Orgueil et Préjugés (film, 1940)


Orgueil et Préjugés (film, 1940)

Orgueil et Préjugés

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Greer Garson

Titre original Pride and Prejudice
Réalisation Robert Z. Leonard
Scénario Aldous Huxley
Helen Jerome
Jane Murfin
Victor Heerman
Acteurs principaux Greer Garson
Laurence Olivier
Sociétés de production MGM
Pays d’origine Drapeau des États-Unis États-Unis
Genre Romantique
Sortie 1940
Durée 117 min (1 h 57)

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

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Orgueil et Préjugés (Pride and Prejudice) est un film américain réalisé par Robert Z. Leonard, sorti en 1940, adapté du roman éponyme publié par Jane Austen en 1813. Le scénario, écrit par Aldous Huxley et Jane Murfin, une des scénaristes de la MGM, obéit a deux tendances[1] : la volonté de respecter la vision ironique de Jane Austen, et l'aspect léger des comédies romantiques alors en vogue dans le cinéma américain, ce qui explique les différences notables et les simplifications dans le déroulement de l'action par rapport au roman. Il a été intégralement tourné en studios.

Il s'agit aussi de la première tentative de porter à l'écran cette œuvre majeure de la littérature anglaise.

Sommaire

Synopsis

Si le film conserve une certaine vision ironique dans la situation et le caractère des principaux personnages, il y a des différences notables et des simplifications dans le déroulement de l'action, dues en partie à la durée à respecter (moins de 2 heures) et aux règles qui régissaient le cinéma à l'époque[1].

- L'action se situe dans un XIXe siècle de convention, vu les costumes des personnages. Une succession de croquis représente les lieux où va se dérouler l'intrigue (Meryton, Longbourn, Netherfield et Rosings), tandis qu'une voix off annonce :« Cela se passe dans la vieille Angleterre... dans le petit village de Meryton »[2]

- La scène d'exposition se situe à Meryton où Mrs Bennet et ses deux filles aînées, faisant les magasins, voient passer en calèche une dame et deux messieurs, dont elles apprennent que ce sont Mr Bingley (qui vient d'emménager à Netherfield) et Mr Darcy.

- Au bal, où elle entend par hasard Mr Darcy dire qu'il n'a aucune envie de danser avec elle, Elizabeth fait la connaissance de Wickham, qui lui raconte que Darcy a commis une terrible injustice à son égard. Plus tard, lorsque Mr Darcy l'invite malgré tout à danser, elle refuse, lui faisant l'affront d'accepter, à la place, l'invitation de Wickham.

- Apprenant que Jane a pris froid en allant à Netherfield, Elizabeth y arrive, le bas de la robe humide de boue, rencontre Darcy sur le seuil, et se hâte de rejoindre sa sœur, qu'elle découvre alitée, veillée par Miss Bingley et surveillée par un Charles Bingley inquiet.

- Si Mr Collins, comme dans le roman, jette son dévolu sur Elisabeth, c'est Mr Darcy, qui, au cours de la party à Netherfield, l'aide, à sa grande surprise, à échapper à ce soupirant qui ne la quitte pas d'une semelle. Après une séance de tir à l'arc, qu'elle gagne, il l'invite à danser, puis s'éloigne à nouveau d'elle, scandalisé par le comportement de Mrs Bennet et de ses plus jeunes filles, ce qui irrite à nouveau Elisabeth contre lui.

- La partie suivante est davantage fidèle au roman : la demande en mariage de Mr Collins et le refus catégorique d'Elizabeth entraînent le revirement de Mr Collins qui se tourne vers Charlotte Lucas. La visite d'Elizabeth à Charlotte dans son nouveau domicile lui permet de faire la connaissance de Lady Catherine de Bourg et de rencontrer Darcy à nouveau. Lorque Mr Darcy demande sa main, elle refuse, à cause de ce que Wickham lui a raconté et parce qu'elle vient d'apprendre qu'il a rompu la liaison entre Jane et Mr Bingley. Ils ont un échange extrêmement vif, puis il la quitte.

- Elizabeth retourne à Longbourn. C'est là qu'elle apprend que Lydia s'est enfuie avec Wickham. C'est là que Mr Darcy lui rend visite et qu'il lui révèle que Wickham est un menteur, qui a auparavant essayé d'enlever sa sœur âgée de quinze ans, et qu'il n'a pas l'intention d'épouser Lydia. Lorsqu'il la quitte, Elizabeth se rend compte qu'elle l'aime, mais est persuadée qu'il ne voudra plus la revoir, à cause du comportement de Lydia.

- La fin est assez différente. Alors que les Bennet s'apprêtent à quitter Longbourn, pour échapper à la disgrâce, une lettre annonce que Wichkam va épouser Lydia, puis tous deux reviennent, mariés et Lydia, tout excitée évoque l'héritage qu'a fait son mari. Lady Catherine rend une visite surprise aux Bennet. C'est elle qui révèle à Elizabeth que Mr Darcy a retrouvé Lydia et forcé Wickham à l'épouser. Darcy réapparait et Bingley rejoint Jane dans le jardin. Lady Catherine présente les derniers événements comme une sorte d'épreuve qu'Elizabeth a gagnée : Darcy et elle peuvent s'avouer leur amour. Pendant le baiser final entre les deux héros, Mrs Bennet, qui les surveille, s'aperçoit avec joie que Mary et Kitty ont aussi des soupirants et conclut, en s'adressant à son mari : « Think of it, three of them married and the other two just tottering on the brink». (Regardez-moi ça : trois filles mariées et les deux autres prêtes à sauter le pas)

Fiche technique

Technicien du son : Douglas Sheareer

Distribution


Un film dans l'air du temps

Un peu d'histoire

La demande en mariage de Darcy.

En janvier 1936 la MGM achète les droits d'une pièce de théâtre jouée en 1935 à Philadelphie, Pride and Prejudice, dont le succès pouvait servir de tremplin à une version cinéma[3], et annonce le 2 septembre le début du tournage pour fin octobre, avec Norma Shearer dans le rôle d'Elizabeth et Clark Gable dans celui de Darcy. La mort brutale d'Irving Thalberg met le projet en sommeil. Il est repris en 1939. Le vétéran Robert Z. Léonard (il a débuté au cinéma en 1907) est pressenti, Aldous Huxley, la caution littéraire, signe son contrat le 31 août, pour ce qu'il considère, dans une lettre à un ami, comme un « casse-tête bizarre et compliqué. » (an odd, crossword puzzle job). Il ajoute qu' « on essaie de faire de son mieux, pour Jane Austen, mais que le fait d'adapter le livre à l'écran ne peut qu'entraîner une profonde altération de ses qualités » (One tries to do one’s best for Jane Austen, but actually the very fact of transforming the book into a picture must necessarily alter its whole quality in a profound way)[3]. Le tournage commence le 1er février 1940, avec Laurence Olivier, auréolé de ses succès dans Wuthering Heights et Rebecca et la piquante Greer Garson, récemment arrivée d'une Angleterre en guerre.

La critique fut en général très élogieuse et le succès public important[N 1]. Il est probable que la bande annonce du film y est pour quelque chose : Bachelors Beware! Five Gorgeous Beauties are on a Madcap Manhunt, (Célibataires, attention ! Cinq superbes Beautés sont lancées dans une folle chasse au mari). Les retombées pour la MGM ne furent pas que cinématographiques. Le livre promotionnel bénéficia de cinq éditions bon marché suite à la diffusion du film, et en 1948, l'édition en livre de poche en était à sa 21e édition[3].

Une screwball comedy

Le film se rattache à l'esthétique des screwball comedies, dont c'était la grande époque. Pride and Prejudice s'y prête facilement, avec ses différences sociales, ses personnages secondaires ridicules, des dialogues pétillants et la confrontation entre Elizabeth et Darcy, facile à transformer en « guerre des sexes ». Les commentaires sur l'affiche « WHEN PRETTY GIRLS T.E.A.S.E.D MEN INTO MARRIAGE » (comment de jolies filles aguichent les hommes pour se faire épouser) semblent pousser en ce sens[1].

Relève aussi du genre l'insistance sur la différence sociale entre les Bennet et Darcy ; si Darcy refuse de danser avec Elizabeth, c'est d'abord parce qu'elle appartient à une classe sociale inférieure (la middle class), et Elizabeth est persuadée que Darcy rejette Wickham parce qu'il est socialement au-dessous de lui. Et la fin du film, où Lady Catherine approuve l'union entre Darcy et Elizabeth, peut être considérée comme une capitulation de l'aristocratie anglaise devant la démocratisation et l'égalité sociale[4].

Un autre aspect typique des screwball comedies est le recours systématique à des personnages secondaires comiques. La MGM avait sous contrat des acteurs spécialistes de ce genre de rôles et bien connus du public, Mary Boland (Mrs Bennet), Edmund Gwenn (Mr Bennet), Melville Cooper (Mr Collins) et l'excentrique Edna May Oliver, connue pour ses rôles de vieille dame aigrie mais au bon cœur[4]. Et si Mr Collins n'est pas un clergyman mais le bibliothécaire de Lady Catherine, c'est que, selon les règlements cinématographiques, on ne pouvait ridiculiser la religion ou tolérer un homme d'Église comique[5].

Au premier plan, Greer Garson et Maureen O'Sullivan

Le jeu de Greer Garson (Elizabeth) et de Maureen O'Sullivan (Jane) relève lui aussi du genre. Aucune ne se comporte comme une héroïne austenienne  : Jane flirte ouvertement avec Bingley et Elizabeth a le regard effronté et les manières désinvoltes et dégagées d'une jeune femme moderne[6]. Pour établir une réelle différence entre le comportement des deux aînées et celui des plus jeunes, le réalisateur a accentué leur vulgarité : Kitty se saoule, Lydia rit a gorge déployée, et toutes deux poussent des cris lorsqu'on les lance en l'air dans les danses à Netherfield.

Le film est entièrement tourné en studios et la rapidité de l'action est une autre caractéristique appréciée du genre. Mais ici, cela nuit à la vraisemblance des personnages et même à la crédibilité de l'intrigue[7]. Ainsi, le changement dans l'attitude des personnages relève de la volte-face : Darcy snobe Elizabeth puis, peu après, l'invite à danser. Il vient à Longbourn lui offrir ses services pour retrouver Lydia en fuite, alors qu'elle a peu avant refusé de l'épouser. Elle avoue à Jane dès qu'il a pris congé qu'il l'a demandée en mariage, qu'elle l'a refusé, et qu'elle en est maintenant amoureuse. La résolution des problèmes est tout aussi rapide et assez peu vraisemblable.

Le style visuel des screwball comedies apparaît dans la fantaisie et la variété des vêtements créés pour le film, qui évoquent plus Autant en emporte le vent que l'époque georgienne, et sont un mélange des styles de 1830-1840 et des robes habillées de 1930 (les cravates d'Elizabeth, par exemple)[8]. Le choix est volontaire, les robes étroites à taille haute ne paraissaient pas aux producteurs aussi élégantes que les crinolines et les manches gigot[N 2]. Ces robes volumineuses ont aussi permis des effets comiques, comme la scène où les dames Bennet avancent en caquetant dans la rue de Meryton, toutes voiles au vent. Le créateur des nombreux costumes, Adrian, a apporté un soin particulier à la confection de vêtements contrastés pour ce film en Noir et Blanc[8].

La « musique de fosse » n'a rien de remarquable, sauf, peut-être des réminiscences de Pomp and Circumstance d'Edward Elgar pour annoncer l'arriver des Bingley et de Darcy[9], mais la chanson « Sweet Afton »[N 3], « musique d'écran »[10], c'est-à-dire celle que jouent ou chantent les personnages, a une fonction comique. Jouée au début comme un thème annonçant à Mr Bennet l'arrivée de ses filles et la fin de sa tranquillité, elle est ensuite jouée et chantée par Mary, d'abord de façon ridicule à Netherfield (elle rate la note aiguë), puis de façon expressive à la fin, accompagnée à la flute par son soupirant.

Un film daté historiquement

Le film n'est pas seulement daté par son style, il contient aussi un certain nombre d'allusions aux événements de l'époque[11], comme la guerre ou le passé glorieux de l'Angleterre, quand Mrs Bennet considère les 5 000 £ de Bingley comme la meilleure nouvelle qu'elle ait entendue « depuis la bataille de Waterloo », ou que Darcy sauve Elizabeth des assiduités insupportables de Mr Collins en lui promettant que « si le dragon revient, Saint George saura s'en charger ». Ici, ce n'est pas l'Angleterre bucolique mais l'Angleterre en guerre qui est évoquée[12].

La famille Bennet se montre unie dans l'adversité et la conclusion traditionnelle des comédies romantiques (tout le monde se marie) est une célébration de la famille anglo-américaine. Le film est aussi parsemé d'allusions à des coutumes de l'Angleterre rurale : ainsi, la garden-party de Netherfield a lieu un premier mai, et l'on danse autour de l'arbre de mai (maypole) ; Darcy tire à l'arc, allusion transparente à Robin des Bois, et les décors évoquent la bonne vieille Angleterre mythique[11].

L'absence de Pemberley peut étonner, mais se justifie par le refus de montrer la grande richesse et la situation sociale trop aristocratique de Darcy, alors que le pays sort juste de la Grande Dépression et que le Royaume uni est en guerre ; on peut supposer aussi des contraintes techniques, comme ne pas ralentir l'action. Mais supprimer la contemplation du portrait de Darcy par Elizabeth correspond aussi au traitement du regard dans le cinéma hollywoodien des années 1930-1940 : la femme doit avoir les yeux modestement baissés, ou regarder de biais, jamais en face. Le regard direct est une prérogative masculine[13].

Galerie

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Récompenses

Annexes

Notes

  1. Huxley, lui, considérait que les acteurs principaux jouaient tellement mal, mais que les seconds rôles étaient très bons. Sue Parrill 2002, p. 50 suppose que cela tient à l'idée qu'il se faisait des personnages.
  2. Il semble aussi que Greer Garson se trouvait plus à son avantage en costumes victoriens, voir (en) Gina et Andrew Macdonald, Jane Austen on screen, Cambridge, Cambridge Univ. Press, 2003, 1re éd., poche (ISBN 978-0-521-79728-3) [lire en ligne]  p.197
  3. C'est un poème célèbre de Robert Burns, datant de 1791

Références

  1. a, b et c Lydia Martin 2007, p. 101
  2. Lydia Martin 2007, p. 21
  3. a, b et c Pride and Prejudice An Informal History of the Garson-Olivier Motion Picture sur JASNA (1989)
  4. a et b Lydia Martin 2007, p. 102
  5. Hollywood’s Production Code de 1934
  6. Sue Parrill 2002, p. 52
  7. Lydia Martin 2007, p. 103
  8. a et b Sue Parrill 2002, p. 55
  9. Sue Parrill 2002, p. 56
  10. Michel Chion, L'audio-vision, son et image au cinéma, Paris, Nathan, 1990 [lire en ligne] 
  11. a et b Lydia Martin 2007, p. 104
  12. Lydia Martin 2007, p. 86
  13. Navigating the Space of Pemberley sur JASNA (2007)

Bibliographie

  • Lydia Martin, Les adaptations à l'écran des romans de Jane Austen: esthétique et idéologie, Paris, Editions L'Harmattan, 2007, 270 p. (ISBN 978-2-296-03901-8) [lire en ligne] 
  • (en) Sue Parrill, Jane Austen on film and television: a critical study of the adaptations, Jefferson, McFarland, 2002, 221 p. (ISBN 978-0-7864-1349-2) [lire en ligne]  édition illustrée

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