Monachisme chrétien


Monachisme chrétien
Un Trappiste en 2007

Le monachisme chrétien prend son essor dès l'Antiquité et persiste toujours actuellement[1]. Les moines et les moniales, au sein d'un ordre monastique suivent en général une règle, dont la plus ancienne est la règle de saint Augustin, et la plus répandue la règle de saint Benoît; ces deux règles, pouvant être interprétées de diverses manières, ont donné naissance à des formes de vie assez variées.

La vie monastique, le plus souvent au sein d'un monastère ou d'un couvent, qui peut être une abbaye lorsqu'il est dirigé par un abbé ou une abbesse (De l'araméen abba, père), varie entre deux formes principales: le cénobitisme (Vie en communauté) et l'érémitisme (Du grec eremos, désert: vie en solitude).

Sommaire

Le monachisme chrétien oriental

Article détaillé : Église orthodoxe.
Article connexe : Basiliens.

Le monachisme est né au IIIe siècle. Il connaît un premier essor au IVe siècle. Les premiers moines apparaissent en Égypte, au sud d’Alexandrie, avec parmi eux Antoine[2] : face à une vie dans la cité qu'il considère plein de péché, il choisit de s'en détacher et vit dans le désert, constituant un des premiers exemples d'anachorète. Son acte, comme celui de Pacôme, est une rupture politique et sociale, non seulement au niveau de la structure de la famille, mais aussi sur l'idéal de la cité que l'on trouve dans le monde gréco-romain dont l'Égypte faisait partie. Pour ces raisons, les ermites et leurs ruptures ne furent pas immédiatement compris par les villageois; par la suite, bien loin d'être ostracisés, ils reçurent le soutien de la population. L'évêque d'Alexandrie saint Athanase popularise la figure d'Antoine, considéré comme le fondateur du monachisme dès le lendemain de sa mort en 357 en rédigeant le "récit" de sa vie. Ce récit circule à travers tout le monde chrétien, qu'il soit d'expression grecque, latine ou araméenne[3].

Moines et moniales cherchent leur nourriture spirituelle dans la solitude, le silence, la méditation et la prière. Cependant, le déni de la vie urbaine et du matérialisme ne peut jamais être complet : la nourriture, les habits et les textes restent une forme de possession matérielle.

L’érémitisme puis le cénobitisme, c'est-à-dire une vie d'ermite mais dans un cadre de communauté, se développent dans les déserts d’Orient. Pourtant il semble que le vrai fondateur du mode de vie cénobitique soit Pacôme. Celui-ci pense, en effet, que "la solitude est dangereuse", car elle peut conduire au désespoir ou, au suicide : mieux vaut se grouper pour survivre. C'est le début du cénobitisme, où les moines sont seuls dans leur cellule et se retrouvent pour les repas. Et finalement, c'est la vie commune qui l'emporte : « si tu tombes et que tu es seul, il n'y aura personne pour te relever. » Au début du IVe siècle, il établit une première communauté à Tabennae, une île sur le Nil à mi-chemin entre Le Caire et Alexandrie. Il fonde huit autres monastères dans la région au cours de sa vie, totalisant 3 000 moines. Chenouté, abbé copte des IVe et Ve siècles, joue un grand rôle dans le monachisme copte. Il a eu jusqu'à deux mille moines et mille huit cents moniales sous ses ordres. La légende raconte qu'il aurait tué un moine de sa propre main, pour cause de désobéissance. Chenouté durcit la règle pachomienne, la trouvant trop douce[4]. Sa règle est la première à comporter une promesse écrite d'obéissance[5]. Avec le soutien de Justinien Ier, le monachisme prend une grande importance en Orient. Refuge moral, son pouvoir d'attraction est tel qu'il détourne de l'impôt et des fonctions publiques une partie des forces de l'Empire et devient un véritable contre-pouvoir qui se manifestera lors de la crise de l'iconoclasme.

Dans l'ensemble, le monachisme chrétien oriental est plus tranché que sa version occidentale, dont il capture l'imagination et une forme d'admiration. Par exemple, Siméon le Stylite reste une quarantaine d'années au sommet d'une colonne, s'excluant du village 'en dessous' tout en restant au centre. Benoît de Nursie proposa une classification des moines en quatre genres, en considérant deux comme bons (les cénobites et les ermites) et les deux autres comme mauvais; ces deux derniers sont les gyrovagues, qui mendient et errent, et les sarabaïtes qui ne renoncent pas complètement au principe de possession.

Le monachisme chrétien occidental

Étymologiquement, le moine est celui qui vit seul, mais le mot a pris un sens plus large et s'applique à tous ceux qui se séparent de la société des hommes (le monde) pour se consacrer par la prière au service de Dieu, qu'ils vivent isolés, « ermites » et « anachorètes », ou groupés dans un monastère, « cénobites ». La diversité du monachisme occidentale est donc très grande. Le monachisme est la mise en pratique de la parole du Christ : « Si quelqu'un veut être mon disciple, qu'il renonce à lui-même, qu'il se charge de sa croix et qu'il me suive. ». Le Christ appelle tous les hommes à la perfection, mais au Moyen Âge, on a tendance à estimer que les seuls qui répondent pleinement à cet idéal de perfection sont les moines.

Les débuts du monachisme chrétien en Occident

En Occident, dès les premiers siècles, des groupes de chrétiens fervents décidés à répondre pleinement à l'appel de Dieu se retirent du monde. Mais l'historien manque de sources pour connaître avec assez de détails la vie de ces ascètes, hommes et femmes. De ce fait, les historiens ont tendance à privilégier le monachisme chrétien oriental qui dès le début a couché ses règles par écrit. Les plus grands évêques de l'Antiquité tardive, Eusèbe à Vercelli, Ambroise de Milan et Augustin d'Hippone, organisent la vie commune pour leurs clercs[6]. Les premiers établissements religieux apparaissent à l’Ouest de l’Empire à partir de la fin du IVe siècle : Honorat à Lérins et de multiples fondations à partir du VIe siècle.

Benoît de Nursie (480-547) fonde un monastère au mont Cassin. Son monde est alors en proie à un certain chaos dû à la chute de l'empire : les céréales ne viennent plus d'Afrique, l'économie est à bout et la population se replie sur les montagnes, ce qui forme une sorte de retour à l'âge de fer. Benoît de Nursie souhaite établir une règle durable pour la vie monastique, et ses monastères sont en particulier conçus pour être auto-suffisants et un modèle économiquement viable; non seulement font-ils des provisions, mais ils utilisent aussi des forces de commerce, entre autres sur le sel et le vin auquel les moines ont le droit quotidiennement. Sa règle met en avant la valeur du travail, ce qui constitue une différence marquante avec l'esprit de l'antiquité par sa rupture avec la vie aristocratique (dont le travail ne faisait pas partie), et forme donc un des passages dans l'esprit du Moyen Âge.

La règle de saint Benoît fut en particulier diffusée en dehors de l'Italie, étendant son influence dans l'Empire de Charlemagne. Les moines errants sont contraints de se fixer. Charlemagne et son fils Louis le Pieux reconnaissent deux formes d'entrée dans le monastère: la vocation et l'oblation[7]. Les empereurs nomment les abbés à la tête des grands monastères, provoquant parfois le mécontentement des moines[8]. En Occident, les moines sont pendant le premier millénaire, les fer de lance de l'évangélisation des masses. Il créent des monastères dans des régions encore païennes. À la fin du IVe siècle, Saint Martin, qui évangélise les campagnes gauloises, avait fondé un monastère à Ligugé, près de Poitiers. Devenu évêque, il organise un autre monastère, en face de la ville dont il est l'évêque, Tours: l'abbaye Saint-Martin à Marmoutier. L'apôtre de l'Irlande, saint Patrick organise au Ve siècle l'Église en ce pays en faisant des monastères le cadre de l'Église de l'île ; certains abbés sont en même temps évêques.

Le pape Grégoire le Grand envoie en 596 des moines pour convertir l'Angleterre ; ils créent des monastères pour assurer l'office dans les cathédrales. L'évangélisation des pays germaniques aux VIIIe et IXe siècles est, elle aussi, l'œuvre des moines[6].

Le Moyen Âge et l'apogée du monachisme occidental

Dès le Haut Moyen Âge, les fondations se multiplient, dans les faubourgs des villes anciennes, dans les campagnes. Certaines sont même à l'origine de la fondation de noyaux urbains nouveaux comme à Saint-Gall. Les cénobites connaissent un prodigieux succès sur tous les plans. Cependant, les ermites maintiennent la tradition d'une vie entièrement détachée des ambitions terrestres, fidèle à la simplicité évangélique. À Camaldoli et à la Chartreuse, l'érémitisme est tempéré par l'introduction de pratiques cénobitiques. L'austérité de vie des moines, n'atteint jamais les records de pénitence établis en Orient[6].

L'âge d'or du monachisme, en Occident, est le Moyen Âge qui voit la fondation de nombreux ordres religieux ainsi que la construction de très nombreux monastères (ou abbayes). Dotées de vastes territoires, ces communautés ont contribué de façon importante à façonner le paysage rural par le défrichement des forêts (en particulier par les moines cisterciens), la mise en culture... Le monachisme a été aussi un des vecteurs les plus importants de la culture, la plupart des livres manuscrits étaient en effet, avant l'invention de l'imprimerie, recopiés à la main par des moines. À la Chartreuse, à Vallombreuse et à Cîteaux, deux groupes distincts apparaissent à l'intérieur du monastère, les clercs auxquels on réserve le nom de moines et les laïcs qui reçoivent le nom de convers. Le IVe concile du Latran de 1215 décide que toute nouvelle maison religieuse doit adopter une règle déjà reconnue, celles de saint Basile, de saint Augustin ou de saint Benoît. Ceci n'empêche pas dès le XIIIe siècle, le développement d'ordres nouveaux, les ordres mendiants, qui gardent des anciennes règles, la célébration de l'office en commun et l'abstinence de viande. Ils bénéficient de la bienveillance des anciens moines, qui les laissent volontiers s'installer dans leurs vastes domaines. Par la suite, les ordres anciens, de tradition purement cénobites, et les ordres nouveaux, orientés vers des activités apostoliques ou charitables, ne cessent de s'influencer[6].

Annexes

Notes et références

  1. Son apparition prend son origine dans la tradition évangélique et les traditions spirituelles orientales; le monachisme naît pour le christianisme dès l'origine, interprétation rejetée par le protestantisme qui s'en tient à la lettre biblique et non à la transmission (tradition).
  2. La légende raconte qu’Antoine s’est retiré dans le désert égyptien comme ermite pendant la persécution de Maximien en 312. Sa renommée attire auprès de lui un grand nombre de disciples imitant son ascétisme afin d’approcher la sainteté de leur maître. Plus il se replie dans une région reculée et sauvage, et plus des disciples accourent. Ils construisent leurs huttes autour de celle de leur père spirituel rompant ainsi son isolement. C’est ainsi que serait née la première communauté monastique, composée d’anachorètes vivant chacun dans leur propre maison.
  3. Irénée-Henri Dalmais, Les Coptes, chrétiens de la vallée du Nil, clio.fr [lire en ligne]
  4. « Le couvent rouge Deir al-Ahmar », Encyclopédie de la langue française, [lire en ligne]
  5. Encyclopaedia universalis, thésaurus 1, p. 593
  6. a, b, c et d Jacques Dubois, « Le monachisme chrétien occidental » dans l'article « Monachisme », Encyclopaedia Universalis, DVD, 2007
  7. L'oblat est un enfant offert au couvent par ses parents.
  8. Jean Chélini, Histoire religieuse de l'Occident médiéval, Hachette, 1991, p. 171

Liens internes

Bibliographie

  • Jean Chélini, Histoire religieuse de l'Occident médiéval, Hachette, 1991
  • Ghislain Lafont, osb, Des moines et des hommes, Stock, 1975
  • Marcel Pacaut, Les ordres monastiques et religieux au Moyen Âge, Nathan, 1993
  • Ritari K., Saints and Sinners in Early Christian Ireland: Moral Theology in the Lives of Saints Brigit and Columba,Brepols Publishers, Turnhout, 2009, ISBN 978-2-503-53315-5

Liens externes


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