Noyade


Noyade
D'après l'OMS, « La noyade est une insuffisance respiratoire résultant de la submersion ou de l’immersion en milieu liquide. » [1]

Une noyade est une mort par immersion prolongée dans un liquide, généralement de l'eau.

La noyade n'entraine pas nécessairement la pénétration de grande quantité d'eau dans les poumons. La pénétration d'eau, même en infime quantité, dans les voies respiratoires, provoque une apnée réflexe : l'épiglotte se ferme pour protéger les voies respiratoires, empêchant de respirer même lorsque la tête se retrouve hors de l'eau. Par conséquent, l'oxygène disponible dans l'organisme diminue : on parle d'hypoxie.

Les séquelles persistant après la noyade de la victime sont fonction de l'importance de l'hypoxie et de sa durée, mais l'éventuelle présence d'eau dans les poumons cause un œdème pulmonaire traumatique. Cet œdème, ainsi que l'eau ayant pénétré, gênent les échanges gazeux au niveau de la paroi alvéolaire et maintiennent le déficit d'oxygène même si la personne respire spontanément.

Quatre stades de la noyade sont généralement distingués : l'aquastress, la petite hypoxie, la grande hypoxie et la noyade anoxique.

Sommaire

Nouvelle définition de l'OMS

En 2005, L'organisation mondiale de la santé a proposé une nouvelle définition de la noyade :

« La noyade est une insuffisance respiratoire résultant de la submersion ou de l’immersion en milieu liquide. » [1]

Cette nouvelle définition a fait l'objet d'un consensus et a été élaborée au niveau international par différents experts en médecine, en prévention et en secourisme. Elle englobe tous les cas de noyade, qu'ils soient mortels ou non et les issues de la noyade ont été classées en trois groupes : décès, séquelles et absence de séquelles. Les experts ont également convenu qu'il ne fallait plus utiliser les expressions noyade mouillée, sèche, active, passive, silencieuse ou secondaire. Ceci afin de proposer une définition simple, complète et internationalement acceptée[1].

Les différentes étapes de la noyade

Lors d'une noyade la victime passe souvent par 4 phases.

  • La 1re phase appelée aquastress : la victime panique, a des gestes désordonnés, et fait ce qu'on appelle « le bouchon » : s'enfoncer dans l'eau puis remonter successivement.
  • La 2e phase, appelée petite hypoxie : la victime commence à être épuisée, elle est toujours à la surface de l'eau, toujours consciente mais elle a déjà inhalé ou bu plusieurs fois de l'eau.
  • La 3e phase, appelée grande hypoxie : la victime ne se maintient plus à la surface, elle est complètement épuisée. Elle a déjà inhalé beaucoup d'eau et elle est de moins en moins consciente.
  • La 4e phase, appelée anoxie : la noyade dure depuis plusieurs minutes. La victime n'est plus consciente, ne respire plus, et ne montre plus de signe d'activité cardiaque.

Les victimes ne passent pas forcément par toutes ces étapes, dans des cas extrêmes d'hydrocution, d'arrêt cardiaque ou autre, l'inconscience, l'absence de respiration et de circulation sont immédiates.

Les causes les plus fréquentes

Reconstitution d'une situation de noyade en piscine

Les chutes accidentelles à l'eau (piscines privées, etc.), la surestimation de ses capacités (en mer souvent), la sous-estimation des risques sur le lieu de baignade, suite d'un accident syncopal, d'un exercice d'apnée, etc.

Considérons par exemple l'enquête Noyades 2009 menée en France par l'InVS et le Direction de la sécurité civile et recensant les noyades enregistrées entre le 1er juin et le 30 août 2009[2]. Les situations dénombrées sont celles ayant fait l'objet d'une intervention des secours. On a dénombré :

  • 934 noyades accidentelles, dont 284 décès (30 %) ;
  • 127 noyades intentionnelles (suicides, tentatives de suicides, agressions) dont 83 décès (65 %) ;
  • 100 noyades d'origine inconnue, dont 62 décès (62 %).

Dans le tableau suivant, les pourcentage sont toujours indiqués par rapport au nombre total (934 noyades, 284 décès). La mortalité est le rapport entre le nombre de décès et le nombre de noyades.

Répartition des cas de noyade accidentelle selon les lieux
Lieu Cas de noyade
(avec ou sans décès)
Cas de décès Mortalité
mer, total 519 (56 %) 105 (37 %) 20 %
mer dans la bande des 300 m 489 (52 %) 11 (4 %) 2 %
mer au delà de la bande des 300 m 30 (3 %) 94 (33 %) 37 %
piscine, total 178 (19 %) 35 (12 %) 20 %
piscine privée familiale 104 (11 %) 26 (9 %) 25 %
piscine privée à usage collectif 32 (3 %) 6 (2 %) 19 %
piscine payante (publique ou privée) 42 (4 %) 3 (1 %) 7 %
plan d'eau
(lac, mare, étang)
108 (12 %) 69 (24 %) 64 %
cours d'eau
(fleuve, rivière, canal, rigole)
93 (10 %) 60 (21 %) 65 %
autres
(baignoire, bassin, …)
32 (3 %) 15 (5 %) 47 %
total 910 (100 %) 284 (99 %)

Une analyse rapide permet de voir que les lieux surveillés par des personnes formées — bande des 300 m en mer, piscines payantes — ont le taux de décès le plus faible par rapport au nombre de noyades.

Le tableau suivant recense les cas de noyade selon l'âge.

Répartition des cas de noyade accidentelle selon l'âge
Tranche d'âge Cas de noyade
(avec ou sans décès)
Cas de décès Mortalité
0-5 ans 150 (16 %) 26 (9 %) 17 %
6-12 ans 81 (9 %) 14 (5 %) 17 %
13-19 ans 136 (15 %) 36 (13 %) 26 %
20-24 ans 64 (7 %) 17 (6 %) 27 %
25-44 ans 150 (16 %) 52 (18 %) 35 %
45-64 ans 189 (20 %) 71 (25 %) 38 %
65 ans et plus 144 (15 %) 64 (23 %) 44 %
non répertorié 20 (2 %) 4 (1 %)
total 934 (100 %) 284 (100 %)

On constate sans surprise que le taux de survie diminue avec l'âge.

Le cas des enfant de 5 ans et moins est « intéressant » car ce sont des cas qui d'une part portent une forte charge émotionnelle, et d'autre part peuvent être évités par des mesures de surveillance et des barrières physiques efficaces, en particulier pour les piscines de particuliers. Sur les 26 décès recensés :

  • 13 ont eu lieu en piscine privée familiale (50 %) ;
  • 5 sur des plans d'eau (19 %) ;
  • 1 en piscine privée à usage collectif (4 %) ;
  • 7 dans d'autres lieux (27 %).

Prévention du risque

Les noyades en piscines privées concernent essentiellement les jeunes enfants (moins de 6 ans). La surveillance active d'un adulte est un minimum, mais elle s'avère en la matière insuffisante : si elle est efficace durant une activité aquatique — l'adulte est là à proximité et a conscience que l'enfant est dans l'eau ou proche de l'eau —, en revanche, l'enfant jouant dans le jardin ou la maison peut échapper à la surveillance des adultes et se glisser dans la piscine. Il n'y a pas toujours de chute provoquant de bruit caractéristique (plouf), ce qui explique le nombre important d'accident.

En France, la loi n°2003-9 du 3 janvier 2003 relative à la sécurité des piscines a modifié le Code de la construction et de l'habitation (Livre Ier, titre II, chap. viii, art. L128-1 et suiv., ainsi que Livre Ier, titre V, chap. ii, art. L152-12). Elle impose la mise en place d'un dispositif de sécurité normalisé :

  • barrière physique : barrière, abri ou couverture empêchant l'accès à l'eau ;
  • alarme sonore lors de l'approche (alarme périmétrique) ou de la chute dans l'eau (alarme d'immersion).
Article détaillé : Piscine#Réglementation.

Ne pas se surestimer, prévenir un responsable de la sécurité du lieu de baignade lors d'apnées ou bien pour les personnes sujettes à crises de spasmophilie ou d'épilepsie. Nager dans de bonnes conditions (pas de coup de pompe, etc.) ne pas jouer avec les jeunes enfants dans une eau trop profonde. Un nageur solitaire peut prévoir un sucre dans une pochette plastique, pour faire passer une crampe éventuelle[réf. nécessaire].

Sauvetage

Face à une personne en danger dans l'eau

Article détaillé : Sauvetage aquatique.

Le sauveteur d'une personne en proie à la panique risque de se faire agripper et entraîner sous l'eau. Quand c'est possible, il vaut mieux tendre une perche, lancer une corde ou une bouée que de s'exposer soi-même.

Face à un noyé hors de l'eau

Les personnes qualifiées pour la pratique des gestes de premiers secours pourront commencer par les appliquer. Pour tous, prévenir les secours au plus tôt (en France : sapeur-pompiers, SAMU, secours en mer). Voir aussi le personnel qualifié en mer, en piscine ou sur des plans d'eau surveillés (BNSSA, BEESAN).

La noyade comme moyen d'exécution capitale

Scène de noyade, extraite de la Chronique de Nuremberg

La noyade fut utilisée comme moyen rapide et économique pour tuer les condamnés. Le cas le plus fréquemment cité est celui des noyades de Nantes, ordonnées par Jean-Baptiste Carrier, pour vider les prisons des Vendéens qui s'y trouvaient. Ceux-ci étaient conduits au bord de la Loire, et, après avoir été dépouillés de leurs vêtements, étaient embarqués dans des barges que les bourreaux remorquaient avec des barques jusqu'au centre du fleuve. Là, les barges étaient coulées avec les condamnés, et les bourreaux achevaient à coup de sabre ceux qui cherchaient à nager.

Carrier avait baptisé la Loire la « baignoire républicaine ».

La noyade était également un mode d'exécution classique à Venise, où elle se pratiquait le plus souvent de nuit, les condamnés étant transférés déjà à l'intérieur d'un sac lesté des prisons à une embarcation qui allait les jeter à l'eau dans le Rio degli Orfani, canal où la péche était strictement interdite.

Ce supplice se pratiquait aussi à Constantinople sous la période ottomane pendant laquelle notamment les femmes adultères du harem étaient jetée à l'eau dans le Bosphore une pierre autour du cou.

La noyade fut aussi naturellement le moyen utilisé par les pirates pour se débarrasser des survivants des navires arraisonnés, lorsqu'ils ne présentaient aucune valeur d'otage. Soit ils étaient précipités à la mer, lorsque le navire était conservé par les pirates, soit ils étaient noyés avec leur bâtiment.

Ajoutons enfin la brasse sicilienne, mode d'exécution extrajudiciaire de la "mafia" et qui consiste à jeter à la mer les condamnés les pieds prisonniers dans un seau de ciment à prise rapide[réf. nécessaire].

Notes et références

  1. a, b et c A new definition of drowning : towards documentation and prevention of a global public health problem. Nouvelle définition de la noyade pour mieux documenter et prévenir un problème mondial de santé publique. VAN BEECK E. F.; BRANCHE C. M. ; SZPILMAN D. ; MODELL J. H. ; BIERENS J. J. L. M. . Bulletin of the World Health Organization. 2005, vol. 83, no11, pp. 853-856 [4 page(s) (article)] (14 ref.) résumé sur cat.inist.fr et page sur le site de l'OMS
  2. « Enquête Noyades 2009 », dans Secourisme revue, no 168, décembre 2009, p. 2-4 

Annexes

Articles connexes

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  • Noyade — No yade , n. [F., fr. noyer to drown, L. necare to kill.] A drowning of many persons at once, a method of execution practiced at Nantes in France during the Reign of Terror, by Jean Baptiste Carrier. [Webster 1913 Suppl.] …   The Collaborative International Dictionary of English

  • Noyade — Noyade, frz., Ertränkung; s. Carrier …   Herders Conversations-Lexikon

  • noyade — [nwä yäd′] n. [Fr < noyer, to drown < L necare, to kill (in LL, to drown): see NECRO ] a mass execution of persons by drowning, as practiced at Nantes, France, during the Reign of Terror (1794) …   English World dictionary

  • NOYADE — n. f. Action de noyer plusieurs personnes à la fois. Il se dit surtout en ce sens en parlant des Exécutions ordonnées à Nantes en 1793 par le représentant Carrier. Les noyades de Nantes. Il signifie aussi Action de se noyer et se dit… …   Dictionnaire de l'Academie Francaise, 8eme edition (1935)

  • noyade — (no ia d ; plusieurs prononcent noiia d ) s. f. 1°   Action de noyer plusieurs personnes à la fois.    Se dit particulièrement des meurtres politiques commis à Nantes par le représentant Carrier en 1794. Les noyades de Nantes. 2°   Fig. Action de …   Dictionnaire de la Langue Française d'Émile Littré

  • noyade — /nwah yahd /; Fr. /nwann yannd /, n. destruction or execution by drowning, esp. as practiced at Nantes, France, in 1793 94, during the Reign of Terror. [1810 20; < F: drowning, equiv. to noy(er) to drown ( < L necare to kill) + ade ADE1] * * * …   Universalium

  • noyade — noun A murder by drowning, especially one of those carried out during the French (see on Wikipedia) …   Wiktionary

  • noyade — no·yade …   English syllables

  • noyade — A mass drowning …   Grandiloquent dictionary


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