Port-Mort


Port-Mort

49° 09′ 55″ N 1° 24′ 57″ E / 49.1652777778, 1.41583333333

Port-Mort
Administration
Pays France
Région Haute-Normandie
Département Eure
Arrondissement Arrondissement d'Andelys
Canton Canton des Andelys
Code commune 27473
Code postal 27940
Maire
Mandat en cours
Guillemette Alquier
2008-2014
Intercommunalité Communauté de communes des Andelys et de ses Environs
Démographie
Population 820 hab. (1999)
Densité 67 hab./km²
Gentilé Pormortais
Géographie
Coordonnées 49° 09′ 55″ Nord
       1° 24′ 57″ Est
/ 49.1652777778, 1.41583333333
Altitudes mini. 8 m m — maxi. 138 m m
Superficie 12,17 km2

Voir la carte physique

Voir la carte administrative

Port-Mort est une commune française, située dans le département de l'Eure et la région Haute-Normandie.

Ses habitants sont appelés les Pormortais.

Sommaire

Géographie

Toponymie

Attestations anciennes : Portmauro, Portus Maurus 690 ; Port mort vers 1060 ; Portus Mortuus 1075[1].

C’est son nom officiel, reconnu par l’Administration. Il est utilisé depuis une époque qui remonte au moins à 1808. En effet, sur le registre paroissial de cette année 1808 et les suivantes, la graphie Port-Mort est utilisée. La collection de registres paroissiaux, que nous avons pu retrouver, ne remonte pas au delà et nous ne pouvons donc pas dater le moment précis, où la graphie précédente de Portmort a été abandonnée.

En effet, avant d’être Port-Mort, le nom du village s'écrivait donc Portmort en un seul mot, non séparé par un tiret. De nombreux documents, contemporains de la Révolution et des quelques années qui ont suivi, nous prouvent que l’orthographe de Portmort était alors utilisée. Nous notons à nouveau cette graphie sur le plan de la commune daté de 1786-1787. Nous la retrouvons sur les déclarations de propriété faites par tous les propriétaires en 1791, en application d’un décret des 20, 22 et 23 novembre 1790. Nous lisons Portmort sur la matrice cadastrale établie en 1791, mais sur laquelle on a enregistré les mises à jour des changements de propriété jusqu’à l’an 7. Nous retrouvons également Portmort sur la carte de Cassini (c’était la carte d'état-major de l’époque) éditée en 1757.

Albert Dauzat et Charles Rostaing[2] attestent de cette graphie dès les années 1060, mais sans tiret : Port Mort, contrairemment à la forme moderne. Leur dictionnaire[3] a cependant noté pour l'année 1075, la forme Porcus Mortuus. C'est un clerc ou un auteur ironique qui aura baptisé le village, qui en latin pourrait être traduit par « porc mort » ou « cochon mort ». Des erreurs involontaires ont certainement donné naissance, au cours des temps, à des cacographies ou, dans ce cas précis, la fréquente confusion que l'on observe dans les documents du Moyen Âge entre le [c] et le [t]. C’est ainsi que, dans les chroniques des environs de l’an 1200 qui nous sont rapportées par J. Mineray sur Gaillon et ses environs, Blanche de Castille et le futur Louis VIII se sont mariés à Purmor ou Parmoy. Madame Gautier rapporte, dans le Plutarque français de 1835, que, « La princesse fut amenée par son père et toute la cour de Castille aux frontières de Gascogne, où elle fut reçue par Matthieu de Montmorenci, qui la conduisit en Normandie ; son oncle Jean-sans-Terre vint au-devant d'elle et l'accompagna à Parmoy, où Louis l'attendait. »

Si nous remontons encore un peu plus loin dans le temps nous apprenons par le Charpillon (édition de 1868) que Port-Mort est cité en 690 dans une charte de Wandemir sous le nom de Port Mauro ou Portmauro. Cette charte de Vandemir est ainsi rédigée : « Donamus...ad monasterio Portmauro ubi vir venerabilis Amalcarius praesse veditur locello cognamenante Alticiaco in Pago Macerarius[4]. » : Nous donnons...au monastère de Port-Mort, gouverné par le vénérable Abbé Amalcaire, la petite localité nommée Alticiaco (ou Alticio) dans le pays de Macerarius. C’est à la fois dans cette dénomination de Portmauro [5] et dans la forme attestée vers 1060, Port Mort, qu'il nous faut chercher l'origine du nom du village. Nous en sommes réduits aux hypothèses.

D'après les formes anciennes, il existe donc deux explications possibles :

1) Port-Mort pourrait être le port d’un dénommé Maurus ou Maur, propriétaire d’une grande exploitation. Maur ou Maurus sont des noms assez répandus aux époques gallo-romaine et mérovingienne[6],[7].

2) Port-Mort peut désigner un port dont l'eau est dormante[8],[9], tout comme les toponymes du type Mortemer et Morteau.

Tout en formulant ces hypothèses avec beaucoup de circonspection et de prudence M. Gallais penche pour cette 1re hypothèse, tout comme Ernest Nègre[10].

En effet, qu’est ce qu’un portus en latin. C’est un port, évidemment, avec tout le sens que nous donnons aujourd’hui à ce mot. Mais c’était plus précisément un abri sur la mer ou sur une rivière. Le sens de portus est donc, sans doute, un peu plus large que celui de port et pourrait désigner une installation sur l’eau servant d’abri. Ce pourrait être, par exemple, le gué, traversant la Seine, au droit de Chateauneuf construit au IVe siècle voulu par le pouvoir romain, pour relier Eburovice (Évreux) à Bellovaci (Beauvais). La construction de cette route, avec passage à gué à Châteauneuf, nous est révélée dans un mémoire de maîtrise de Pierre Come Duval en 1980 sur les données d’une étude Le Réseau routier antique de Marcel Baudot en 1932.

Héraldique

blason

Les armes de la ville se blasonnent ainsi :

Écartelé au 1) de gueules aux deux léopards d’or armés et lampassés d’azur, l’un sur l’autre, au 2) d’or au cep de vigne de sable feuillé de six pièces de sinople 4 et 2 et fruité de trois grappes de gueules mal ordonnées, au 3) d’or à la nef de sable habillée et flammée de gueules sur des ondes aussi de sable, au 4) d’azur aux trois fleurs de lys d’or.

Histoire

Le menhir de Port-Mort, mieux connu sous l'appellation « gravier de Gargantua », se trouve sur la D313 à l'entrée du village sur la gauche en venant de Gaillon ou des Andelys (» Voir plan).

Un menhir est un monument mégalithique constitué d'un grand bloc de pierre dressé intentionnellement par les hommes du Néolithique. Il démontre ainsi la présence d'un peuplement antérieur à l'époque celtique. La Seine devient à l'âge de fer, la frontière sud du peuple des Véliocasses dont le nom se retrouve dans celui du Vexin. Les Véliocasses occupaient la rive droite depuis l'Epte jusqu'à la vallée de l'Austreberthe, à l'ouest de Rouen. Au-delà s'étendait le pays des Calètes dont est issu le nom du pays de Caux. On a retrouvé de très nombreux habitats celtiques autour des Andelys et spécialement dans les forêts environnantes sur le bord du plateau. Ainsi à Richeville, Cantiers, Villers. Plus près de Port-Mort, à Hennezis, Bucaille, Guiseniers, Mézières, à Pressagny-l'Orgueilleux où il y a des restes de pavage, d'un puits, de murailles[réf. nécessaire]. À la limite même de notre commune sur le versant retombant sur Bouafles. Aucune de ces villae rusticae n'a fait l'objet de fouilles systématiques mais elles prouvent l'occupation ancienne et dense des plateaux encadrant la vallée. Songeons que les Véliocasses ont fourni 3 000 guerriers pour l'armée de secours qui s'est portée sur Alésia pour débloquer Vercingétorix, ce qui laisse supposer une population d'environ 15 000 à 20 000 personnes au minimum.

Pourquoi Gargantua ? Rabelais n'y est pour rien. Il existe une légende, rapportée par la tradition orale et que deux auteurs ont contée dans des ouvrages datant respectivement de 1830 et 1879.

Le Prévost, en 1830 conte que Gargantua construisait la côte dite « Côte Frileuse » qui est devant le château de Graville, quand il sentit un caillou dans sa chaussure. Il l’enleva et le lança loin derrière lui. Ce gravier retomba à son emplacement actuel. Le comte de Pulligny, en 1879 donne, pour sa part, une version légèrement différente. Selon lui Gargantua et Grandgousier étaient un jour dans la tant yolie ville de Mantes. Ce hardis voleurs enlevèrent leurs chevaux et se sauvèrent par le chemin suivant la Seine qui mène aux Andelys. Gargantua et Grandgousier firent donc grand haste pour rejoindre les larrons. Mais arrivé à Port-Mort Gargantua se trouva bien empesché, il s’assit sur le bord de la route et, ayant détaché son soulier, il en retira une pierre qu’il jeta en ce lieu au grand esbahissement des gens de Panilleuse qui revenaient du marché. Les versions de Le Prévost et de Pulligny diffèrent peu, car il s’agit toujours d’un caillou ôté d’une chaussure, mais dans les deux cas, il ne s’agit que d’une légende. Cette légende est certainement antérieure à Rabelais qui n’a fait qu’emprunter un mythe extrêmement populaire au Moyen Âge, celui du géant Gargan. Dans ces légendes, Gargan est toujours un colosse, un demi-dieu, mythe celtique correspondant au grec Hercule ou au juif Samson. Dans la mythologie celte, il existait une déesse, Belisama, certes vierge, mais fécondée par l’esprit divin de Belen, qui engendra un fils qui fut « celui de la pierre géante ».

Celui de la pierre géante est donc en langue celte, « Gargantua ». Il n'est donc pas déraisonnable de penser que cette dénomination de Gargantua, que portent de nombreux mégalithes, a pour origine le nom de ce demi-dieu celte. Le gravier de Gargantua est donc, peut-être, la statue d’un dieu de l’époque et il pourrait avoir, dans ce cas, une origine religieuse.

La légende de Gargan est attachée très fréquemment à des rochers qu'il aurait déposé : en Bretagne de nombreux menhirs sont dits « pierre de Gargantua ». Tout près de chez nous à Dormont, commune de Saint-Pierre-de-Baillol, Gargantua a renversé la terre qu'il transportait dans une hotte et cela a fait deux buttes. Les légendes localisent très fréquemment Gargan sur une colline dont il fait sa chaise dominant une rivière où il se baigne les pieds. Ainsi à Mont-Gargan, une des collines dominant Rouen, à Saint-Adrien « le fauteuil de Gargantua », à Saint-Pierre-de-Varengeville « la chaise de Gargantua », au Thuit près des Andelys, Gargantua a un siège dit « le rocher à tête d'homme ».

Quelle est la signification de ce mythe ? Elle est double : patriotique et religieuse. Patriotique, Gargan est associé aux luttes des Gaulois contre les Romains et l'inventeur d'Astérix n'a fait que reprendre dans ses bandes dessinées la légende. Plus tard, pendant la guerre de Cent Ans, il se bat contre les Anglais. Dans certaines légendes il est même compagnon de Jeanne d'Arc. Rabelais lui aussi qui écrit à l'époque des guerres contre l'Empire de Charles Quint dresse Gargantua contre un autre géant Picrochole dans lequel tous les contemporains ont reconnu Charles Quint. Gargan c'est l'archétype du Gaulois, grand mangeur, coureur de jupons, querelleur, patriote à ses heures.

Signification religieuse beaucoup plus discutée Gargan c'est le vieux fond celtique, païen. Il est souvent confondu avec Satan. Les Bénédictins ont dès le haut Moyen Âge forgé le mot latin Gargantuates = « ceux de Gargan » = « la bande à Gargan », pour désigner les païens. Bref, il faut voir dans ce menhir non seulement la preuve d'une occupation celtique, mais dans le nom qui lui a été donné le sentiment mitigé de fidélité populaire et de réprobation inspirée par l'Église que le peuple a conservé longtemps pour les anciens cultes celtiques.

Une borne de frontière ou de signalisation ? Mais il peut, aussi, avoir une origine plus utilitaire. Nous sommes ici, à Port-Mort, en bordure de Seine et, dans les temps anciens, ce fleuve a présenté la particularité de pouvoir être traversé à gué. Il existe, en effet, au travers du lit de la rivière, une barre rocheuse dont on s’est d’ailleurs servi :

  1. . À l’époque gallo-romaine pour construire une route d’Eburovice (Évreux) à Bellovaci (Beauvais) franchissant la Seine à gué au droit de Châteauneuf.
  2. . Au siècle dernier pour établir un barrage destiné à élever le niveau de ce fleuve afin de faciliter la navigation.

Un gué traversant la Seine, c’est un itinéraire qu’il était peut-être bon de signaler pour faciliter les déplacements. C’est une hypothèse plausible. Plus proche de nous, le dernier châtelain de Port-Mort, le Comte de Graville nous a appris que cette pierre a marqué, au Moyen Âge, la limite entre le royaume de France et le Duché de Normandie. Cette limite a toujours été fluctuante mais à un certain moment, le gravier de Gargantua aurait servi de borne pour matérialiser cette frontière.

L'anecdote. Nous savons aussi par le comte de Graville, que son arrière-grand-oncle a demandé, lorsqu'on a élargi la route, que l'on déplace le gravier de quelques mètres afin d'éviter sa destruction. Ce déplacement nous est confirmé par le comte de Pulligny, dans son ouvrage de 1879. Il nous précise que l'ouvrier qui a été chargé de ce déplacement moyennant un salaire de 150 frs, a trouvé un moyen ingénieux de gagner cette somme en une seule journée. Il a en effet, cassé le monolithe au ras du sol, en laissant en terre un tronçon de un mètre ! Le morceau que nous voyons aujourd'hui n'est donc que la partie haute du monolithe original... Le comte de Pulligny nous rassure cependant en rapportant que le Comte de Graville a pu obtenir que le monolithe déplacé soit replanté en respectant scrupuleusement son orientation primitive.

Le « gravier » est classé monument historique depuis le 10 janvier 1923 ce qui implique un périmètre de protection de 500 m, qui ne peut malheureusement être respecté vu la répartition des sols et la géographie des lieux.

Article rédigé à partir de textes de Jean Gallais et Raymond Simonet

  • La butte de Château-Neuf est une admirable position naturelle. Elle domine par un abrupt de 40 mètres le fleuve dont un des bras, jusqu'à une époque récente bordait quasiment le pied. Ces hivers derniers, 1979, 1980, l'inondation retrouve naturellement cet ancien tracé. Du côté est comme du côté ouest un versant incline rapidement vers deux vallons. Au nord une pente douce. Butte si régulière que, vue de la route des Andelys, on se demande si l'homme n'a pas prêté la main. Certainement lors de la construction du château fort. Plus tôt, fut-ce un oppidum des Véliocasses ? Rien ne permet de l'assurer. C'est du côté de la Seine qu'il faut chercher le fil conducteur de l'histoire de cette butte et d'abord l'origine de ce noyau. Le barrage actuel n'est pas localisé ici par hasard. Il correspond à une barre calcaire prolongeant la butte sous le lit de la Seine. La roche ici est moins profonde qu'ailleurs. S'accrochèrent en amont de ce verrou rocheux des alluvions constituant à l'origine de nombreuses îles. Au droit de la butte il y a encore sur l'Atlas de 1786, cinq à six îlots. Plus en amont jusqu'à la hauteur du Goulet au lieu d'une seule île surélevée comme maintenant, il y a quatre îles basses. Entre ces lies des bancs de sable. Tout cela constitue un gué naturel qui n'a pas été étranger à la localisation du menhir. Gué, menhir, butte, constituent un ensemble, dont l'ancienne église Saint-Martin était l'expression chrétienne. Cette église détruite vraisemblablement au début du XIXe siècle puisqu'elle figure encore sur les planches de l'Atlas de 1786, se situait au pied même du piton calcaire. Elle datait du XIIIe siècle et résultait en fait d'une restauration par les Bénédictins de Mortemer d'un sanctuaire plus ancien qui leur avait été donné en 1180. Ce très vieux sanctuaire remontait très probablement aux premiers siècles de notre ère. Selon l'excellent ouvrage du Docteur Fourné (voir bibliographie) le nom de l'évêque de Tours, évangélisateur des campagnes gauloises à la fin du IVe siècle fut donné aux plus anciennes églises de Normandie. Le patronage de Saint-Martin était alors très prisé. Il y a trente-cinq églises martiniennes dans l'arrondissement des Andelys dont tout près celles de Vezillon, Pressagny, Tilly, Gasny, Tourny, et l'ancienne église de Courcelles.

Or, chaque saint eut, on peut dire, sa période à succès. Dans leur grande majorité les églises martiniennes sont d'origine mérovingienne (du Ve au VIIIe siècle). Pour l'anecdote, Grégoire de Tours raconte que les rois Mérovingiens, les fils de Clovis, gens de sac et de corde, ne craignaient que Saint-Martin et on peut penser que les pauvres paysans du temps recouraient à ce patronage en espérant qu'il les protégerait.

On a reconnu également que dans 60 pour cent des cas pour le diocèse de Rouen, il y a des vestiges gallo-romains à proximité des églises martiniennes. Plus encore beaucoup de celles-ci furent édifiées sur des lieux de culte druidique, les fana celtiques. Autrement dit, le vocable de Saint-Martin est un indice complémentaire et indirect d'un habitat très ancien gallo-romain ou celtique autour de la butte de Château-Neuf.

Mais ce vocable a aussi une autre signification. Saint Martin est le protecteur des soldats et plus généralement des cavaliers, militaires ou voyageurs. On a remarqué que les sanctuaires martiniens étaient le plus souvent liés à des lieux de passage ou de commerce routier: carrefours, marchés, ponts, passages à gué. Voici encore un indice de l'utilisation comme gué dès une époque fort ancienne, gallo-romaine voire celtique, du site très particulier de Château-Neuf.

On ne peut isoler Port-Mort de la grande période monastique du Haut Moyen Âge. C'est à l'époque mérovingienne, plus précisément au VIIe siècle, que s'établissent les grandes abbayes de règle bénédictine, dans la vallée de la Seine, les premières sous l'influence de l'évêque de Rouen Saint-Ouen, Saint-Wandrille, Jumièges, la Croix-Saint-Leuffroy, furent les plus connues. Chacune d'elles représentait une puissance économique considérable. Saint-Wandrille réunissait 4 264 « manses », c'est-à-dire fermes, soit environ 40 000 ha. Y eut-il une abbaye bénédictine à Port-Mort ? Mabillon en 1681 a eu dans les mains la charte de donation dite de Vandémir datée de 690 qui cite un certain nombre de monastères de la région dont celui de Portus-Maurus. Mabillon rapproche ce nom de celui du village de Port-Maur, d'autant plus qu'il signale le transfert des restes de saint Ethbin dans ce village. Ceci renforce l'hypothèse de la localisation de cette abbaye en notre commune. L'existence en définitive n'est pas absolument prouvée, elle demeure probable. On ne sait rien non plus de la situation exacte de cette abbaye puisque les bâtiments à allure monastique les plus anciens existants dans la commune, ceux inclus dans le manoir du Mesnil-Hebert sont de construction relativement récente. Ils ont été rattachés à une chapelle dite de Saint-Laurent du XVIe siècle. Les abbayes jouèrent un rôle politique et économique considérable, mais au IXe siècle leurs richesses attirèrent la foudre.

Les Vikings entrent dans l'histoire de la vallée de la Seine et certainement de Port-Mort, qui ne fut pas atteint lors des premiers raids. C'est vraisemblablement en 845 qu'ils dépassèrent Port-Mort pour atteindre Paris. Ils durent apprécier la région, a mi-chemin de Paris et de la mer. L'évêque de Meaux écrit que les ossements des captifs des Normands blanchissent les lies de la Seine. En 852, ils s'établissent dans l'île d'Oscelle (Oissel) en face de Jeufosse. Charles le Chauve limite momentanément les raids en barrant le fleuve à Pitres et à Pont-de-l'Arche de 862 à 879. Ces fortifications de bois furent parmi les premières du Moyen Âge. Mais le verrou saute et les invasions reprennent avec une ampleur considérable. En 885, la flotte normande qui assiège Paris comprend 700 vaisseaux à voile, soit au minimum 20 000 guerriers. Un chef de bande hardi Rollon se fait le spécialiste de la Basse-Seine et en 892 il détruit l'importante abbaye de la Croix-Saint-Leuffroy. Dans toute la vallée ce fut un remue-ménage de moines emportant leurs reliques en lieux-surs. Les Bénédictins de la Croix-Saint-Leuffroy trouvent refuge à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, près de Paris. Qu'advient-il de ceux de Port-Mort ? L'abbaye fut-elle détruite en même temps que celle de la Croix-Saint-Leuffroy en 892 ? Nous ne pouvons rien en dire.

On sait par contre comment le problème fut réglé plus ou moins bien sur le plan politique. Rollon reçoit en 911 les terres depuis l'embouchure jusqu'à l'Epte. Mais ce traité n'adoucit pas du jour au lendemain les mœurs des Normands qui poursuivirent, de façon alors très officielle, le sac de leur domaine : en particulier l'asservissement des indigènes. Jusqu'en l'an 1000, Rouen est le grand marché d'esclaves de la France de l'Ouest.

Des colonies danoises s'installèrent en Normandie. Elles furent surtout nombreuses dans l'Ouest du Pays de Caux et le Nord du Cotentin. Notre région en reçut-elle ? Il y a un indice d'une petite implantation locale, c'est le nom de la ferme du Thuit, le mot vient du scandinave thveit qui signifie essart.

Mais la conséquence la plus importante de la création du Duché de Normandie pour notre région est évidemment qu'elle devient une marche frontière. Pendant deux siècles de l'an 1000 à 1200, Port-Mort allait vivre l'existence troublée des campagnes frontalières parcourues par le va et vient des armées. Dans ce contexte la butte de Château-Neuf prenait toute sa valeur et l'ouvrage fortifié dont il reste les soubassements du donjon allait être construit en 1198.


Administration

Liste des maires successifs
Période Identité Étiquette Qualité
mai 1995   Guillemette Alquier    
Toutes les données ne sont pas encore connues.

Démographie

Évolution démographique
(Source : INSEE[11])
1962 1968 1975 1982 1990 1999
421 431 563 672 839 820
Nombre retenu à partir de 1962 : population sans doubles comptes

Lieux et monuments

  • Le menhir de Port-Mort, mieux connu sous l'appellation « gravier de Gargantua », se trouve sur la D313 à l'entrée du village sur la gauche en venant de Gaillon ou des Andelys (» Voir plan).
  • La butte de Château-Neuf. Elle domine par un abrupt de 40 mètres le fleuve dont un des bras, jusqu'à une époque récente bordait quasiment le pied. L'ouvrage fortifié, dont il reste les soubassements du donjon allait être construit en 1198.

Personnalités liées à la commune

  • André Castelot journaliste et écrivain (1911-2004)
  • Jacques Castelot frère du précédent, acteur . (1914-1989)

Notes et références

  1. François de Beaurepaire (préf. Marcel Baudot), Les Noms des communes et anciennes paroisses de l'Eure, Paris, A. et J. Picard, 1981, 221 p. (ISBN 2-7084-0067-3) (OCLC 9675154), p. 160-161 
  2. Dictionnaire étymologique des noms de lieux en France, librairie Guénégaud, 1978. p. 543. Article Port 9.
  3. Ibidem
  4. Louis George Oudard Feudrix de Bréquigny, Diplomata, chartae, epistolae et alia documenta ad res Francicas spectantia, 1791.
  5. M. Gallais dans la plaquette Études sur l’histoire de Port Mort, publiée en 1980 par l’Association de Sauvegarde du site de Port-Mort, s’y est déjà employé et il signale, fort justement, que c’est une tentative audacieuse car nous manquons de bases précises et de documentation, qu’il faut rechercher l’origine de l’appellation du village
  6. François de Beaurepaire, Op. cité. p. 160 - 161.
  7. René Lepelley, Dictionnaire étymologique des noms de communes de Normandie, Presses Universitaires de Caen, 1996 (ISBN 2-905461-80-2. p. 201.
  8. François de Beaurepaire, Ibidem
  9. René Lepelley, Ibidem.
  10. Toponymie générale de la France, Volume 1. Librairie Droz 1990. p. 689.
  11. Port-Mort sur le site de l'Insee

Voir aussi

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Lien externe


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