Orphee aux Enfers


Orphee aux Enfers

Orphée aux Enfers

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Orphée aux enfers
Orphée ramenant Eurydice des enfers (détail),par Jean-Baptiste Corot (1861)
Orphée ramenant Eurydice des enfers (détail),
par Jean-Baptiste Corot (1861)

Genre Opéra-bouffe
Nb. d'actes 2 actes
Musique Jacques Offenbach
Livret Hector Crémieux et Ludovic Halévy
Langue
originale
Français
Création 21 octobre 1858
théâtre des Bouffes-Parisiens, Paris
Versions successives
Personnages
Airs
  • Duo du concerto - acte I
  • Rondo des métamorphoses - acte II
  • Galop infernal - acte IV

Orphée aux Enfers est à l'origine un opéra-bouffe en deux actes et quatre tableaux d’Hector Crémieux et Ludovic Halévy, sur une musique de Jacques Offenbach ; il a été créé à Paris au théâtre des Bouffes-Parisiens, le 21 octobre 1858. Une seconde version de l'œuvre (en quatre actes et douze tableaux) a ensuite été donnée par les auteurs le 7 février 1874 au Théâtre de la Gaîté.

Sommaire

Les personnages

Les créateurs

  • Orphée : Tayau puis Meyronnet
  • Eurydice : Lise Tautin puis Marie Cico
  • Aristée-Pluton : Léonce puis Achille-Félix Montaubry
  • Jupiter : Désiré puis Christian
  • L'Opinion publique : Marguerite Macé puis E. Gilbert
  • Junon : Enjalbert puis Pauline Lyon
  • Mars : Floquet puis Gravier
  • Vénus : Marie Garnier puis Angèle
  • Cupidon : Coralie Geoffroy puis Matz-Ferrare
  • Diane : Chabert puis Berthe Perret
  • Minerve : Marie Cico
  • Mercure : Jean-Paul puis Pierre Grivot
  • John Styx : Bache puis Alexandre
  • Bacchus : Antognini
  • Caron : Duvernoy
  • Morphée : Marchand
  • Cerbère : Tautin père
  • Eaque (1874) : Jean-Paul

Autres créateurs de 1874: Castello, Durieu, Iriart, Julia H., Maury, Blanche Méry, Mette, Morini, Étienne Scipion, Jules Vizentini.

Intrigue

Acte 1

Lise Tautin en costume d'Eurydice (1858)

Le couple formé par le violoniste Orphée et Eurydice n’est pas au mieux de sa forme : Madame flirte avec le berger Aristée pour qui elle cueille des fleurs pendant que Monsieur charme une Nymphe avec sa musique à laquelle sa femme est plus que réfractaire. Les deux époux se détestent cordialement et Orphée n’hésite pas à agacer Eurydice en lui jouant son concerto d’une heure un quart au violon. Etant donné qu’il est esclave de l’opinion publique et du regard des autres, Orphée ne peut envisager le divorce. D’entente avec Aristée, il dépose un piège à loup dans le champ de blé dans lequel Eurydice folâtre avec son berger et s’en va donner ses leçons de musique. Aristée, qui n’est berger qu’en apparence et n’est autre que Pluton le seigneur des enfers déguisé, attire Eurydice dans le champ piégé. Cette dernière tombe dans le traquenard et est tuée par le piège. Pluton révèle son identité et l’enlève dans le sombre cloaque de l’enfer dont il est roi, non sans avoir laissé à Orphée un message annonçant la mort de sa femme : « Je quitte la maison parce que je suis morte, Aristée est Pluton, et le diable m’emporte. »

De retour chez lui, Orphée trouve la note et danse de joie en remerciant Jupiter de l’avoir délivré de sa femme et se réjouissant déjà de sa nouvelle vie avec sa nymphe. Hélas, c’est sans compter sur l’Opinion Publique qui débarque criant à l’anathème et oblige Orphée à la suivre pour aller trouver Jupiter afin de lui réclamer sa femme : « Viens, c’est l’honneur qui t’appelle et l’honneur passe avant l’amour ». Dépité, Orphée est contraint de suivre l’Opinion Publique.

Dans l’Olympe, domaine des dieux, rien ne va plus, et Jupiter tente de sauver les apparences auprès des mortels. Il a ainsi transformé le chasseur Actéon en cerf, que Diane la chaste chasseresse avait pris pour amant, afin de sauver l'honneur de la mythologie. Toutefois, il semble que Jupiter soit loin de montrer l’exemple lui-même, et sa femme Junon, le suspecte même d’avoir enlevé Eurydice. Jupiter lui clame son innocence et lui annonce qu’il suspecte Pluton, hypothèse bientôt confirmée par Mercure que Jupiter avait envoyé espionner en enfer. Junon, soulagée, part manger pendant que Jupiter, coureur de jupons invétéré s’intéresse à Eurydice que l’on dit fort belle. Il convoque Pluton pour lui faire avouer l’enlèvement. Ce dernier, pour sauver sa peau organise la révolte des dieux et demi-dieux de l’Olympe contre le règne tyrannique de papa Piter, le sempiternel ciel bleu et le régime insipide de nectar et d’ambroisie. Les déesses et Cupidon révèlent les nombreuses métamorphoses que Jupin a utilisées pour séduire des mortelles et Pluton conclut que si Jupiter se sent obligé de prendre l’apparence d’animaux pour aller séduire ces dames, c’est qu’il est en fait si laid qu’il n’ose pas se montrer tel qu’on l’a fait.

C’est alors que l’on annonce l’entrée d’Orphée accompagné de l’Opinion Publique. Toujours soucieux des apparences envers les mortels, Jupiter enjoint à tout le monde de se calmer dispose les dieux pour un charmant tableau d’ensemble.

Poussé par l’Opinion Publique, Orphée demande sans conviction à Jupiter qu’on lui rende sa femme enlevée par Pluton. Jupiter, qui entrevoit là la possibilité de conquérir Eurydice accepte et annonce qu’il ira lui-même en enfer délivrer Eurydice. Les dieux toujours fatigués de la vie paradisiaque de l’Olympe demandent à Jupiter de l’accompagner dans les tréfonds de l’enfer. Ce dernier accepte, et tout le monde part gaiement vers la demeure de Pluton.

Acte 2

Désiré dans le rôle de Jupiter, en costume de mouche (1858)

Laissée seule sous la garde d'un geôlier-bouffon nommé John Styx, Eurydice s'ennuie fermement et est contrainte de supporter Styx qui tente maladroitement de la charmer. Elle en vient presque à regretter son mari lorsque elle est brutalement enfermée car Pluton débarque talonné par Jupiter. Pluton constate avec soulagement que John Styx a réussi à ranger Eurydice à temps et clame donc son innocence. Jupiter remarque une porte munie d'une serrure et devine qu'Eurydice est enfermée derrière. Il s'excuse auprès de Pluton pour ses fausses accusations et lui annonce qu'il va de ce pas rejoindre la fête que le seigneur des enfers a organisée pour les dieux. Mais à l'abri des regards, il demande à Cupidon de le transformer pour lui permettre d'atteindre Eurydice. Ce dernier le métamorphose en mouche pour qu'il puisse séduire Eurydice. Celle-ci, charmée par l'arrivée d'un compagnon ailé capture la mouche qui émet de charmants bourdonnements. Aussi est-elle tout étonnée lorsque la mouche se transforme en homme et lui parle. Jupiter lui explique qu'il veut l'enlever mais qu'il doit participer à la fête de Pluton s'il ne veut pas éveiller les soupçons. Il déguise Eurydice en bacchante et ils s'en vont se joindre aux invités pour danser le menuet et le cancan. A la fin du galop infernal, Jupiter essaye de s'enfuir, mais est arrêté par Pluton qui avait reconnu Eurydice et qui est donc bien obligé d'avouer qu'il l'avait bel et bien enlevée. Les dieux n'ont pas le temps de se disputer, car Orphée et l'Opinion Publique arrivent et Jupiter est contraint de tenir sa promesse et de rendre sa femme à Orphée. Il ajoute toutefois une condition expresse autant qu'inexplicable à son geste : Orphée doit quitter les lieux en marchant devant Eurydice et ne pas se retourner avant d'avoir franchi le Styx, faute de quoi sa femme lui serait reprise à jamais. Voyant qu'Orphée ne profite pas de l'occasion en or qu'il lui a donnée pour se débarrasser de sa femme, Jupiter, dieu de la foudre, déclenche un éclair dont il a le secret qui fait sursauter et se retourner Orphée. Eurydice lui est reprise mais n'ira ni à Pluton, ni à Jupiter, car ce dernier en fait une bacchante.

Réception de l'œuvre

Orphée aux Enfers est la première opérette d'Offenbach où le livret repose sur une très forte satire de la mythologie antique. Ce parti-pris extrêmement ironique a suscité (entre autres) des réactions de condamnation parmi certains critiques de l'époque, qui y voyaient une sorte de profanation d'un héritage essentiel.

On retrouve cette attitude chez Zola : la scène d'ouverture de son roman Nana est le récit de la première d'une opérette intitulée La blonde Vénus, qui ressemble très fortement à Orphée aux Enfers, et dont il fait une description assez dépréciative : « Ce carnaval des dieux, l'Olympe traîné dans la boue, toute une religion, toute une poésie bafouée, semblèrent un régal exquis. La fièvre de l'irrévérence gagnait le monde lettré des premières représentations; on piétinait sur la légende, on cassait les antiques images. [...] Depuis longtemps, au théâtre, le public ne s'était vautré dans de la bêtise plus irrespectueuse. Cela le reposait. »

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