Meroitique


Meroitique

Méroïtique

Méroïtique
Mort Ve siècle
Parlée au Royaume de Kouch
Région Afrique, Soudan du Nord
Nombre de locuteurs 0
Classification par famille
(Dérivée de la classification SIL)
Codes de langue
IETF (en) xmr
ISO/DIS 639-3 xmr

Le méroïtique est une langue qui fut parlée dans le royaume de Kouch (actuel Nord Soudan) de la fin du IIIe millénaire avant au Ve siècle de notre ère et écrite à partir du -IIe siècle . Ce fut la langue des pharaons noirs de la XXVe dynastie. L'alphabet méroïtique possède deux écritures distinctes : l'une hiéroglyphique, l'autre cursive. Bien que les signes aient été déchiffrés en 1911, la langue reste en grande partie incompréhensible. Depuis le XIXe siècle, plusieurs milliers de textes méroïtiques ont été découverts sur des sites de Nubie égyptienne et du Nord Soudan.

Sommaire

Famille de langues

Le peu de vocabulaire connu rend difficile la classification linguistique. En 1964, l'archéologue canadien Bruce Graham Trigger proposa d'intégrer le méroïtique au groupe soudanique oriental, une branche du nilo-saharien. Récemment, le docteur en égyptologie et chercheur au CNRS Claude Rilly, considéré comme le spécialiste mondial du méroïtique[1], a classé ce dernier dans le groupe soudanique oriental nord, lui même une subdivision du groupe soudanique oriental. Le groupe soudanique oriental nord rassemble en outre le nara d'Éthiopie, le taman parlé à la frontière Tchad-Darfour et le nyimang/afitti, groupe de deux langues parlés dans les monts Nouba au Soudan[2].

Alphabet

Il y a quatre voyelles (/a/, qui n'est utilisé qu'en début de mot, /e/, /i/, /o/ ), quinze consonnes couplées avec /a/ (/ya/ /wa/ /ba/ /pa/ /ma/ /na/ /ra/ /la/ /cha/ (prononcé comme le ich allemand) /kha/(comme dans Bach en allemand) /ka/ /qa/ /sa/ ou /sha/ /ta/ /da/). Il y a enfin quatre symboles syllabiques purs, et donc non modifiables par un symbole-voyelle subséquent: /n(y)e/, /se/ ou /s/, /te/ et /to/.

C'est une écriture phonétique et tant les voyelles que les consonnes sont transcrites. Ce n'est néanmoins pas une écriture alphabétique, mais un alphasyllabaire (imparfait en raison des quatre symboles syllabiques), car les signes transcrivant les consonnes représentent la consonne et la voyelle /a/, sauf si ce signe est suivi du signe particulier de l'une des trois autres voyelles /i/, /e/ ou /o/. Il existe également un signe particulier séparant les mots.

Il existe deux formes de cet alphabet :

  • La 1re est basée sur l'écriture hiéroglyphique,
    Cette forme est écrite verticalement et de haut en bas.
  • La 2e, cursive, est basée sur l'écriture démotique,
    Cette forme est écrite horizontalement et de droite à gauche.

Déchiffrement

Au Soudan à El-Hassa temple du roi Amanakhereqerem découverte de cinq béliers de grès dont trois portent des inscriptions permettant de décrypter le méroïtique

Après une expédition à Méroé, l'explorateur et minéralogiste français Frédéric Cailliaud publia en 1826 les premières copies de texte méroïtiques. L'écriture étant inconnue, les textes ne purent pas être lus phonétiquement. En 1911, l'égyptologue britannique Francis Llewellyn Griffith réussit à déchiffrer les signes des deux alphabets méroïtiques[3]. Ensuite, par comparaison avec des textes pharaoniques et grecs, il parvint à isoler différents mots méroïtiques tels des noms de villes, dieux et rois. À partir de ces données il identifia plusieurs termes purement méroïtiques comme ato (eau), at (pain), qore (roi), abr (homme), kdi (femme), mlo (bon) etc. Il dégagea également plusieurs règles grammaticales simples et distingua le suffixe du génitif et les articles singulier et pluriel. C'est ainsi que plusieurs portions des textes funéraires écrits en cursive purent être déchiffrés. Malgré ces avancées significatives, d'autres textes, moins stéréotypés, notamment les stèles concernant les hauts faits des rois et des reines de Méroé, restèrent indéchiffrables. Poursuivant le travail de Griffith, les linguistes se tournent aujourd'hui vers la comparaison linguistique, espérant reconstruire la morphologie et le lexique méroïtiques à l'aide de langues apparentées parlées aujourd'hui dans le nord du Soudan[2].

En novembre 2008 avec leurs équipes René-Pierre Dissaux et Vincent Rondot découvrent cinq béliers de grès dont trois portent des inscriptions qui permettent de décrypter un peu plus la langue méroïtique qui s'écrit en hiéroglyphes et en cursives. Il apprennent ainsi que le temple en cours de fouille est celui du roi Amanakhereqerem de la fin du Ier siècle [4].

Notes

  1. Claude Rilly, Le Champollion du méroïtique, Journal du CNRS, N°172, mai 2004.
  2. a  et b Claude Rilly, La Recherche, Les écritures non déchiffrées, Société d'éditions scientifiques, n° 408, mai 2007, p. 31 à 34 (ISSN 00295671).
  3. (en) Eckley B. Coxe Jr, Expedition to Nubia VI, Philadelphie, Université de Pennsylvanie.
  4. Voix du Nord du 24 janvier 2008

Voir aussi

Liens externes

Bibliographie

  • (fr) Claude Rilly, La langue du royaume de Méroé : Un panorama de la plus ancienne culture écrite d'Afrique subsaharienne, Éditions Honoré Champion, 2007, (ISBN 978-2745315823).
  • (fr) Claude Rilly, Le méroïtique et sa famille linguistique, Éditions Peeters, à paraître.
  • (en) Claude Rilly, « The Linguistic Position of Meroitic », Sudan Electronic Journal of Archaeology and Anthropology, mars 2004.
  • (fr) Collectif sous la direction de Jean Leclant, Répertoire d'épigraphie méroïtique : corpus des inscription publiées, Académie des inscriptions et belles-lettres, 2000, (ISBN 2877541134).
  • (en) Derek A. Welsby, The Kingdom of Kush, British Museum Press, Londres, 1996, (ISBN 071410986X)
  • (de) Gerhard Böhm, « Die Sprache der Aithiopen im Lande Kusch » dans Beiträge zur Afrikanistik, 34, Vienne, 1988, (ISBN 3-85043-047-2)


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