Pierre Celoron de Blainville


Pierre Celoron de Blainville

Pierre Céloron de Blainville

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Pierre Joseph Céloron de Blainville (parfois appelé par confusion "Céloron de Bienville") (1693-1759) était un officier et explorateur français, né en Nouvelle-France. Il commanda plusieurs forts français dans la région stratégique des grands lacs (le Fort Michillimakinac, le Fort du Détroit, le Fort Niagara). Il reste surtout connu pour son exploration de l'Ohio (1749), qu'il revendiqua au nom du roi de France. Cette expédition à la fois géographique et diplomatique s'inscrit dans les prémisses de la Guerre de Sept Ans en Amérique.


Sommaire

Biographie

Fils de Jean-Baptiste Céloron de Blainville, capitaine dans les troupes de la Marine, à qui fût concédé le fief de Blainville au Canada, et d'Hélène Picoté de Belestre, Pierre Céloron de Blainville devient à son tour officier: cadet en 1707, enseigne en 1712, enseigne en pied en 1715, lieutenant en 1731, capitaine en 1738.

Il est commandant de poste à Fort Michillimakinac de 1734 à 1742 et participe à la guerre contre les Chicachas de 1739-40. C'est Pierre Le Moyne de Bienville, gouverneur de la Louisiane, qui lance en 1739 une vaste campagne contre cette redoutable nation amérindienne plutôt pro anglaise, et radicalement anti française, connue aujourd'hui sous son nom anglais, les Chickasaw. Céloron de Blainville commande alors le détachement de l'Ouest, formé de 200 Canadiens, et de 300 Amérindiens, et c'est grâce à son action décisive que les Français évitent la défaite et parviennent à une paix négociée. Ses faits d'armes valent à Céloron de Blainville d'être décoré de la Croix de Saint Louis en 1741.

En 1741, au grand regret des chefs Outaouais des environs de Fort Michillimakinac, il est nommé commandant du fort du Détroit, où il se heurte aux négociants en fourrures, qui obtiennent du gouverneur général du Canada, Charles de la Boische, marquis de Beauharnois, sa mutation à Fort Niagara, en 1744. Se heurtant là aussi aux négociants, il est rappelé à Québec en 1745, alors que la Troisième Guerre intercoloniale, volet américain de la guerre de Succession d'Autriche a commencé depuis un an.

En 1745, le voilà commandant du Fort Saint Frédéric, poste avancé de la ligne de défense française sur le lac Champlain.

Mais en 1748, à l'instigation d'Orontony, un chef huron de la région du Détroit, la révolte gronde chez les nations amérindiennes de l'Ouest, tentées de se rapprocher des Anglais et des Iroquois. Céloron de Blainville est dépêché sur place, et selon le nouveau gouverneur général, Rolland-Michel Barrin, Comte de La Galissonière, les « sauvages » auraient été subjugués par le calme inflexible de Céloron de Blainville, qui d'ailleurs, avait jadis joui de leur confiance.

En 1749, la guerre à peine achevée, Céloron de Blainville conduit une expédition sur le fleuve Ohio, appelé aussi à l'époque la Belle Rivière, à la tête d'un peu plus de 200 hommes des troupes de la Marine et de la Milice Canadienne et d'une cinquantaine d'alliés amérindiens, dans le but de chasser les négociants anglais de la région, et de punir Orontony.

En ce milieu du XVIII°s, la Belle Rivière représente un enjeu stratégique et commercial où vont se cristalliser dramatiquement les rivalités franco-anglaises en Amérique du Nord. La Valleée de l'Ohio représente en effet un axe majeur pour les Français, permettant de relier rapidement le Canada à la Louisiane, en rejoignant plus facilement le Mississippi que par les Grands Lacs, tout en bloquant l'expansion des colonies anglaises vers l'ouest. Pour les Anglais, ce territoire est justement une voie de pénétration de l'intérieur du continent, permettant l'accès des négociants britanniques au marché des fourrures des Grands Lacs. Ces derniers ont d'ailleurs bousculé le monopole français à l'occasion de la récente guerre, en installant des postes de traite et en cassant les prix. Les spéculateurs fonciers de Virginie et de Pensylvannie forment déjà des sociétés afin de mettre le territoire en coupe réglée. Quant aux puissants Iroquois, ces derniers considèrent les nations de la Vallée de l'Ohio comme des tribus clientes, c'est à dire vassales.

Céloron de Blainville et sa troupe quittent Montréal le 15 juin 1749, gagnent le lac Erié, via Niagara, puis empruntent le Portage des Français jusqu'au lac Chautauqua, d'où ils gagnent la rivière Allegheny, puis l'Ohio proprement dit jusqu'au confluent du fleuve et de la Rivière à la Roche (aujourd'hui Great Miami). Ils reprennent ensuite vers le nord, en septembre, et atteignent Fort Miami, poste avancé au sud du lac Erié, pour regagner Montréal en novembre, après un périple de cinq mois et 18 jours à travers une région hostile dont on ne possédait aucune carte.

Durant cette campagne, Céloron de Blainville, dont la mission essentielle est d'affirmer la souveraineté française sur le bassin de l'Ohio, marque le territoire, à au moins six reprises, au moyen de plaques gravées aux Armes de France: à chaque fois, il fait clouer une plaque de cuivre sur un arbre et fait enterrer conjointement une plaque de plomb sur la rive du fleuve. Un procès verbal était dressé, dont on peut lire encore l'un des exemplaires aux Archives du ministère de la Marine, à Paris: ""L'an 1749, nous Céloron, chevalier de l'Ordre Royal et Militaire de Saint Louis, commandant un détachement envoyé par ordre du Marquis de la Gallissonière, Gouverneur du Canada à l'Ohio, en la présence des principaux officiers du détachement, ai enterré ici une plaque de plomb, et en ce même lieu ai fixé à un arbre les Armes du Roi. En foi de quoi nous avons dressé, avec les officiers le présent Procès Verbal, en notre camp, le 18 août 1749."

Trois plaques de plomb ont été retrouvées: deux en fort mauvais état , mais la troisième, celle de Point Pleasant, ville de Virginie Occidentale située au confluent de l'Ohio et de la Kanawha était bien conservée.

Quant aux plaques de cuivre, signe de l'échec de la mission de Céloron de Blainville, elles sont rapidement arrachées des arbres par des Iroquois en colère.

Céloron de Blainville est, en effet, allé d'échec en échec sur le plan diplomatique. Les négociants anglais rencontrés sur les bords de l'Ohio ont refusé de rentrer chez eux, et n'ont pas fait grand cas de la lettre de protestation contre la violation du territoire français, adressée gouverneur de Pennsylvanie, que le commandant français leur a remise. Céloron de Blainville a eu ensuite la mauvaise surprise de constater que les Miamis, les Tsonnontouans, et les Chaouanons(appelés aujourd'hui Shawnees) de la vallée de l'Ohio ont davantage pris le parti des Anglais qu'on ne le craignait à Québec. Il se heurte soit à leur indifférence, soit à une franche hostilité. En septembre, le chef Miami Memeskia, dit La Demoiselle lui oppose une fin de non recevoir. Quant à Orontony, il ne sera ni arrêté, ni châtié, mais il mourra de maladie un an plus tard, chez ses alliés de l'Ohio.

Si Céloron de Blainville, et son cartographe le père jésuite Joseph Pierre de Bonnecamps, ont la satisfaction d'avoir exploré ce vaste territoire en ne perdant qu'un seul homme, victime d'un accident de canoë, les renseignements que l'expédition rapportent indiquent clairement que le crédit de la France est au plus bas dans la contrée visitée, et que l'Ohio est perdu si l'on ne remédie pas rapidement à la situation. Le rapport de Céloron recommande l'installation de coûteux ouvrages militaires dans la vallée.


De 1750 à 1753 Céloron de Blainville est à nouveau chargé du commandement du fort du Détroit. Le commandement de ce fort était un peu une affaire de famille puisqu'il avait été cofondé, avec Antoine de Lamothe-Cadillac, par l'oncle de sa femme, Alphonse de Tonty, et qu'il serait commandé en 1758-1760 par son cousin François-Marie Picoté de Bélestre.

En attendant, dès 1751, le nouveau Gouverneur Général du Canada, Jacques-Pierre de Taffanel, marquis de la Jonquière, le charge d'une mission découlant directement du rapport alarmant de son expédition : il doit rapidement former une armée de Canadiens et d'alliés amérindiens, afin d'aller mater les nations récalcitrantes de la Belle Rivière, en particulier les Miamis de Memeskia, dit La Demoiselle. Mais Céloron refuse, arguant de la nécessité d'un minimum de 1800 soldats, et de conséquences incalculables en cas d'échec. La mission sera finalement confiée, en 1752 au métis franco-outaouais Charles Michel de Langlade, qui la mènera à bien avec moins de 300 hommes: 30 Français et 210 Outaouais. La Jonquière, irrité, et conforté par les plaintes des riverains du fort, finit par obtenir son rappel, et le successeur de La Jonquière, Michel-Ange Duquesne de Menneville, le nomme commandant militaire de Montréal.

Les recommandations du rapport de son expédition seront finalement suivies par le gouverneur Duquesne, lequel envoie en 1753 une armée forte de 2000 Franco-Canadiens et de 200 alliés Amérindiens, édifier une chaîne de forts dans la région de l'Ohio: Fort Presqu'Isle, Fort Le Boeuf, et Fort Machault. Les événements se précipiteront ensuite avec l'échec de la mission de protestation contre Fort Leboeuf,confiée par les Virginiens au jeune colonel George Washington, l'édification d'un fortin anglais par le capitaine Trent au confluent de la Monongahela et de l'Ohio, sa destruction par les Français, qui le remplacèrent par Fort Duquesne (aujourd'hui Pittsburg, en Pennsylvanie). C'en est trop pour les Anglais qui renvoient, en 1754, Washington dans la région avec le chef iroquois Tannaghrisson. S'ensuivent l'affaire désastreuse du massacre de Jumonville, et la malheureuse construction de Fort Necessity, vite rayé de la carte par les Français. Débarque alors en provenance d'Angleterre la formidable armée du général Edward Braddock, laquelle marche sur Fort Duquesne, en 1755. La guerre de Sept Ans (1756-1763] n'est pas encore déclarée en Europe, qu'elle a déjà commencé en Amérique, conséquemment à l'application des recommandations de Céloron.

On ne sait rien de plus de la carrière de Céloron de Blainville, si ce n'est qu'il s'éteint, à Montréal, le 12 avril 1759, en pleine guerre de Sept Ans, sans s'être enrichi au service du Roi.

On sait aussi qu'il s'était marié deux fois : à Marie-Catherine Blondeau, puis à Catherine Eury de La Pérelle, fille d'un officier de la Forteresse de Louisbourg, Jean-François Eury de La Pérelle. Il eut 7 enfants : Pierre Joseph (né en 1726), Maurice Régis (né en 1728), Jean Baptiste (né en 1729), Pierre Hyacinthe (né en 1732), Marie-Catherine (1744-1809), Pierre Joseph (né en 1747) et François Marie (né en 1749).

Son fils aîné, Pierre Joseph, plusieurs fois blessé pendant la guerre de Sept Ans, rentra en France avec le grade de capitaine. Sa seconde épouse entra chez les sœurs grises et demeura au Canada.


Les Américains, qui considèrent à juste titre ce personnage comme faisant partie de leur histoire, se trompent souvent en l'appelant "Celeron de Bienville". En l'occurrence, la confusion est double :

– avec Pierre Le Moyne de Bienville, fondateur de La Nouvelle-Orléans ;
– avec le processeur Celeron, de la compagnie Intel

Voir aussi

Liens externes

Biographies générales

L'expédition de Céloron de Blainville


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