Parti politique ethnique


Parti politique ethnique

Les partis politiques ethniques sont des partis politiques dont la principale raison d'être est la défense des intérêts d'un ou de plusieurs groupe(s) ethnique(s) ou d'autres minorités (linguistiques, religieuses) par le biais de la participation aux élections. Les partis ethnorégionalistes constituent soit une autre catégorie de partis si on considère que les partis ethniques sont spécifiques aux minorités "dispersées", soit une sous-catégorie des partis ethniques.[réf. nécessaire]

Sommaire

Définitions

En Amérique latine:

Le parti ethnique est défini ici comme une organisation autorisée à concourir à des élections locales ou nationales; la majorité de sa direction s'auto-identifie comme appartenant à un groupe ethnique non dominant, et sa plate-forme électorale inclut des exigences et des programmes d'une nature ethnique ou culturelle[1],[2].

En Inde:

Un parti ethnique est un parti qui se représente ouvertement lui-même comme un défenseur de la cause d'une catégorie ethnique particulière ou d'un ensemble de catégories à l'exclusion d'autres et qui fait de cette représentation un point central de sa stratégie de mobilisation des électeurs[3].

Voir aussi une comparaison entre différentes définitions des partis (ethno-)régionalistes et une discussion sur leur pertinence dans Maxmilián Strmiska, A Study on Conceptualisation of (Ethno)regional Parties, Central European Political Studies Review (Brno), Part 2-3, Volume IV, spring-summer 2002.

Partis ethniques, ethnorégionalistes, régionalistes

Il existe deux grandes catégories de partis de minorités:

  1. les partis autonomistes-territorialistes (« (ethno-)régionalistes », « séparatistes »), qui ont pour objectif l'autodétermination — à des degrés divers — d'une entité territoriale pour le compte d'une minorité ethnique, linguistique ou religieuse (le Parti sarde d'action, l'Union du peuple corse, l'Esquerra Republicana de Catalunya, le Dashnak dans l'Empire ottoman, le Parti québécois, la Diète démocratique istrienne etc.)
  2. les partis ethniques, qui ont pour ambition de représenter une minorité ethnique, linguistique ou religieuse territorialement dispersée au sein d'un système politique donné, qu'il s'agisse d'un État souverain ou d'une entité subétatique, les prototypes les plus anciens en étant les partis juifs des empires russe et austro-hongrois, Bund, Folkspartei, Agoudat Israel, et le parti suédois de Finlande, le Svenska Folkpartiet, tous fondés à la fin du XIXe siècle ou dans la première décennie du XXe, à l'époque où fut également développée l'option théorique de l'autonomie nationale-culturelle par les austromarxistes.

Options idéologiques

Diversité partisane au sein d'une même minorité

Il y a des degrés dans la revendication de l'autonomie, il y a aussi des différences idéologiques parfois totalement inconciliables entre des partis revendiquant l'autonomie pour un même territoire ou pour un même groupe ethnique, par exemple pour les Juifs de Pologne dans l'entre-deux-guerres entre les partis sionistes de diverses obédiences, Agoudat Israel (ultra-orthodoxe), le Bund (marxiste) et le Folkspartei (libéral).

Dans certains cas, un seul parti, devenant de facto « supra-idéologique », vise, avec plus ou moins de succès, à représenter l'ensemble d'un groupe ethnique, comme le Svenska Folkpartiet en Finlande, le SSW (Danois et Frisons) dans le Land allemand du Schleswig-Holstein, le parti de la minorité grecque en Albanie, l’Union démocratique des Magyars de Roumanie, le Parti de la coalition hongroise en Slovaquie, l'Action électorale polonaise de Lituanie, l'Union océanienne (Wallisiens et Futuniens) en Nouvelle-Calédonie aux élections de 1989, le Muttahida Qaumi Movement au Pakistan. Le cas de la liste Minorité allemande en Pologne montre par contre qu'une désaffection de l'électorat ethnique peut se produire pour se reporter sur des partis non ethniques et plus idéologiquement marqués[4].

Affiliations internationales

De nombreux partis de minorités adhèrent à des regroupements internationaux de partis:

Cartels électoraux

Des regroupements ou des accords électoraux se sont par exemple opérés dans la Pologne de l'entre-deux-guerres tant entre partis juifs qu'entre partis juifs et partis d'autres minorités, et même entre un parti ethnique et un parti-frère de même tendance idéologique, en l'occurrence le Bund juif et le Parti socialiste polonais aux municipales de 1939[5].

Ils ont également existé dans la Tchécoslovaquie de l'entre-deux-guerres où certains partis des minorités allemandes ("des Sudètes" ou "des Carpates") et des partis hongrois présentaient une liste "magyaro-allemande" aux élections législatives[6].

Le Rassemblement démocratique océanien (Wallisiens et Futuniens) en Nouvelle-Calédonie a ainsi adhéré à une des composantes du Front de libération nationale kanak et socialiste, ce qui lui permet de disposer d'un élu, alors qu'il ne passerait pas le seuil électoral de 5% en se présentant seul[7].

Aux élections législatives de 2005 en Bulgarie, l'Union civique rom (elle-même un regroupement de 3 partis et 9 autres organisations) faisait partie de la liste "Coalition pour la Bulgarie", formée autour du Parti socialiste bulgare, alors qu'une liste Euroroma se présentait seule.

Exemption du seuil électoral pour les partis des minorités ethniques

En République fédérale d'Allemagne, le seuil électoral minimum de 5% fut adopté dans les années 1950 pour éliminer de la scène politique un parti ethnique, le Bloc des Réfugiés (GB/BHE), qui visait à représenter dans le système politique allemand les millions de réfugiés, de déplacés et d'expulsés allemands en provenance des territoires passés sous le contrôle soviétique[8]. Par contre, les Länder du Schleswig-Holstein et du Brandebourg ont introduit une exception pour les partis représentant une minorité ethnique reconnue[9], les Danois et les Frisons dans le premier cas (le bénéficiaire en étant le Südschleswigscher Wählerverband), les Sorabes dans le second, où le Parti populaire sorabe a été mis sur pied afin d'en bénéficier.

Ce système a été adopté, avec des variantes, dans certaines nouvelles démocraties d'Europe, en Pologne[10], en Roumanie[11] et en Serbie[12]. Une autre technique institutionnelle mise sur pied avec le même objectif est la création de sièges réservés[13].

Les partis diasporiques

Une sous-catégorie des partis de minorités est celle des partis qui n'existent que dans la sphère politique interne de minorités en diaspora. Le cas le plus évident est celui des sections à l'étranger de partis politiques nationaux (Democrats Abroad, le Brussels & Europe Liberal Democrats, la Fédération des Français de l'étranger du PS, le Likoud-France etc.), mais il en existe d'autres qui concourent par exemple aux élections organisées pour les assemblées diasporiques.

Les partis français ne participent pas en tant que tels aux élections de l'Assemblée des Français de l'étranger (ex-Conseil Supérieur des Français de l'Etranger), mais par le biais d'associations politiques comme l'Union des Français de l'Etranger (droite) ou l'Association Démocratique des Français de l'Etranger (gauche).

Il en va plus ou moins de même pour les élections des Comitati degli Italiani all'Estero, Comités des Italiens à l'étranger, ou des Conseils des résidents espagnols.

Pendant la période d'occupation soviétique en Arménie orientale, les partis arméniens Dashnak, Hentchak et Ramgavar eurent ainsi ce statut de partis diasporiques, pouvant parfois accéder à des sièges parlementaires réservés pour la communauté arménienne, au Liban et en Syrie par exemple, ou au moins à des sièges dans des conseils d'arrondissement ou municipaux, à Marseille par exemple où le parti-frère du Dashnak, la SFIO de Gaston Defferre, réservait une place éligible aux socialistes arméniens en échange d'un soutien à ses propres listes.

Notes

  1. Van Cott, Donna Lee, “Institutional Change and Ethnic Parties in South America.” Latin American Politics and Society 45, 2 (summer 2003): 1-39 (abstract)
  2. Donna Lee Van Cott, From Movements to Parties in Latin America. The Evolution of Ethnic Politics, Cambridge, Cambridge University Press, 2005 ISBN 9780521855020 (Introduction)
  3. Kanchan Chandra, Why Ethnic Parties Succeed: Patronage and Ethnic Head Counts in India, Cambridge, Cambridge University Press, 2004 ISBN 9780521891417 (excerpt)
  4. Selon l'hebdomadaire bilingue Schlesiges Wochenblatt, les pertes de voix de la liste allemande auraient bénéficié à la Plate-forme civique (PO) qui aurait recueilli 6.000 à 8.000 voix d'électeurs de la minorité, cf. Nur Ryszard Galla bleibt im Sejm, Schlesiges Wochenblatt 24/10/2007
  5. Bernard K. Johnpoll, The politics of futility. The General Jewish Workers Bund of Poland, 1917-1943, Ithaca, New York, Cornell University Press, 1967
  6. "Prager Tagblatt", Nr. 116 du 18 Mai 1935, Tschechoslowakische Parlamentswahl vom 19. 5. 1935
  7. David A. Chappell, Noumea Accord: Decolonization without independence in New Caledonia?, The Pacific Affairs, Fall 1999
  8. Bernhard Vogel, Dieter Nohlen, Rainer-Olaf Schultze, Wahlen in DeutschlandTheorie, Geschitchte, Dokumente 1848-1970, 1971, Editions Walter de Gruyter, 465 pages, ISBN 3110017326 - en particulier pp.207-209
  9. Martin Fehndrich, Sonderrechte für Parteien nationaler Minderheiten, (letzte Aktualisierung: 21.08.2006)
  10. "La Loi sur les élections parlementaires du 28 mai 1993 a donné aux candidats des minorités un traitement préférentiel dans la mesure où les comités électoraux des organisations minoritaires reconnues ne sont pas liés par les seuils fondés par le nombre de voix exprimées à l'échelle nationale." cf. Commission européenne contre le racisme et l'intolérance, Second rapport sur la Pologne, 1999
  11. "Le système roumain assure quant à lui une représentation minimale des organisations de citoyens appartenant à une minorité nationale, légalement constituées. Si elles n'ont pas obtenu un siège de député ou de sénateur par le biais des mécanismes électoraux ordinaires, mais ont recueilli un nombre de suffrages égal à (seulement) 5 % au moins du nombre moyen de suffrages valablement exprimés dans le pays entier pour l'élection d'un député, ces organisations ont droit à un siège de député. Par exemple, en 1992, treize organisations ont bénéficié de cette clause." cf. Conseil de l'Europe, Commission de Venise, Droit électoral et minorités nationales, 1999
  12. "Political parties of ethnic minorities and coalitions of political parties of ethnic minorities shall participate in the distribution of mandates even when receiving less than 5% of the total number of votes.", cf. Republic of Serbia, Republic electoral commission, Act Amending and Modifying the Act on the election of deputies
  13. En Croatie par exemple, "La Loi constitutionnelle relative aux droits des minorités nationales du 19 décembre 2002 fixe à huit le nombre de leurs représentants au Parlement", cf. Croatie : la représentation politique des minorités nationales, Colisee, 20 avril 2003

Littérature scientifique


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