Philippe II de Bourgogne


Philippe II de Bourgogne
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Philippe II de Bourgogne
Philip II duke of burgundy.jpg
Philippe II, dit le Hardi

Titre
Comte de Touraine
13601363
Prédécesseur Reçu en apanage
Successeur Retour à la Couronne
Duc de Bourgogne
13631404
Prédécesseur Philippe Ier de Bourgogne
Successeur Jean Ier de Bourgogne
Comte de Flandre
Comte palatin de Bourgogne
13691404
Prédécesseur Louis II de Flandre
Successeur Jean Ier de Bourgogne
Comte de Nevers
13691385
Prédécesseur Louis II de Flandre
Successeur Jean Ier de Bourgogne
Comte de Rethel
13691393
Prédécesseur Louis II de Flandre
Successeur Antoine de Brabant
Biographie
Date de naissance 17 janvier 1342
Lieu de naissance Pontoise
Date de décès 27 avril 1404
Lieu de décès Hal, Belgique actuelle
Père Jean II de France
Mère Bonne de Luxembourg
Conjoint Marguerite III de Flandre
Enfants Jean Ier de Bourgogne
Charles
Antoine de Brabant
Marguerite
Catherine
Bonne
Marie

Philippe II de Bourgogne dit Philippe le Hardi[1] (1342-1404), est le fils du roi Jean II de France, dit Jean le Bon, et de Bonne de Luxembourg. Né à Pontoise le 17 janvier 1342, il fut duc de Bourgogne, comte de Flandre et d'Artois, comte palatin de Bourgogne (Franche-Comté), comte de Nevers, de Rethel, d'Étampes, de Gien, de Charolais, seigneur de Salins et de Malines. Longtemps appelé Philippe sans terre[2] parce qu'il était le dernier des quatre fils du roi Jean, il est fait duc de Touraine en 1360[3]. Il est nommé Philippe le Hardi par la bouche du roi d'Angleterre pour trois de ses actions[4], la plus célèbre étant son valeureux comportement au côté de son père à la bataille de Poitiers en 1356. Son père lui donne le duché de Bourgogne en apanage en 1363. Il épouse à Gand en juin 1369[5] Marguerite III de Flandre, riche héritière présomptive des comtés de Flandre, d'Artois, de Rethel, de Nevers et du comté de Bourgogne et veuve[6] du précédent duc de Bourgogne Philippe Ier décédé sans descendance à l'âge de 15 ans. La mort de son beau-père, Louis de Male, le rend maître des territoires apportés en dot par sa femme et fait de lui le plus puissant des « sires de fleurs de lys ».

Tenant sous son autorité la Flandre, l'Artois et leurs appartenances, il rassemble sous son contrôle le duché de Bourgogne et le comté de Bourgogne qui vont, pendant un siècle, suivre à nouveau une destinée commune.

Amateur d'art, mécène fastueux, passionné pour l'architecture[7] mais aussi homme politique habile, esprit avisé et subtil, il mène la politique bourguignonne avec prudence[8] et jette les bases d'un État bourguignon puissant qui, à son apogée, se dressera en rival du royaume de France allant jusqu'à le mettre en péril. Il ouvre une page prestigieuse de l'histoire de la Bourgogne et la dynastie des Valois de Bourgogne qu'il fonde régnera plus d'un siècle.

Sommaire

Biographie

Jeunesse

Enfance

Philippe le Hardi est le quatrième fils du roi de France Jean II et de Bonne de Luxembourg, fille de Jean l'Aveugle, roi de Bohème, et sœur du futur empereur Charles IV.

Il est éduqué à la cour avec une bande d'enfants d'âge similaire dont il restera proche : Philippe d'Orléans son oncle, ses frères Charles, Louis et Jean, Louis de Bourbon, Édouard et Robert de Bar, Godefroy de Brabant, Louis d'Étampes, Louis d'Évreux (frère de Charles le Mauvais), Jean et Charles d'Artois, Charles d'Alençon et Philippe de Rouvre[9].

Son précepteur est probablement Sylvestre de la Servelle[10] qui lui inculque le latin et la grammaire. Sa mère et sa grand-mère paternelle meurent de la peste en 1349. Son grand-père, Philippe VI, décède peu après en 1350[11]. Une des premières décisions de son père, sacré le 26 septembre 1350 à Reims, est de réorganiser l'armée et de discipliner la noblesse qui en forme une grande partie en créant l'ordre de l'Étoile. Philippe et son frère Jean sont armés chevaliers de l'ordre parmi 100 autres le 6 janvier 1352[12].

La bataille de Poitiers

L'héroïsme de Jean le Bon et de son fils Philippe à la bataille de Poitiers est resté célèbre et vaut au premier sa réputation de roi-chevalier et au deuxième son surnom de Hardi. Illustration d'Alphonse de Neuville pour L’histoire de France depuis les temps les plus reculés jusqu’en 1789 de François Guizot 1870

Les causes profondes de la guerre de Cent Ans sont d'origine économiques et sociales (le système féodal n'est plus adapté à une économie de moins en moins agricole et de plus en plus industrielle et commerçante), mais le prétexte à son déclenchement reste d'ordre dynastique et une contestation de vassalité. Pour succéder au roi capétien Charles IV le Bel mort sans descendance mâle, les grands du royaume de France choisissent le Valois, Philipe VI, plutôt que le Plantagenêt Édouard III roi d'Angleterre. Ce choix est fait afin d'éviter qu'un étranger ne monte sur le trône de France[13]. Cette éviction se fait aussi au détriment de Charles le Mauvais fils de Jeanne de Navarre déjà évincée lors de la succession de son père, Louis X le Hutin en 1316.

Le début de la guerre est catastrophique pour les Valois qui enchaînent les défaites (l'Écluse, Crécy, siège de Calais) du fait de la supériorité tactique anglaise engendrée par l'arc long. Les premiers Valois, incapables de faire accepter les impôts nécessaires au financement d'un État moderne, doivent recourir à des manipulations monétaires qui entraînent des dévaluations[14]. Le règne de Jean le Bon est marqué par la défiance du peuple envers les Valois et dans la société féodale à trois ordres, la noblesse, en charge de la sécurité du royaume, doit remplir cette mission dans l'honneur : le roi se doit de redorer sa couronne sur le champ de bataille, et c'est dans cet esprit qu'il renvoie les troupes envoyées par les villes pour le soutenir.

En 1356, le Prince noir, fils d'Édouard III, mène une chevauchée dévastatrice depuis la Guyenne jusqu'à la Loire. Jean le Bon le poursuit avec une armée deux fois plus nombreuse, composée de chevaliers lourds, et le rattrape dans les environs de Poitiers. La bataille s'engage le 19 septembre 1356.

La charge de l'avant garde royale est brisée par les archers gallois bien retranchés derrière des haies. Redoutant une issue semblable au désastre de Crécy, une partie de l'armée française méfiante perd confiance et tourne casaque. Rapidement la situation tourne en défaveur des Français mais le roi doit faire preuve de bravoure pour restaurer l'autorité des Valois. Il fait mettre à l'abri ses fils aînés Charles, Louis et Jean de Berry, préservant la lignée mâle de sa dynastie et, ne garde auprès lui que le plus jeune, Philippe II de Bourgogne, tout juste âgé de 14 ans, encore trop jeune pour brandir l'épée[15]. Les chevaux, non protégés, sont des cibles trop vulnérables aux tirs des archers anglais, le roi choisit de mettre pied à terre avant de monter à l'assaut. La chevalerie, démontée, subit alors une charge de cavalerie anglaise et se trouve rapidement submergée. Le roi et ses fidèles qui ont fait serment de ne pas reculer en entrant dans l'ordre de l'Étoile se retrouvent cernés. Le jeune Philippe assiste son père, dans un corps à corps héroïque et gagne grâce à sa bravoure, dans cette désastreuse défaite française de Poitiers son surnom de le Hardi[16]. Ses cris sont devenus légendaires: « Père, gardez-vous à droite! Gardez-vous à gauche[17] ! ». Jean le Bon et Philippe le Hardi, blessés sont finalement faits prisonniers[18],[19].

Ayant le roi de France comme prisonnier, Édouard III est en droit de le soumettre à rançon ce qui lui permet d'envisager d'importantes concessions territoriales et financières de la part de Jean le Bon.

Quant au royaume de France, il se retrouve livré aux ambitions de Charles le Mauvais, de Robert Le Coq et d'Étienne Marcel, les principaux leaders du mouvement réformateur, et va sombrer dans la guerre civile. La conduite héroïque du roi et de son fils vont leur valoir un énorme prestige[15].

La captivité

Article détaillé : Traités de Londres (1358 et 1359).
L'hôtel de Savoie, résidence de la cour du roi Jean le Bon à Londres durant sa captivité.

Le sacrifice du roi sauve sa couronne car il est perçu comme héroïque dans tout le royaume, y compris par Édouard III et son fils le Prince noir. Avec tous les honneurs, Jean le Bon et Philippe le Hardi sont incarcérés à Bordeaux où le roi prisonnier peut librement y organiser une cour.

En janvier 1358, Charles de Navarre est en mesure de prendre le pouvoir (il est considéré par beaucoup comme plus apte à combattre l'ennemi anglais et plus légitime que le chétif dauphin[20]). Voyant la situation évoluer vers une monarchie contrôlée avec Charles de Navarre à sa tête, Jean le Bon décide de précipiter les négociations, quitte à céder beaucoup de terrain à Édouard III. Elles doivent avoir lieu de roi à roi et il est transféré de Bordeaux à Londres. Ses conditions d’incarcération sont royales. Logés à l’Hôtel de Savoie à Londres, avec une cour de plusieurs centaines de personnes (des proches capturés avec lui à Poitiers et d'autres venus de leur plein gré), le roi et son fils, ont toute liberté de circulation en Angleterre.

Après le refus des traités de Londres successifs par les états généraux, les conditions de détention deviennent progressivement moins confortables. En janvier 1359, Jean le Bon est assigné à résidence, sous la garde de soixante neuf hommes de garde. Six mois plus tard, le roi est transféré à la sinistre forteresse de Somerton puis, au printemps 1360, à la Tour de Londres[18]. Prisonnier, Jean le Bon, entouré de conseillers dont Nicolas Oresme, constatant les bienfaits d’une monnaie forte, prépare dès son retour en France les réformes monétaires nécessaires. Après avoir signé le traité de Brétigny le 8 mai 1360, Jean le Bon et son fils Philippe sont libres de rentrer en France. Ses deux fils, Louis et Jean, prennent leur place à Londres pour garantir le payement de la rançon. Le 5 décembre 1360, à peine sa liberté retrouvée le roi ordonne, la frappe d'une nouvelle monnaie, le franc qui met fin aux mutations monétaires si décriées[21]. De la même manière, c'est la visite qu'il fait en Guyenne, érigée en principauté largement autonome, qui inspire au roi la politique des apanages et qu'il applique dès son retour (son fils Philippe est alors nommé duc de Touraine). Ce passage en Angleterre influe aussi sur Philippe le Hardi et lui donne une conception moderne de l'État.

Prise en main du duché de Bourgogne

Succession de Bourgogne

Succession simplifiée Bourgogne.svg

Le 21 novembre 1361 la lignée des ducs capétiens de Bourgogne s’éteignait. Atteint de la peste, le jeune duc Philippe de Rouvre n’a que quinze ans lorsqu'il succombe brutalement à l'assaut de la maladie. Son testament scellé déjà le 11 a établi comme héritiers ses parents les plus proches qui se partagent ses biens. Les comtés d'Artois et de Bourgogne sont remis à sa grand-tante, Marguerite de France, fille cadette de Philippe V de France, veuve de Louis de Flandre et de Nevers. Les comtés de Boulogne et d’Auvergne passent à Jean de Boulogne oncle maternel du défunt. Le duché revient au roi de France lui-même, Jean le Bon, petit-fils par sa mère Jeanne, du duc de Bourgogne Robert II.

Le roi Jean avait épousé Jeanne de Boulogne, la mère de Philippe de Rouvre, veuve de Philippe de Bourgogne et ce mariage en avait fait un tuteur de la Bourgogne. Charles le Mauvais, roi de Navarre, arrière-petit-fils de Robert II de Bourgogne, compétiteur possible, avait été écarté. Jean de Boulogne, président du Conseil ducal, ami intime du roi, le véritable maître du duché pendant la maladie de Philippe fait tout pour décourager toute opposition, tant de Charles le Mauvais que des Bourguignons. Il dissimule le plus longtemps possible la mort du duc afin de placer prétendant et population devant le fait accompli et va même jusqu'à prendre des précautions militaires. Le 23  décembre  1361, le roi Jean fait sa « joyeuse entrée » dans la capitale bourguignonne et, dans la cathédrale Saint-Bénigne, prête serment de maintenir les privilèges de la ville. L'institution des États de Bourgogne, cette assemblée de représentants Bourguignons garante du maintien des us et coutumes et détentrice du sentiment d'autonomie des Bourguignons et du respect de leurs libertés, convoquée pour prêter l'hommage se réunit en une assemblé solennelle le 28  décembre  1361. Le roi y renouvelle les droits et privilèges de la ville mais, d'une voix respectueuse mais ferme elle y fait entendre un avertissement. Les États font savoir au souverain que le duché entend bien rester duché et qu'il ne pouvait y avoir d'annexion. Le traité de Cîteaux du 16 janvier 1362 consacre officiellement la victoire de Jean le Bon ; la dévolution s'était opérée sans encombre. Le roi regagne Paris après avoir nommé Henri de Bar gouverneur et confié la défense du duché à Jean II de Melun, comte de Tancarville.

Écoutant l'avertissement des États et renonçant à sa conception unitaire, — la royauté n'avait-elle pas réuni souvent des fiefs à la couronne —, le roi Jean va prendre des décisions qui vont satisfaire les désirs des Bourguignons. Le 7 juin 1363 le comte de Tancarville, vaincu à Brignais en 1362 contre les Grandes compagnies est disgracié. Le roi le remplace par le duc de Touraine, son plus jeune fils, Philippe à qui il donne le titre de lieutenant-général. La réunion des États de Bourgogne du 3 juillet 1363, est un moment décisif entre le futur duc et ses futurs sujets. Ils accordent à Philippe les subsides qu'ils avaient refusé à Tancarville. Entre le Valois et les Bourguignons l'accord est fait. Par un acte daté du 6 septembre 1363[22] Jean le Bon fait donation pleine et entière du duché de Bourgogne à son fils Philippe ainsi qu'aux héritiers de ce dernier, à l'instar de ce que le roi Robert II avait fait à l'époque capétienne avec son fils Robert Ier. En même temps que duc de Bourgogne, Philippe devient doyen des pairs de France[23]. L'acte du 6 septembre demeure cependant secret jusqu'à l'avènement de Charles V et ses lettres patentes du 2 juin 1364 qui rendent officielle la constitution du duché valois[24].

Lutte contre les Grandes Compagnies

Article détaillé : Grandes compagnies.
Royaume de France entre 1356 et 1363 : Jacqueries et Compagnies      Possessions de Charles de Navarre      Territoires contrôlés par Édouard III avant le traité de Brétigny      Le premier traité de Londres cède l'Aquitaine des Plantagenêts aux Anglais et règle la guerre de succession de Bretagne par une alliance du duché avec l'Angleterre       Le deuxième traité de Londres comprend en plus la Normandie et le Maine

      Chevauchée d'Édouard III en 1359-60

     Territoires cédés par la France à l'Angleterre par le traité de Brétigny (suit le tracé du premier traité de Londres)

La lutte contre les Grandes Compagnies est l'un des enjeux majeurs du retour de Jean le Bon. Ce dernier tente d'utiliser les unes contres les autres. Ainsi, en 1363, plutôt que de leur faire la guerre, Philippe de Bourgogne prend à son service un de leurs chefs, Arnaud de Cervole dit l'Archiprêtre, dont les troupes rançonnent la Bourgogne (il est même parrain du premier fils !)[25]. Le routier mercenaire reçoit de fortes rétributions de Philippe le Hardi et de Jean le Bon pour éviter les pillages[26]. Cette stratégie se révèle désastreuse et se termine par la défaite de Brignais où les troupes levées par le roi sont mises en déroute par les compagnies en partie à cause de la trahison de l'Archiprêtre. Ce dernier récidive à la bataille de Cocherel, où il négocie avec les Navarrais puis quitte le champ de bataille en prétextant une reconnaissance[27]. Philippe le Hardi doit employer toute sa science de la diplomatie pour calmer la colère du roi Charles V, et il soutiendra d'ailleurs Arnaud de Cervole jusqu'en 1366 date au cours de laquelle le routier est assassiné par un de ses propres hommes.

Dès 1364, et l'avènement de Charles V le ton change. Le rétablissement de l’autorité royale et de l’économie passent par l’éradication des Grandes compagnies qui saignent le pays. Charles V doit faire comprendre que le royaume n’est plus un havre pour les pillards. Il traite le problème avec la plus grande rigueur et fermeté : il fait appliquer la loi et ne négocie pas avec les truands. Il réorganise l'armée en déléguant à ses frères l'organisation de la réponse militaire au sein de chaque principauté[28]. C’est rapidement tout le pays qui s’organise contre les Grandes Compagnies. Chevaliers, villes, paysans envoient des contingents d'hommes pour les combattre. Les routiers français sont exécutés et les étrangers de quelque valeur soumis à rançon. Ainsi Philippe le Hardi, à la tête de l'une de ces armées, mène campagne contres elles en Normandie et dans la Beauce[29]. En Bourgogne, c'est Hugues Aubriot, futur prévôt de Paris mais pour l'heure bailli de Dijon, et non pas le duc, qui mène la vie rude à l'Archiprêtre. Cette lutte permet de roder de petites armées formées de volontaires aguerris sous commandement de chefs expérimentés et fidèles (comme Bertrand du Guesclin).

En 1365, la fin de la guerre de succession de Bretagne démobilise de nombreux guerriers bretons. Les petits groupes étant vulnérables, ils se regroupent en Grandes compagnies. Le pape Urbain V ayant eu l'idée de financer une croisade pour détourner les compagnies[30], en 1365 Philippe et son oncle l'empereur Charles IV descendent en Avignon proposer une croisade vers la Hongrie. Le pape finance l'expédition et Philippe croit se débarrasser d'Arnaud de Cervole. Ce dernier part avec une armée qui ne dépasse pas Strasbourg car les villes ferment leurs portes à l'arrivée des routiers, la croisade ravage la Lorraine, les Vosges et les bords du Rhin[31]! On propose d'acheminer la croisade par mer, mais les routiers refusent : c'est un nouvel échec.

À la bataille de Nájera, le Prince noir inflige une terrible défaite aux Franco-Castillans, mais cette bataille les débarrasse définitivement de nombre de routiers.

Fin 1365, Charles V réussit enfin à se débarrasser d'une bonne partie des Grandes compagnies qui ruinent le pays. Afin de mettre sur le trône de Castille Henri de Trastamare, un indéfectible allié, et de combattre les Anglais ailleurs que dans le royaume, il fait financer par le pape une croisade contre l'émirat de Grenade. Personne n'est dupe, si Bertrand du Guesclin recrute parmi les Grandes compagnies c'est bien pour les mener contre le roi de Castille, Pierre le Cruel, un proche du Prince noir. Mais le pape doit lui aussi se débarrasser de ces mercenaires qui le soumettent à tribut[32]. Dès que la croisade à quitté le royaume, c'est l'hallali : les routiers restant sur le territoire sont éliminés sans ménagement par les forces royales[33]. En Castille, le succès est rapide et Henri de Trastamare est couronné le 5 avril 1366[34]. Mais à peine les Grandes compagnies sont-elles démobilisées qu'elles sont regroupées par le Prince noir en soutien à Pierre le Cruel. Henri de Trastamarre est vaincu à Nájera[35], et Bertrand du Guesclin est fait prisonnier. Henri de Trastamare doit de nouveau s'enfuir en France et Pierre le Cruel reprend le pouvoir, mais les Grandes Compagnies engagées avec l'argent du pape sont massacrées, et d'autre part cette victoire coûte très cher aux Anglais, car Pierre le Cruel n’a pas les moyens de payer l’armée qui l’a remis sur le trône. C’est ruiné et devant se débarrasser des Grandes compagnies que le Prince noir regagne l’Aquitaine.

En 1368, Louis d'Anjou lieutenant du Languedoc, finance Henri de Transtamare afin qu'il remobilise les routiers partis vers le Languedoc pour qu'il puisse reprendre sa couronne[36]. Il en utilise le plus grand nombre pour attaquer la Provence, sur laquelle il a des vues et pour faire pression sur le pape qui vient de réinstaller le Saint-Siège à Rome à la fureur de Charles V qui perd ainsi un de ses plus puissants relais diplomatiques. La Provence ayant fait front contre l'assaut, et sa comtesse, Jeanne Irede Naples, ayant fait miroiter au duc d'Anjou une éventuelle adoption, ce dernier renvoie les Grandes compagnies avec Bertrand du Guesclin à leur tête soutenir Henri de Trastamare.

Mais une partie des Grandes compagnies sont allées au nord et pillent l'Auvergne et le Berry alors que le duc Jean est encore retenu en otage en Angleterre afin de garantir l'exécution du traité de Brétigny. Philippe le Hardi organise la défense de la Bourgogne selon le principe de la terre déserte; il fait le vide devant l'ennemi et tient toutes les forteresses[37]. Faute de ravitaillement, les Grandes compagnies vident les lieux et marchent sur Paris mais les mercenaires se heurtent à l'armée royale et refluent vers le Poitou où ils finissent par se faire acheter par le roi Charles V. Elles sont alors incorporées en 1369 à l’armée française qui va participer dès lors à la reconquête des territoires concédés à l'Angleterre par le traité de Brétigny[38].

Mariage avec Marguerite de Flandre

Marguerite III de Flandre

En Flandre, Louis de Male est, un temps, sensible à la nécessité économique : les drapiers flamands sont dépendants des importations de laine anglaise. Le 10 octobre 1364, il fiance sa fille Marguerite avec Edmond de Langley, le fils d’Édouard III d'Angleterre (et le petit-fils du comte Guillaume Ier de Hainaut). Marguerite est héritière des comtés de Flandre, de Nevers, de Rethel et de Bourgogne, et Edmond recevrait en outre de son père Calais et le comté de Ponthieu ce qui avec l'Artois, le Rethel et la Flandre, constituerait une principauté anglaise équivalente à la Guyenne au nord de la France[39]! Mais pour faire ce mariage, une dispense papale est nécessaire car les fiancés sont consanguins au 4e degré. Après un ballet diplomatique à Avignon, où Français et Anglais intercèdent, Urbain V refuse d’accorder cette dispense. La bataille diplomatique continue jusqu’au 17 avril 1367, date à laquelle Charles V réussit à obtenir une dispense pour marier son frère Philippe le Hardi à Marguerite de Male qui est pourtant sa cousine. Urbain le fait non par favoritisme, mais pour empêcher la destruction du royaume de France[40]. Il reste toutefois à obtenir l’accord de Louis de Male pour ce mariage. Ce dernier est alors soumis à une intense pression diplomatique. Sa mère Marguerite est la fille de feu le roi Philippe V et ne peut accepter le risque de démembrement du royaume de France. Elle intervient énergiquement et serait même allée jusqu'à menacer son fils de se couper le sein qui l'a nourri[41] !

Après cette intervention et moyennant le versement par Charles V de 200 000 livres et la cession de Lille, Douai et Orchies, mais que par un accord secret le roi engage le duc Philippe à lui restituer à la mort du comte de Flandre, Louis de Male accepte le mariage français.

Succéssion de Bourgogne.svg

Reconquête du royaume

Stratégie et financement de la reconquête

La reconquête des territoires concédés aux Anglais par le traité de Brétigny se fait à partir de 1369. Une fois débarrassé des Grandes compagnies, l'économie se redresse et Charles V peut faire accepter l'instauration d'impôts permanents censés financer une armée permanente évitant que les mercenaires démobilisés ne se remettent à ruiner l'économie. La manne financière sur laquelle il peut compter est énorme : elle atteint jusqu'à 1 600 000 francs par an ! En face le Prince noir est ruiné par l'expédition de Castille et le parlement anglais rechigne à payer pour la défense de la Guyenne.

Charles V cherche avant tout à éviter les batailles rangées qui se sont le plus souvent transformées en désastre pour la chevalerie française du fait de la supériorité tactique conférée par l'arc long anglais. Dès lors, la reconquête se fait par une guerre de siège, et en retournant les villes de Guyenne par la négociation (ces villes cherchant à échapper à la pression fiscale du Prince noir qui doit éponger ses dettes et financer la résistance à l'avancée des armées françaises). Militairement, la reconquête est menée par des armées permanentes et bien organisées sous les ordres des frères du roi et des capitaines fidèles et compétents tels Bertrand du Guesclin ou Olivier de Clisson. À partir de cet instant, les Anglais, ne pouvant rivaliser et entretenir une armée permanente pour défendre la Guyenne, se contentent de chevauchées censées s'autofinancer pour mobiliser les armées françaises à distance de leurs possessions. Mais les Français grignotent inexorablement du terrain.

Chevauchée du duc de Lancastre de 1369

La reconquête par Charles V des territoires concédés au traité de Brétigny.      Domaine royal      Apanages des frères du roi      Comté de Foix-Béarn autonome      Bretagne alliée aux Anglais      Possessions de Charles de Navarre allié des Anglais

      Chevauchée de Lancastre en 1369

      Chevauchée de Robert Knowles en 1370

      Chevauchée de Lancastre en 1373

En 1369, la cour de justice reçoit et valide les appels gascons qui contestent la levée d'impôts en Guyenne par le Prince noir ruiné par son implication dans le conflit castillan. Par cet acte, le roi donne la possibilité aux villes de Guyenne de redevenir françaises pour échapper à la pression fiscale anglaise. Les émissaires du roi de France, et en particulier Louis d'Anjou, négocient ville par ville en promettant entre autres des exemptions fiscales. Nombreuses sont les cités et les barons qui choisissent le camp français. C'est un camouflet pour Édouard III qui reprend les hostilités, brisant ainsi le traité de Brétigny.

Début août 1369, les Anglais répondent : le duc de Lancastre, Jean de Gand débarque à Calais et lance une chevauchée jusqu'à Harfleur, où Philippe le Hardi est en train de préparer un débarquement franco-flamand en Angleterre[42]. Les Français lui opposent la stratégie de la terre déserte et la chevauchée ne peut s'emparer de la ville[42]. Finalement, on décide de réagir, mais Charles V, hanté par le souvenir de Poitiers, est réticent quant à un engagement direct. Philippe le Hardi, connu pour sa bravoure au combat, se révèle un piètre chef militaire. Après quelques hésitations, il se lance à la poursuite du duc de Lancastre et les deux armées se retrouvent face à face le 23 août 1369. Elles s'observent pendant 3 semaines, mais le ravitaillement vient à manquer du côté français alors que les Anglais sont soutenus par leur flotte. Le duc de Bourgogne lève le camp et rentre à Paris, laissant les Anglais ravager le Ponthieu puis le pays de Caux[43]. Lancastre tente bien de prendre Harfleur où il pourrait détruire la flotte française, mais la garnison tient bon et, craignant d'être piégé par un retour de Philippe de Bourgogne, Lancastre regagne Calais. Au total, la balade anglaise va finalement être lourde de conséquence : elle leur a donné une fausse impression de facilité qui les incite à continuer dans cette voie[44]. Le parlement pense pouvoir mener une guerre grâce à ses chevauchées autofinancées et rechigne à accepter l'impôt. C'est une erreur, car les raids anglais, s’ils sont dévastateurs pour les campagnes, ne permettent pas de regagner le terrain perdu.

Reconquête du Poitou

Depuis le début de la reconquête, des frères du roi c'est d'abord Louis d'Anjou qui est en première ligne pour les opérations militaires, puis Jean de Berry et le cousin Louis II de Bourbon. Philippe a un rôle plus effacé. Cependant il prend directement part aux opérations de reconquête du Poitou. En effet cette région est liée par des intérêts économiques à l'Angleterre vers qui elle exporte son sel. Les barons poitevins ont massivement choisi le parti anglais, et il faut une campagne militaire lourde pour que cette région redevienne une possession française[45].

La campagne pour la reconquête du Poitou, de l'Aunis, de la Saintonge et de l'Angoumois, commence aussitôt après la bataille de La Rochelle où la flotte castillane coule une bonne partie de flotte anglaise, privant la Guyenne de soutien logistique. L'armée royale française assiège la forteresse de Saint-Sévère, qui capitule le 31 juillet 1372. Pendant ce temps, Montcontour est repris, puis Poitiers ouvre ses portes à du Guesclin le 7 août.

Les forces françaises progressent le long de la côte, vers le sud. Le captal de Buch, Jean III de Grailly est capturé le 23 août 1372 alors qu'il allait secourir Soubise assiégée : son armée est interceptée par la flotte galloise et castillane qui remonte la Charente. Les îles de et d'Oléron se soumettent le 26 août, mais les barons poitevins restent fidèles aux Anglais et se retranchent dans Thouars. Philippe le Hardi et Jean de Berry arrivent alors avec des renforts rendant intenable la situation des Poitevins[46].

Du Guesclin continue à progresser le long du littoral jusqu'à La Rochelle, qui est prise le 8 septembre. Ainsi isolées, les villes se rendent tour à tour : Angoulême (la capitale du Prince noir) et Saint-Jean-d'Angély le 20 septembre, Saintes le 24[46].

Les négociations de reddition sont menées à la fois par Philippe le Hardi et Jean de Berry lequel, étant comte de Poitou, doit conquérir le cœur de ses sujets. Ils obtiennent que les seigneurs poitevins prêtent serment de fidélité au roi de France le 1er décembre 1372 en l'église de Loudun (traité de Loudun)[46]. Par ce traité, tous les anciens privilèges et libertés du pays du temps de saint Louis (le souverain de référence à l'époque) et de son frère Alphonse de Poitiers sont rétablis[46].

Le 11 décembre, Philippe le Hardi, Jean de Berry, Louis II de Bourbon et Bertrand du Guesclin font une entrée triomphale dans Paris[47].

Chevauchée du duc de Lancastre de 1373

Jean de Gand, duc de Lancastre

N’ayant pas les moyens logistiques et financiers de soutenir la guerre de siège que lui impose Charles V et qui semble conduire à la reconquête progressive de toute l’Aquitaine, Édouard III tente d’affaiblir l’effort français en Guyenne par l’ouverture de nouveaux fronts.

Édouard III tente une chevauchée censée ruiner la France dans ses forces vives. Le 12 juin 1373, il institue son fils, le duc de Lancastre Jean de Gand, lieutenant spécial et capitaine général dans le royaume de France[48]. Accompagné du duc Jean IV de Bretagne, il conduit à travers la France une chevauchée des plus dévastatrices. Mais celle-ci reste sous contrôle : Philippe le Hardi tient les ponts et les châteaux sur son aile droite, du Gesclin la suit et empêche tout repli vers Calais. Elle traverse la Picardie et le Vermandois mais, ne pouvant aller vers l’ouest, elle se dirige vers Reims, puis Troyes où elle trouve portes closes[49]. Battu par Olivier V de Clisson à Sens, le duc de Lancastre ne peut rejoindre la Bretagne, il tente donc de rallier la Guyenne en traversant le Limousin[49]. Ses hommes sont affamés, les chevaux crevés (ou mangés), la fin de l’expédition se fait à pied et perd la moitié de ses effectifs (les défections sont nombreuses). Trop lourdes, les armures ont été jetées[49]. L'expédition est sauvée d’un désastre plus complet par les villes de Tulle, Martel et Brive qui ouvrent leurs portes sans coup férir. Mais le moral n’y est plus, la zizanie gagne les chefs : le duc de Bretagne lâche la chevauchée[49]. L’arrivée piteuse du résidu des troupes de Jean de Lancastre à Bordeaux brise le moral des fidèles au roi d’Angleterre, surtout lorsque les Français avançant plus vite, reprennent Tulle, Martel, Brive et entrent dans La Réole, ville importante qui verrouille le Bordelais, et dont les bourgeois savent ne plus pouvoir compter sur un quelconque secours[50]. Au total, entre 1369 et 1375, les Français reprennent aux Anglais la quasi-totalité des concessions faites et des terres possédées par l’ennemi avant même le début de la guerre, exceptions faites de Calais, Cherbourg, Brest, Bordeaux, Bayonne, et de quelques forteresses dans le Massif central. Mais parvenu à ce point, Charles V sait ne pouvoir reprendre plus de terrain, les Bordelais étant trop anglophiles du fait des liens commerciaux (ils exportent massivement leur vin vers l’Angleterre). Toute sa stratégie étant basée sur la reconquête des cœurs avant celle des territoires, il ne souhaite pas s’encombrer d’une ville prête à se rebeller à la première occasion[50]. Tout est ouvert pour finalement négocier à Bruges où une trêve met fin à la guerre en reconnaissant la souveraineté des Français sur les territoires reconquis.

Trêve de Bruges

Article détaillé : Trêve de Bruges.

Bruges, dont l’industrie drapière dépend des importations de laine anglaise, est une ville anglophile en territoire français. C'est d'autre part une ville facile d'accès pour les Anglais et cela en fait un terrain neutre propice aux négociations. Gendre et héritier du comte de Flandre Louis de Male, Philippe de Bourgogne est le négociateur tout désigné pour les Français. Il est secondé par toute une équipe de conseillers de Charles V : le cardinal Jean de La Grange, Hue de Châtillon, Jean de Melun, comte de Tancarville, le comte de Sarrebruck, Arnaud de Corbie, premier président du Parlement, Bureau de La Rivière et Nicolas du Boscq, évêque de Bayeux. Côté anglais, c'est Jean de Gand, duc de Lancastre, qui représente Édouard III[51].

Philippe offre des banquets fastueux et des joutes, puis la première cession de négociations débute le 25 mars 1375 dans l'église Saint-Donatien de Bruges[52]. Elles aboutissent à deux plans de partage de la Guyenne. Mais la délégation Française, après avis du conseil, répond par la négative, car ces plans de partage aboutiraient à reconnaître la souveraineté de l'Angleterre sur une partie de la Guyenne[52]. Sous l'influence de Grégoire XI, les belligérants signent le 1er juillet 1375 une trêve qui doit durer jusqu'en juin 1377.

La deuxième session se tient toujours à Bruges entre fin décembre 1375 et fin mars 1376. Les légats pontificaux, essayant de contourner l'épineux problème de la souveraineté, proposent une trêve de quarante ans qui est refusée par les deux partis : les Anglais parce que la Bretagne est occupée par les troupes de Charles V, et les Français parce qu'ils voulaient inclure la Castille dans la trêve pour protéger le trône d'Henri de Trastamare des prétentions de Jean de Gand[53].

La troisième session, conduite non plus par les princes mais par des conseillers des rois, s'ouvre en juillet 1376. Charles V propose de reconnaître la souveraineté d'Édouard III sur les terres de Guyenne situées au sud de la Dordogne, de lui rendre l'Agenais, la Bigorre, le Quercy, le Bazadais et de lui verser 1 200 000 francs toujours dus de la rançon de Jean le Bon en échange de Calais et à la condition que ce nouveau duché de Guyenne reste dans le territoire du royaume de France (il ne consent à aucun abandon de souveraineté)[53]. Ceci sous-entend qu'Édouard III ou le duc de Guyenne doit lui rendre hommage, que toutes les décisions juridiques puissent être remises en cause par la cour de Paris et que le duché puisse être éventuellement confisqué. Édouard III refuse et meurt le 21 juin 1377 la trêve expirant le même jour. Les hostilités reprennent, les Anglais sont attaqués simultanément sur tous les fronts : par mer (avec un premier raid sur les côtes anglaises en juillet et un deuxième en août), en Bretagne et en Guyenne[54]. Louis d'Anjou et du Guesclin, chacun à la tête d'une armée progressant sur une rive de la Dordogne, reprennent Bergerac, Saint-Émilion, Libourne et Blaye. Mais, bousculés les Anglais parviennent à tenir leurs ports et restent maîtres de Bordeaux, Bayonne, Brest, Cherbourg et Calais. Ils restent ainsi capables de débarquer quand bon leur semble[55]. Cependant, Richard II n'a que 15 ans quand il prend le pouvoir et est rapidement confronté à la révolte des paysans Anglais de 1381. Ces troubles intérieurs reprennent quand il meurt sans descendance libérant les ambitions des grands du royaume : l'Angleterre est neutralisée pour de longues années.

Gouvernement des oncles

La régence

Couronnement de Charles VI

La politique des apanages a été imaginée comme une décentralisation pour améliorer la gestion des provinces éloignées de la capitale. Ces dernières sont possédées par des familles proches du roi et reviennent à la couronne en l'absence d'héritier mâle, ce qui évite d'en perdre le contrôle après un mariage. Les princes reçoivent leurs finances des impôts permanents récoltés par le roi, ce qui permet à celui-ci de les garder théoriquement sous contrôle[56]. C'est dans cet esprit que Charles V fixe en 1374, la majorité des rois à quatorze ans, afin que son fils Charles VI prenne le pouvoir et que l'équilibre ne se rompe. Prévoyant, la possibilité que son fils ne soit pas assez âgé pour gouverner, il met en place un système pour que ses frères ne puissent accaparer le pouvoir. La reine à la garde des enfants royaux, mais elle n'a pas le gouvernement du royaume. L'aîné, le duc d'Anjou a le gouvernement, mais pas les finances. La plus grande partie des revenus royaux est affectée aux enfants et donc à la reine. Tout mariage des enfants ne peut se faire qu'après accord d'un conseil de tutelle comprenant les frères de Charles V, son cousin, Louis II de Bourbon et la reine[56]. Ce conseil est assisté par des fidèles conseillers de Charles V.

Mais, à sa mort en 1380, Charles VI est mineur. La reine est décédée avant Charles V. Théoriquement la régence aurait dû échoir à Louis d'Anjou et la garde des enfants à Philippe de Bourgogne. Louis se montre gourmand et usurpant ses prérogatives détourne le trésor royal par la force. Ses frères et cousins le poussent à faire reconnaitre la majorité du roi dès le 2 octobre[57]. Charles VI est sacré le 4 novembre 1380 : la régence n'aura duré que deux mois. Le 30 novembre 1380 est mis sur pied un système collégial de gouvernement[57]. Les oncles ont la direction du Conseil pour lequel ils choisissent ensemble 12 membres. Les oncles du roi évincent les conseillers de Charles V et se partagent la régence et donc les recettes fiscales, jusqu'en 1388. Dès lors, leurs principautés deviennent indépendantes de fait[58]. Louis d'Anjou, de par son degré d'aînesse, exerce la présidence du conseil, Philippe est occupé par les affaires de Flandre, Jean de Berry doit gérer son immense apanage qui représente le tiers du royaume[58]. Louis d'Anjou garde donc les mains libres, cependant Philippe qui conserve la garde des enfants a une carte à jouer importante: il peut inspirer au roi la politique à mener.

Révoltes contre les mesures fiscales

Le duc de Bourgogne Philippe II le Hardi plus âgé

La situation n'est pas facile pour les oncles du roi. Juste avant sa mort, pris de remords, Charles V avait décidé d'abolir les fouages en pays de langue d'oïl. Le peuple comprend la nécessité de l'impôt quand ceux-ci sont au départ justifiés par l'état de guerre en vertu d'une négociation avec les états généraux. Or les Anglais repoussés du royaume de France par Charles V et en proie à de graves troubles internes ne sont pas en état de continuer le conflit. L'impôt n'a plus lieu d'être et le roi et ses oncles doivent réunir les états généraux le 11 novembre 1380. La teneur exacte des débats n'est pas connue, mais le 16 novembre le conseil du roi mené par Louis d'Anjou doit publier une ordonnance abolissant tous les impôts créés depuis Philippe le Bel[59]. Les exactions sur les fermiers et les juifs se multiplient, malgré une ordonnance royale et l'action de la prévôté de Paris[60]. Cependant aucune paix n'a été signée avec l'Anglais et le conseil argumente que pour prévenir une éventuelle chevauchée anglaise, il faut que le pays verse une aide. Le pays rechigne à l'accepter et les états sont de nouveau réunis en février 1381. Ils consentent à une aide pour la guerre pendant un an à dater du 1er mars 1381, moyennant quoi de nombreuses chartes et privilèges de villes sont confirmés[61]. L'importance de cette aide est laissée à l'appréciation des villes et les entrées fiscales sont très en deçà du train de vie de l'État et des principautés des oncles. Les choses s'aggravent en 1382 quand Louis d'Anjou comprend les difficultés qu'il y avait à gérer les affaires de France et voit l'occasion d'être roi en Italie après son adoption par Jeanne de Naples aux abois. Il fait financer son expédition dans le royaume de Naples par la couronne (60 000 francs sur les aides et 50 000 en faisant fondre la vaisselle royale)[62]. Le roi et son conseil n'ont d'autre issue que de rétablir l'impôt sans l'aval des états. L'ordonnance rétablit les impôts indirects le 17 janvier[63]. La levée des aides se fait sur les marchés ce qui est propice à déclencher des émeutes par effet d'entrainement. En quelques jours des révoltes éclatent partout en Pays d'oïl à commencer par la Normandie. La révolte de la Harelle à Rouen débute le 27 février, le même jour Caen se soulève, puis Falaise, Orléans, Reims, Amiens, Laon... La révolte des Maillotins éclate à Paris le 1er mars[64]. Les émeutiers armés de maillets de plomb s'en prennent aux fermiers généraux et quadrillent la ville. C'est Philippe de Bourgogne qui mène les négociations pour le conseil du roi. Il accepte la remise en liberté de quatre bourgeois emprisonnés, mais les émeutiers libèrent aussi tous les autres prisonniers de droit commun ou politiques[65]. Les bourgeois parisiens inquiets de ce que les Maillotins pourraient se retourner contre eux se décident à négocier. Le mouvement commence d'ailleurs à s'essouffler car Hugues Aubriot, libéré par les émeutiers, a refusé de prendre leur tête[66]. On négocie l'abandon de l'impôt et une amnistie mais pour faire bonne figure le roi fera exécuter 40 Maillotins que ses hommes ont saisi la ville devant implorer le pardon royal. Mais à la septième exécution la rue fait pression et les derniers Maillotins sont libérés : Charles VI en prend ombrage. Le lien de confiance est rompu entre les villes et le roi et c'est les rebelles Normands qui en font les frais les premiers. Philippe le Hardi organise un cérémonial appliqué une première fois à Rouen mais amené à se renouveler dans toutes les villes qui se sont rebellées. Il s'agit de réaffirmer l'autorité royale par l'entrée en grande pompe de Charles VI dans une ville soumise: les meneurs sont décapités, leurs têtes exposées, les vantaux de la porte de la ville par laquelle entre le jeune roi sont abattus[67]... Rouen voit sa commune confisquée et ses attributions remises à un bailli. Mais malgré ces actes de contritions les villes continuent à rechigner à verser l'impôt.

La bataille de Roosebeke

Article détaillé : Bataille de Roosebeke.
La Bataille de Roosebeke

Dans ce contexte de révolte antifiscale généralisée, la Flandre pose un problème aigu : Louis de Male, comte de Flandre, est en butte contre au soulèvement des tisserands gantois (révolte des Chaperons blancs) depuis 1379.

Vaincu à Bruges le 3 mai 1382 par les Gantois emmenés par Philippe van Artevelde, Louis de Male doit se réfugier à Lille. Il fait alors appel à l'aide de son gendre Philippe de Bourgogne. Ce dernier, en qualité d'hériter présomptif des domaines du comte et donc de la Flandre, a tout intérêt à remettre de l'ordre dans la province. Avec l'aide de son frère Jean de Berry, il convainc facilement son neveu le jeune Charles VI, qui a 14 ans et rêve d'exploits militaires, de la nécessité d'une expédition en Flandre[68]. Les États de Bourgogne lui accordent la levée d'un subside de 60 000 francs et la ville de Dijon lui donne un millier d'hommes[69]. Les liens économiques entre Gantois et Anglais, qui produisent la laine utilisée par les drapier flamands, amènent van Artevelde à faire jouer l'alliance anglaise nouée par Jacob van Artevelde, son père au début de la guerre de Cent Ans[70]. Le royaume d'Angleterre, lui-même en proie à de graves troubles intérieurs, ne lui apporte qu'un soutien symbolique.

La difficulté pour Charles VI et ses oncles est d'obtenir le financement d'une expédition pour vaincre Philippe van Artevelde qui tient tout le comté et qui, à la tête d'une armée de 100 000 hommes, assiège Audenarde, mais qui est sujet du roi de France, alors que l'impôt ne se justifie que par la nécessité de faire face à un danger extérieur et non pour écraser une révolte populaire[70]. Ils doivent pourtant agir pour éviter la contagion de la révolte à d'autre villes du royaume, Paris en tête[71]. Les tentatives d'alliance anglo-flamandes, bien qu'infructueuses, fournissent un prétexte, même si beaucoup n'y voient qu'une manœuvre du duc de Bourgogne pour reprendre en main son futur héritage. Dans une Europe déchirée par le grand schisme, les Flamands, du fait de leur alliance anglaise, sont suspectés de passer sous l’obédience du pape Urbain VI. Clément VII soutient donc l'expédition française, qui peut ainsi prendre la forme d'une croisade[72].

Dans le but d'écraser van Artevelde en bataille rangée et rétablir ainsi l'autorité royale, Charles VI se met en marche à la tête d'une armée d'au moins 20 000 hommes[73], dont Philippe fait naturellement partie à la tête de 2 000 combattants[74]. Il s'agit surtout d'une armée aguerrie qui a chassé les Anglais du royaume et qui est invaincue depuis 1369. À son approche, les villes flamandes se soumettent les unes après les autres, payant un tribut qui finance l'expédition. Van Artevelde, voyant que le pays lui échappe, se retourne et affronte l'ost royal à Roosebeke le 27 novembre 1382. Il compte sur les piquiers flamands qui, à l'image des phalanges grecques, utilisent l'inertie collective pour renverser les fantassins adverse et leurs longues lances fichées dans le sol pour briser les charges de cavalerie. Certain de sa force, il charge donc frontalement une armée française rompue à ce type de tactique et qui combat pied à terre, ne gardant qu'une cavalerie modeste placée sur les ailes. Le centre recule mollement encaissant l'impact des piquiers qui sont débordés sur les flancs par la cavalerie française. Si la force des piquiers est leur puissance d'impact frontal, leur faiblesse est la difficulté à manœuvrer pour faire face à une attaque de flanc ou à revers. Les rangs flamands se désorganisent et, cernés, sont écrasés par la contre-attaque[75]. Van Artevelde est tué, l'esprit de la rébellion est brisé. Les Brugeois négocient leur soumission dès le lendemain, moyennant un tribut de 120 000 francs et leur adhésion à l'obédience de Clément VII[76].

La mauvaise saison et le risque que l'ost immobilisé par un siège trop long fasse défaut pour réprimer une révolte généralisée dans le royaume déterminent Charles VI et ses oncles à renoncer à l'attaque de Gand, remettant à plus tard la résolution du problème gantois.

Le Jacquemart de Dijon
Horloge rapportée de Courtrai par Philippe le Hardi après la bataille de Roosebeke

Avant de regagner Paris, Charles VI tient à montrer sa détermination d'en finir avec la révolte flamande. Il décide de détruire et brûler la ville de Courtrai, laquelle était devenue le symbole de la résistance flamande après la débacle de la chevalerie française en 1302.

«  Quand le roi eut connoissance qu'en une chapelle de l'église de Notre-Dame de Courtrai, il y avoit au moins cinq cents paires d'éperons dorés, lesquels avoient été aux seigneurs de France morts avec Robert d'Artois, l'an mil trois cent deux, en la bataille de Courtrai, et que ceux de Courtrai faisoient tous les ans, pour ce triomphe une très grande solennité, il dit qu'ils le compareroient (paieraient), et qu'à son partement (départ), il feroit mettre la ville en feu et flamme. »

— Jean Froissart

Charles VI reste insensible aux supplications de Louis de Male en faveur de sa ville : la population est soumise aux traitements les plus inhumains et la ville livrée aux flammes. Le duc de Bourgogne prend sa part du butin[77] et voulant témoigner sa reconnaissance à sa bonne ville de Dijon fait démonter et transporter à Dijon « un horoloige qui sonnoit les heures, un des plus beaux qu'on sût deçà ni delà mer » nous dit Froissart, ainsi qu'une magnifique tapisserie. Il permet aussi à la ville d'adopter son cri de guerre comme devise : « Moult me tarde »[78]. L'horloge que les Dijonnais ont dénommée Jacquemart arrive à Dijon dans les premiers mois de 1383. Josset de La Halle, le mayeur (maire) de la ville la fait placer au-dessus d'une tourelle de l'Église Notre-Dame de Dijon[79], place qu'elle occupe encore de nos jours.

Restauration de l'autorité royale

Après la bataille de Roosebeke Charles VI rentre à Paris à la tête de son armée. Les Parisiens négocient avec ses envoyés les conditions de leur soumission.

Une fois les Flamands écrasés, Philippe le Hardi organise la restauration de l'autorité royale, laquelle passe par la soumission des villes et l'acceptation de l'impôt. À Compiègne, le 4 janvier 1383, le duc de Bourgogne qui parle en maître et en homme d'État, fixe les grandes lignes de la politique royale pour un an[80]. Charles VI soumet donc les villes les unes après les autres en y entrant à la tête de son imposante armée, et ceci en y reproduisant un cérémonial rodé. Après avoir remis l'oriflamme à Saint-Denis, le 10 janvier, le roi fait son entrée dans la capitale le jour suivant. L'armée s'arrête à une demi-lieue de Paris. Seul le roi est à cheval, il entre en ville avec son armée en piétinant les vantaux de la porte Saint-Denis. La troupe investit et occupe la ville qui est donc sous la menace d'un pillage si le roi le souhaite[80]. Les principaux meneurs du complot sont arrêtés et les trois plus importants sont décapités. Le simple cantonnement d'une armée en ville constitue déjà en soi une lourde punition, puisqu'elle se paye en rançonnant les habitants. Celle de Paris dure sept semaines, pendant lesquelles les impositions sont rétablies sans contestation, et les rebelles punis par amendes. Enfin, le 27 janvier la confiscation de la municipalité parisienne est proclamée : le roi met en sa main la prévôté et l'échevinage, les maîtrises de métiers sont supprimées. L'encadrement bourgeois de la ville est remplacé par des institutions dépendant directement du monarque[81]. Les bourgeois convaincus de complot se voient contraints de « choisir entre justice et miséricorde ». La miséricorde consiste en un versement au prorata de la fortune personnelle ce qui permet de remplir les caisses royales. Enfin, le roi consent à pardonner, ce qui se fait le dimanche 1er mars 1383 au cours d'une cérémonie grandiose. Une personne de chaque famille doit être présente au palais tête découverte. La foule y écoute un discours de Pierre d'Orgemont qui détaille en quoi la ville est fautive, puis demande au roi le pardon pour la ville alors que la foule à genoux implore miséricorde. Charles VI accorde alors son pardon[82].

Ce type de protocole est reproduit dans les grandes villes de langue d'oïl par des généraux-réformateurs envoyés par le Conseil du roi. Rouen est particulièrement châtiée du fait de la révolte de la Harelle : elle doit verser 100 000 francs commués à 60 000 par la clémence royale et elle perd tous ses privilèges économiques. En instituant la libre circulation sur la Seine, le roi retire aux bourgeois normands une grande source de revenus. C'est Paris qui en profite retrouvant le chemin de la prospérité en moins de deux ans[83].

Le Languedoc est puni en bloc : consulats et capitoulas sont remis entre les mains du roi et une amende de 800 000 francs est demandée. En fin de compte et après de longues négociations, les libertés et franchises municipales sont rétablies contre la soumission au roi et seule persiste l'amende. Cependant, la perception de cette taxe nécessite une présence sur le terrain pendant plusieurs années. Ce à quoi s'astreint le conseil et en particulier Jean de Berry. Entre le roi et ses sujets du midi des liens sont enfin renoués[84].

Croisades en Flandre

Le grand schisme qui déchire l'Occident depuis 1378, a aggravé la situation financière de l'Église déjà mauvaise sous les papes d'Avignon : il y a deux Saints-Sièges, avec deux administrations pontificales[85]. Le contrôle de Bruges est un enjeu économique majeur pour les deux papes car le produit de la fiscalité pontificale en Europe du Nord y transite[86]. Du fait de leurs alliances anglaises, les Flamands sont suspects de passer sous l’obédience du pape Urbain VI d'autant que Louis de Male reconnaît le pape romain. L'expédition française de 1382 soutenue par l'antipape Clément VII et la bataille de Roosebeke qui restaure l'autorité du roi de France sur la Flandre mettent en péril le commerce de la laine anglaise et la fiscalité pontificale romaine.

Dès lors, Urbain VI réagit et fait prêcher la croisade en Angleterre par Henri Despenser, évêque de Norwich. Ce sont les frères mineurs qui se chargent de relayer la campagne sur le terrain : ils flattent l'orgueil national naissant et les Anglais achètent massivement des indulgences pour financer la croisade[87]. Celle-ci est acceptée par le Parlement anglais le 23 février 1383[88]. Henri Derspenser débarque à Calais au mois de mai 1383 à la tête de 3000 hommes[89]. Les Anglais saccagent Gand le 20 mai 1383 et s’attirent l’inimitié des Flamands dont le comte soutient pourtant Urbain. Les Anglais occupent Dunkerque, Bergues, Bourborg, Cassel, Poperinghe et mettent le siège devant Ypres le 8 juin. La ville résiste. Louis de Male rappelle les Français à son secours par le biais de Philippe le Hardi. L'armée royale est convoquée à Arras le 15 août. L'apprenant, Henri Despenser lève le siège d'Ypres et se replie sur Bergues et Bourbourg. Bergues est enlevée par les Français le 8 septembre. La garnison de Bourbourg capitule après une contre attaque ratée. Graveline négocie sa reddition pour 15 000 florins. Une trêve est vite obtenue et l'évêque de Norwich regagne piteusement l'Angleterre avec ses troupes[90].

Prise de possession de la Flandre

À la mort de Louis de Male en janvier 1384, Philippe le Hardi prend en charge les cérémonies qu'il veut fastueuses pour bien marquer la succession[91]. Il entre solennellement avec sa femme Marguerite à Bruges, Ypres, Messines, Dixmude, Damme, Malines et Anvers[92].

En prenant possession du comté, il n'y trouve qu'une résistance : les Gantois. La trêve, conclue à Leulinghen en janvier 1384 pour une durée de 15 mois, empêche la reprise immédiate des hostilités avec ces derniers mais ceux-ci reçoivent du soutien de l'Angleterre. Au printemps 1385, Philippe instaure l'aide censée financer la guerre contre Gand négociée avec les villes flamandes lors de leur reddition contre un pardon général. Il organise la défense du duché en nommant des gouverneurs du pays de Flandre : Guy de Pontailler, son maréchal, et Jean de Ghistelle, représentant d'un grand lignage flamand[92]. Il laisse des garnisons à Ardembourg, Audenarde, Courtrai, Damme et Termonde. Enfin, il renforce les fortifications du château de Lille et lance la construction de celui de l'Écluse[92].

Les Gantois, eux, reçoivent un renfort anglais de 100 hommes d'armes et 300 archers. Ils reprennent les hostilités dès la fin de la trêve de Leulinghem en mai 1385. Ils tentent de prendre Brugges et parviennent à occuper le port de Damme. Les Français qui montaient une armée pour débarquer en Angleterre dans le port de l'Écluse, marchent contre eux. La troupe commandée par Charles VI et Philippe reprend Damme le 28 août 1385[93]. Mais une nouvelle fois, les Français ne marchent pas sur Gand[90]. Par contre la ville est isolée, ses voies de ravitaillement sont bloquées et sa population menacée par la famine : il faut négocier[93]. Après plus de six ans de guerre, les Flamands sont las. Philippe sait que son intérêt converge avec celui des bourgeois flamands. Il reçoit donc des envoyés flamands avec lesquels il conclut le traité de Tournai le 18 décembre 1385 qui rétablit la paix dans le comté de Flandre.

La volonté d'apaisement de Philippe le Hardi est évidente dans ce texte où il va plus loin que les demandes des Gantois : il leur accorde son pardon (même à tous ceux qui en Flandre ont été bannis à condition qu'à leur retour ils jurent de respecter les clauses du traité), il confirme tous leurs privilèges en échange de leur soumission et de leur engagement à être « de bons, loyaux et vrais sujets »[93]. Il sait être conciliant, permettant à chacun de choisir son obédience, ou faisant rédiger les lettres de la chancellerie en flamand. Toute la Flandre lui fait allégeance, ce qui règle le conflit[94]. Il veille, aussi bien dans son action au gouvernement du roi Charles VI de France que dans les conséquences des évènements du grand schisme d'Occident, et aux intérêts économiques des villes drapières. Il bénéficie à ce sujet des conseils d'hommes d'affaires parmi lesquels Dino Rapondi tient le premier rang.

Dévaluation du franc

En prenant possession du comté de Flandre, en janvier 1384, Philippe le Hardi sait que pour être accepté par les Flamands, il doit leur rendre leur prospérité économique. Celle-ci dépend en premier lieu des échanges avec l'Angleterre qui est à l'époque le principal fournisseur de laine de l'industrie textile du nord du royaume, et celle-ci exige d'être payée en nobles d'or. Philippe fait donc battre des nobles flamands contenant très légèrement moins d'or que la monnaie anglaise. L'effet est rapide: l'économie est relancée et le duc y puise de substantielles plus-values[95]. Au vu de ce succès, le Conseil du roi se rend compte des méfaits du franc fort et de la raréfaction de la monnaie sur la circulation des marchandises. En avril 1385, cédant au pressions des milieux d'affaires, le roi dévalue le franc et augmente le prix du marc de métal précieux. L'effet de cette politique associée au retour de la paix est très favorable, l'économie est relancée. La paix est enfin faite entre les sujets qui ont accepté l'impôt et le roi qui apporte paix et prospérité économique[96].

Alliances matrimoniales avec les Wittelsbach

L'empire aux XIIIe et XIVe siècles      Possessions des Wittelsbach      Possessions des Habsbourg      Possessions des Luxembourg

Depuis le roi Louis IX de France, la modernisation du système juridique attire dans la sphère culturelle française de nombreuses régions limitrophes. En particulier en terres d'Empire, les villes du Dauphiné ou du comté de Bourgogne (future Franche-Comté) recourent depuis le règne de Saint Louis à la justice royale pour régler des litiges. Le roi envoie par exemple le bailli de Mâcon, qui intervient à Lyon pour régler des différends, comme le sénéchal de Beaucaire intervient à Vivier ou à Valence[97]. Les rois de France ont aussi su attirer à leur cour de nombreux nobles de ces régions. Ils élargissent l'influence culturelle du royaume en attirant à leur cour la noblesse de ces régions en lui allouant des rentes et en se livrant à une habile politique matrimoniale. Ainsi, les comtes de Savoie prêtent hommage au roi de France contre l'octroi de pensions, Jean de Luxembourg, dit l'Aveugle, roi de Bohême, est un habitué de la cour de France tout comme son fils Wenceslas, le futur empereur Charles IV ce qui permet au Valois de sceller de précieuses alliances (Charles IV est l'oncle de Philippe le Hardi)[98]. Ainsi le royaume de France a pu avancer en terre d'Empire en rachetant le Dauphiné ou en tenant de Jean de Bohème l'autorisation de revendiquer la Provence ce qu'a fait Louis d'Anjou.

De par son mariage avec Marguerite de Flandre, Philippe règne sur le comté de Bourgogne qui est en terre d'Empire. Ses visées vont alors vers les Pays-Bas. Leur contrôle permettrait d'élargir notablement sa principauté. D'un autre côté la Flandre a beaucoup souffert de la rivalité franco-anglaise et le temps est plutôt à la recherche d'un compromis. Les princes germaniques ne voient pas d'un bon œil les avancées françaises en terre d'empire d'autant qu'il existe une forte rivalité entre leurs marins et marchands et ceux de Gand ou du royaume Anglais. De plus, les princes germaniques, à la recherche d'alliances puissantes susceptibles de faire basculer l'élection impériale dans leur clan, n'ont rien à attendre des Français. Les Anglais sont liés (relativement mollement dans les faits) aux Luxembourg par le mariage de Richard II d'Angleterre avec Anne de Bohème; dès lors il est logique pour les Wittelsbach de rechercher l'alliance Française[80]. Enfin la plus fervente ambassadrice d'une stabilisation des Pays-Bas sous influence française est la duchesse Jeanne de Brabant. Depuis 1383, elle est veuve de Venceslas Ier de Luxembourg, et l'héritier du duché de Brabant n'est autre que Philippe le Hardi ! Ce dernier est en effet l'époux de Marguerite, nièce et héritière de la duchesse Jeanne. L'empereur pourrait reprendre le duché plutôt que de le laisser à un étranger, mais cela renforcerait les Luxembourg et il n'en est pas question pour Albert de Hainaut qui contrôle la Hollande et le Hainaut qui fait partie de la maison de Wittelsbach. Parallèlement les Anglais sont peu actifs diplomatiquement, Richard II et son entourage étant plutôt enclins à rechercher la paix avec la France que de remettre le pied dans le bourbier flamand. Son frère, le puissant Jean de Lancastre a plutôt des visées en Espagne et se désintéresse rapidement d'une alliance aux Pays-Bas. Dès lors un accord se fait sur un double mariage: Jean sans Peur le premier fils de Philippe le Hardi se marie à Marguerite de Bavière, et sa sœur Marguerite de Bourgogne épouse Guillaume IV de Hainaut le premier fils d'Albert de Hainaut. On propose à Charles VI la main de Isabeau de Bavière, le jeune roi est immédiatement séduit et se marie quelques jours à peine après l'avoir connue à Amiens. Ainsi se noue une solide alliance entre les Wittelsbach et les Valois qui permet de faire entrer tous les Pays-Bas dans l'orbite française mais en particulier permet à Philippe le Hardi d'espérer encore agrandir sa principauté.

L’affaire de Bretagne

Olivier de Clisson, connétable de France est l’un des plus fidèles serviteurs du roi de France et de l’Ètat. Depuis Charles V le connétable est forcément Breton : pour pouvoir instaurer une armée permanente il est nécessaire de rallier les Grandes Compagnies, dont beaucoup sont constituées de Bretons levés pour les besoins de la guerre de succession de Bretagne. Depuis longtemps, Olivier Clisson est un serviteur de l’État plutôt que des princes, ce qui en fait l’allié du roi de France et l’ennemi du duc de Bretagne. En effet, ce dernier y voit l’instrument de l’ingérence française dans les affaires bretonnes permettant potentiellement de retourner une partie des troupes bretonnes contre son duché[99]. De fait Olivier de Clisson est convaincu qu’il faut en Bretagne comme ailleurs baisser les impôts, ménager les sujets et tenir compte de leur opinion. Il mène cette politique dans ses possessions bretonnes et de Languedoc, ce qui lui réussit car la baisse des taxes attire de nombreux marchands dynamisant l’économie de ses terres, ce qui lui assure en retour de solides entrées financières. Devenant de plus en plus populaire, il s’attire une solide inimitié de la part de Jean de Berry excédé de le voir contrevenir à sa politique fiscale en Languedoc[100]. Au début de l’été 1387, lors de la convocation de toute la noblesse de Bretagne à un parlement à Vannes, le duc Jean IV de Bretagne fait jeter au cachot Olivier de Clisson ! Preuve de la popularité du connétable en Bretagne, le duché est à deux doigts de se soulever à la nouvelle de son incarcération. Ce dernier ne s’en sort que délesté d'une amende de cent mille livres et contraint à un traité désastreux. Il est à noter que le connétable ne reçoit aucun soutien de Philippe le Hardi ou de Jean de Berry qui ont pris ombrage de son influence sur le roi. De fait quand Olivier de Clisson est libéré et qu'il vient demander justice à Charles VI, ceux-ci lui font mauvais accueil[101].

Expédition contre le duc de Gueldre

L’avancée française en terre d’Empire sous la houlette de Philippe le Hardi n’est pas sans inquiéter nombre de princes germaniques. Guillaume VII de Juliers, duc de Gueldre, est un jeune et hardi prince qui s’est fait leur champion[102]. Pour cela, il noue d’étroites alliances avec le roi d’Angleterre et envoie un défit injurieux au roi de France, qui plus est en latin. Le duc de Bourgogne, ayant tout intérêt à décapiter ce foyer de résistance aux Pays-Bas, obtient non sans mal que le conseil royal décide de l’invasion du duché de Gueldre[103]. Fin août 1388, une armée de six mille hommes commandée par le roi avec à sa suite ses oncles et son frère, quitte Montereau[104]. Guillaume de Juliers ne reçoit pas les renforts anglais escomptés, mais il peut compter sur les marais qui, avec les pluies d’automne, vont enliser l’armée française. Celle-ci, au lieu de marcher droit sur l’objectif à travers le Brabant et le Hainaut, fait un large crochet par l’est sur instruction de Philippe de Bourgogne qui veut éviter le pillage des riches terres de la duchesse Jeanne de Brabant, sa précieuse alliée. La progression est fortement ralentie par les rivières en crue et l’hiver arrivant. Le 13 octobre 1388 à Corenzich, le duc de Gueldre se soumet au roi de France à des conditions honorables. Les conditions de sa soumission respectent sa fidélité au souverain germanique qui est son seigneur naturel et son serment au roi d’Angleterre. En contre-partie, il s’engage à avertir le roi de France un an à l’avance s’il doit le défier ou lui déclarer la guerre. Sur instruction de Philippe le Hardi, l’armée française doit retraverser les forêts des Ardennes, où elle subit l'attaque d'embuscades de compagnies germaniques frustrées de la bataille dont elles attendaient profit. Le repli se faisant très vite, le franchissement des rivières, sans prendre le temps de chercher un gué ou de construire des radeaux, coûte la vie à de nombreux soldats et chevaliers et fait perdre plusieurs chariots de butins. Après cette retraite désastreuse, le ressentiment est important en particulier contre le duc de Bourgogne qui en est l’instigateur et le responsable du retard, d’autant que le pays doit se soumettre à la taille à chaque expédition[105].

Gouvernement des marmousets

La prise de pouvoir par Charles

Le discrédit du duc de Bourgogne à la suite de l'expédition désastreuse contre le duc de Gueldre est immédiatement mis à profit par le jeune roi et les anciens conseillers de son père. Ceux-ci, comme Philippe de Mézières ou Olivier de Clisson, l'ont éduqué et en ont fait un partisan du « bon gouvernement », de la paix, des économies, et de la politique intérieure et du souci de l’opinion publique. Ce qui est clairement différent de la politique menée par les princes qui utilisent la guerre pour justifier l’impôt[106].Nous l'avons vu lors de l'affaire de Bretagne, un fort contentieux oppose le connétable aux oncles.

Le 28 octobre 1388, le roi fait son entrée à Reims à la tête de son armée au retour de l’expédition désastreuse qu’il a commandé contre le duc de Gueldre et pour laquelle il était secondé par les ducs de Bourgogne, de Berry, de Bourbon, de Touraine et évidemment Olivier de Clisson. Toutes les têtes politiques de France se trouvent donc dans la ville du sacre à la Toussaint 1388. La date et le lieu ne sont pas anodins : Charles VI a été sacré à Reims le 4 novembre 1380. Même si la majorité a été fixée par Charles V à quatorze ans pour le roi, l’usage de l’époque est de considérer que vingt ans est l'âge nécessaire (Charles VI les aura le 4 décembre 1388) à un jeune noble pour gouverner ou gérer ses affaires pour un jeune bourgeois[107]. Le 3 novembre, une grande assemblée du Conseil du roi se tient au palais épiscopal de Reims. Le cardinal de Laon, Pierre Aycelin de Montaigut, ancien conseiller de Charles V, demande si le roi n’est pas en âge de se passer de tuteurs. Comme l'archevêque de Reims et les chefs de guerre approuvent, la décision est prise : Charles gouvernera désormais seul. Ce dernier prend la parole et remercie ses chers oncles « des peines et travaux qu'ils avaient eus de sa personne et des affaires du royaume ». Les ducs Philippe II de Bourgogne et Jean de Berry sont complètement pris au dépourvu et ne peuvent qu’acquiescer, d’autant que Philippe le Hardi est affaibli par le résultat de l’expédition contre le duc de Gueldre[108]. La manœuvre du jeune roi et de ses conseillers faite au grand jour sous la forme d’un coup d’éclat, permet de marquer la prise de gouvernance par Charles VI et d’opérer un changement radical de politique, laissant aux oncles la responsabilité de la répression des révoltes et du rétablissement par la force de l’impôt. Charles, exonéré de ces contentieux, a les mains libres pour prendre en main son royaume [109]. Philippe le Hardi dépité se concentre alors sur les affaires de son immense principauté.

Tentatives de résolution de grand schisme d'Occident

Carte historique du grand schisme d’Occident.     États reconnaissant le pape de Rome     États reconnaissant le pape d'Avignon     États ayant changé d'obédience durant le schisme

En 1394, il y a déjà plus de quinze ans que deux papes rivaux se retrouvent à la tête de la chrétienté. Boniface IX siège à Rome et reçoit l'appui de la Vénétie, de l'Angleterre, de l'Allemagne, de la Pologne et de la Hongrie. Dans le camp de Benoît XIII, pape d'Avignon, se rangent la France, la Castille, l'Aragon, le Portugal, l'Écosse, la Savoie et le royaume de Chypre. Cette année-là, Philippe le Hardi, régent de la France depuis la folie du roi Charles VI, demande à l'Université de Paris de lui présenter une recommandation sur les moyens de mettre fin au schisme. En effet, avec une politique fiscale agressive qui prive le clergé d'une grande part des bénéfices issus de ses charges, Benoît XIII s'est mis à dos nombre de religieux[110]. Philippe le Hardi qui suit une politique conciliante vis-à-vis de la papauté de Rome pour ménager les Flamands, a tout intérêt à mettre fin au schisme. Après plusieurs mois de délibérations, l'Université présente trois solutions : la voie de compromis (laisser aux pontifes le soin de mettre fin eux-mêmes au schisme), la voie de cession (il faut les démettre simultanément et en élire un autre) ou la réunion d'un concile qui aurait pour but de trancher le problème.

En février 1395, le Conseil du roi appuie le principe d'une démarche pour la voie de cession (Louis d'Orléans, partisan de la voie de fait, qui sert ses intérêts italiens a été évincé par Philippe le Hardi)[110]. Cependant, ni Benoît XIII, ni Boniface IX, n'acceptent de se démettre. On décide alors de les y obliger en ayant recours à une soustraction d'obédience. Entre l'Université de Paris et le Saint-Siège, les positions se raidissent. Dès lors, les Parisiens font valoir leurs vieux projets de réforme de l'Église et voient en Philippe le Hardi leur champion[110]. En 1398, une assemblée d'évêques tenue à Paris vote une ordonnance[111] retirant au pape les bénéfices et les taxes ecclésiastiques au profit du roi de France. Autrement dit, l'Église de France se gouvernera elle-même et c'est le roi qui légiférera en matière religieuse. Seule l'autorité spirituelle est reconnue au pape d'Avignon. La France est bientôt imitée par la Sicile, la Castille et la Navarre.

Entêté, Benoît XIII refuse de plier, même si les fonds ne rentrent plus. Assiégé dans sa citadelle pendant plusieurs mois par des ennemis locaux, il parvient à s'enfuir en 1403 et se réfugie chez le comte de Provence, Louis II d'Anjou, qui s'opposait depuis le début à la soustraction d'obédience[112].

La soustraction d'obédience s'avère vouée à l'échec. Plusieurs évêques commencent à se plaindre, surtout lorsque le gouvernement français commence à taxer les revenus des paroisses[112]. Le camp orléaniste a pris, dès 1401, parti contre la soustraction d'obédience. Le 29 avril 1403, la Castille restitue son obédience au pape. La France suit le 28 mai. On en revient aux tractations diplomatiques qui ne donneront aucun résultat, les pontifes de Rome et d'Avignon campant toujours sur leurs positions. Pour remercier Louis d'Orléans de son soutien, le pape lui offre 50 000 francs (aux dépens de la fiscalité imposée aux clercs), ce qui a pour effet de dresser l'Université contre lui et de la faire basculer un peu plus en faveur du parti bourguignon[113].

En 1407, l'Université de Paris, avec l'appui du duc de Bourgogne et du Parlement de Paris, décide par elle-même une nouvelle soustraction d'obédience qui ne donnera pas plus de résultat que la première fois.

Philippe le Hardi meurt à Hal (en Belgique actuelle) le 27 avril 1404, d'une épidémie de grippe[114].

Principauté de Bourgogne

Possessions de Philippe le Hardi

Philippe le Hardi reçoit en apanage le Duché de Bourgogne en 1363[115]. Son mariage avec Marguerite de Flandre lui permet de se constituer une principauté à l'origine de la puissance territoriale des ducs de Bourgogne. À la mort de Louis de Male en 1384, il entre en possession des terres et seigneuries qui avaient constitué l'héritage du comte de Flandre : le comté de Flandre et la seigneurie de Malines, le comté de Nevers et la baronnie de Donzy, le comté de Rethel, le comté de Bourgogne (la Franche-comté actuelle), la seigneurie de Salins et le comté d'Artois, ainsi que quelques terres situées entre la frontière septentrionale du duché de Bourgogne et Troyes : « les terres de Champagne » (Jaucourt, L'isle-Aumont, Chaource et Villemaur). Cet ensemble est accru en mai 1390 par l'achat — avec la dot de Marguerite de Bavière, l'épouse de Jean, son premier fils, le futur duc de Bourgogne Jean sans Peur —, au comte d'Armagnac et à son frère du comté de Charolais[116].

Ses résidences

Vue aérienne du château de Germolles

En Bourgogne, les demeures ayant appartenu à Philippe le Hardi et encore conservées sont rares. A part quelques éléments du palais ducal de Dijon (dont la tour de Bar), on trouve le château de Germolles, largement préservé. Cette demeure a été offerte à son épouse, Marguerite III de Flandre en 1381. C'est la princesse qui se chargea de la transformer en une luxueuse résidence où travaillèrent les meilleurs artistes de l'école Bourguignonne, et en particulier Claus Sluter et Jean de Beaumetz.

Son tombeau

Tombeau de Philippe II Le Hardi au palais des Ducs de Bourgogne de Dijon

Dès 1378, Philippe le Hardi acquiert le domaine de Champmol pour y faire construire une chartreuse (devenue depuis un hôpital de Dijon) destinée à accueillir sa dépouille après son décès. Après le décès du duc à Hal, son corps est éviscéré et embaumé, puis placé, revêtu d'une robe de chartreux, dans un cercueil de plomb. Ses viscères sont enterrées en l'église Notre-Dame de Hal. Au terme d'un cortège funèbre de six semaines, le corps est amené à Dijon et déposé dans le chœur de la chartreuse de Champmol le 16 juin 1404.

Le tombeau et le gisant sont l'un des chefs d'œuvre de la sculpture bourguignonne. L'ensemble est réalisé par les trois sculpteurs actifs pour le duc, Jean de Marville(1381-1389), Claus Sluter (1389-1406) et Claus de Werve (1406-1410). Jean Malouel, peintre officiel du duc, a été chargé de la polychromie et des dorures. C'est un tombeau monumental qui retrace l'importance de Philippe le Hardi parmi les princes de son époque. Le gisant, en marbre blanc, est mis en valeur par une dalle de marbre noir selon une esthétique encore assez novatrice à l'époque. Le tombeau repose sur un soubassement d'arcades où prennent place les membres du cortège funèbre représentés en train de dire des prières ou de porter les armes du duc. Cette disposition existait depuis le règne de Louis IX soit depuis plus d'un siècle, mais elle gagne ici une dimension novatrice. En effet, il s'agit bien de pleurants en ronde-bosse qui reproduisent réellement l'idée et le mouvement du cortège funèbre. Ils évoluent dans les arcades et chacun d'entre eux a bénéficié d'une grande individualisation. Le gisant de Philippe le Hardi était représenté en armure et en manteau, comme cela était souvent la tradition pour les grands princes, à l'exemple du connétable du Guesclin, à Saint-Denis.

Le tombeau de Philippe le Hardi reste à la chartreuse de Champmol jusqu'à la Révolution. En 1792, il est transféré à la cathédrale Saint-Bénigne de Dijon sans destruction. En 1793, en revanche, la Convention vote la destruction du gisant qui est alors découpé. Le reste du tombeau est conservé mais des éléments, en particulier les pleurants, très appréciés pour leur réalisme et leur qualité, passent sur le marché de l'art. Le tombeau est remonté dans la première moitié du XIXe siècle. Un nouveau gisant est constitué, mais cette fois en costume de cérémonie, afin de faire de Philippe le Hardi un presque roi. Des pleurants sont refaits pour remplacer les manquants, mais en albâtre, quand les originaux étaient en marbre. Ainsi adapté, le tombeau se trouve aujourd'hui au musée des Beaux-Arts de Dijon dans le palais des Ducs de Bourgogne

Généalogie

Il est le quatrième fils du roi de France Jean II de France (dit Jean le Bon) et de Bonne de Luxembourg. Ses frères sont Charles V de France, Louis d'Anjou et Jean de Berry.

De son mariage avec Marguerite de Frandre, il a notamment :

Il inaugure ainsi une politique matrimoniale déjà esquissée par son prédécesseur Philippe de Rouvre, politique que continueront ses successeurs et qui, à partir et autour du duché de Bourgogne, constituera en quelques décennies l'État bourguignon. En mariant en 1385 son fils Jean sans Peur à Marguerite, fille du comte Albert Ier de Hainaut et de Hollande, et sa fille Marguerite à Guillaume IV de Hainaut, fils et héritier d'Albert, il prépare l'union des dites principautés à cet État bourguignon patiemment édifié par son petit-fils Philippe III de Bourgogne (dit Philippe le Bon).

Il fait aussi entrer par ces mariages la nouvelle dynastie de Bourgogne dans le réseau d'alliances de la maison de Bavière : les autres filles d'Albert de Bavière sont mariées au duc de Gueldre et au roi de Bohême, le futur empereur Wenceslas Ier du Saint-Empire, cependant que leur cousine Isabeau de Bavière devient reine de France. D'autre part, il marie ses filles Catherine au duc d'Autriche Léopold IV d'Autriche, et Marie au duc Amédée VIII de Savoie.

Il laisse deux enfants naturels :

- de Marie d'Auberchicourt (décédée le 31 octobre 1401), dame du Risoir et de Bernissart :

  • Henri du Risoir (v. 1360-1409), qui fonde la famille du Risoir ;

- de N :

  • Suzanne de Brabant, épouse en 1409 Jacques Wytvliet[117].
Précédé par Philippe II de Bourgogne Suivi par
Jean II le Bon
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Duc de Bourgogne
1364-1404
Jean sans Peur
Marguerite III de Flandre
Blason comte fr Nevers.svg
Comte de Bourgogne
1384-1404
Jean sans Peur

Notes et références

  1. Philippe II de Bourgogne sur le site de la Fondation pour la généalogie médiévale
  2. L'origine du surnom du duc de Bourgogne Philippe le Hardi, in, La Bourgogne au Moyen Âge, Académie de Dijon, Centre Régional de Recherche et de Documentation Pédagogiques, 1972, p. 135.
  3. Société de l'histoire de France Le comté de Touraine avait été érigé en duché pairie et donné à Philippe le Hardi en octobre 1360., 1855, p. 242
  4. Olivier de La Marche (Mémoires, éditions H. Beaune et J. d'Arbaumont, Société de l'Histoire de France, prologue, chapitre XIV et XV, tomme I, pp. 58-62 - Adaptation
  5. Le 19 juin 1369 dans l'église Saint-Bavon de Gand.
  6. Selon Bourgogne, Éditions MSM, 2002, ISBN : 2-911515-39-0, le grand duché Valois, Philippe le Hardi, p. 119 : « Marguerite de Male avait été fiancée à l'âge de dix ans, vers 1360, à Philippe de Rouvres ». D'après E. Petit, Histoire des ducs de Bourgogne de la race capétienne, t. IX, p. 249, Philippe de Rouvres fut marié virtuellement à Marguerite de Flandre. Il avait alors dix ans et sa jeune épouse n'était âgée que de sept ans. La cérémonie, célébrée par l'évêque de Tournai eut lieu à Saint-Vaast le 14 mai 1357. Marguerite de Flandre resta à la cour d'Artois jusqu'en juillet 1361 date à laquelle elle rejoint la cour de Bourgogne. C'est un mois ou deux après son arrivée en Bourgogne que le duc Philippe de Rouvres décéda de la peste.
  7. , il fait profiter les villes de Bourgogne d'une forte activité artistique notamment par les aménagements qu'il fit réaliser à ses châteaux de Rouvres, d'Argilly ou Germolles près de Chalon-sur-Saône, résidence préférée de la duchesse Marguerite. Dijon lui doit une chartreuse construite aux portes de la ville au lieudit « Champmol », destinée à devenir la nécropole de la dynastie ducale des Valois ; ses prédécesseurs, les ducs Capétiens se faisaient inhumés à l'abbaye de Cîteaux.
  8. « Il voyait loin » selon Froissart et Christine de Pisan (témoin de l'époque qui livra des descriptions des relations à la cour de France au début du XVe siècle souligne son « souverain sens et conseil  ».
  9. Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 26
  10. Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 27
  11. Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 28
  12. Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 91
  13. Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 33
  14. Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 203-204
  15. a et b Françoise Autrand, Charles VI, Fayard février 1986, page 17
  16. Laurent Theis, Histoire du Moyen Âge Français, Perrin 1992, page 287
  17. D'après Journal de la Bourgogne, Collection jacques Marseille, Édition Larousse, 2002, p. 108, ces mots célèbres auraient été transmis par le chroniqueur Giovanni Villani.
  18. a et b Jean le Bon, le roi captif, chrisagde
  19. (en) The Battle of Poitiers, Chad Arnow myarmoury.com
  20. Raymond Cazette, Étienne Marcel, Taillandier 2006, p. 230
  21. Laurent Theis, Histoire du Moyen Âge français, Perrin 1992, pages 293-294
  22. Donné à Germigny-l'Évêque, Seine et Marne, canton de Meaux. Le duché de Bourgogne est concédé en échange du duché de Touraine. Selon l'acte, la cession du duché de Bourgogne est la récompense du « pur amour filial » de son fils, qui, « s'exposant volontairement à la mort, s'est tenu avec [son père] dans la bataille livrée près de Poitiers, sans peur et impavide, y a été blessé, capturé et détenu avec lui au pouvoir de leurs ennemis... », in Bourgogne, éditions MSM, p. 109.
  23. Bourgogne, Éditions MSM, p. 109.
  24. H. Drouot et J. Calmette, Histoire de Bourgogne, p. 120.
  25. Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 499
  26. Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 503
  27. Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 500
  28. Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 518
  29. Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.514
  30. Georges Minois, La guerre de Cent Ans, Perrin 2008, p. 192.
  31. Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 501
  32. Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 308
  33. Georges Minois, La guerre de Cent Ans, Perrin 2008, p. 195.
  34. Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 309
  35. Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 310
  36. Georges Minois, La guerre de Cent Ans, Perrin 2008, p. 203.
  37. Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 546
  38. Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 311
  39. Françoise Autrand, Charles VI, Fayard 1983, p. 17-18
  40. Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 533
  41. « Mon fils s’écrie Marguerite en s’écartant brusquement sa robe et découvrant son sein, moi ta mère, comtesse et palatine de Bourgogne et d’Artois, te prie de faire en ces noces ce que ton roi et moi ta mère, désirons ; autrement, si tu refuses, je te jure que je jetterai aux chiens cette mamelle que je touche, et la trancherai en ta présence, pour un opprobre éternel sur ton nom , et pourvoierai (sic) que toi ou les tiens ne puissent jouir des pays et seigneuries qu’il a plu à Dieu me donner. Ne pense pas que je veuille permettre que les Anglais se glorifient et s’avantagent du mien, et qu’ils s’en puissent servir pour la ruine de ma maison. Non, non ; je sais comment j’y dois pourvoir si toi-même ne trouve le remède, faisant ce de quoi, moi ta mère, te prie et tant instamment te requiers ». in : Franche-Comté ancienne et moderne, Eugène Rougebief, Paris, 1851, p. 201 et 202. D'après J. Calmette, Les grands ducs de Bourgogne, Édition Club des Libraires de France, 1956, p. 52, la forme dramatique et romancée de cet épisode qui est devenu classique a été composée pour la joie de ses lecteurs par l'historien Barante.
  42. a et b Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.572
  43. Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p.333
  44. Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p.334
  45. Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.587
  46. a, b, c et d Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.589
  47. Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.590
  48. Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 356
  49. a, b, c et d Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 357
  50. a et b Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 358
  51. Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 616-617
  52. a et b Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 617
  53. a et b Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 618
  54. Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.782
  55. Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.783
  56. a et b Françoise Autrand, Charles VI, Fayard, février 1986, page 13
  57. a et b Françoise Autrand, Charles VI, Fayard, février 1986, page 19-20
  58. a et b Françoise Autrand, Charles VI, Fayard, février 1986, page 21
  59. Françoise Autrand, Charles VI, Fayard, février 1986, p. 79-80
  60. Françoise Autrand, Charles VI, Fayard février 1986, page 81
  61. Françoise Autrand, Charles VI, Fayard, février 1986, p. 84
  62. Françoise Autrand, Charles VI, Fayard, février 1986, p. 89
  63. Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 381
  64. Françoise Autrand, Charles VI, Fayard février 1986, p. 93
  65. Françoise Autrand, Charles VI, Fayard, février 1986, p. 95
  66. Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 382-383
  67. Françoise Autrand, Charles VI, Fayard février 1986, p. 98-99
  68. Françoise Autrand, Charles VI, Fayard février 1986, pages 122-123
  69. P. Bérigal, L'illustre Jacquemart de Dijon, Dijon, 1832, p. 40. D'après Bertrand Schnerb, L'État bourguignon, Perrin 2005, p. 70, il s'agirait de 2 000 hommes.
  70. a et b Françoise Autrand, Charles VI, Fayard, février 1986, page 123.
  71. Françoise Autrand, Charles VI, Fayard février 1986, page 104
  72. Georges Minois, La guerre de cent ans, Perrin 2008, p. 250
  73. D'après Pierre d'Orgemont dont les chiffres sont considérés comme les plus fiables parmi les chroniqueurs de l'époque, elle est composée de 2 000 lances, 500 arbalétriers, 400 archers, 1 500 valets armés d'haches, puis la bataille (3 000 chevaliers et 600 archers) et enfin l'arrière-garde de 1 500 lances et 600 valets armés. Françoise Autrand, Charles VI, Fayard, février 1986, page 126
  74. Bertrand Schnerb, L'État Bourguignon, Perrin 2005, p. 70
  75. Françoise Autrand, Charles VI, Fayard février 1986, page 133
  76. Bertrand Schnerb, L'État Bourguignon, Perrin 2005, p. 71
  77. P. Bérigal, L'illustre Jacquemart de Dijon, Dijon, 1832, p. 15, r.1 nous rapporte : « L'abbé Richard dit, dans ses Tablettes de Bourgogne, année 1754, p. 42 : Ce prince fut dédommagé des frais immenses qu'il avait fait dans cette guerre, par le roi, son neveu, qui lui donna une somme de 103 000 livres et par le comte de Flandre, qui lui permit de tirer un subside de 100 000 livres de la ville d'Ypres et du pays d'alentour ».
  78. P. Bérigal, L'illustre Jacquemart de Dijon, Dijon, 1832, p. 16. Cette devise du duc de Bourgogne, serait selon certains à l'origine du mot moutarde. L'auteur ajoute que Tabourot, facétieux dijonnais aurait, dans ses Bigarures du seigneurs des Accords, édition de 1586, p. 38 et 39, parlé de ce cri de guerre, et prétend qu'il est à l'origine du mot moutarde. Selon lui, les Chartreux de cette ville firent sculpter sur le portail de leur église les armoiries du prince, et au-dessous, la devise Moult me tarde était gravée sur un ruban (en pierre), mais tellement disposé que le monosyllabe me était dans le repli un peu enfoncé du ruban, de sorte que les seuls mots moult tarde étaient en évidence. Aussi les passans (sic), ignorants ou malins, lisant le mot moutarde, disaient qu'aux chartreux était le troupe des moultardiers de Dijon. D'autres donnent des explications plus sérieuses à l'étymologie de ce mot.
  79. L'horloge de Jacquemart de Dijon sur le site du Ministère de la culture (base Joconde)
  80. a, b et c Françoise Autrand, Charles VI, Fayard, février 1986, p. 105
  81. Françoise Autrand, Charles VI, Fayard, février 1986, p. 107
  82. Françoise Autrand, Charles VI, Fayard, février 1986, p. 109-110
  83. Françoise Autrand, Charles VI, Fayard, février 1986, p. 112
  84. Françoise Autrand, Charles VI, Fayard, février 1986, p. 114-115
  85. (en) Lynn H. Nelson, The Great Schism ORB
  86. Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard, 1980, p. 396.
  87. Françoise Autrand, Charles VI, Fayard, février 1986, page 146
  88. Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard, 1980, p. 395
  89. Bertrand Schrnerb, L'État bourguignon, Perrin 2005, p. 74
  90. a et b Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard, 1980, p. 397
  91. Bertrand Schnerb, L'État bourguignon, Perrin 2005, p. 77-78
  92. a, b et c Bertrand Schnerb, L'état Bourguignon, Perrin 2005, p. 79
  93. a, b et c Bertrand Schnerb, L'État bourguignon, Perrin 2005, p. 80
  94. Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard, 1980, p. 400.
  95. Françoise Autrand, Charles VI, Fayard, février 1986, pages 117-118
  96. Françoise Autrand, Charles VI, Fayard, février 1986, pages 116-117
  97. Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 60
  98. Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.13
  99. Françoise Autrand, Charles VI, Fayard 1986, p.174.
  100. Françoise Autrand, Charles VI, Fayard 1986, p.176.
  101. Françoise Autrand, Charles VI, Fayard 1986, p.175.
  102. Françoise Autrand, Charles VI, Fayard 1986, p.161.
  103. Françoise Autrand, Charles VI, Fayard 1986, p.162.
  104. André Castelot et Alain Decaux, Histoire de la France et des Français au jour le jour
  105. Françoise Autrand, Charles VI, Fayard 1986, p.163 et 166.
  106. Françoise Autrand, Charles VI, Fayard 1986, p.172.
  107. Françoise Autrand, Charles VI, Fayard 1986, p.164.
  108. Françoise Autrand, Charles VI, Fayard 1986, p.166.
  109. Françoise Autrand, Charles VI, Fayard 1986, p.165.
  110. a, b et c Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard, 1980, p. 410.
  111. H. Millet et E. Poulle, Vote de soustraction d'obédience, 1988
  112. a et b Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard, 1980, p. 412.
  113. Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard, 1980, p. 413.
  114. Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 481
  115. Lettre de Jean le Bon du 6 septembre 1363, date à laquelle Philippe échangeait son duché de Touraine contre celui de Bourgogne.
  116. Bertrand Schnerb, L'État bourguignon, Perrin 2005, p. 88
  117. Citée par Patrick Van Kerrebrouck, in Les Valois - 1990, page 513 : suivant Bergé, "La fondation Pacheco, article Moreez, L'Intermédiaire, n° 38, mars 1952, page 67

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