Nathanael Torporley

Nathanael Torporley

Nathanael Tarporley

Nathanael Tarporley ou Torporley, né en 1564 à Shrewsbury, dans le Shropshire,mort au collège de Syon en 1632, est un mathématicien et un astronome anglais. Tarporley est probablement le plus intéressant des personnages énigmatiques qui gravitaient autour du neuvième comte de Northumberland, Henry Percy. Secretaire du mathématicien François Viète, il fut le collègue et le confident de Thomas Harriot. Il fut désigné par celui-ci pour préparer ses publications posthumes.

Sommaire

Biographie

Nathaniel Tarporley s'inscrivit à 17 ans à Christ Church (le 17 novembre) ; peu après avoir obtenu son premier diplôme à Christ Church, Oxford, en 1583-1584 (5 février), il vint en France et passa deux ou trois ans comme apprenti et secrétaire auprès de François Viète[1], à Fontenay-le-comte, contre qui il aurait écrit par la suite un pamphlet, sous l'anagramme de John Poulterey. Il cite cependant deux fois le mathématiciens dans ces Diclides. [2].

De retour en Angleterre, Tarporley s'inscrivit au collège de Brasenose où il passa son second examen de maîtrise en 1591 (8 juillet). Il se fit moine peu après et entra ensuite au collège de syon.

En 1602, Tarporley publia un ouvrage intitulé Diclides Coelometricae ; a Preliminary Investigation[3] dont on ne peut réellement estimer la valeur : Delambre se réfère à ses tables dans son Astronomie Moderne en 1821, comme étant les plus obscures et les plus incommodes jamais dressées. Mais vingt ans plus tard, Augustus De Morgan dans sa Penny Cyclopedia (1838) distingue dans ces papiers l'invention du logarithme, et des calculs d'interpolation des triangles sphériques douze ans avant Napier... Quoique d'un autre côté il lui décerne le titre du plus burlesque des astronomes. Le Latin de Tarporley est impénétrable. Le titre de son travail est obscur et ses mathématiques remplies de rebus à deviner... conclut pour finir De Morgan, qui abandonna son étude.

François Viète

D'après Coxeter, Nathanael Tarporley étudiait dans cet ouvrage les 5 parties (a, A, b, B, c) d'un triangle rectangle sphérique droit en C. C'est le Pentagramma mirificum de Gauss[4].

On cite de lui également un Congestor analyticus.

Henry Percy, neuvième comte de Northumberland, lui donna une pension en considération de ses singulières connaissances. Le comte réunissait une cour de savants dans son manoir de Syon (Syon House) puis dans sa prison (après 1605 et pendant 17 ans). C'est sans doute dans la mouvance du comte que Tarporley rencontra ses confrères Dee et Harriot ; il était, avec ce dernier et Walter Raleigh, le dernier des trois "mages" du neuvième comte.[5]

Syon House avant sa rénovation en 1760.

Tarporley offrit vraissemblablement un livre de François Viète à Thomas Harriot, qu'on retrouva annoté de la main de cet algébriste.

En 1605, il fut lui-même interrogé par le conseil pour avoir dressé le thème astral du roi.

En 1607, il observe le passage de la comète de Halley avec Harriot et Standish

En 1608 (14 juin), Tarporley fut nommé recteur de Salwarp, dans le Worcestershire, et le demeura jusqu'en 1622 ; il fut également nommé recteur de Liddington, dans le Wiltshire, en 1611, mais semble avoir résidé la plupart du temps au collège de Syon, près de l'église de St. Alphege, à Londres, afin d'y poursuivre ses études.

Le comte Henry se délectait de la conversation des hommes de sciences et lorsqu'il fut emprisonné dans la tour de Londres, il continua à prendre ses repas avec cette communauté de savants qu'il pensionnait. Sa société se désignait, elle-même, comme les Atlantes du monde mathématique ; on y trouvait également des antiquisants, des astrologues, des chimistes et des naturalistes. Il y avait là Thomas Allen, le docteur John Dee... Toporley s'y déclarait disciple du philosophe Lucrèce, et de sa philosophie atomistique. Parmi cette compagnie, Thomas Harriot était considéré comme un philosophe universel. On y trouvait encore, Walter Warner, qu'on disait avoir inspiré à Harvey la découverte de la circulation du sang et le cartographe mathématicien Robert Hues.

Harriot, qui était assez ouvertement athée, doutait du fiat lux ex nihilo de la bible, Tarporley rattachait cette puissance créatrice au mouvement des atomes de la philosophie épicurienne. Tarporley considérait en effet que le dogme de la création s'expliquait par le mouvement des atomes, et recherchait à prouver la maxime contraire : omnia ex nihilo.

Cela explique en partie qu'il fut un très mauvais exécuteur testamentaire d'Harriot et ne publia pas entièrement ses manuscrits[6]. D'autre part, Harriot laissait 4000 feuillets non classés, donnant des notations parfois multiples (notamment < et > n'y sont pas notés tels quels), faisant appel aux racines négatives ou imaginaires (qui n'étaient généralement pas admises à cette époque).[7]

Thomas Harriot (1602)

Les travaux de ce cénacle n'ont malheureusement jamais été imprimés correctement. Après la mort d'Harriot, Hues et surtour Warner prirent la responsabilité d'aider Nathanael Tarporley dans l'édition posthume des oeuvres d'Harriot (1631), œuvre qui fut l'une des seules menées à bien, et qui, d'après Jean de Beaugrand, inspira fortement Descartes dans l'établissement de sa méthode.

Tarpoley mourut au collège de Syon en 1632 et fut enterré dans l'église de St. Alphege.

Il avait légué le 14 avril de la même année l'ensemble de ses livres et tous ses instruments au collège de Syon, dont les registres ont gardé de lui la mémoire d'un chimiste [8]. Le 6 janvier 1633, sa soeur, Susanna Tasker, était désignée comme exécuteur testamentaire. Quelques manuscrits : Congestor: Opus Mathematicum, Philosophia, Atomorum Atopia demonstrata, Corrector Analyticus Artis posthunc figuraient parmi ce fond.[9]

Le chaînon manquant

L'historien des sciences Montucla voyait dans la présence de Tarporley en France la preuve que François Viète avait influencé Thomas Harriot ; les historiens anglais admettent mal cette thèse.[5] Dans une autre version, propagée par Antony Wood[10] et Edouard Sherburn dans son "Manilius", Tarporley n'aurait connu Viète qu'à la fin de sa vie, et se serait déguisé sous le nom de Poltrier, Poultry ou Polterey, pour l'approcher. Les déformations de ce nom seraient due à John Pell [11] . La légende veut alors qu'il n'ait rien voulu emporter des travaux de son maître, que lui offraient de prendre ses héritiers[12]. Cette anecdote illustre assez en quel mépris l'historiographie anglaise a tenu le mathématicien des Parthenay jusqu'à Wallis et Newton. Une lettre de Torporley à Harriot, de Paris [13], témoigne de la rencontre de l'amanuensis et de son maître et d'autres, où il communique quelques découvertes de l'auteur de "l'Isagoge", semblent néanmoins fonder aux yeux de la critique moderne la thèse inverse, qui fait de Tarporley un passeur, et permet de comprendre comment les travaux de Viète ont été connus et extraordinairement amplifiés par Harriot.

Notes

Références

  1. * (en) Annals of Shrewsbury School (1899)
  2. d'après Anthony Wood
  3. Tarporley Nathanael Diclide Colometrique
  4. Coxeter le triangle rectangle sphérique de Tarporley
  5. a  et b Franz Xaver Zach Correspondance astronomique, géographique, hydrographique et statistique
  6. John W. Shirley Thomas Harriot : Renaissance Scientist, ed. p 268
  7. Joël Biard, Sabine Rommevaux : Mathématiques et théorie du mouvement: XIVe-XVIe siècles
  8. (en) Society for the Diffusion of Useful Knowledge (Great Britain)Penny cyclopaedia of the Society for the Diffusion of Useful ..., Volumes 25-26
  9. Torporley : Sion College Manuscripts
  10. Taylor & Francis Philosophical magazine
  11. Marin Mersenne, Paul Tannery, Cornelis de Waard : Correspondance du P. Marin Mersenne: 1642
  12. James Orchard Halliwell-Phillipps : A collection of letters illustrative of the progress of science in England. Historical Society of Science
  13. Jacqueline A. Stedall, Thomas Hariot : The greate invention of algebra: Thomas Harriot's treatise on equations

Bibliographie

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