Polygamie


Polygamie
Page d'aide sur les redirections Cet article concerne L'aspect sociologique de la polygamie. Pour la polygamie dans le monde animal, voir Polygamie (éthologie).
Pays autorisant la polygynie en 2006 (en vert)

La polygamie désigne la situation dans laquelle une personne dispose au même moment de plusieurs conjoints. Pour une femme ayant plusieurs maris on parle également de polyandrie, et pour un homme ayant plusieurs femmes, de polygynie.

Selon les démographes et les ethnologues, 80 % des sociétés connues et étudiées sont polygames de droit et, parmi elles, seulement 1 % polyandriques. Néanmoins, au sein des sociétés majoritairement polygyniques on constate que 60 à 80 % des foyers sont monogames de fait (et non de droit)[1].

La polygamie est à distinguer des mariages de groupes, forme de polyamour impliquant plusieurs partenaires de chaque sexe. La polygamie est à distinguer de la bigamie, situation dans laquelle une personne contracte plusieurs mariages séparément, sans avoir juridiquement obtenu la dissolution du précédent ou sans que les deux conjoints soient au courant de cette situation[2].

En sciences humaines, le terme polygamie est souvent employé par abus de langage pour désigner la polygynie.

Sommaire

Terminologie

Le terme est formé à partir de deux mots grecs, poluis qui signifie « plusieurs » et gamos, signifiant « mariage ».

La polygamie s'oppose à la monogamie. Dans le cas précis de deux conjoints simultanés, il s'agit d'une bigamie. On distingue différents sous-types de polygamie, notamment la polygamie parallèle qui désigne la situation jusqu'à présent où un individu a des relations avec plusieurs partenaires au cours d'une même période reproductive et la polygamie séquentielle qui consiste pour un individu à avoir plusieurs partenaires différents au cours de sa vie, mais pas de façon simultanée. Cette dernière forme de polygamie est aussi dite monogamie sérielle.

Polygamie dans le monde

De nombreux pays autorisent la polygynie[3] sans néanmoins l'encourager ouvertement. C'est le cas non seulement de la totalité des pays à forte population musulmane, à l'exception de la Turquie (interdiction en 1926) et de la Tunisie (interdiction en 1957), mais également de quelques pays animistes africains. Quelques États autorisent aussi la polyandrie.

Selon Jacques Attali (Amours. Histoires des relations entre les hommes et les femmes, 2007), « la polygynie est encore autorisée - ou tolérée - aujourd'hui, dans des pays représentant près du tiers de la population de la planète. Seulement 10 % des hommes y ont plusieurs femmes, essentiellement les plus riches ».

La polygamie est une pratique mal perçue dans la civilisation occidentale au point que de nombreux États la reconnaissent comme un délit. Toutefois, certaines des administrations en question la tolèrent dans la pratique, et l'admettent comme remède au taux de masculinité (Sex Ratio) qui devient nettement en faveur des femmes à l'âge adulte[4].

Cependant, on observe rapidement que le sex ratio est en faveur des hommes dans de nombreux pays ouverts à la polygamie, ce qui permet de supposer cet argument comme fallacieux.[réf. nécessaire] La polygamie est aussi critiquée dans les groupes dans lesquels elle est pratiquée[5].

Il faut cependant considérer que la monogamie stricte n'existe que dans les sociétés qui, en même temps qu'interdire la polygamie, interdisent le divorce[6] : en effet les sociétés qui ont opté pour la licéité du divorce ne sont pas monogames, permettant de fait une polygamie sérielle ou successive[7].

Polygamie en France

Article détaillé : Polygamie en France.

Il est en droit impossible de se marier ou de conclure un pacs avec plusieurs partenaires en France. L'ordonnance de 1945 sur les étrangers interdit la délivrance de titre de séjour aux étrangers en situation de polygamie.

L'Institut Montaigne a publié en novembre 2009 une note intitulée La polygamie en France : une fatalité ?[8] et rédigée par Sonia Imloul, présidente de l'association Respect 93 et membre du Conseil économique, social et environnemental. L'Institut Montaigne propose la mise en œuvre d'outils de mesure statistique (INSEE et INED) afin de quantifier le phénomène polygame en France, ainsi qu'une orientation des politiques publiques en faveur de l'aide à la « décohabitation » et à la réinsertion des acteurs desdites unions, qu'ils soient hommes ou femmes, avec ou sans enfants.

Polygamie en Belgique

La polygamie est interdite en Belgique. Mais le 26 juin 2008, un arrêt de la Cour constitutionnelle interdit toute discrimination envers les enfants sur base de la polygamie. Pour la Cour, les enfants ne sont en effet pas responsables de la situation maritale de leurs parents mais le législateur a le loisir de limiter le rassemblement familial des personnes dont le mariage est contraire à l'ordre public belge et à celui d'autres pays membres de l'Union européenne.

Polygamie au Canada

Une étude juridique commandée par le ministère de la Justice canadien[9] appelle à abroger la loi sanctionnant la polygamie tout en renforçant les lois protégeant les femmes et les enfants vivant dans des familles à conjoints multiples. Le ministre canadien de la justice a exclu cette possibilité. Le rapport, rédigé par trois professeurs de droit de l'Ontario, avance notamment le fait que l'article du code criminel canadien sanctionnant la polygamie n'a aucune utilité, notamment du fait qu'il n'est quasiment jamais appliqué et a des effets plutôt contraires aux intérêts des femmes et des enfants.

Polygamie et religion

Judaïsme

La Torah permet explicitement la polygamie (mais à de nombreuses conditions) bien que celle-ci n'y soit pas présentée comme un mode de vie idéal et n'y soit pas du tout encouragée. On peut effectivement y trouver plusieurs cas célèbres de polygynie tels que ceux d'Avraham (Abraham), de Yaakov (Jacob) ou plus tard du roi Shlomo (Salomon) qui aura 700 épouses (dans les Prophètes). A l'inverse, on y trouve les cas d'autres personnages emblématiques tel que celui du second patriarche Yitzhak (Isaac) ou celui de Moshé (Moïse) lui même, qui n'auront tout deux qu'une seule femme. La polygamie sera officiellement interdite pour les Juifs ashkénazes au XI ème siècle par Rabbenu Gershom, l'un des pères de la tradition rabbinique ashkénaze[10]. Cette interdiction est, à présent, également adoptée par la grande majorité des Juifs séfarades.

Christianisme

Dans le christianisme institutionnel, le mariage est très majoritairement monogamique, suivant ses interprétations des références citées[11].

L'Église catholique romaine, branche la plus importante du christianisme, prône l'abstinence avant le mariage, et la fidélité dans celui-ci. De plus elle interdit le divorce mais peut statuer sur une reconnaissance de nullité du sacrement de mariage en cas d'empêchement grave de l'un des époux, prouvant que le mariage en question est légitimement invalide. De nos jours elle interdit formellement la polygamie. Quand le conjoint meurt, le survivant peut se remarier.

Les églises relevant du protestantisme et de l'évangélisme qui représentent ensemble une grande partie des Chrétiens soutiennent la pratique de la monogamie.

Les Mormons pratiquèrent la polygynie jusqu'en 1889 (sous le nom de "mariage plural"). Après cette date, elle continua à être pratiquée uniquement par des groupes minoritaires comme l'Église fondamentaliste de Jésus-Christ des saints des derniers jours apparue au XXe siècle.

Islam

Dans l'islam, la polygynie est licite à certaines conditions et est traditionnellement justifiée par divers passages du Coran avec toutefois différentes restrictions dont un maximum de quatre épouses simultanément. Mahomet, notamment, avait par exemple plusieurs femmes. La polygynie n'est pas spécifiquement encouragée et le Coran n'a fait qu'imposer des conditions supplémentaires par rapport aux pratiques antérieures. Les foyers monogyniques sont majoritaires et cette tendance s'accentue[12], probablement par une lecture plus stricte du verset 4.129[13] mais aussi probablement à la suite des luttes antipolygyniques menées par les associations et mouvements féministes dans les sociétés musulmanes contemporaines[14],[15].

Hindouisme

L'hindouisme (qui est une culture où différentes religions-philosophies cohabitent) n'interdit pas la polygamie – ni la polyandrie –, sans pour autant dévaloriser la monogamie (elle est fêtée dans le Ramayana) ; rien n'est imposé ; selon le Kâma-Sûtra, « on doit se servir du Kâma-Sûtra lorsque la passion est légère, et doit être cultivée, mais lorsque la roue de l'amour tourne, il n'y a plus de règles ni de prescriptions à suivre »...

Ainsi, dans le Mahabharata, le Seigneur Krishna épouse Roukmini-Lakshmi, la fille du roi des Vidarbha, et s'installe ensuite dans une vie fastueuse avec ses 16 000 femmes et ses 80 000 enfants. La polygamie est possible chez les Brâhmanes (ceux qui ont le savoir sacré) et encouragé chez les Kshatriya (ceux qui sont rois ou défenseurs actifs des Brâhmanes, des vaches, des créatures et des valeurs védiques).

Notes et références

  1. Éric Chaumont, article Polygamie, in Dictionnaire du Coran, M.A. Amir-Moezzi (dir), éd. Robert Laffont, 2007, p. 679
  2. Distinction effectuée dans la Circulaire no 2008/14 du 25 février 2008 de Caisse nationale d'assurance vieillesse française Circulaire n° 2008/14 du 25 février 2008 - Caisse nationale d'assurance vieillesse - Bigamie et polygamie.
  3. Site du CNAV
  4. Site de l'INED - Lexique : Rapport de masculinité
  5. La charia et la polygamie (1/4) sur oumma.com
  6. C'est la doctrine officielle de l'Église catholique, comme pratiquée en Irlande avant 1995, par exemple
  7. Éric Chaumont, op. cit., p. 679
  8. Institut Montaigne, La polygamie en France : une fatalité ?, novembre 2009)
  9. Cf. « Un rapport suggère de décriminaliser la polygamie », Radio Canada, 13 janvier 2006.
  10. Judaism and Polygamy:reponssa sur faqs.org
  11. Evangile selon saint Matthieu, chapitre 19
  12. Éric Chaumont, op. cit., p. 679
  13. Coran, sourate 4, verset 129 : « Vous ne pourrez jamais être équitable entre vos femmes, même si vous en êtes soucieux. Ne vous penchez pas tout à fait vers l'une d'elles, au point de laisser l'autre comme en suspens. (...)». Traduction Muhammad Hamidullah, sur le site e-qra.com
  14. Éric Chaumont, op. cit., p.680
  15. Khalid Chraibi, Oumma.com, septembre 2009

Articles connexes

Bibliographie

  • (fr) Philippe Antoine et Jeanne Nanitelamio, Peut-on échapper à la polygamie à Dakar ?, Paris, CEPED, 1995, 31 p. (ISBN 2-87762-077-8)
  • (fr) Alfred Yambangba Sawadogo, La polygamie en question, Paris, L'Harmattan, 2006, 144 p. (ISBN 2296014895)
  • (fr) Sonia Imloul, La polygamie en France : une fatalité ?, Institut Montaigne, novembre 2009

Filmographie

Liens externes


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