Aquarelle

Aquarelle

L’aquarelle est une technique picturale fondée sur l'utilisation de pigments finement broyés, agglutinés avec de l'eau gommée. Elle se pratique généralement sur un support papier spécifique.

Sa transparence la différencie de la gouache qui est opaque.

Le faible encombrement du matériel et sa rapidité d'exécution technique en font l'outil idéal pour la réalisation de croquis et d'études.

Palette d'aquarelle.

Sommaire

Composition

Les couleurs d'aquarelle se présentent sous divers conditionnements : godets, tubes, crayons, craies, aquarelles liquides Elles sont constituées :

La composition de l'aquarelle en godet et en tube est la même. Il est donc possible de remplir les godets vidés avec des tubes, moins onéreux, ceux-ci durciront en séchant. Il est cependant recommandé de procéder en plusieurs couches.

Principaux fabricants

  • Allemagne : Lukas, Schmincke
  • Australie : Art Spectrum
  • Belgique : Blockx
  • Espagne : Jaurena S.A
  • France : Lefranc & Bourgeois, Pebeo, Sennelier
  • Holland : Royal Talens, Hold Holland
  • Italie : Maimeri
  • Japon : Holbein
  • République Tchèque : Barvy Umton
  • Royaume Uni : Winsor & Newton, Daler Rowney, Reeves, Brusho
  • Russie : St. Petersburg
  • Suisse : Caran D'Ache
  • Taiwan : Pentel
  • USA : Da Vinci, Grumbacher, Binney & Smith (Liquitex), Hunts, Utrecht, Cheap Joes' Art Stuff, Martin F. Weber Company (Permalba), Daniel Smith, M. Graham Company, Dr. Ph. Martins

Histoire

Albrecht Dürer, Le Cimetière et l'Église Saint-Jean à Nüremberg; autrefois à Brême, Kunsthalle[1]. Peinte en 1494, c'est probablement la première aquarelle en couleur représentant fidèlement un paysage[2].

Les origines

Des pigments solubles dans l'eau ont probablement été utilisés pour créer des peintures retrouvées dans des cavernes préhistoriques et de nombreuses peintures murales, notamment celles des chambres funéraires, en Égypte.

Dès le IIIe siècle, les Chinois peignaient sur de la soie avec des encres et des colorants solubles dans l’eau.

Moyen Âge

Dans l'Occident du XIe siècle on l'utilise en association avec la gouache et les applications de feuilles d'or dans les enluminures qui ornaient les manuscrits des monastères de l'Europe médiévale. On peignait sur du vélin ou du papier avec ses pigments solubles dans l'eau.

Renaissance

Albrecht Dürer, Un Jeune Lièvre, 1502, aquarelle, Palais Albertina à Vienne en Autriche.

Au XVe siècle et au XVIe siècle, le voyageur naturaliste, l'explorateur, ou le simple observateur, choisissent souvent ce médium peu encombrant et facile à transporter pour illustrer l'imagier des nouveaux territoires. Les explorateurs étaient accompagnés de cartographes et de topographes qui étaient souvent des artistes amateurs. En 1577, John White accompagna l’expédition de Sir Martin Frobisher en quête du Passage du Nord-Ouest. Les aquarelles de White, représentant des hommes et des femmes inuits, constituent un témoignage exceptionnel des premiers contacts établis entre les cultures européenne et nord-américaine, et se rangent parmi les œuvres canadiennes les plus anciennes de ces explorateurs.

En Allemagne, Albrecht Dürer développe cette technique, la mélangeant souvent à de l'encre et de la gouache. Il l'utilise en lavis pour des études de paysages durant son voyage en Italie en 1490[3], puis pour représenter de façon très détaillée des herbes, des fleurs, des oiseaux, ...

Particulièrement adaptée aux notations précises, Holbein l'utilise au XVIe siècle pour réaliser des portraits en miniatures, et Gaston d'Orléans l'intègre à ses planches naturalistes.

Au XVIIe siècle, peintres de fleurs et paysagistes flamands (Hendrick Avercamp, Albert Cuyp, Jan Van Goyen, Adriaen Van Ostade) traduisent quelques fois par l'aquarelle leur observation minutieuse de la nature. Rubens et Jordaens en ponctuent parfois leurs dessins de touches aquarellées souples et transparentes.

Mais la peinture à la caséine et la peinture à l'huile gardent la préférence des artistes et surtout celle de leur commanditaires. Les peintres réservent alors l'aquarelle aux études préparatoires et certains travaux personnels. Cette éclipse relative se prolonge jusqu'au XVIIIe siècle.

Époque moderne

Jusque vers 1760, le vocable lui-même n'est pas encore bien défini et Diderot emploie indifféremment les termes de gouaches et d'aquarelle.

La multiplication des petits paysages des peintres vénitiens favorise peu à peu le renouveau de la peinture à l'eau

Utilisée pour les études, notamment lors de voyages en Italie, elle est pratiquée par Jean Honoré Fragonard, Hubert Robert ou Louis Durameau.

Gabriel de Saint-Aubin, Jean-Baptiste Lallemand, Louis-Joseph Watteau, s’en servent dans leurs scènes de genre (peinture de genre). Louis-Gabriel Moreau, l’utilise dans ses paysages de plein air, les soulignant d'un trait de plume.

Et ce n'est qu'à partir du règne de Louis XVI, que les aquarellistes sont acceptés au sein de l'Académie royale de peinture et de sculpture.

XIXe siècle

Scène alpine, aquarelle de William Turner, 1802.

Mais c'est en Angleterre, où l'enseignement de la peinture est moins encadré qu'en France, que l'aquarelle, par l'intermédiaire de la Royal Watercolour Society, fondée en 1804 à Londres, acquiert une dimension nouvelle. Samuel Palmer, Richard Bonington, William Turner en sont ses principaux acteurs. La maison Winsor et Newton, célèbre fabrique d'aquarelles, est fondée en 1834.

En France, Eugène Delacroix, Théodore Géricault, Paul Huet et Théodore Rousseau s'en servent en voyage et pour leurs croquis de paysage. Les Impressionnistes (Boudin, Jongkind) l'apprécient aussi pour sa spontanéité.

XXe siècle

Mädchen, Egon Schiele 1911.

Les études de danseuses d'Auguste Rodin et les nus de Georges Rouault montrent la liberté que l'on peut atteindre avec l'aquarelle. En témoignent aussi les œuvres de Vassily Kandinsky, Egon Schiele, Emil Nolde, August Macke ou Paul Klee. Depuis les années 1960, un renouvellement de cette technique est apparue (Raoul Dufy, Jean Bazaine, Maurice Estève, Zao Wou-Ki,Pierre Risch), tandis que la technique « dans le mouillé », initiée par Turner est portée à son apogée par les aquarellistes contemporains.

Quelques aquarellistes contemporains

Royaume-Uni

  • Trevor Chamberlain : paysagiste qui pratique la technique humide
  • David Curtis : scènes côtières
  • Francis Bowyer

France

  • Jean Louis Morelle : aquarelle en technique humide, nus, paysages urbains, friches industrielles, scènes intimistes
  • Ewa Karpińska : aquarelle dans le mouillé, aux frontières de l'abstraction
  • Maryse de May
  • Jusqu'à la fin du XXe siècle, la majorité des dessinateurs de bande dessinée coloriaient à l'aquarelle ou à la gouache en Europe. Aujourd'hui plus rare, on peut citer Boulet ou Zep qui utilisent cette technique.

Autriche

  • Gottfried Salzmann : tableaux représentant des villes ou des paysages vus d'avion.

Norvège

  • Torgeir Schjolberg

Corée

Comme la Grande-Bretagne, la Corée du Sud est un grand pays d'illustration ; de nombreux illustrateurs y utilisent toujours l'aquarelle, technique traditionnelle.

Chine

  • Hou Wei : aquarelles lumineuses dans un style réaliste et détaillé
  • Guan Weixing : portraitiste

Japon

Le Japon a une importante production de dessin animés. Généralement les décors y sont produits à la gouache ou l'aquarelle à l'instar de Oga Kazuo du studio Ghibli.

Australie

  • Hans Heysen (1877 - 1968)
  • Robert A. Wade

Nouvelle Zélande

  • Rita Angus

États-Unis

  • Andrew Wyeth
  • Alex Powers : connu pour son livre Peindre des personnages à l'aquarelle
  • Henry Casselli : personnages et portraits

Technique

Les pinceaux

L'aquarelle se pratique habituellement à l'aide d'un pinceau ayant un bon pouvoir de rétention d'eau (trempe).

  • Le poil de petit-gris (de l'écureuil du même nom), dont la capillarité reste insurpassée, est le plus adapté. La forme du pinceau mouilleur est parfaite pour les lavis et les fonds car son ventre (ou réservoir) permet de contenir une grande quantité de liquide.
  • Le poil de martre, souple et nerveux, est apprécié pour sa trempe et la finesse de sa pointe. La meilleure martre est la variété de martre rouge Kolinsky.
  • Les pinceaux en fibres synthétiques souples, moins absorbants mais d'une bonne élasticité, sont utiles pour poser les fonds et ouvrir les blancs.
Article détaillé : pinceau à aquarelle.

Autres outils

D'autres outils peuvent s'avérer utiles à l'aquarelle tels que éponges, boules de coton, chiffons, brosse à dent pour les projections de couleur, lame ou plume pour les grattages.

  • Le crayon aquarellable (ou crayon aquarelle) ressemble à un crayon de couleur, il permet de dessiner des détails précisément ou bien de placer les couleurs avant de les étaler avec un outil humide comme le pinceau à aquarelle.
Article détaillé : crayon aquarellable.
  • Le pastel aquarellable (ou pastel aquarelle) se présente sous la forme d'un bâtonnet rond ou carré, donc plus épais que le crayon. Il permet de remplir plus rapidement des zones de couleur.

Le support papier

Le support de l'aquarelle est le plus souvent un papier spécialement encollé, appelé papier aquarelle.

Le papier à aquarelle est généralement :

  • Blanc ou ivoire qui transparait sous la couleur
  • Épais (200 g/m² minimum) pour éviter les gondolements
  • Encollé afin d'éviter que les pigments se répandent sur la feuille avec une trop grande perte de contrôle.
  • Granuleux (satiné, fin ou rugueux) : le grain, visible sous la couleur, influence le dépôt des pigments et donc le rendu du motif.

Composition des papiers aquarelle

Les papiers aquarelle sont fabriqués à partir de coton et/ou de cellulose.

Le coton, encore appelé chiffon, reste la matière première de choix. La qualité 100 % coton ou pur chiffon reste la plus précieuse.

La cellulose, que l’on tire du bois (hêtre, bouleau, eucalyptus, pin, épicéa, etc.) devance aujourd’hui largement le coton. Malgré quelques défauts, en partie maîtrisés tels que le jaunissement, la sensibilité au vieillissement ou l’acidité, c’est la fibre la plus facile et économique à produire. A côté des papiers 100 % cellulose, sont aujourd'hui proposés des mélanges coton/cellulose (50/50 ou 25/75), produits tant sur forme ronde que sur table plate.

De nouvelles fibres naturelles apparaissent, telle la canne à sucre et le bambou. Le bambou est doté de longues fibres, d'où une capacité d’absorption de l’eau remarquable et des effets de gondolement de la feuille limités. Il est moins gourmand écologiquement parlant que le bois car il grandit très vite et il évite l’utilisation de pesticides ou de produits chimiques.

Depuis quelques années sont apparues des toiles pour aquarelle.

Fabrication du papier aquarelle

Fabrication de papier au Moulin à papier de Bâle, Suisse.

Les papiers aquarelles sont fabriqués sur forme ronde ou sur table plate.

  • La fabrication traditionnelle sur forme ronde, également appelé papier moulin, est la préférée des aquarellistes. Plus lente et onéreuse, elle garantit un papier haut-de-gamme, reconnaissable à ses bords frangés. Le tamis rond de cette méthode à l’ancienne, grâce au mouvement rotatif de son cylindre, répartit les fibres sur le feutre de manière aléatoire, pour une surface plane et stable, qui, en pratique, donne un plus grand contrôle de la couleur à l’artiste.
  • La fabrication moderne sur table plate, plus rapide et économique, permet de produire un papier de bonne qualité. Le tamis long des machines modernes assure une orientation régulière des fibres : le papier sera bien calibré mais sensible aux gondolements et à l'étalement de la couleur.
  • La fabrication manuelle et artisanale, feuille par feuille et à l'aide de petits tamis, tend à disparaître. Elle est encore pratiquée dans certaines région de Chine, notamment à Lijiang et par certains aquarellistes soucieux de maîtriser tous les éléments de leur œuvre, des matériaux à la composition.

Textures du papier

Le grain du papier joue un rôle important à l'aquarelle.

  • Un grain satiné (pressé à chaud ou hot pressed), très lisse, laisse glisser la couleur : difficile à travailler pour un novice.
  • Un grain fin (pressé à froid ou cold pressed/not) est formé grâce à un feutre introduit au moment de la fabrication de la feuille. Cette surface semi-rugueuse est la plus facile à travailler.
  • Un grain torchon (rough) est très apparent et forme d'importants creux et reliefs : il demande une bonne maîtrise de l'aquarelle.

Préparation du papier

Il existe plusieurs manières de travailler à l'aquarelle :

  • sur papier sec ;
  • sur papier humide.

Dans la technique sur papier humide, la tension du papier est indispensable afin d'éviter qu'il ne gondole et que la couleur ne s'accumule dans les creux formés dans le papier. Cette mise en tension est aussi recommandée dans la technique sur papier sec.

Le papier est humidifié recto verso à l'aide d'une éponge ou d'un pinceau mouilleur, puis tendu sur une planche rigide (bois non verni) à l'aide de bandes de kraft gommé. Une fois sec, le papier pourra être (re)mouillé sans risquer de gondoler. On peut aussi tendre et agrafer le papier humide sur un châssis. Certain encore, étendent leur feuille humide sur une plaque de Plexiglas.

En Asie, certains peintres, comme Oga Kazuo[4], décorateur des dessins animés du studio Ghibli, préfèrent, faire adhérer le papier, une fois abondamment mouillé, directement sur une planche vernie.

Dans le cas des crayons aquarellables qui s'appliquent parfois à sec avant d'être dilués, il faut laisser le papier sécher (temps de séchage plus ou moins d'une heure).

On peut également trouver dans les magasins de matériel de peinture, des blocs de papiers où les feuilles sont encollés les unes aux autres sur leurs quatre bords, permettant de conserver une certaine tension sans avoir à mouiller au préalable. La feuille est alors détachée du bloc une fois l'œuvre terminée.

Application de l'aquarelle

Lorsque d'un trait de pinceau, on dépose l'aquarelle sur le support, les pigments se retrouvent d'abord en suspension dans le milieu aqueux. Ils se déposent ensuite progressivement au creux des aspérités du papier tout comme des sédiments charriés par une rivière en crue. Tant que le papier reste humide, des pigments flottent encore dans le liquide. Il est toujours possible d'intervenir si l'on ne perturbe pas la couche des pigments déjà déposés. Lorsque le papier est sec, la transparence de l'aquarelle s'impose. Elle résulte des différences d'épaisseur des strates de pigments sur le papier. Peu de pigments sur les crêtes et davantage dans les creux. C'est ce gradient qui crée cette « vibration » si particulière.

Sa simplicité n'est qu'apparente. Les difficultés, réelles, ne doivent cependant pas décourager le novice qui, s'il a bien assimilé ces spécificités techniques, saura en tirer profit pour produire un travail de qualité.

Aquarelle d'un carnet de croquis d’Eugène Delacroix.

Le maximum d'intensité lumineuse correspond au blanc du papier. Les techniciens les plus habiles savent ménager dans leur tableau ces éclats lumineux naturels aux endroits les plus opportuns. De nombreux artifices techniques permettent aussi de préserver le fond du support : la paraffine (bougie) ou la gomme à masquer (drawing gum).

On décrit habituellement deux techniques qui, loin de s'opposer, peuvent s'associer dans un même travail.

  • La technique sèche est la plus traditionnelle. Son principe est d'étaler délicatement la peinture très diluée sur le support de façon à laisser transparaître la couleur du fond. Une fois les premiers tons posés et après séchage complet on s'intéresse aux éléments de détails de plus en plus précis en utilisant des couleurs moins diluées et en prenant soins d'aller des tons les plus clairs vers les plus foncés. Le travail progresse par couches successives et se termine par quelques rehauts plus foncés qui donnent à l'œuvre de la présence et du caractère.
  • La technique dans le mouillé, plus récente et plus dynamique, impose l'humidification préalable du support. Elle permet à l'artiste d'obtenir des surfaces aux couleurs très intenses, de faire fusionner les couleurs et d'effectuer des retraits de peinture sans abîmer le support. Les effets sont nombreux : fondus, dégradés, camaïeux, etc. Son apprentissage est long car il nécessite une bonne maîtrise du cycle de l'eau sur le papier. C'est en effet le degré d'humidité du papier qui dicte au peintre le moment le plus opportun pour intervenir.

Notes et références

  1. perdue à la fin la guerre 1945
  2. vide Albrecht Dürer, F. WInkler
  3. F. Winkler
  4. Oga Kazuo Exhibition - The One Who Painted Totoro's Forest - DVD

Voir aussi

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Articles connexes

Bibliographie

  • Michel Clarke, traduit & adapté par Patrice Bachelard et Pascal Bonafoux, L'aquarelle : la couleur et la transparence, coll. Passion des Arts, Éditions Gallimard, 1993 (ISBN 2-07-058131-4)
    sur l'histoire de l'aquarelle et l'aquarelle dans le monde
  • Jean-Louis Morelle, Aquarelle l'eau créatrice, Éditions Fleurus, 1999 (ISBN 9782215070047 et 9782215094555)
    sur la technique de l'aquarelle, en particulier la technique 'dans le mouillé'



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Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Aquarelle de Wikipédia en français (auteurs)

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