Rune


Rune
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Runique
Cloche de l'église de Saleby, Västergötland, Suède, contenant des inscriptions datant de 1228 en futhark
Cloche de l'église de Saleby, Västergötland, Suède, contenant des inscriptions en futhark datant de 1228
Caractéristiques
Type Alphabet
Langue(s) Langues germaniques
Historique
Époque À partir du IIe siècle
Système(s) parent(s) Protocananéen

 Phénicien
  Étrusque
   Runique

Codage
ISO 15924 Runr

L’alphabet runique ou Futhark — terme formé à partir du nom des six premières lettres de cet alphabet — était l’alphabet utilisé par les anciens peuples de langue germanique, tels que les Anglo-Saxons (pour écrire le vieil anglais) ou les Scandinaves (pour écrire le vieux norrois).

Au contraire des lettres de l’alphabet latin, les runes ont des noms dotés d’un sens intrinsèque. Le fait est, cependant, que l’alphabet latin est le fruit d’une longue et lente évolution, héritage des Étrusques, dont l’alphabet était lui-même issu de l’héritage des Phéniciens ; tout alphabet ayant lui-même pour origine les pictogrammes, qui avaient, eux, une signification symbolique. Il est assez improbable que les peuples germaniques aient pu inventer un alphabet à partir de rien quelques millénaires après la naissance des premiers alphabets. Une pièce de monnaie étrusque représentant les attributs d’Athéna retrouvée dans le Valais en Suisse retrace assez bien le chemin qu’a dû parcourir l’alphabet vers le nord avant que les peuples germaniques ne l’adaptent à leurs propres langues.

La racine indo-européenne du mot « rune », *rūn, signifie « mystère » ou « secret » et cela est plus visible dans l’un des dérivés raunen signifiant « murmurer » ou « parler en secret »[réf. nécessaire].

D'autres systèmes d'écriture apparentés aux runes existent : les runes hongroises et l'alphabet turc dit alphabet de l'Orkhon.

Sommaire

Origine des runes

Le Futhark fut créé par les locuteurs de dialectes de langues germaniques afin d’écrire leurs langues. Bien que quelques érudits prétendent que les runes seraient entièrement issues de l’alphabet grec (Morris in Odenstedt 359) ou du latin (Odenstedt 362), la plupart des experts considèrent que le Futhark est un mélange aux origines diverses.

Seebold5, Krause3, Jensen (571) et Coulmas (1996: 444 ff.) pensent que le Futhark est un mélange d’alphabets italique nordique/alpin avec une influence latine, qui aurait été l'alphabet des Hérules, une tribu germanique vivant dans les Alpes[1].

Cette pensée majoritaire est certainement plus réaliste que les explications fournies par Morris et Odenstedt.

Quelques lettres ont une origine latine évidente, par exemple les runes pour /f/(ᚠ) et /r/(ᚱ), d’autres qui rappellent — au moins au niveau du format — l’alphabet alpin, par exemple le rune /h/(ᚺ). Il y a aussi des symboles qui peuvent être aussi bien latins que alpins, par exemple la rune /i/(ᛁ)-rune. Bernal (36) pense qu'il y avait aussi quelques substrats d'alphabet impliqué ; Miller (62) prétend que les origines de l'alphabet runique sont le méditerranéen archaïque. Les deux n'expliquent pas les raisons de leurs croyances. Dans le même travail, Miller écrit aussi que les paramètres phonétiques sur lesquels l'alphabet runique est établi sont finalement clairement sémitiques et sont liés aux scénarios de Byblos et Ougarit (alphabet ougaritique) aussi bien que l’alphabet phénicien. Plusieurs scénarios runiques différents furent développés au cours du temps.

Les runes les plus anciennes qui nous sont parvenues seraient datées de l’an 200, et il est généralement accepté qu’elles ne furent pas inventées avant l’an 1. Ces runes primitives jusqu’aux environs de l’an 650 semblent toutes utiliser le même futhark de 24 runes. La plupart de ces inscriptions sont très courtes et incompréhensibles, et dans presque tous les cas il est difficile de les traduire et d'être certain de leur langue précise. La plupart des runes préservées sont en pierre, cependant quelques fragments existent en bois, écorce et os, et quelques-unes sur du parchemin, le plus fameux étant le Codex Runicus. Ces inscriptions à la traduction incertaine voire impossible, sont la plupart du temps des inscriptions à dessein magique. Cela signifie que ces caractères runiques n’étaient pas ordonnés pour former des mots (dépendant d'un langage), mais que leur graveur utilisait alors leur sens magique, lequel ne dépend pas de la phonétique ou de la langue, mais est propre à chaque caractère. Dans le cas de telles formules runiques, le futhark perd son rôle de support du langage pour devenir le support des pratiques ésotériques propres aux cultures nordiques.

Il apparaît que les runes pourraient être beaucoup plus anciennes. La rune pour le son /æ/, comme dans sAd, n’était pas utilisée dans l’écriture, car à cette époque les langues germaniques n’avaient pas ce son. Néanmoins, dans chaque liste de caractères elle apparaît toujours. Cependant, dans le proto-germanique occidental /æ/ semble avoir existé comme un phonème complet. Rien ne permet de prouver que le futhark aurait subi l’influence latine ou grecque. Au contraire, il serait plus judicieux de les dater d'une époque très antérieure, puisque le système d’écriture « ancêtre » des runes, l’écriture dite d’Hallristinger, et présentant cette même forme rude et rectiligne, découverte dans la partie nord nord-ouest de l’Europe, daterait de la fin de la préhistoire. Le svastika y est très présent, on dénombre dans cette écriture jusqu’à cinq versions de ce symbole solaire.

Les différents futhark

Note : les translittérations suivent le modèle traditionnel.

Système originel

Article détaillé : Vieux Futhark.

L’alphabet original des runes nordiques, le futhark à 24 lettres ou vieux futhark, représentant les 24 constellations visibles des anciens Scandinaves, dont les Vikings, est souvent appelé la « ligne rune » et était organisé en trois groupes de 8 runes chacun, dénommés ættir (familles) : les ættir de Freyr (ou Frey), Hagal et Týr respectivement, la première rune de chaque groupe donnant son nom au groupe.

Les noms proto-germaniques des runes du vieux futhark sont : Fehu, Ūruz, Þurisaz, Ansuz, Raidō, Kaunan, Gebō, Wunjō, Hagalaz, Naudiz, Īsaz, Jēra, Eihwaz, Perþō, Algiz, Sōwilō, Tiwaz, Berkanan, Ehwaz, Mannaz, Laguz, Ingwaz, Dagaz et Ōthalan.

Voici les 24 runes originelles :

f f u u th,þ þ a a r r k k g g w w
h h n n i i j j ï,ei ï p p z z s s
t t b b e e m m l l ŋ ŋ d d o o

La rune ayant valeur de u peut également avoir pour valeur phonétique v. Cette dernière valeur phonétique a été aussi attribuée à la 8e rune, dont la valeur phonétique la plus répandue reste cependant w. Ces divergences s'expliquent par la grande étendue géographique d’utilisation du système runique, qui englobait l’Islande, l’Angleterre, l’Écosse et plus particulièrement les actuelles Finlande, Suède, Norvège, Danemark, et Allemagne. Les prononciations fluctuaient alors avec la culture, différente d'une région à l'autre. Cette vaste répartition géographique des runes explique aussi les multiples noms que chacune d'elle porte selon la région dans laquelle on se trouve; pour exemple la première rune, f, s’appelle autant Fehu, que Feoh, Fé, ou Faihu.

Le th correspond à la prononciation anglaise sourde ([θ]). Le j est mouillé, comme dans « rouille » ([j]).

La raison de l’ordre particulier des runes, complètement différent de ceux des alphabets latin, étrusque ou grec, est aujourd’hui inconnue. On sait en revanche que cet ordre a été établi assez tôt et n’a subi depuis que des variations mineures et occasionnelles : les premières suites alphabétiques retrouvées (pierre de Kylver, début du Ve siècle) en font déjà état[2]. Les diverses hypothèses soulevées pour expliquer cet ordre, généralement fondées sur des considérations religieuses et mystiques, sont loin de faire l’unanimité et ne reposent sur aucun fait concret.

Systèmes ultérieurs

Article détaillé : Runes anglo-saxonnes.

Le futhark initial comprenant 24 runes plus une rune sans glyphe représentant « Odhinn » fut ultérieurement raccourci à 16 runes autour de l'an 800 et est généralement vu comme une adaptation servant à simplifier le travail de l'écrivain. La plupart des runes de Scandinavie sont postérieures à 800 et utilisent les 16 lettres :

f u þ ą r k
h n i a s
t b m l ʀ

Plus tard, les runes varièrent d'un pays à l'autre. L'éventail du futhark se réduisit à 16 ou 18 runes en Norvège et en Suède, où la vaste majorité des runes plus récentes sont trouvées. En Angleterre la futhark augmenta à environ 28 runes (plus quelques-unes utilisées seulement régionalement ou pour des noms propres étrangers).

Cela est la variante norvégienne/suédoise, aussi appelée rune brindille-courte. La variante danoise est très similaire. On peut lire un exemple de runes danoises dans l'inscription de la Grosse pierre de Jelling.

Futhark vicking 16.png
Le plus récent futhark nordique à 16 runes :

Les autres futharks nordiques incluent une forme sans branche (probablement pour une sculpture plus rapide) et le futhark antique (lequel inclut des runes représentant l'alphabet latin complet).

Futhark Hälsingland 15.png
Variante de Hälsingland en Suède, sans brindille

Futhark médiéval 27.png
Variante médiévale, incluant l'alphabet latin

Les runes thorn (ᚦ) et wynn (ᚹ) ont été adoptées dans l'alphabet du vieil anglais (sous les formes þ et ƿ). Thorn est encore utilisé dans l’alphabet islandais.

Les runes semblent être tombées en désuétude autour de l’an mil sauf en Scandinavie où elles continuèrent à être utilisées pendant quelques siècles. Quelques régions plus isolées de Scandinavie continuèrent à utiliser les runes jusqu’à l’époque moderne.

Utilisation des runes

Les runes étaient ordinairement utilisées pour des inscriptions dans le bois, le métal, le cuir ou la pierre. Les runes consistaient principalement en des marques verticales et diagonales, avec moins de marques horizontales ou courbées (certaines versions de runes n'en ont aucune).

Le dessin des runes aidait à leur sculpture dans le bois. Les mots étaient écrits le long du grain du bois, signifiant que toutes les marques étaient coupées à travers le grain. Cela est dû au fait que des coupes le long du grain auraient provoqué des cassures dans le bois, ou se seraient refermées si le bois absorbait de l'humidité. Bien que les runes aient été utilisées pour des travaux d'écriture comme la Bible, elles l'étaient plus habituellement pour des inscriptions courtes plutôt que pour un texte complet.

Dans la mythologie nordique le dieu Odin est suspendu dans le monde-arbre, Yggdrasil, pour neuf jours en sacrifice personnel afin d'apporter le cadeau des runes à l'humanité. D'après Tacite, les anciens peuples germaniques avaient l'habitude de creuser des marques sur des feuilles de bois de fruit et les sélectionner comme lots pour la divination. De plus, chaque rune est associée à un dieu, et par là possède une signification magique particulière, qui peut s'associer à d'autres runes pour former un sort, une amulette ou une bénédiction.

Usage contemporain

Runes et littérature

table des cirth, l'alphabet runique inventé par J. R. R. Tolkien.

Les runes ont été utilisées, dans la littérature, pour créer un effet « d'authenticité » et aussi donner des indications « historiques », dans l'ouvrage. Voici l’exemple de quatre écrivains ayant utilisé les runes dans leurs ouvrages : J. R. R. Tolkien, Jules Verne, J. K. Rowling, et Erik L'Homme.

Les runes furent abondamment utilisées par J. R. R. Tolkien, notamment, dans Bilbo le Hobbit (pour la carte réalisée, lors des Aventures de Bilbo), et aussi Le Seigneur des anneaux, illustrant la tombe de Balin dans la Moria, et bénéficiant d'une explication détaillée dans les appendices du roman.

J. R. R. Tolkien utilise les runes, mais la langue utilisée est anglaise.

Concernant Jules Verne, l'utilisation des runes est aussi très présente, dans son ouvrage d'aventure Voyage au centre de la Terre. Jules Verne utilise les runes (le point de départ de l'ouvrage se situe à Hambourg en Allemagne par la découverte d'un vieux manuscrit runique qui laisse échapper un message secret amenant à la découverte ultérieure de passages mystérieux en Islande.)

Jules Verne utilise aussi l'alphabet runique, mais dans ce cas la langue utilisée est le latin, dans l'ouvrage.

Que ce soit J. R. R. Tolkien ou Jules Verne, l'alphabet des runes est identique, mais les langues sont différentes.

Hermione Granger, un des personnages principaux de la série de livres Harry Potter, étudie les runes à partir de sa troisième année à Poudlard ; il est seulement précisé que cette matière est difficile. Dans le septième tome, feu le professeur Dumbledore lègue à Hermione un exemplaire en runes des Contes de Beedle le barde, qui contient le « conte des Trois Frères » sur les reliques de la mort (qui donnent leur titre à ce tome) et aidera les protagonistes à reconstituer une partie de l'intrigue. Après avoir suivi pendant quatre ans le cours optionnel d'étude des runes, Hermione s'avère en effet capable de les déchiffrer et de les traduire, contrairement à Harry dont il est précisé qu'« il n'avait jamais appris à les lire »[3].

L'écrivain Erik L'homme emploie aussi les runes, appelées « graphèmes », dans sa trilogie Le Livre des étoiles en leur donnant des pouvoirs magiques.

Runes et nationalismes

En tant que symboles germaniques, les runes furent utilisées par les Nazis. Quelques symboles comme la rune Odal sont utilisés sur les drapeaux néonazis à la place du svastika.

Runes et divination

Le pouvoir des runes fut donné à Odin après qu'il se fut pendu à l'arbre des Neuf Mondes, le frêne Yggdrasil et crevé un oeil. En général, les runes se piochent d'un petit sac en cuir ou en tissu, et leur disposition, selon différentes positions, combinée à la symbolique intrinsèque des runes, donne des indications sur l'avenir, plus ou moins proche.

Codage informatique

La norme Unicode possède un bloc de caractères nommé Runique qui contient 81 caractères. Ce bloc existe depuis la version 3.0.0 d’Unicode de septembre 1999.

Un petit nombre de police d’écriture supporte ces caractères, on trouve surtout des polices médiévistes comme Cardo, Junicode.

Stargate

L'écriture des Asgard (Stargate) est très proche de l'alphabet runique, à quelques différences près.

Notes et références

  1. History of the Runic Alphabet : « There seems to be some evidence to support the start of the runic alphabet with the Heruli, a tribe of Alpine Germanic people. This is based partially on the fact that some of the early Viking tribes called a rune master “heruli.” »
  2. Lucien Musset, Introduction à la runologie, Paris, Aubier-Montaigne, 1965, 468 p. (ISBN 978-2700702798), p. 100 
  3. Harry Potter et les Reliques de la mort, p. 139 (éditions Gallimard 2007, broché)

Voir aussi

La Pierre de Rök. Photo de Bengt O Åradsson

Bibliographie

En français

En autres langues

  • (de) Hans Jensen, Die Schrift in Vergangenheit und Gegenwart, VEB Deutscher Verlag der Wissenschaften, 1958.
    • (en) Traduction anglaise revue par l'auteur : Sign Symbol and Script, Londres, George Allen and Unwin Ltd, 1970.
  • (de) Wolfgang Krause, Runen, Berlin, Walter de Gruyter, 1970.
    • (fr) Traduction française : Les Runes, Paris, Éditions du Porte-Glaive, 1995.
  • (en) D. Gary Miller, Ancient scripts and phonological knowledge, Amsterdam/Philadelphie, John Benjamins Publishing Company, 1994.
  • (en) R. I. Page, Reading the past, volume 4: Runes, British Museum Publications, 1987 (réédité par University of California Press, 1993)
  • (en) Martin Bernal, Cadmean letters, Winona Lake, Eisenbrauns, 1990.
  • (de) Elmar Seebold, « Die Stellung der englischen Runen im Rahmen der Überlieferung des älteren Fuþark », dans Bammesberger, p. 439-569, 1991.

Articles connexes

Liens externes

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Runes Voir aussi : Poèmes runiques · Pierres runiques · Runologie · Divination des runes v • d • e
Vieux Fuþark : · ·          
Fuþorc : o c ȝ · eo x · œ   a æ y ea
Fuþark récent : ą     · a       ·         ʀ        
Translittération : f u þ a r k g w · h n i j ï p z s · t b e m l ŋ d o


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