Melchior Grimm


Melchior Grimm
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Frédéric-Melchior Grimm
Gravure de Lecerf sur un dessin de Carmontelle (1769).
Gravure de Lecerf sur un dessin de Carmontelle (1769).

Surnom Le petit prophète de Boehmisch-Broda
Naissance 26 décembre 1723
Ratisbonne
Décès 19 décembre 1807 (à 83 ans)
Gotha
Nationalité Bavière Bavière
Profession Homme de lettres, diplomate, journaliste

Friedrich Melchior, baron von Grimm, né à Ratisbonne le 26 décembre 1723 et mort à Gotha le 19 décembre 1807, est un diplomate et homme de lettres bavarois d’expression française.

Fils du surintendant du clergé luthérien de Ratisbonne, Jean Melchior Grimm, et de son épouse Sibylle Koch, Grimm commença à écrire en vers dès le lycée et commença une assez longue correspondance avec Johann Christoph Gottsched et son épouse. À l’âge de 19 ans, il adapta le roman Die asiatische Banise de Heinrich Anselm von Ziegler und Kliphausen au théâtre. Enthousiasmé, Gottsched publia la pièce dans son Deutsche Schaubühne l’année suivante, mais l’essai de la faire jouer fut un échec tant artistique qu’économique : cette production en cinq actes et en vers fut critiquée par Lessing et sifflée par le public. Désormais, Grimm se consacra surtout à l’explication, la critique et la traduction d’ouvrages français, s’occupant particulièrement des œuvres de Voltaire qui s’écriera un jour, en parlant de lui : « De quoi s’avise donc ce Bohémien d’avoir plus d’esprit que nous ? »

Il poussa ses études assez loin à l’université de Leipzig, où il fut l’élève du professeur Johann August Ernesti, qui lui communiqua son goût pour la littérature classique. Après des études de droit public, il fut précepteur du fils du baron de Schomberg qu’il accompagna à Paris puis se mit au service du prince de Saxe-Gotha dont il devint le lecteur, en 1748. Il devint ensuite secrétaire du comte August Heinrich von Friesen. Il ne tarda pas à se faire connaître des milieux littéraires, grâce au Petit Prophète de Boehmisch-Broda, une satire où il prenait la défense de l’opéra italien. Peut-être avait-il moins de goût pour l’opéra italien que pour l’actrice. Introduit dans le monde par Rousseau, il fréquenta assidûment le salon de Louise d'Épinay dont il fut l’amant (1753) après avoir été celui de la cantatrice Marie Fel, situations qui seront pour beaucoup dans l’ascension sociale d’un homme sans parchemins ni rentes qui devait finir par s’appeler plus tard M. de Grimm, puis le baron Grimm[1]

Le comte de Frièse, neveu du maréchal Maurice de Saxe, le prit pour secrétaire et pour confident, et lui alloua des appointements qui le mirent à même d’offrir, chaque semaine, à ses amis intimes des diners préconisés par Marmontel qui était du nombre. Grimm avait en lui l’étoffe d’un mondain, d’un conseiller aulique, d’un diplomate : partisan du faste et de la galanterie, il recherchait les femmes, qui ne le repoussaient pas trop. Il avait pourtant un extérieur médiocre, des yeux proéminents, une épaule un peu forte, le nez tourné de côté, (du bon côté, à ce que raconte Meister, un de ses familiers) : l’art comblait en lui les lacunes de la nature. Aussi, son caractère opiniâtre ainsi que sa manie de se farder pour tenter de remédier aux ravages de l’âge, l’avaient fait surnommer par le vieux Gauffecourt en riant « Tyran le Blanc ».

Avec ses amis Diderot et l’abbé Raynal, il tiendra, de 1753 à 1773, une chronique de la vie intellectuelle parisienne qu’il adresse aux souverains étrangers, notamment Catherine II de Russie. Il écrit par ailleurs dans le Mercure de France.

Critique littéraire et surtout musical honorable, Grimm n’a cependant pas laissé de traces dans l’histoire de la littérature. Sa grande sociabilité, sa capacité à se situer intelligemment entre le monde des Lumières parisien et les cours éclairées d’Europe, mais aussi ses dons de séducteur, lui ont assuré une réussite que beaucoup jugent imméritée :

« En réalité, sauf en musique où cet Allemand avait ses propres lumières, Frédéric Melchior Grimm était avant tout une habile éponge, qui sut assez bien pasticher le tour railleur de ses amis parisiens pour pouvoir briller dans les « compagnies » et épater les cours étrangères[2]. » Cette impression est très largement partagée par Rousseau qui lui reprocha de jouer au grand seigneur, de tutoyer insolemment ses domestiques, de leur jeter son argent à la tête, de se laver et de se baigner à l’excès, de se nettoyer les ongles plus qu’il ne convenait à un citoyen libre, de remplir de céruse le creux de ses joues amaigries, à la façon d’une petite-maitresse ou d’une coquette surannée : « Voilà comment, après m’avoir si longtemps trompé, cet homme enfin quitta pour moi son masque, persuadé que, dans l’état où il avait amené les choses, il cessait d’en avoir besoin. Soulagé de la crainte injuste envers ce misérable, je l’abandonnai à son propre cœur, et cessai de penser à lui[3]. »

Après qu’il eut abandonné sa Correspondance littéraire, Grimm voyagea dans toute l’Europe (Russie, Allemagne, Danemark, Italie, Prusse…) où il sera choyé et avantagé de différentes manières. Il servira d’ambassadeur (chargé, pour 24 000 livres de rente, de défendre les intérêts de Francfort à Paris), d’entremetteur, et pour finir, l’Impératrice Marie-Thérèse d’Autriche le fera baron en 1774. Il a été le sujet de la Lettre apologétique de l'abbé Raynal à Monsieur Grimm de Diderot.

En 1791, Grimm fait un bref retour à Paris pour récupérer ses biens avant que ceux-ci ne soient confisqués par la Révolution dont il n’embrasse pas les principes. Il s’installe à Hambourg, où il est ministre pour Catherine II, puis à Gotha et meurt presque aveugle dans un relatif oubli.

Il était le frère d’Ulrich Grimm qui devint plus tard surintendant de Ratisbonne et l’ancêtre de Karl von Grimm qui fut président de la société coloniale allemande.

Notes et références

  1. Les mauvais plaisants ajoutaient : « le comte de Tufière », par une réminiscence du Glorieux de Destouches.
  2. Marc Fumaroli, Quand l’Europe parlait français, Paris, Fallois, 2001.
  3. Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions II, Paris, GF Flammarion, 1968, p. 243.

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