Polis


Polis


Par polis (en grec ancien πόλις / pólis ; « cité » dans l'étymologie latine « civitas » ; au pluriel poleis) on désigne la cité-État en Grèce antique, c'est-à-dire une communauté de citoyens libres et autonomes[1]. Dans la pensée grecque antique, la cité préexiste à l'homme. À titre d'exemple, la cité d'Athènes n'existe pas en tant que telle : c’est la cité des Athéniens, tout comme Sparte est la cité des Lacédémoniens.
Le caractère autonome de ces cités a été favorisé par le relief accidenté du pays (reliefs de type alpin ; forte activité tectonique), entravant les communications, et renforçant ainsi l'autarcie des cités. Toutefois le déterminisme géographique n'est pas la seule raison d'être de cette structure originale. Sa formation est un processus long et complexe.

La notion de polis peut ainsi recouvrir trois réalités superposables et peut apparaître comme :

  • une donnée sociale, comprise comme une communauté d'ayants droit, libres et autonomes, fortement structurée : le corps des citoyens.
  • une donnée spatiale, un site qui noue de manière insécable une ville à son territoire et un écosystème
  • un État souverain, doté de pouvoirs régaliens, qui joue un rôle sur la scène internationale[2].

Sommaire

Émergence, genèse et formation des cités

Définir le moment historique qui a vu l'apparition de l'organisation poliade est un objet de débat pour les historiens. Jusqu'au XIIIe siècle av. J.‑C., les palais mycéniens dominent la Crète, et représentent la forme la plus achevée de civilisation en Grèce. Puis ces éléments caractéristiques de la civilisation dite palatiale, disparaissent pour laisser la place à une civilisation mal connue des historiens, qualifiée de siècles obscurs. Le processus poliade a été sans doute amorcé dès cette époque, entre le Xe et le XIe siècle, plus particulièrement en Asie Mineure.
Cependant, Henri Van Effenterre, citant le cas de la ville de Gortyne, soutient que la polis existait dès l'âge du bronze et que cette organisation a coexisté avec la société palatiale[3]. D'autres historiens n'accordent le titre de polis qu'aux organisations du VIe siècle.

C'est au VIIIe siècle av. J.‑C. que des villes apparaissent, qui semblent dominer un terroir, où se soudent une communauté et dont la souveraineté est affirmée. Mais ce processus, initié vraisemblablement dès les siècles obscurs, ne devait connaître son achèvement qu'au VIe siècle, avec la formulation généralisée des droits et devoirs des citoyens.

Article connexe : Colonisation grecque.

Facteurs de l'émergence

Les cités se construisent lentement, par synœcisme, l'association de plusieurs villages proches en un centre commun. Souvent ce lieu est dominé par une colline, qui devient forteresse (acropole). L'évolution est différente selon chaque cité.

Petit à petit, la transmission par héritage du terroir provoque des inégalités, des tensions, dans un modèle encore peu affirmé. C'est une des causes du mouvement de colonisation qui apparaît au milieu du VIIIe siècle av. J.‑C.. Des Grecs partent d'Eubée, puis de l'ensemble de l'espace grec, pour aller fonder des cités, comme à Marseille (colonie de Phocée), Cyrène. À chaque fois, un centre urbain émerge. Les cités sont totalement indépendantes, mais se reconnaissent d'une même culture. Cette lente formation est restituée par les récits homériques, qui ont évolué à travers le temps et renvoient à un cadre matériel mycénien, et des structures politiques des siècles obscurs.

Organisation des cités

Le territoire était divisé en trois entités : l’astu, avec les édifices publics et l'habitat, la chora, qui réunissait les villages (nommés komai) ainsi que les terres arables. La troisième et dernière unité est l'eschatia, région couvrant les montagnes et les terres de mauvais rapport. Les remparts marquaient la limite entre agglomération et campagne. Ils avaient une valeur symbolique de puissance et d'indépendance. Dans les cités qui se trouvaient à proximité de la mer, il y avait aussi parfois la paralia, c'est-à-dire la côte et le port. L'ensemble constituait le territoire poliade.

Une cité n'avait pas toujours de centre urbain, comme Sparte. Celui-ci était souvent établi selon des axes de circulation, comme à Megara Hyblaea, voire selon un plan en damier (Le Pirée), plus évolué et plus tardif, que la tradition attribue à Hippodamos de Milet. Il contenait une forteresse (acropole) parfois à l'extérieur et une place du marché (agora). Cette dernière était le centre de la cité, y réunissait tous ses caractères : politiques, religieux et commerciaux, à tel point que son absence marquait pour Aristote un trait de barbarie. L'Acropole avait une fonction religieuse, elle est fortifiée, mais n'est plus le siège du pouvoir politique depuis le VIe siècle av. J.‑C.. Au Ve siècle av. J.‑C., certaines sont abandonnées, transformées en poste de garde.

Comme le formulait Aristote, la cité est groupe « d'animaux politiques » réunis par un choix - proairésis - de vie commune (Politique, 1252 - 1254). Cette vie commune est assurée et consolidée par la référence à un même passé mythique, à des héros communs, à des rites et des lois intégrées et partagées.
L'organisation de la cité est diverse, mais relève de trois principaux types de constitution : l'Oligarchie, la Tyrannie et la Démocratie, par ordre d'apparence. Ceux-ci évoluent, le but étant pour les Grecs de définir la meilleure politeia, concept qui allie la citoyenneté au mode d'organisation de la cité, deux choses sensiblement liées pour les Grecs.

Évolution de la cité grecque

Chaque cité se distingue par un panthéon différent, une politeia différente. La connaissance de la variété des organisations politiques, de l'éducation, des croyances religieuses restent vagues et limitée aux cités les plus célèbres et les plus influentes, dont Sparte et Athènes, très différentes.

À l'époque hellénistique

Les poleis ses sont affaiblies. Du moins, telle fut l'analyse qui prévalut pendant longtemps parmi les historiens. Cependant comme le remarque Claire Préaux, [4], « on a dit que la cité grecque était morte à Chéronée.[…] Ce qui est mort à Chéronée c’est le rêve d’un empire Athénien tandis que naissait une expansion de la culture de la cité grecque. » Plus loin, pour l'historien Richard Billows[5], la période hellénistique constitue même « une période centrale dans la vie des cités. »
Il existe cependant différents degrés de liberté et d'autonomie dans les créations poliades d'Alexandre et des Diadoques. Alexandre donne la liberté quand ses successeurs la garantissent. Le thème de la « liberté des Grecs » peut aussi, à l'occasion, devenir un thème de propagande. Les cités peuvent voir leur magistrats principaux nommés par les souveraines, se voir imposer des garnisons ou des impôts extraordinaires (comme l'impôt galatique).

Les cités conservent la plupart de leurs institutions - comme le serment de l'éphébie à Athènes -, leur traitement des étrangers, le service rendus aux citoyens. Les magistrats sont souvent, comme à l'époque classique, nommés ou élus. Certains mécènes cumulent parfois plusieurs fonctions. Reste que l'expansion géographique et quantitative du phénomène poliade est sans précédent depuis la période de colonisation archaïque.

Le principal changement se mesure en réalité dans la politique extérieure des cités qui sur ce point perdent une large part de leur autonomie quand elles gagnent en sophistication dans la gestion des affaires internes et dans la culture, la vie civique et les aménagements urbains.

Une des principales questions qui agitaient les cités fut celles de l'approvisionnement, préoccupation qui mit au premier plan les mécènes et les bienfaiteurs. L'évergétisme change de nature et de fonction, mais reste une compétition toute hellénique, proche des concours olympiques. Autre trait propre aux cités hellénistiques, la recherche de nouvelles alliances entre les cités et en particulier sous la forme d'accords d'isopoliteia, forme nouvelle de citoyenneté partagée.

À l'époque romaine

Les empereurs romains vont continuer à promouvoir ce système de la cité puisqu'elle permet à des régions éloignées de s'autogérer et donc de faciliter la gestion de l'Empire.

Malgré la création de provinces romaines, partout continuent à exister des cités à la grecque. Elles continuent à organiser elles-mêmes leur politique intérieure alors que la politique extérieure est aux mains de l'Empire romain.

Références

  1. Le mot grec polis a donné le mot politique (politics en langue anglaise) : dans la Grèce antique, les politai (citoyens) étaient les acteurs de la vie politique.
  2. Raoul Lonis, La cité dans le monde grec, op.cit. p. 7
  3. Henri van Effenterre, La Cité grecque. Des origines à la défaite de Marathon, Paris, Hachette, 1985
  4. Le Monde hellénistique, tome 2 : La Grèce et l'Orient, 323-146 av. J.-C.. Chapitre premier "Les villes"
  5. « Les cités » in Andrew Erskine, Le Monde hellénistique …, op. cit.

Sources

Bibliographie

  • Raoul Lonis, La cité dans le monde grec, structures, fonctionnement, contradictions, Nathan Université, 2e édition, 2000.

Évolution de la cité grecque

  • Richard Billows, « Les cités » in Andrew Erskine (sous la direction de), Le Monde hellénistique, Éspaces, sociétés, cultures 323-31 av. J.-C., Presses Universitaires de Rennes, 2004 (pp. 265-287).
  • Philippe Gauthier, Les cités grecques et leurs bienfaiteurs, Athènes-Paris, 1985 (BCH, Suppl. XII).
  • Philippe Gauthier, « Les cités hellénistiques : épigraphie et histoire des institutions et des régimes politiques », Actes du VIIIe congrès international d’épigraphie grecque et latine, Athènes, 3 – 9 octobre 1982, Athènes, 1984, pp. 82 – 107.
  • Claire Préaux, Le Monde hellénistique, tome 2 : La Grèce et l'Orient, 323-146 av. J.-C., PUF, collection Nouvelle Clio, 2002.

Voir aussi

Articles connexes

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