • Journal d'un petit bourgeois entre deux feux et quatre murs [littérature], 1976
  • La neige brûle, prix Femina [littérature], 1975
  • Le Scribe : genèse du politique, 1980
  • Critique de la raison politique, 1981
  • Le pouvoir intellectuel en France, 1986
  • Comète ma comète [littérature], 1986
  • Que vive la république !, 1989
  • Christophe Colomb, le visiteur de l'aube, suivi des Traités de Tordesillas [littérature], 1991
  • Contretemps : Éloge des idéaux perdus, 1992
  • Trilogie Le temps d'apprendre à vivre I : Les Masques, une éducation amoureuse [littérature], 1992
  • Vie et mort de l'image, 1995)
  • Contre Venise [littérature], 1995
  • L'œil naïf, 1994
  • À demain de Gaulle, 1996
  • La guérilla du Che, 1996
  • Loués soient nos seigneurs, 1996, Prix Novembre
  • Transmettre, Odile Jacob, 1997, traduit en anglais en 2000 (Transmitting Culture)
  • L'État séducteur, 1997
  • La République expliquée à ma fille, 1998
  • L'Abus monumental, 1999
  • Shangaï, dernières nouvelles [littérature], 1999
  • Trilogie Le temps d'apprendre à vivre II : Loués soient nos seigneurs, une éducation politique [littérature], 2000
  • Trilogie Le temps d'apprendre à vivre III : Par amour de l'art, une éducation intellectuelle [littérature], 2000
  • L'Emprise, Gallimard, 2000
  • Dieu, un itinéraire, 2001 ; Prix Combourg, 2003
  • L'Enseignement du fait religieux dans l'école laïque, 2002
  • Le Feu sacré : Fonction du religieux, 2003
  • À l'ombre des lumières : Débat entre un philosophe et un scientifique 2003 (Entretien avec Jean Bricmont)
  • Ce que nous voile le voile, 2004
  • Le Plan vermeil [littérature], 2004
  • Le Siècle et la Règle [littérature] (2004)
  • Le Siècle et la Règle : une correspondance avec le frère Gilles-Dominique o.p.
  • Julien le Fidèle ou Le banquet des démons [théâtre], 2005
  • Sur le pont d'Avignon, Flammarion, 2005
  • Les Communions humaines, pour en finir avec « la religion », Fayard, 2005
  • Supplique aux nouveaux progressistes du XXIe siècle, Gallimard, 2006
  • Aveuglantes Lumières, Journal en clair-obscur, Gallimard, 2006
  • L'Obscénité démocratique, Flammarion, 2007
  • Un mythe contemporain : le dialogue des civilisations, CNRS Editions, 2007
  • Un candide en Terre sainte, Gallimard, 2008
  • Le Moment fraternité (essai), Gallimard, 2009
  • Dégagements, Gallimard, 2010
  • À un ami israélien : Avec une réponse d'Elie Barnavi , Flammarion, 2010
  • Éloge des frontières, Gallimard, 2010
  • Du bon usage des catastrophes, Gallimard, 2011

Cinéma

Dates

  • 1940 : naissance à Paris.
  • 1960 : entrée à l’École normale supérieure d’Ulm (cacique, c'est-à-dire major du concours d'entrée).
  • 1961 : se rend à Cuba et participe aux brigades d'alphabétisation de Fidel Castro
  • 1963 : au Venezuela, il filme la guérilla, troque la caméra pour le fusil et entre dans les rangs des révolutionnaires.
  • 1965 : agrégation de philosophie et enseigne trois mois à Nancy.
  • 1965-1967 : Cuba et Amérique Latine.
  • 1967-1971 : prison (Camiri, Bolivie).
  • 1971-1972 : résidence au Chili.
  • 1973 : réinstallation en France.
  • 1981-1985 : chargé de mission auprès du Président de la République pour les relations internationales.
  • 1984-1985 : secrétaire général du Conseil du Pacifique Sud
  • 1985-1992 : maître des Requêtes au conseil d’État. Mise en disponibilité sans traitement en 1988. Démission en 1992.
  • 1991-1992, responsable culturel du Pavillon français à l’exposition universelle de Séville.
  • 1993 : thèse de doctorat, Paris I, titre : « Vie et mort de l’image. Une histoire du regard en Occident », sous la direction de M. François Dagognet.
  • 1994 : habilitation à diriger des recherches, sur travaux, jury présidé par M. Bourgeois, en Sorbonne.
  • 1996 : naissance des Cahiers de Médiologie (1996-2002, semestriel, Gallimard ; 2003, semestriel, Fayard).
  • 1998 : directeur de programme au Collège international de philosophie (avec François Dagognet, un séminaire sur « Technique et Philosophie »).
  • 1998-2002 : président du Conseil scientifique de l’École nationale supérieure des sciences de l'information et des bibliothèques (ENSSIB).
  • 1999 : professeur de philosophie à l’université Jean-Moulin-Lyon III.
  • 2002-2004 : président de l’Institut européen en sciences des religions (détachement auprès de l’École pratique des hautes études, à Paris).

Notes et références

  1. Pierre Lepape, Les révolutions du XXe siècle, Collection « Le point de la question », SGPP, 1970, p. 210 et sq., Debray : le castrisme théorisé.
  2. John Lee Anderson - Che Guevara, A Revolutionary Life, 1996, p. 669
  3. Aleida Guevara, l'un des cinq enfants d'Ernesto Che Guevara, avait affirmé dans une déclaration au quotidien argentin Clarin, que Régis Debray est directement à l'origine de la mort de son père pour avoir « parlé plus que nécessaire ». Régis Debray s'était refusé à commenter cette accusation : « Aleida Guevara agit en service commandé et la cochonnerie stalinienne ne m'inspire plus qu'une ironie triste », estimant qu'il n'avait pas à revenir sur ces épisodes de la guérilla bolivienne « chaque fois qu'il sied à La Havane de cracher sur ses anciens amis.(…) »
  4. (es) Pacho O'Donnell, « Che, la vida por un mundo mejor », Random house mandatori, 2003, pages 353-357
  5. http://www.regisdebray.com/content.php?pgid=bio
  6. Le Figaro, 11 janvier 2011.
  7. S. Z., « Le soutien des intellectuels divise la gauche de la gauche », Le Monde du 4 juin 2009, p. 11.
  8. Jean-Bertrand Aristide, un an après [Voltaire]

Annexes

Articles connexes

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