Place des Jacobins (Le Mans)

Place des Jacobins (Le Mans)
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Place des Jacobins
Image illustrative de l'article Place des Jacobins (Le Mans)
Vue à partir de la Cathédrale
Situation
Coordonnées 48° 00′ 30″ N 0° 11′ 58″ E / 48.0083074, 0.19937448° 00′ 30″ Nord
       0° 11′ 58″ Est
/ 48.0083074, 0.199374
  
Pays Drapeau de France France
Région Pays de la Loire
Ville Le Mans
Quartier Jacobins
Tenant Rue du 33ème Mobile
Aboutissant Rue Wilbur-Wright
Morphologie
Type Place semi-fermée
Forme Carré
Histoire
Création 1791
Anciens noms Place de la Promenade / Place du Marché-aux-Boeufs / Place de la .

Butte-aux-canons

Monuments Cathédrale - Jet d'Eau - Théâtre

Géolocalisation sur la carte : Pays de la Loire

(Voir situation sur carte : Pays de la Loire)
Place des Jacobins

La place des Jacobins est l'une des plus importantes du Mans, préfecture du département français de la Sarthe. Située en contrebas de la Cathédrale Saint-Julien, elle est limitée à l'est par le théâtre municipal aujourd'hui détruit et au sud par une Cité judiciaire moderne. Du couvent des Jacobins, auquel elle doit son nom, il ne reste que les quinconces. Ce fut probablement le premier lieu habité de la ville, avant même le vieux Mans et le forum romain, actuelle place Saint-Michel.

Sommaire

Histoire

À l'origine

Panorama d'un jour de marché, après la destruction du théâtre municipal

Initialement, c'était un vallon, appelé symboliquement « vallon d'Isaac » où, au Moyen Âge coulait un ruisseau, mince bras de la Sarthe toute proche dont on a, de nos jours, dévié le cours dans les égouts.

Dès l'époque gallo-romaine, comme ont pu le prouver les fouilles des années 1980 lors de la création de la cité judiciaire et du parking de l'Étoile, le site était habité. La première occupation gauloise aurait comporté des constructions en bois et en terre dont les restes ont été retrouvés au fond de l'ancien vallon. Puis, sous le règne de Claude, entre 41 et 54 de notre ère, on effectua des travaux de remblai et déblai pour l'aménagement de thermes publics, à l'emplacement actuel des sous-sols de l'École des beaux-arts. Ces découvertes témoignent de la romanisation de la ville par un effort d'aménagement de l'espace naturel.

Construction d'un amphithéâtre gallo-romain

Reconstitution archéologique du Mans selon différentes periodes

De l'époque gallo-romaine subsiste un important vestige sous le forme d'un amphithéâtre sur lequel nous possédons peu d'informations vraiment fiables. Son existence, si elle n'est pas spéculative, n'a d'abord été que le résultat d'une supposition ébauchée sous la Révolution avant sa disparition totale en 1833. On estime que le bâtiment faisait entre 100 et 110 mètres de diamètre, sans que nous sachions avec certitude si les gradins étaient disposés en cercle complet ou en demi-cercle. En outre, l'identification même de l'édifice pose problème. Le Courrier du patriote du 26 février 1792 a prématurément parlé d'amphithéâtre, alors que l'édifice ressemblait davantage à une véritable arène. De fait, les dénominations des rues alentours conservées depuis des décennies sont assez révélatrices : rue du Cirque, rue des Gladiateurs… La multiplication de plans et de croquis réalisés depuis la fin du XVIIIe siècle ont fait perdre jusqu'à aujourd'hui le véritable plan du site. Cependant, l'étagement naturel se prêtait sans aucun doute à un tel type de construction.

Le testament rédigé en latin d'un certain abbé Bertrand, daté de 616, signale bien la présence d'arènes non loin d'un champ de vignes : "Viniolas secus arenas". De fait, le site restera longtemps un vignoble, situé en contrebas sur une bute du vallon créée en même temps que les remparts au moment de la fortification. La conséquence de cette édification sera préjudiciable à l'expansion de la ville, intramuros difficilement expansible. Cependant, l'ensemble de l'actuelle place des Jacobins est occupé par la vigne irriguée par le « Merdereau » et par quelques cultures que permet un sol marécageux.

Aménagements religieux du Moyen Âge

Tour de la cathédrale au Nord de la place

La Cathédrale Saint-Julien, célèbre pour son chœur gothique, construite à partir de 1090, est consacrée en avril 1254. Il a fallu pratiquer une brèche dans la muraille à l'occasion de son édification. On construit des couvents dès la fondation des ordres mendiants : le couvent des Jacobins à l'est de la place en 1219 et le couvent des Cordeliers en 1231. Ils contiennent des jardins et des vignes réparties dans l'enceinte de leurs clôtures. Tout à l'est, à l'extrémité sud des murailles, se dressait le château. On prolonge les remparts au nord-ouest de la place actuelle, au début de la guerre de Cent Ans pour protéger les différents bâtiments épiscopaux proches de la Cathédrale. La tour du forgeur élevée entre 1354 et 1356 existe toujours. Sa pendante, la tour des Cordeliers, montée en 1417 a disparu. L'actuelle place des Jacobins devient alors un rempart contre un éventuel assaillant. On détruit des maisons pour creuser des tranchées. La place perdra alors progressivement son caractère défensif après la défaite de 1425. L'église Saint-Ouen est détruite et la place laissée vacante entre les portes de la ville et les couvents sert pour les fêtes populaires et religieuses. Deux événements marquants en témoignent : la grande procession de 1491 et la béatification de Pie V en 1713. La place des Jacobins devient donc le centre de la vie sociale mancelle.

Les prémices

Le moine franciscain Olivier Maillard fait combler le vallon qui subsistait entre le couvent des Jacobins et les murs d'enceinte. Il est probablement le premier à tirer parti de l'espace ainsi gagné qu'il utilise lors de sa prédication de juillet 1490. L'expérience s'avérant concluante, la foule sera de nouveau rassemblée pour la fête de la Nativité en 1539 et pour la représentation d'un drame religieux : Le Miracle de Théophile. Ce dernier événement a d'autant plus marqué les esprits que les cloches de la cathédrale, pour la première fois de leur existence, sont restées muettes pour ne pas déranger le spectacle. L'histoire ne fait état d'aucune autre représentation.

Le remblai est supprimé en 1589 par les Ligueurs, dans le but d'améliorer les défenses de la ville. Ils font creuser des fossés afin d'assurer la protection des nouvelles pièces d'artillerie. Étienne Martellange dresse un plan des lieux en 1624. À défaut de l'original, il est parvenu jusqu'à nous sous la forme d'une copie gravée exécutée au XVIIIe siècle. En 1687, on aplanit la partie occidentale devant les couvents pour la transformer en marché mais malgré les travaux effectués en 1689, on préférera l'installer un peu plus en contrebas, sur l'actuelle place de l'Éperon.

Mgr Louis de La Vergne-Montenard de Tressan 1670-1733 aménage un mail planté de quatre rangs d'ormeaux, fait abaisser la muraille et pratiquer une porte cochère afin d'obtenir une sortie directe de son évêché sur ce qui est alors la « promenade des Jacobins ». Sur l'actuelle place du jet d'eau, se situait un jardin clos appartenant au Chapitre. Les premiers espaces verts apparaissent au XVIIe siècle parallèlement à l'aménagement de la place des Jacobins et de celle de l'Éperon, formant un débouché direct de la muraille sud-ouest.

Une naissance républicaine

Place du Jet d'eau au nord

La place naît sous la Révolution. Dès 1790, on veut détruire le grand mail qui occupe l'espace. C'est ainsi que Louis Bruyère, tout jeune diplômé des ponts et chaussées fait ses classes au Mans. La mise en vente des biens du clergé pour renflouer les caisses de l'État arrange les affaires du sous-ingénieur. La ville acquiert les deux couvents et commence l'aménagement de promenades. Bruyère en a la charge sous l'autorité de la ville et du nouveau conseil départemental, appelé assemblée départementale. Dès le 25 janvier 1792, juste après l'autorisation officielle, il se met au travail. Le jeune promu des ponts et chaussées, véritable penseur des Quinconces des Jacobins, réalise des nivellements sur 4 hauteurs prenant comme base basse le fond de l'ancien « vallon d'Isaac ». Tout autour, il dispose de multiples rangées d'arbres. Cet embellissement est d'autant mieux perçu qu'il répond à la crise économique que subit la jeune république. Dès le 30 janvier 1792, la ville engage 200 ouvriers. Les salaires sont fixés entre 8 et 10 sols. Les travaux sont interrompus en 1793 à cause de la guerre et des insurrections vendéennes qui touchent la ville.

La place des Jacobins restera définitivement marquée par le massacre de toutes les captives vendéennes à la suite de la reprise de la ville le 13 décembre par les troupes de Westermann. On attribue le carnage à un certain Pottier, alors maire du Mans. Ce bourreau fit tirer sur une trentaine de femmes et d'enfants après les avoir fait déshabiller, rouer de coups et parfois torturer. André Pierre Ledru relatera l'événement avec précision. Ces femmes avaient été ramenées de Bonnétable et la tuerie a été commandée en guise de représailles après que l'une des prisonnières a dégainé et tenté d'atteindre un hussard. Les troupes républicaines se sont alors laissées déborder par un peuple manceau rempli de haine. Après le massacre, on a creusé une fosse commune au pied des murs d'enceinte. En réalité, des fouilles ont prouvé l'existence de quelque 2 000 cadavres répartis en 90 tombereaux, c'est-à-dire bien au-delà du nombre de victimes du 13 décembre. En fait, enterrés trop près de la surface dans des conditions d'hygiène épouvantable, les corps n'ayant pas été consumés par la chaux, les bactéries se sont rapidement multiplié et propagé, ce qui causera une énorme épidémie. On a retiré ensuite les dépouilles du puits des Jacobins et des fosses des Promenades.

Le centre d'un quartier

Statue en hommage à Wilbur Wright sur la place des Jacobins

Louis Bruyère démissionne en janvier 1793. Sa carrière se poursuivra à Paris avec brio. Son œuvre dans la cité des Plantagenêts ne sera achevée que sous l'Empire avec la démolition totale du couvent des Jacobins en 1808. L'espace libéré dès 1794 était entièrement tourné vers le commerce et tout spécialement le marché aux bestiaux. La partie centrale de la place que l'on connaît aujourd'hui prit alors le nom de « place du Marché-aux-Bœufs ».

C'est également dans ce tournant de siècles que s'installe la première grande bourgeoisie moderne du Mans. Aux alentours de la promenade sont construites de luxueuses demeures. Les actuelles rue Bruyère, rue du 33e Mobile, rue des Arènes ou rue du Cirque voient fleurir de petits pavillons. Naît le nouveau quartier bourgeois d'abord dit « des Promenades » puis des « Jacobins ».

Aux XIXe siècle et au début du XXe siècle, le quartier des Jacobins constitue le nouveau centre économique de la ville dans une période où ruralité et industrie vont se côtoyer pour plusieurs décennies. L'historien Joseph Guilleux, comme beaucoup d'autres, voit dans cette place le « troisième pôle de la ville » après la vieille ville et la place des Halles (actuelle République). Mise à contribution dans une dynamique commerciale et comme symbole de la cité, la place offre au promeneur le spectacle magnifique de la cathédrale Saint-Julien, son joyau, trésor de la cité tout entière.

Dès la fin du XIXe siècle et tout au long du XXe siècle, les municipalités successives vont faire de la place des Jacobins un espace privilégié pour des événements divers et variés. S'y tiendront les expositions internationales de 1889 et de 1911. On y accueillera triomphalement les soldats américains lors des Première et Deuxième Guerres mondiales. Dans un autre registre, l'une des festivités les plus populaires de la ville, après les 24 Heures du Mans, sera longtemps les 4 jours du Mans, à la fois fête foraine, foire et spectacles de haute qualité en soirée se terminant parfois par un feu d'artifice.

Pendant tout le XIXe siècle, les maires s'attacheront à aménager autour de la place suffisamment de voies de communications pour permettre des liaisons rapides aux points névralgiques de la ville. Dans la seconde moitié du XXe siècle en même temps que le Vieux-Mans s'assagissait et s'embourgeoisait, la place des Jacobins cèdait son caractère festif aux impératifs administratifs avec la construction d'une Cité judiciaire.

Les municipales de 2008 n'ont étrangement pas échappé à cette multitude de restructurations urbaines avec la destruction du théâtre des Jacobins, remplacé par un multiplexe « Opéra-Théâtre-Cinéma Gaumont&Pathé ».

Une nouvelle place en 2013

Le 19 décembre 2008, le permis de construire était signé pour un « Espace culturel Jacobins » en remplacement du théâtre municipal détruit en décembre 2009, dont on a gardé les sept statues de bronze doré d'André Bizette-Lindet. Prévu pour une mise en service en 2013, le futur équipement accueillera un nouveau théâtre (822 places), des salles de cinéma (11 salles ; 2100 places), un espace polyvalent de 305 m2, une salle de répétition de 300 m2, un lieu d'exposition de surface équivalente et un parking souterrain de 610 places.

Le jeudi 30 juin 2011 une représentante de l'agence d'urbanisme Richez présentait les projets d'aménagement de la place des Jacobins aux élus du Mans Métropole réunis en conseil.

La place sera traversée par la 2e ligne de tramway qui reliera la Préfecture à Bellevue, les Hauts de Coulaines. Outre la création de deux esplanades pour atténuer la pente naturelle de la place, la maison Richez s'est engagée à mettre en valeur la cathédrale, le futur espace culturel et à conserver les marchés de plein-vent traditionnels.

Évènements

Centre commercial des Jacobins

Parmi les évènements locaux d'une certaine importance on retiendra :

  • Les événements militaires

Les compagnies de la Garde nationale se réunissaient sur la place au XIXe siècle. Les revues s'y sont déroulées tout au long du Second Empire et de la Troisième République. Charles Suan a immortalisé la revue de 1848 avec une huile sur toile, aujourd'hui propriété des musées du Mans.

Les prises d'armes de la cérémonie du 14 juillet se sont déroulées dès 1880. La dernière revue de troupes a été effectuée le 14 juillet 2000.

On a opéré la mobilisation des deux guerres mondiales sur la place occupée à l'automne 1914 par des véhicules anglais pour la circonstance.

  • Les événements sportifs

La YMCA a organisé des matchs de boxe aux alentours de la Première Guerre mondiale.

Le 29 mai 1910 la grande arrivée de la course vélocipédique Paris-Le Mans eut lieu sur la place.

De nos jours, les 24 Heures du Mans automobiles occupent la place une fois par an pendant plusieurs jours. Outre le pesage des véhicules, des défilés et présentations se succèdent pendant une semaine devant des milliers de spectateurs.

  • Les événements politiques

Le 14 juillet 1792, des manifestants manceaux y défendent le mouvement révolutionnaire. Le 14 juillet 1935, le parti socialiste appelle à un des plus grands rassemblements jamais effectués.

Le 7 août 1843, le duc de Nemours, fils de Louis-Philippe rend visite aux Manceaux.

Le mardi 22 août 1944, quinze jours après la libération du Mans, le général de Gaulle s'adresse aux Manceaux du haut d'un balcon du théâtre municipal.

Accessibilité

Ce site sera desservi par une station de Tramway, inauguré le 17 novembre  2007, après le nouvel aménagement en projet. La place sera sur la ligne 2 entre Bellevue et « Espal - Arche de la nature » (Terminus). Cette nouvelle ligne partira de la rue de Londres, à Coulaines et rejoindra la ligne actuelle au niveau de la préfecture. La place sera alors interdite aux voitures. La station devrait s'appeler « Éperon, Cité Plantagenêt ».

Bibliographie et médias

Écrits sur le sujet

  • Didier Travier, Les Jacobins, urbanisme et sociabilité au Mans, Le Mans, Éditions de la Reinette, 2007 (ISBN 978-2-913566-47-7)
  • Anonyme, Extrait du Moniteur de l'Ouest, Réflexions d'un habitant du Mans, sur les projets de rues dites d'accès de la gare, à la place des Jacobins et à la place de l'Étoile, Le Mans, Impr. de Beauvais et Vallienne, 1866 (notice BNF no FRBNF36485407)
  • Anonyme, Mémoire sur la nécessité d'un Marché couvert, à construire en remplacement du marché aux Bestiaux sur la place des Jacobins, et sur l'utilité d'en confier la construction à la spéculation, à Monsieur le Maire et à Messieurs les membres composant le Conseil municipal de la Ville du Mans, 1867 (notice BNF no FRBNF33480282).
  • Albert Guillier, Note sur un sondage exécuté au Mans sur la place des Jacobins, Le Mans, impr. de E. Monnoyer, 1869 (notice BNF no FRBNF30559117)
  • Mathurin-Joseph-René Richard, Notice sur le tunnel entre le Pont-Yssoir et la place des Jacobins, au Mans, Le Mans, impr. de E. Monnoyer, 1877 (notice BNF no FRBNF31211023)
  • Robert Riger,(1856-1927), président de la Société historique et archéologique du Maine, membre non résidant du Comité des Travaux historiques et scientifiques, Le Collège de l'Oratoire au Mans, et les vieilles maisons entre l'Oratoire et l'Abbaye de Saint-Vincent, 22 plans ou dessins dont 14 dessins de M. P. Cordonnier-Détrie, Le Mans, Impr. Ch. Monnoyer, 1925 (notice BNF no FRBNF34119252)

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