Mystère (théâtre)


Mystère (théâtre)
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Jean Fouquet, les Heures d'Étienne Chevalier, Représentation du Mystère de sainte Apolline.

Le mystère, initialement orthographié mistère du latin médiéval misterium (cérémonie), est un genre théâtral apparu au XVe siècle. Il se composait d'une succession de tableaux animés et dialogués écrits pour un public très large, mettant en œuvre des histoires et des légendes dont l'imagination et la croyance populaires s'étaient nourries. Le surnaturel et le réalisme s'y côtoyaient. La Passion du Christ était un de ses sujets traditionnels.

Sommaire

Histoire

Les débuts

Après une toute petite parenthèse, le théâtre renaît en Europe occidentale vers le Xe siècle lorsque la liturgie pascale commence à être agrémentée dans certaines églises de passages dramatiques, le plus ancien étant le Quem Quaeritis. « Qui cherchez-vous, servantes du Christ ? » demande un ange aux trois Marie venues se recueillir devant le sépulcre où le corps du Christ a été enseveli. « Jésus de Nazareth » répondent les saintes femmes auxquelles l'ange annonce alors la résurrection [1],[2]. Le manuscrit de la Regularis Concordia rédigé à la fin du Xe siècle par l'évêque de Winchester donne sur ce passage de précieuses indications scéniques[2].

Ce premier Quem quaeritis inspire ensuite les jeux de la Nativité, l'ange s'adressant cette fois aux bergers puis aux rois mages[2]. Ces noyaux dramatiques sont développés, de nouvelles scènes sont ajoutées, notamment le Massacre des innocents où apparaît Hérode qui restera le « méchant » archétypal du théâtre anglais jusqu'à la Renaissance. Les périodes de Pâques et de Noël restent les deux moments de l'année liturgique les plus féconds pour le développement du théâtre religieux[2].

Ces premiers textes dramatiques en latin étaient chantés, comme en témoigne le Daniel de Beauvais ou le Jeu d'Hérode de Fleury[1],[3].

Au Moyen Âge

Entre le XIe et le XVe siècles on passe du chœur des églises, au parvis puis à la rue. Au XIIe siècle, ces jeux dramatiques ont déjà pris une grande ampleur et il existe des spectacles en langues vernaculaires, désormais indépendants des cérémonies religieuses proprement dites[1]. L'Église offre à la population des fêtes-spectacles de plusieurs jours destinées à faire vivre l'Histoire Sainte devant un public illettré, complétant ainsi l'enseignement des bas-reliefs et des vitraux. En Angleterre, certains spectacles sont pris en charge par les corporations d'artisans[4]. Aux Miracles (vies des Saints) qui sont donnés dans les lieux spécialement dédiés à telle ou telle personnalité du martyrologe, succèdent les « Mistères » dont l'action se déroule entre la gueule de l'enfer et la mansion figurant le paradis. En France, le « théâtre » représente plusieurs lieux juxtaposés et les décors y prennent une place de plus en plus importante. En Angleterre, les tableaux vivants ou pageants peuvent être représentés sur des estrades, portées ou véhiculées à travers la ville, mais il est possible qu'une partie de l'action ait été jouée aussi dans la rue devant les tréteaux qui servaient alors de décor[5].

Les mystères pouvaient être très longs : 30 000, 40 000 voire 60 000 vers. Les personnages étaient au nombre de 100, 200, 500, sans compter les figurants, et une semaine s'écoulait souvent entre les deux parties du même spectacle, qui se tenait le plus souvent dans l'après-midi du dimanche. Les comédiens bénévoles se regroupaient en confréries d'amateurs. Dans telle famille d'artisans, on tenait, de père en fils, le rôle du Christ (ou de Judas) dans le Mistère de la passion.

La représentation des mystères fut interdite en France par arrêté du 18 novembre 1548 du Parlement de Paris. Il nous reste le texte d'environ soixante d'entre eux.

On divise les mystères en trois cycles :

  • Les mystères sacrés : sujets bibliques, tirés de l'Ancien et du Nouveau Testament.
  • Les mystères religieux : tirés pour la plupart des vies de saints, miracles qui ont pris la forme du mystère.
  • Les mystères profanes : ils puisent leur sujet dans l'Histoire.

En France

Au fil des siècles et des rééditions, de nombreux ouvrages ont vu leur titre se modifier pour passer du « Mistère » original au Mystère contemporain. Pour certains il est possible des les trouver sous telle ou telle orthographe en fonction de l'édition.

Principaux mystères :

  • Le Mystère de la Passion, attribué à Eustache Marcadé (v. 1425) ; 24 944 vers, 4 journées de représentation
  • Le Mystère du siège d'Orléans, dont on ne connaît pas l'auteur (1439)
  • Le Mystère de Troie, de Jacques Millet (1463)
  • La Passion, d'Arnoul Gréban (1452); 34 574 vers, 400 personnages, 4 journées de représentation
  • Le Mystère des Actes des Apôtres, de Simon et Arnoul Gréban; 60 000 vers, 494 personnages
  • La Passion, de Jean Michel (1486) ; 65 000 vers,
  • La Résurrection, de Jean Michel ; 20 000 vers, 105 personnages, 3 journées de représentation
  • Le Mystère de Saint Martin, d'André de La Vigne (1496)
  • Le Mystère de Saint Louis, de Pierre Gringoire ou Gringore (1514)
  • Le Mystère de Sainte Reine, 2 journées de représentation

En Angleterre

Juan de Flandes, 1500, Résurrection de Lazare : la mise en scène picturale évoque celle du théâtre religieux
Les Mystères de Chester, Gravure illustrant le Book of Days de Robert Chamber (XIXe siècle)

Quatre ensembles complets ou presque de pièces religieuses sont parvenus jusqu'à nous. Le plus complet est le « cycle de York », composé de quarante-huit tableaux. Le « manuscrit de Towneley » comporte trente-deux tableaux ; certains experts pensent qu'ils faisaient partie d'un « cycle » plus complet représenté autrefois à Wakefield mais cette opinion ne fait pas l'unanimité[6]. Le Jeu de Coventry (Ludus Coventriae) ou « cycle de Hegge » serait selon les experts la compilation écrite de trois pièces anciennes indépendantes. Les vingt-quatre tableaux du « cycle de Chester » seraient une réécriture des textes médiévaux transmis par la tradition qui daterait de l'époque élisabéthaine. Il nous reste également le texte de deux tableaux provenant d'un mystère tiré du Nouveau Testament et joué à Coventry, un tableau d'un ensemble provenant de Norwich et un autre de Newcastle. Nous possédons également une pièce du XVe siècle sur la vie de Marie de Magdala et une pièce du XVIe siècle qui met en scène la conversion de Saint-Paul. Ces deux dernières œuvres proviennent d'East Anglia. À côté de ces pièces en anglais il faut également citer trois œuvres en breton cornouaillais, les Ordinalia.

Ces ensembles dramatiques sont très différents. La plupart comportent des épisodes populaires tels que la Chute de Lucifer, la Création et la Chute d'Adam, Caïn et Abel, Noé et son arche, le Sacrifice d'Isaac, la Nativité, la Résurrection de Lazare, la Passion et la Résurrection. D'autres tableaux représentent la vie de Moïse, la procession des prophètes, le Baptême du Christ, la tentation du Christ au désert, l’Assomption et le Couronnement de la Vierge.

Certains cycles ont été financés par les guildes médiévales qui venaient de se former. Les merciers de la ville d'York, notamment, financèrent le tableau du Jugement dernier. Mais les guildes ne sont pas à l’origine de tous les spectacles sacrés. Si c'est bien le cas pour le cycle de Chester, rien n'indique que les artisans soient à l'origine des Ludus Coventriae ni que ces tableaux aient été destinés à être joués sur des estrades ambulantes.

Le tableau le plus célèbre du manuscrit de Towneley est celui de l’Adoration des Bergers, un épisode de la Nativité traité sur le mode burlesque, avec un voleur de mouton (Mak) et sa femme Gill qui établit un parallèle comique entre le Sauveur, l'« agneau de dieu » et la bête volée. Un autre épisode populaire est celui de la descente du Christ aux enfers, qui se fonde sur l'évangile apocryphe de Pilate et que l'on retrouve aussi bien dans le cycle de York que celui de Wakesfield.

La Réforme anglaise acheva le déclin du théâtre religieux. Le manuscrit de Towneley porte des traces de la censure protestante. En 1542, Edmund Bonner, évêque de Londres, mit un terme à la représentation des Mystères dans la ville. Mais l'influence de ce théâtre se fait encore sentir dans le théâtre anglais jusqu'à l'époque élisabéthaine.

En Espagne

Bibliographie

  • Petit de Julleville, Les Mystères, Paris, Hachette, 1880, 2 vol.
  • (en) Edward Donald Kennedy, Western Drama Through the Ages, Kimball King, Greenwood Publishing Group, 2007, 648 p. (ISBN 0313329346) 

Musique

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

Notes et références

Sources

Notes

  1. a, b et c Edward Donald Kennedy, 2009, p. 83-84
  2. a, b, c et d Richard H. Hoppin, Nicolas Meeùs (trad. Nicolas Meeùs, Malou Haine), La Musique au Moyen Age, Mardaga, 1991, 640 p. (ISBN 2870093527) , p. 208-9
  3. Hoppin 1991, p. 214
  4. (en) John Leeds Barroll, John Pitcher, Robert Lindsey, Susan Cerasano, Medieval & Renaissance drama in England, Fairleigh Dickinson University Press, 1999, 328 p. (ISBN 0838640001) , p. 26
  5. (en)Richard Beadle, Pamela M. King, York Mystery Plays, Oxford University Press, 1999, 279 p. (ISBN 0192837109) , introduction, p. xxii
  6. Lawrence M. Clopper, Drama, play, and game: English festive culture in the medieval and early modern period, University of Chicago Press, 2001, 343 p. (ISBN 0226110303) , p. 173-4

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