Pierre II Mignard


Pierre II Mignard

Pierre II Mignard (1640-1725 à Avignon), dit « le chevalier Mignard », peintre et architecte.

Fils du peintre et graveur français Nicolas Mignard et neveu du peintre Pierre Mignard.

Sommaire

Biographie

Fils aîné du peintre Nicolas "Mignard d'Avignon", Pierre II Mignard est né dans cette ville le 20 février 1640. Après de solides études au collège des Jésuites, il accompagne en 1658 son oncle et homonyme Pierre "Mignard le Romain", qui rentre de Rome à Paris et s'est arrêté quelques mois chez son frère.

À Paris, Pierre II obtient rapidement un brevet de peintre de la Reine (1662), puis assiste son père, que Louis XIV a appelé dans la capitale, dans le décor du petit appartement bas du Roi au palais des Tuileries. C'est lui qui achève cet important cycle de peintures sur le thème d'Apollon après la mort de son père en 1668. L'année suivante, il est mandaté par Colbert pour lever les plans et dessins des antiquités de Provence. À peine ce travail achevé, Colbert l'envoie en Italie pour un voyage d'études de plusieurs mois en compagnie de son propre fils, le marquis de Seignelay, et du mathématicien et architecte François Blondel. Rentré à Paris, il est le 31 décembre 1671 parmi les six fondateurs de l'Académie royale d'architecture, dont il suit ensuite les travaux avec une remarquable assiduité.

Pour une raison inconnue, Mignard quitte la capitale au printemps 1679 et revient s'installer à Avignon, où il mettra en application son double talent de peintre et d'architecte. Il y élèvera des hôtels particuliers, des monuments publics et nombre d'édifices religieux, dont certains se pareront en plus de toiles de sa main. Dans une ville où l'architecture est encore dominée par des artistes de la génération précédente, comme Louis-François de Royers de la Valfenière, il introduit la simplicité et le "grand goût" de l'art du Roi-Soleil ; ses œuvres empreintes de majesté et de noblesse ne dédaignent pas les références à François Mansart, envers qui l'Académie Royale d'Architecture témoigna longtemps du plus grand intérêt.

Un de ses plus remarquables chantiers est l'abbaye de Montmajour, où il construit à partir de 1703 un bâtiment neuf pour la Congrégation de Saint-Maur. Son projet, extrêmement novateur et ambitieux, ne pourra être mené totalement à bien et c'est un bâtiment partiellement inachevé que la Révolution détruira à la fin du siècle, nous privant ainsi d'un jalon remarquable et très précoce de l'évolution de l'architecture monastique au XVIIIe siècle.

En 1701, pour le remercier des services rendus à la vice-légation - outre ses travaux édilitaires, il a arbitré des litiges avec les officiers du roi à propos des digues du Rhône - le pape le fait chevalier de l'Ordre du Christ.

Alors que son activité est à peine ralentie par l'âge, Mignard est victime en 1716 d'une attaque cérébrale qui le laisse pour quelque temps hémiplégique et interrompt brutalement sa carrière artistique. Il décède en 1725 et est enterré dans l'église Saint-Agricol d'Avignon où se trouve toujours son monument funéraire ; outre son portrait en médaillon, on y voit une longue épitaphe qui rappelle ses nombreux titres et sa filiation artistique[1].

Œuvres architecturales

Œuvres conservées :

  • 1680, portail de l'hôtel de Guyons de Crochans à Avignon (actuelle maison Jean Vilar)[2].
  • 1681, bâtiment de la Charité de l'Isle sur la Sorgue.
  • 1684 - 1685, hôtel de Tonduty, rues Petite Fusterie et Joseph Vernet à Avignon (avec un important décor de toiles, abusivement attribuées à son père Nicolas).
  • 1684, porte de ville de Beaumes de Venise[3].
  • 1687, hôtel de Madon de Châteaublanc, rue Banasterie à Avignon[4].
  • 1687, hôtel de Vervins (ancienne livrée cardinalice de Saint-Martial), voisin et réplique du précédent[5], actuel Hôtel de la Mirande, place de la Mirande à Avignon[6].
  • 1694, sacristie de l'église Saint-Agricol d'Avignon, avec ses boiseries[7].
  • 1696, clocher de l'église de Mormoiron.
  • 1696, maître-autel de l'église Notre-Dame de Grâces à Rochefort du Gard.
  • Fin XVIIe, reconstruction de l'abbaye Saint-André à Villeneuve-les-Avignon[8].
  • De 1698 à 1704, travaux multiples au Collège du Roure.
  • 1702, plafond du grand escalier de l'Hotel-Dieu d'Avignon[9].
  • 1703, abbaye de Montmajour, dépendant de la Congrégation de Saint-Maur comme Notre-Dame de Grâces et Saint-André.
  • 1703, abside de l'église de Malaucène.
  • 1704-1705, reprise des façades du Collège Saint-Nicolas d’Annecy à Avignon[10].
  • 1706, hôtel Sylvecane de Camaret rue de la Bonneterie à Avignon (bâtiment largement modifié dans les années 30)[11].
  • 1707, reprises au couvent des Ursulines Royales (actuelle maison du Roi René ) à Avignon, avec les maîtres-maçons François et Jean-Baptiste Franque père et fils[12].
  • 1708, église de Bédoin (achevée longtemps après son décès par son élève Pierre Thibault et par Jean-Baptiste I Péru).
  • 1710, hôtel Elzéar de Capellis (plus tard Desmarez de Montdevergues, actuel siège du Conseil Général de Vaucluse) à Avignon, avec les maîtres-maçons François et Jean-Baptiste Franque père et fils[13].
  • 1713, tribunes de l'église de Courthézon[14].

Œuvres disparues :

  • 1674, retable de la chapelle Saint-François de Salles de l'église des Visitandines d'Avignon[15].
  • 1679, boiseries, stalles et lambris de la chapelle des Pénitents Blancs d'Avignon, aussitôt considérée comme la plus richement décorée de la ville ; les sculptures étaient de Jean Péru[16].
  • 1682, porte d'Avignon (dite porte Saint Louis) à l'Isle sur la Sorgue, également sculptée par Jean Péru (détruite sous la Révolution).
  • 1683, stalles et boiseries de la Cathédrale Notre-Dame des Doms d'Avignon.
  • 1683, boucherie de la place de l'Horloge à Avignon, détruite en 1748 par Jean-Baptiste Franque qui la reconstruit rue du Vieux Sextier[10].
  • 1684, porte Saint-Michel à Avignon (détruite par Viollet le Duc).
  • 1708, lambris et stalles du couvent de la Miséricorde à Avignon[17].
  • 1713, tombeau des Galléans-Gadagne dans l'église de Châteauneuf de Gadagne[18].

Attributions vraisemblables :

  • L’hôtel de Brantes, 1687, au 2 rue Petite-Fusterie à Avignon[10].
  • L’hôtel de Bassinet (puis des Taillades), 1704, rue Joseph Vernet à Avignon[19].

Attributions traditionnelles erronées :

  • Chateau de Barbentane, œuvre de Louis-François de la Valfenière[20].
  • Monastère moderne de Saint-Martial, œuvre de Paul Rochas[21].

Œuvres diverses :

  • 1681, dresse un projet pour l'église paroissiale de Bolléne, dont la construction ne sera entreprise que dans les années 1730, poursuivie par Jean-Pierre Franque en 1787 puis achevée par Prosper Renaux au XIXe siècle[22].
  • 1683, le 26 mars il se rend avec le vice-légat François Nicolini à la fontaine de Vaucluse, pour constater le niveau anormalement bas des eaux[23].
  • 1685, projette le percement de deux voies nouvelles dans la ville d'Avignon, dont l'une, de la place de l'Horloge au rempart Sud, préfigure la rue de la République[24].
  • 1686, dessine les décors peints pour l'entrée solennelle de l'Archevêque Mgr Montecatini[25].
  • 1687, lève en compagnie du père Bonfa, mathématicien jésuite, une carte du Comtat - elle sera gravée plus tard par Louis David[26].
  • 1691, intervient auprès du Président des États du Languedoc au sujet du cours du Rhône[27].
  • 1701, donne conjointement avec Jean Péru le dessin des décors peints pour l'entrée solennelle à Avignon des ducs de Berry et de Bourgogne, petits-fils de Louis XIV.

Peintures et dessins

  • Martyre de saint Denis, saint Eleuthère et saint Rustique, dessin, Musée Calvet à Avignon[28].
  • Martyre de saint Denis, saint Eleuthère et saint Rustique, toile, église paroissiale de Châteaurenanrd (13).
  • Ascension du Christ avec les quatre docteurs de l'église latine, dessin, Musée Calvet à Avignon[29].
  • Ascension du Christ avec les quatre docteurs de l'église latine, toile, signée et datée 1674, Collégiale de l'Isle sur la Sorgue.
  • Décor de l'hôtel de Tonduty, série de toiles sur le thème des quatre saisons et d'Apollon, Musée Calvet à Avignon (dont une toile déposée à la Préfecture de Vaucluse).
  • Jésus remettant les clefs à saint-Pierre, toile (faisant partie, avec les trois suivantes, du décor peint vers 1710 pour les Pénitents Blancs d'Avignon), Musée Calvet à Avignon
  • Le Christ ressuscité apparaissant aux femmes, toile, Musée Calvet à Avignon
  • Les pèlerins d'Emmaüs, toile, Musée Calvet à Avignon
  • L'incrédulité de saint Thomas, toile, Musée Calvet à Avignon
  • Saint Pierre repentant, toile, Pénitents Noirs d'Avignon
  • Sainte Madeleine, toile, Pénitents Noirs d'Avignon
  • Portrait d'homme en armure, peinture[30].

Notes et références

  1. A.N. Dezalliers d'Argenville, "Vie des Fameux architectes...", Paris 1787, et Alain Breton, "Un artiste du Roi à Avignon", in Revue du Musée Calvet, 2003
  2. Archives de Vaucluse, notaire Pons 1729 f° 436 (1er juillet 1680)
  3. Inédit
  4. (fr) http://www.mairie-avignon.fr/fr/culture/visites/visite3.php
  5. (fr) http://www.mairie-avignon.fr/fr/culture/visites/visite1.php
  6. (fr) http://fr.structurae.de/persons/data/index.cfm?id=d003984
  7. Archives de Vaucluse, notaire J.E.Brisemeur f° 42 (6 avril 1694)
  8. (fr) http://www.mairie-avignon.fr/fr/culture/visites/visite5.php
  9. Archives hospitalières de Vaucluse, Ste Marthe E9 (15 avril 1702)
  10. a, b et c (fr) http://www.mairie-avignon.fr/fr/culture/visites/visite2.php
  11. Archives de Vaucluse, notaire J.D.Mounier f° 338 (17 mars 1706)
  12. Archives de Vaucluse, notaire J.J.Bellon f° 162 (2 juillet 1717)
  13. Archives de Vaucluse, notaire Bellon f° 240 (3 juin 1710)
  14. Robert Bailly, dictionnaire des communes de Vaucluse
  15. Archives de Vaucluse, notaire Pons 1723 f° 554.
  16. Les 4 tableaux peints par Mignard pour cette chapelle entre 1708 et 1712 sont au Musée Calvet
  17. Notaire A.C.Causan, f° 156 (4 juillet 1708)
  18. Notaire M.B. Hugonis, f° 210 (15 mai 1710)
  19. Joseph Girard, "Avignon, son histoire, ses monuments", 1933
  20. Alain Breton, "Une œuvre inconnue de Louis-François de la Valfenière", in Annuaire de la Société des Amis du Palais des Papes, 1996.
  21. Alain Breton, "A Saint-Martial, deux œuvre baroques méconnues", in Annuaire de la Société des Amis du Palais des Papes, 1987
  22. Archives communales de Bollène
  23. Jules Courtet
  24. François Chassenet, Lettre historique... à la suite du Fléau Aquatique, Avignon 1756
  25. Archives communales d'Avignon, II 130 f° 218 (26 octobre 1686)
  26. Archives communales d'Avignon, AA 81 (26 avril 1687)
  27. Archives communales d'Avignon, délibérations du conseil 1691-1696, F° 29 et s
  28. (fr) http://www.latribunedelart.com/Musees/Musees_2008/Mignard_Denis.htm
  29. (fr) http://www.latribunedelart.com/Musees/Musees_2008/Mignard_Ascension.htm
  30. (fr) http://web.artprice.com/ps/artitems.aspx?idarti=MTIwODE3OTEzNDIxNjc=&page=100000

Bibliographie

  • C.F.J. Barjavel, Dictionnaire historique, biographique et bibliographique du département de Vaucluse, T. I et II, Carpentras, 1841.
  • Bernard Oudin, Dictionnaire des architectes, Éd. Seghers, Paris, 1994. ISBN 2232103986 (page 177)

Liens externes


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