Mai 68


Mai 68
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Après la Nuit des Barricades à Paris le 11 mai 1968

Mai 68 désigne un ensemble de mouvements de révolte survenus en France, en mai-juin 1968. Ces événements constituent une période et une césure marquantes de l'histoire contemporaine française, caractérisées par une vaste révolte spontanée, de nature à la fois culturelle, sociale et politique, dirigée contre la société traditionnelle, le capitalisme, l'impérialisme et, plus immédiatement, contre le pouvoir gaulliste en place. Enclenchée par une révolte de la jeunesse étudiante parisienne, puis gagnant le monde ouvrier et pratiquement toutes les catégories de population sur l'ensemble du territoire, elle reste le plus important mouvement social de l'histoire de France du XXe siècle.

Les événements superposèrent essentiellement un mouvement étudiant et un mouvement ouvrier tous deux d'exceptionnelle ampleur. Au-delà de revendications matérielles ou salariales, et de la remise en cause du régime gaullien installé depuis 1958, ils virent se déployer une contestation multiforme de tous les types d'autorité. Une partie active du mouvement lycéen et étudiant revendiqua notamment la « libéralisation des mœurs », et au-delà, contesta la « vieille Université », la société de consommation, le capitalisme et la plupart des institutions et valeurs traditionnelles.

Le « Mai français » s'inscrit par ailleurs dans un ensemble d'événements dans les milieux étudiants et ouvriers d'un grand nombre de pays. Il ne se comprend pas sans ce contexte d'ébullition générale de part et d’autre du Rideau de fer, notamment en Allemagne, en Italie, aux États-Unis, au Japon, au Mexique et au Brésil, sans oublier la Tchécoslovaquie du printemps de Prague ou la Chine de la Révolution culturelle.

En France, ces événements prennent cependant une coloration particulière car d'importantes manifestations d'étudiants sont rejointes à partir du 13 mai 1968 par la plus importante grève générale de la Ve République, dépassant celle survenue en juin 1936 lors du Front populaire[1]. Elle paralyse complètement le pays pendant plusieurs semaines et s'accompagne d'une recherche effrénée de prise de parole, d'une frénésie de discussions, de débats, d'assemblées générales, de réunions informelles dans la rue, à l'intérieur des organismes, des entreprises, des administrations, des lycées et des universités, des théâtres, des maisons de jeunes ou encore des maisons de la culture.

Explosion souvent confuse et complexe, parfois violente, plus souvent encore ludique et festive, Mai 68 apparaît comme un moment d'illusion révolutionnaire lyrique, de foi ardente et utopique en la possibilité d'une transformation radicale de la vie et du monde. Ce que refléta notamment une prolifération de graffiti et de slogans imaginatifs : « Sous les pavés, la plage », « Il est interdit d'interdire », « Jouissez sans entraves », « Cours camarade, le vieux monde est derrière toi », « La vie est ailleurs », « Soyez réalistes, demandez l'impossible », « Marx est mort, Dieu aussi, et moi-même je ne me sens pas très bien », etc.

Parfois qualifiée de « révolution manquée », et malgré le large recours à la rhétorique et aux symboles des révolutions françaises précédentes — barricades, drapeaux rouge et noir —, Mai 68 ne vit en réalité aucune tentative de putsch ni de guerre civile, bien que plusieurs organisations et mouvances révolutionnaires, communistes et anarchistes, luttèrent activement dans le mouvement et participèrent à son organisation.

Sommaire

Les phases

Les historiens divisent classiquement le déroulement de Mai 68 en trois phases, une « période étudiante » (3-13 mai), une « période sociale » (13-26 mai) et une « période politique » (27-30 mai).

Avant comme après le rejet par la base, le 27 mai, des accords de Grenelle négociés par son Premier ministre Georges Pompidou avec les syndicats, Charles de Gaulle apparaît dépassé par les événements. Après sa disparition-surprise de 24 heures le 29 mai, il revient de Baden-Baden et reprend l'initiative en décrétant le 30 la dissolution de l'Assemblée nationale. La lassitude et le retournement de l'opinion publique, initialement favorable au mouvement, amènent un raz-de-marée gaulliste aux élections anticipées du 30 juin. Les grèves cessent progressivement courant juin, et les hauts-lieux de la contestation, tels que la Sorbonne et l'Odéon à Paris, sont évacués par la police.

Mai 68 a suscité dès l'époque de nombreuses controverses et interprétations divergentes sur sa nature, sur ses causes comme sur ses héritages. Il s'est prolongé, en ouvrant la voie aux nouvelles formes de contestations et de mobilisations des années 1970 (autogestion, écologie politique, mouvements féministes, décentralisation, « retour à la terre » et réveil des cultures provinciales, etc.). Sans débouché politique, l'événement a eu un impact considérable sur le plan social et surtout culturel, en étant à l'origine de nombreux acquis sociaux et de nombreuses réformes sociétales des années suivantes.

Origines

Contexte économique

Paradoxalement, la crise de Mai 68 survient au terme d'une décennie de prospérité inégalée. Au plan économique, c'est l'apogée des « Trente Glorieuses ». La société de consommation s'est installée dans les mœurs, sans que l'on prenne vraiment conscience de toutes ses implications ni des déséquilibres mondiaux qui se développent.

Cependant, depuis quelques mois, voire une année, des symptômes importants d'une détérioration de la situation économique française ont fait leur apparition. Le nombre de chômeurs s'accroît régulièrement : début 1968, ils sont déjà près de 500 000. Les jeunes se trouvaient les premiers touchés et en 1967, le gouvernement doit créer l'ANPE. La grande grève des mineurs de 1963 a signalé le malaise d'un monde de la mine qui vit ses dernières années avant le début d'une crise fatale. Un nombre important de grèves se tiennent aussi entre 1966 et 1967, en région parisienne comme en province. Deux millions de travailleurs sont payés au SMIG et se sentent exclus de la prospérité, dont beaucoup d'OS des usines, de femmes ou de travailleurs immigrés. Les salaires réels commencent à baisser et les travailleurs s'inquiètent pour leurs conditions de travail. Les syndicats s'opposent ainsi aux ordonnances de 1967 sur la Sécurité sociale. Des bidonvilles existent encore, dont le plus célèbre est celui de Nanterre, directement sous les yeux des étudiants.

Même les catégories les plus privilégiées ne sont pas sans motifs d'inquiétude : la massification de l'enseignement supérieur a entraîné sur les campus d'innombrables problèmes de locaux, de manque de matériel, de transports. En 1967-1968, le gouvernement reparle aussi de sélection, ce qui inquiète les étudiants.

Contexte politique

Au plan politique, le mouvement survient en une période d'usure de la République gaullienne, en place depuis 1958. En 1965, lors de la première élection présidentielle au suffrage universel direct tenue depuis 1848, le général de Gaulle a été mis en ballottage par François Mitterrand à la surprise générale. Aux élections législatives de 1967, sa majorité à l'Assemblée nationale se réduit à un seul siège. Les centristes tels Valéry Giscard d'Estaing assortissent de réserves critiques leur soutien au pouvoir (le « oui, mais » de 1967). Les démocrates-chrétiens tels Jean Lecanuet restent hostiles. La droite extrême et l'extrême droite ne pardonnent pas au général le procès de Vichy ni l'« abandon » de l'Algérie française. Les gaullistes s'irritent du maintien à Matignon de Georges Pompidou, jugé trop conservateur. Quant à ce dernier, une sourde rivalité l'oppose depuis 1965 au général de Gaulle, dont il lorgne en silence la succession. Le 13 mai 1968, le slogan « Dix ans, ça suffit ! » traduira dans les défilés une certaine lassitude de l'opinion.

De Gaulle était arrivé au pouvoir en mai 1958 en jouant habilement de circonstances exceptionnelles (en apparaissant comme un recours après l'émeute du 13 mai et la prise du pouvoir par l'armée à Alger). De ce fait, aux yeux de ses opposants, la légitimité de son régime reste fortement entachée par les soupçons d'un « coup d'État » originel. En dépit des succès du pouvoir (fin de la guerre d'Algérie et de la décolonisation, résorption de la crise économique, monétaire et financière, croissance soutenue) et de l'acclimatation progressive d'une constitution renforçant le pouvoir exécutif (régime semi-présidentiel, renforcé par l'élection du président de la république au suffrage universel direct et le recours aux référendums), ses pratiques autoritaires suscitent une critique croissante. Ainsi l'ORTF, détentrice du monopole de l'audiovisuel, se fait ouvertement le relais de la propagande officielle. À Paris, le préfet Maurice Papon, responsable des tueries du 17 octobre 1961 et du métro Charonne quelques années plus tôt à peine, n'a été remplacé qu'en 1967 par Maurice Grimaud, lettré humaniste venu de la gauche mendésiste. D'autre part, à 78 ans, la politique extérieure de prestige de Charles de Gaulle et son nationalisme ne répondent pas nécessairement aux attentes plus matérielles, culturelles et sociales de la majorité des Français. En avril 1968, un célèbre éditorial de Pierre Viansson-Ponté dans Le Monde constate que « la France s'ennuie », reprenant le constat prophétique de Lamartine sous le gouvernement Guizot quelques années avant la révolution de 1848.

Le Parti communiste français, de loin la première force de gauche, peine à se déstaliniser et a de fait cessé depuis longtemps de poursuivre des objectifs révolutionnaires. Les bureaucraties sclérosées d'URSS et d'Europe de l'Est répugnent les jeunes militants d'extrême gauche, dont le modèle se situe désormais plutôt du côté de Cuba ou de la Chine populaire. Beaucoup critiquent aussi le PCF — parfois appelé P « C » F — pour son peu d'empressement à critiquer la dérive de l'URSS entre les mains des révisionistes liquidateurs du socialisme.

Parallèlement, les gauches non-communistes ne parviennent pas à sortir de leurs divisions et de leurs discrédits. Aussi un espace est-il ouvert pour que des groupes « gauchistes » se multiplient, en marge des grandes organisations officielles (trotskistes, prochinois, etc.). La politisation et l'agitation sont entretenues dans la jeunesse par exemple par les comités Viêtnam, formés majoritairement de lycéens et étudiants, qui dénoncent « l'impérialisme américain » visible par la guerre du Viêt Nam. La guerre froide fait aussi naître des idées antinucléaires.

Origines culturelles

Mai 68 ne se comprend que dans un monde en rapide mutation. L'accélération de l'exode rural et de l'urbanisation, l'augmentation considérable du niveau de vie, la massification de l'éducation nationale et de l'Université, l'avènement de la culture des loisirs, du spectacle et des mass média, représentent des changements accélérés et sans précédents en moins d'une génération. Les années 1960 sont aussi celles de l'affirmation de la jeunesse en tant que catégorie socio-culturelle et politique à part entière. En particulier, la jeunesse a maintenant sa propre culture, avec une presse qui lui est destinée (Actuel ! , Hara-Kiri ! ), des émissions de radio très suivies (Salut les copains ! ) ou ses chanteurs attitrés (les Beatles, les Rolling Stones, etc.). Elle a aussi ses propres malaises et ses propres revendications (notamment en matière de liberté sexuelle) que les pouvoirs publics et le monde adulte tardent à comprendre.

Au plan religieux, la France, encore très catholique, vient de suivre avec passion le Concile de Vatican II, qui a profondément rénové mais aussi ébranlé le catholicisme traditionnel, et surtout les mouvements d'action catholique. En particulier, les Scouts de France représentant à l'époque une part non négligeable des jeunes chrétiens, ont modifié les rapports hiérarchiques dans leurs structures, remettant en cause à partir de 1964, un modèle de type militaire et introduisant la collégialité des décisions au sein des équipes. La Jeunesse étudiante chrétienne en ébullition doit être reprise en main par la hiérarchie dès 1964. Le mouvement des prêtres-ouvriers, dont la condamnation est levée en 1965, reprend son essor. Beaucoup de chrétiens se préoccupent de rénover les relations des fidèles aux autorités religieuses, de revisiter les pratiques et les dogmes, voire de concilier foi et révolution.

Sur le plan sociologique, la dynamique de groupe s'est répandue pendant les années 1960 dans les formations des responsables de toutes les organisations et des entreprises. La mode est au débat.

Mais les clivages sociaux sont encore extrêmement rigides. 92 % des étudiants viennent encore de la bourgeoisie. Le paternalisme autoritaire est omniprésent. On commence à ouvrir des lycées « mixtes[2] », mais beaucoup d'établissements scolaires sont encore réservés aux garçons ou aux filles seulement. Les filles ne sont pas autorisées à porter le pantalon. Il est impossible de fumer dans un établissement ou, dans les universités, d'accéder pour les hommes aux internats de filles.

La France a autorisé l'usage de la pilule contraceptive dès 1967, mais elle est encore peu répandue. L'éducation n'a pas encore connu de réformes structurelles et le décalage est criant entre les aspirations d'une jeunesse et les cadres moraux qu'ils ressentent comme dépassés.

Au plan philosophique, plusieurs auteurs ont eu une influence importante au moins sur une partie du mouvement, pendant et après : le freudo-marxiste Wilhelm Reich, dont le manifeste, La révolution sexuelle, est paru en 1936 ; le livre d'Herbert Marcuse L'Homme unidimensionnel, sous-titré Essai sur l'idéologie de la société industrielle avancée, paru en France en 1964 puis réédité en 1968 ; le Traité de savoir vivre à l'usage des jeunes générations de Raoul Vaneigem, paru en 1967 ; La Société du spectacle de Guy Debord, paru en 1967 ; et, plus tard, L'Anti-Œdipe de Gilles Deleuze et Félix Guattari, publié en 1972. À l'École normale supérieure de la rue d'Ulm, le philosophe communiste Louis Althusser a formé une génération de penseurs marxistes-léninistes français, qui forment l'embryon des premières organisations maoïstes.

Cependant, peu des penseurs éminents de l'époque prendront part en personne au mouvement, dont l'explosion les surprendra autant que tout le monde. En général, ils seront initialement perplexes, réservés voire hostiles.

Une partie de la jeunesse radicalisée regarde avec fascination vers les mouvements révolutionnaires du Tiers-Monde : Che Guevara, Fidel Castro, Ho Chi Minh servent de modèle, tandis que l'irruption sur la scène chinoise des jeunes gardes rouges donnent l'impression que la jeunesse en tant que telle peut avoir un pouvoir politique dans la société et remettre en cause l'autorité des adultes et des pouvoirs. On suit aussi attentivement les luttes menées aux États-Unis par le mouvement d'émancipation des Noirs, ou encore par les sit-in et les diverses recherches du mouvement hippie et étudiant (Berkeley). En avril 1968, des incidents retentissants opposent étudiants du Mouvement des étudiants allemands socialistes (Sozialistischer Deutscher Studentenbund) et autorités ouest-allemandes. Le caractère international de ces mouvements permet de replacer les événements français au sein d'une dynamique mondiale.

Origines immédiates

Le mouvement du 22-Mars, prenant le relais de la contestation menée par de petits groupes tels les anarchistes, les situationnistes et les enragés de René Riesel, se fait connaître ce jour-là en occupant un étage de la tour administrative de la faculté de Nanterre. Sa principale revendication est la protestation contre des arrestations opérées quelques jours plus tôt lors des manifestations contre la guerre du Viêt Nam. Le 2 mai 1968, une journée « anti-impérialiste » est organisée à l'Université de Nanterre, conduisant notamment à l'interruption d'un cours de René Rémond. Le doyen Pierre Grappin décide alors la fermeture administrative de la fac, ce qui provoque la diffusion du mouvement de contestation, dès le lendemain, au Quartier latin et à la Sorbonne, et le début, proprement dit, de mai 68.

Le mouvement est porteur d'un idéal politique très libéral au sens des libertés individuelles et très critique vis-à-vis de la société de consommation, de l'autoritarisme, de l'impérialisme. Le mouvement joue aussi de thèmes touchant à la vie de tous les jours, comme par exemple le droit d'accès pour les garçons aux résidences universitaires des filles.

Il n'y a pas eu à proprement parler de « figures de proue » du mouvement qui est demeuré « multiforme » et sans organisation centralisée. Certains sont cependant devenus, a posteriori, des emblèmes du mouvement même si leurs discours, singuliers, ne sauraient résumer la diversité d'opinions qui existaient au sein des masses et si, pour certains, ce discours postérieur a parfois consisté à réécrire les événements. Parmi eux, Serge July, Daniel Cohn-Bendit. L'écrivain Robert Merle, prix Goncourt 1949 et professeur d'anglais à la faculté de Nanterre, a consacré un roman entier à la journée du 22 mars et celles qui l'ont précédée. On y retrouve beaucoup de leaders de l'époque, ainsi qu'une bonne analyse des causes et rêves du mouvement[3]. Cet ouvrage, sur les événements, est bien complété par celui de Kristin Ross sur les discours qui ont été tenus sur Mai 68, de 1968 à nos jours[4].

Les causes de ce mouvement sont diverses. Les analyses historiques tournent à la fois autour de l'idée qu'une grande rigidité cloisonnait les relations humaines et les mœurs et de la constatation d'un début de dégradation des conditions matérielles après la période de reconstruction suivant la Seconde Guerre mondiale. À l'époque, de nombreux bidonvilles jouxtent la capitale notamment celui de Nanterre. Les étudiants qui se rendaient dans la faculté fraîchement construite découvrirent ce milieu, la pauvreté, la condition ouvrière. Le mécontentement naissant dans le milieu étudiant sera relayé par celui qui se profilait depuis plusieurs années dans le secteur ouvrier...

Résumé général des événements

Forces en présence

L'éclatement spontané de la crise prit complètement au dépourvu le pouvoir, ainsi que pratiquement toutes les organisations, partis et syndicats organisés. Le camp du pouvoir ne fut pas plus uni que celui de la contestation. Le Parti communiste français et son relais syndical, la CGT, refusèrent dans un premier temps de joindre leur cause à celle des étudiants vus comme « bourgeois » et a fortiori de leurs dirigeants d'inspiration libertaire ou issus des divers groupuscules « gauchistes ». Ceux-ci étaient souvent eux-mêmes divisés (« marxistes-léninistes » prochinois, trotskistes, etc.), dans sa frange la plus nombreuse, libertaire anti-léniniste, et incertains quant à l'attitude à avoir face au mouvement. Au sommet de l'État, la crise aggrava les divergences entre le général de Gaulle, peu compréhensif envers ce qu'il qualifie le 19 de « chienlit », et partisan d'une répression immédiate, et son Premier ministre, Georges Pompidou, qui préféra jouer la carte de la modération et de la compréhension pour mieux laisser le mouvement s'essouffler de lui-même. Les forces centristes et les gauches (Pierre Mendès France, François Mitterrand) tentèrent difficilement de canaliser vers la construction d'une alternative politique au régime gaullien, un mouvement largement indifférent à la question de la prise du pouvoir.

Déroulement d'ensemble

Le vendredi 3 mai, la cour de la Sorbonne est occupée par 400 manifestants qui tiennent meeting sans heurt particulier. Devant le risque d'une attaque des étudiants d'extrême droite (Occident, mouvement violent d'inspiration fasciste, annonce une marche sur l'établissement dans le but avoué d'une confrontation brutale), elle est évacuée par une intervention policière musclée : plusieurs centaines d'étudiants sont arrêtés, dont Jacques Sauvageot, le dirigeant de l'UNEF, principal syndicat étudiant. Cette intervention des forces de l'ordre à la Sorbonne, à la demande du recteur Jean Roche, sans préavis ni négociations, est très mal vécue par les étudiants, qui se pensaient protégés par le statut universitaire. Dès le 4 mai, le doyen de Nanterre, Pierre Grappin, ainsi que le doyen Marc Zamansky et l'ancien recteur Jean Capelle critiquent cette violation du sanctuaire universitaire[5]. Le 6 mai, huit étudiants de Nanterre, dont Daniel Cohn-Bendit et René Riesel, sont convoqués par le rectorat en commission disciplinaire ; les professeurs de Nanterre Henri Lefebvre, Guy Michaud, Alain Touraine et Paul Ricœur les accompagnent alors en soutien[5].

Les étudiants réagissent aussitôt par des manifestations violentes contre les forces de l'ordre : jets de pavés, puis barricades. Ces manifestations reprennent ensuite à l'annonce de peines de prison pour les manifestants, pendant lesquelles commencent à fleurir les slogans libertaires.

Le président du SNEsup (syndicat des enseignants du supérieur), Alain Geismar, décide de soutenir les manifestants. Les membres du Parti communiste et de certaines organisations d'extrême gauche (maoïstes de l'UJC(ml), derrière Robert Linhart, AJS) sont d'abord pris de court : pour eux, la révolution est censée venir des ouvriers, et non des étudiants ; de plus, les revendications du mouvement du 22-Mars leur paraissent « puériles » et « petit-bourgeoises » et surtout « gauchistes ». Après un moment de flottement, ils essayent toutefois de gagner les ouvriers à cette « révolte ». La CGT, pour sa part, ne les suit pas et son secrétaire général de l'époque, Georges Séguy, s'en expliquera plus tard devant les médias : « Cohn-Bendit qui est-ce ? Sans doute faites-vous allusion à ce mouvement lancé à grand renfort de publicité qui, à nos yeux, n'a pas d'autre objectif que d'entraîner la classe ouvrière dans des aventures en s'appuyant sur le mouvement des étudiants ». Mais la base de ces organisations traditionnelles de gauche dépasse leurs responsables.

Dans la nuit du 10 au 11 mai, les étudiants occupant le Quartier latin dressent plusieurs dizaines de barricades qui sont finalement prises d'assaut dans la nuit par les CRS. On relève des centaines de blessés. Alain Krivine, ou Hervé Chabalier, de la JCR, Daniel Cohn-Bendit, de nombreux « vieux » de l'Union des étudiants communistes (UEC) (Alain Forner, André Sénik, Michel Butel, Serge July, Prisca Bachelet, Jean-Louis Péninou) ou de l'UNEF, René Riesel, Guy Debord de l'internationale situationniste etc., sont présents lors de ce soulèvement spontané. Face à la répression policière, la population (y compris les professeurs[5]) a tendance depuis les premiers jours à prendre majoritairement fait et cause pour les étudiants. A l'aube, syndicats et partis appellent à une démonstration de solidarité pour le surlendemain. Le Centre catholique des intellectuels français (CCIF), dirigé par René Rémond, qui, en voyage en Italie, délègue ses pouvoirs à Jean-Marie Mayeur, s'abstient prudemment de toute déclaration concernant l'agitation étudiante, ne condamnant ni ne soutenant le mouvement[5]; le professeur d'histoire Pierre Riché compare celui-ci aux contestations étudiantes du XIIIe siècle[5]. Les professeurs sont en effet divisés : à Nanterre, Pierre Goubert, Claude Willard, François Billacois, Denise Grodzynski, Anne Zink, Simone Roux et Jean-Claude Hervé sont plutôt favorables aux revendications étudiantes, sinon à leur forme[5]; François Crouzet, Frédéric Mauro, Jacques Heers, André Chastagnol ou François Caron s'y opposent[5].

Le 11 mai, de retour d'Afghanistan, le Premier ministre Georges Pompidou cède aux revendications du SNESup et de l'UNEF et ordonne la réouverture des universités[5].

Le lundi 13 mai, une immense manifestation traverse Paris. Le syndicat CFDT parle d'un million de manifestants. La préfecture de police n'en concède même pas deux cent mille.

Les syndicats, avec en tête la C.G.T., espèrent, avec cette manifestation symbolique, empêcher que les troubles dans le milieu universitaire ne contaminent les ouvriers ; ils voient d'un mauvais œil la montée en puissance de ce mouvement spontané et incontrôlable par eux et qui n'obéit pas aux slogans habituels. Finalement, l'enterrement espéré par les syndicats va déboucher sur une crise qui va devenir politique et sociale, à la suite de la politisation de la Sorbonne, rouverte sur ordre de Pompidou, qui se transforme en université populaire et va devenir, de façon éphèmère, le foyer central de la contestation, mais surtout à partir du débrayage général qui commence le 14 mai à l'usine Sud-Aviation à Bouguenais puis va s'étendre petit à petit à tout le pays. L'appel également lancé de la sorbonne le 16 mai par le comité d'occupation pour l'occupation immédiate de toutes les usines en France et la formation des conseils ouvriers suscite les craintes des autorités (communiqué de 19 h de Pompidou).

Le chef de l'État, le général de Gaulle, en voyage officiel en Roumanie du 14 au 19 mai, n'accorde initialement pas beaucoup d'attention à ces manifestations. Il laisse son Premier ministre Georges Pompidou s'en occuper : on dira de lui plus tard que « rares sont les hommes politiques, tel M. Pompidou, pour encaisser à ce point pendant les insultes ». Celui-ci a interrompu le 12 un autre voyage officiel en Afghanistan pour faire face à la situation. Il exige que les forces de police quittent la Sorbonne, afin de calmer la situation. On croit alors qu'il tergiverse et cède mais en réalité ce mouvement est tactique : il espère que les excès des étudiants déconsidéreront leur mouvement au regard de l'opinion (lettre citée par Raymond Aron dans ses Mémoires, p.  667). Sceptique face à cette ligne de modération tactique, de Gaulle reste pour l'heure à l'écart, en se réservant la possibilité d'intervenir si besoin.

Sans mot d'ordre aucun, et à la surprise des responsables de chaque camp, la grève générale symbolique prévue pour le 13 mai ne s'arrête pas à ce jour-là. Le mouvement ne fait au contraire que s'étendre rapidement dans le courant du mois : c'est la première grève générale sauvage de l'Histoire. C'est aussi la première fois qu'une grève générale paralyse un pays parvenu au stade de la société de consommation.

Des grèves et occupations d'usine spontanées se multiplient donc jusqu'à la mi-mai. La première a lieu à l'usine Sud-Aviation Bouguenais (44) le 14 mai avec 2682 salariés. Le 22 mai, 10 millions de salariés ne travaillent pas (en grève ou empêchés de travailler). Les syndicats débordés dans le déclenchement de cette grève surprise reprennent petit à petit la tête du mouvement. L'acceptation par les « grévistes sauvages » de l'autorité de leurs syndicats de tutelle va immobiliser la grève dans une situation de statu-quo qui va perdurer jusqu'au 30 mai. De la sorte, Les portes des usines se referment devant les manifestations des étudiants venus défiler à Billancourt, au grand dam des « gauchistes » qui rêvent d'une union sacrée entre intellectuels et ouvriers. Mais les ouvriers eux-mêmes se méfient de ces étudiants gauchistes qu'ils identifient à la classe montante de leurs dirigeants actuels. Cependant, les syndicats, par cette action, n'isolent pas seulement les ouvriers des influences « petite-bourgeoises » des étudiants mais aussi des autres travailleurs d'autres entreprises et empêchent, de la sorte, qu'ils se reconnaissent ainsi des intérêts communs dans cette lutte. Quoi qu'il en soit, leurs revendications du moment ne peuvent en aucun cas être alignées sur les revendications typiques des grèves classiques lancées par la C.G.T ou la C.F.D.T. Certaines restent, certes, traditionnelles par certains côtés (augmentation des salaires, meilleures conditions de travail) mais d'autres sont nouvelles : Il s'agit en effet de revendications qualitatives (pour plus d'autonomie, responsabilité du salarié, forme de cogestion des entreprises, etc.).

Dans tout le pays, la parole se libère et devient pour quelques semaines la raison d'être des Français. Enthousiasmé ou catastrophé, dubitatif ou méditatif, chacun selon sa sensibilité participe ou observe. Des dialogues intenses se nouent dans les rues, entre inconnus, et à travers les générations.

L'un des symboles de ces lieux de débats est le théâtre de l'Odéon à Paris où l'on peut entendre s'affronter, dans des débats pris très au sérieux jour et nuit, quelques syndicalistes délégués de chez Renault, des ménagères du quartier, des étudiants, un groupe de jeunes de droite de Neuilly-sur-Seine venus en touristes, un autre groupe de lycéens d'une banlieue ouvrière, autres touristes, tel ou tel artiste célèbre, des professeurs, un conseiller municipal aux abois, un ou deux cadres d'entreprise catastrophés, pendant que dans les coulisses du théâtre, quelques échevelés de la libération sexuelle se livrent à des ébats spontanés et sans intimité.

À tout moment dans tel ou tel lieu de France, un militant de telle ou telle organisation, plus ou moins rompu à la dynamique de groupe en vogue, s'impose pour faire voter une « motion » en « assemblée générale » qui se perd dans un flot de tracts et achève parfois sa course dans un article de presse, si un journal peut paraître, suivant le destin d'une bouteille à la mer lancée à Maubeuge et ouverte dans l'Île de la Cité. On découvrira des attitudes personnelles surprenantes, comme celle du député Valéry Giscard d'Estaing allant seul à l'aube à la rencontre des ouvriers de Billancourt qui occupent leur usine. De son côté, Jacques Chirac est mandaté par Pompidou pour aller rencontrer clandestinement les syndicats afin de préparer les futures négociations, les syndicats étant, il est vrai, les seuls à encore tenir à peu près le pays alors que l'autorité de l'État est devenue pratiquement inexistante, et le gouvernement de l'Élysée complètement fantoche (témoignage de Michel Jobert). Henri Krasucki est rappelé, un soir, à son domicile par Chirac pour aller récupérer une manifestation qui se dirige dangereusement vers l'Élysée.

Début mai, Jean Schalit, ex-dirigeant de l'Union des étudiants communistes (UEC) qui avait rénové son organe de presse, Clarté, fonde le journal Action, auquel participent Reiser, Siné, Wolinski, ainsi que Guy Hocquenghem, André Glucksmann, Bernard Kouchner... D'hebdo, celui-ci devient rapidement quotidien, tirant jusqu'à 100 000 exemplaires qui sont vendus dans la rue[6].

Les situationnistes se retirent de la Sorbonne le 17 mai après avoir constaté l'impossibilité de faire respecter la démocratie directe qu'ils avaient tenté d'instaurer par le comité d'occupation élu et s'en vont créer le conseil pour le mouvement des occupations rue d'Ulm pour tenter de susciter l'auto-organisation du prolétariat ouvrier dans les usines qu'ils appellent de leurs vœux. Les différents léninistes (J.C.R. notamment) présents s'emparent alors du pouvoir de la Sorbonne qu'ils ne lâcheront plus jusqu'à son évacuation au mois de juin après la défaite de la grève.

Le basculement

La situation étant visiblement trop dangereuse pour le PCF, avec notamment la nuit du 24 qui a pris un tour insurrectionnel, le PCF, par l'intermédiaire des syndicats, accueille avec bienveillance la proposition de Pompidou de concertation pour obtenir au plus vite (mais pas à n'importe quelle condition), par la concession d'avantages quantitatifs, des travailleurs la reprise du travail. Les accords de Grenelle négociés entre Georges Pompidou le patronat et les syndicats laissent croire un moment à la reprise en échange d'une fournée d'acquis sociaux sans précédent depuis la Libération voire depuis les accords Matignon du 7 juin 1936 mais aussi sans commune mesure avec ces mêmes accords, ceux de Grenelle étant plus à même d'être remis en cause que ceux de 36 : droit syndical dans l'entreprise, augmentation du SMIG de 35 %, paiement des jours de grève à 50 %, etc.

Le point de basculement coïncide avec l'annonce par Séguy aux ouvriers de Boulogne-Billancourt des accords de Grenelle. Malgré la version officielle qui atteste que Séguy était venu se faire applaudir auprès des ouvriers pour les accords qu'il avait obtenus (bien qu'il ait, en réalité, fait énormément de concessions, durant les négociations, pour ne pas trop indisposer le patronat), certaines sources avancent, contradictoirement, que le PCF savait ou avait décidé, avant même l'annonce de Séguy, que la grève devait continuer, peut-être en raison de la menace que représentait, à la droite du PCF, la montée en puissance de l'alternative Mendes-France qui ralliait, depuis le meeting de Charlety, nombre de sympathisants appartenant à la gauche modérée. Quoi qu'il en soit, à partir du refus manifesté par les ouvriers de Boulogne-billancourt, la base rejette les accords et aucun espoir de reprise du travail ne se profile pour le pouvoir.

Le mouvement de grève s'approfondit et devient politique. Alors que le général de Gaulle apparaît flottant et dépassé (son intervention télévisée du 24 mai, proposant un référendum, est tombée à plat de son propre aveu, et n'a suscité qu'une nouvelle nuit de barricades parisiennes, plus violente que la précédente), une alternative semble s'esquisser non sans mal à gauche. Certains, comme François Mitterrand, parlent d'un gouvernement provisoire qui serait dirigé par Pierre Mendès France. C'est aussi vers ce dernier que se tournent beaucoup de regards, jusque de la part des centristes et de certains hommes de droite, et c'est en lui aussi que mettent leurs espoirs les organisateurs du meeting du stade Charléty (CFDT, UNEF et animateurs de Mai), réunis le 27 mai au soir. Quant au PCF, dubitatif mais menacé d'être débordé, désespérant de sauver le gaullisme avec qui il est, malgré les divergences, lié depuis la résistance, et s'apprêtant, à contre-cœur mais aussi sans aucune autre alternative de rechange, à lui succéder au pouvoir, il fait défiler ses troupes en bon ordre le 29 dans un Paris désert pour exiger un « gouvernement populaire » aux contours imprécis mais dont il serait une partie prenante essentielle. La France semble prête à basculer dans un nouveau régime, personne ne croyant, à ce moment précis, au retour du général aux affaires.

C'est justement ce 29 mai, qu'au plus fort de la contestation et du désarroi, de Gaulle disparaît pendant plusieurs heures, à la surprise générale. Cela plonge Pompidou et la majorité dans une certaine angoisse. Sans prévenir personne, de Gaulle va consulter son ancien compagnon de lutte le général Massu en Allemagne, au lieu de se rendre comme annoncé à sa résidence secondaire de Colombey. Veut-il s'assurer symboliquement du soutien de l'armée, dont nul ne souhaite en réalité l'intervention ? Veut-il déconcerter l'adversaire et jouer sur la peur du vide, alors que l'opinion commence à se retourner devant l'absence de perspective du mouvement ? Épuisé et déconcerté, a-t-il eu un authentique moment de passage à vide[7] voire la tentation de se retirer ? Il semble que toutes ces raisons se soient conjuguées.

Revenu à Paris le lendemain midi 30 mai, de Gaulle accepte la proposition de Georges Pompidou de dissoudre l'Assemblée nationale pour organiser de nouvelles élections législatives[8] . L'après-midi, tandis qu'une marche de soutien au gouvernement, menée par André Malraux[9] et Michel Debré, réunit sur les Champs-Élysées trois cent mille manifestants selon la préfecture de police et un million selon les gaullistes, de Gaulle fait un discours offensif : Il annonce qu'il ne se retire pas et qu'il ne change pas de premier ministre. Il organise des élections législatives anticipées « à moins qu'on entende bâillonner le peuple français tout entier en l'empêchant de s'exprimer en même temps qu'on l'empêche de vivre, par les mêmes moyens qu'on empêche les étudiants d'étudier, les enseignants d'enseigner, les travailleurs de travailler ». De la sorte, De Gaulle fait ressortir, dans son discours, la vieille rivalité entre le parti communiste et le gaullisme pour ne pas mettre en avant leurs intérêts communs à ce que le mouvement n'aille pas plus loin : « Ces moyens, ce sont l'intimidation, l'intoxication, et la tyrannie exercés par des groupes organisés de longue main, en conséquence et par un parti qui est une entreprise totalitaire, même s'il a déjà des rivaux à cet égard ». Il annonce aussi qu'il est prêt à mettre en œuvre l'article 16 qui permet au chef de l'État, dans des circonstances jugées exceptionnelles, de s'octroyer le pouvoir absolu dans le pays si le peuple ne se plie pas à ses décisions : « Si, donc, cette situation de force se maintient, je devrai, pour maintenir la république, prendre conformémént à la constitution d'autres voies que le scrutin immédiat du pays ». Le PCF, enchanté par ce retournement de situation, se presse de se rallier aux élections annoncées par le général, quel qu'en soit le prix à payer pour lui ultérieurement. Le 31 mai, l'essence revient dans les stations-services.

La situation se renverse peu à peu et le pouvoir reprend les choses en main. Le 31 mai, la presse rapporte que des chars convergent vers Paris et que des unités en armes se regroupent au camp de Frileuse. La police et l'armée reprennent possession d'émetteurs de l'O.R.T.F. occupés. Après des élections organisées dans les entreprises et souvent truquées pour pousser, branche par branche, à la reprise du travail, alors que la base, depuis le 27, avait rejeté unanimement les accords de Grenelle, les syndicats laissent la place aux CRS pour chasser les derniers récalcitrants et éteindre ici ou là les derniers brasiers de révolte. Ainsi plusieurs épisodes violents se déroulent début juin – violents affrontements à Renault-Flins les 7 et 10 et à Peugeot-Montbéliard-Sochaux le 11 – provoquent, à la suite de ces affrontements, les premiers morts du conflit, Gilles Tautin[10], Pierre Baylot[11] et Henri Blanchet. Les grèves cessent progressivement. Une troisième « nuit des barricades » au Quartier latin les 11 et 12 juin n'est plus que le fait d'irréductibles. Le 12 juin, plusieurs organisations « gauchistes » sont dissoutes. L'Odéon et la Sorbonne sont évacués sans difficulté par la police le 14 et le 16 juin. De nombreux journalistes grévistes de l'ORTF sont licenciés, tandis que la répression s'abat sur certains leaders du mouvement, tels Daniel Cohn-Bendit, interdit durablement de séjour[12]. Les élections des 23 et 30 juin s'achèvent sur un raz-de-marée électoral pour les gaullistes, dont le groupe emporte la majorité absolue à l'Assemblée, situation sans précédent. Mais ces jours ont aussi porté en germe un net refroidissement des relations entre Georges Pompidou et le général de Gaulle : aussitôt les élections remportées, ce dernier le remplace par Maurice Couve de Murville à la tête du gouvernement.

Néanmoins, les Français ont appris à apprécier en ces jours-là le vrai vainqueur de la crise : de Gaulle n'est plus irremplaçable et, après l'échec du référendum du 28 avril 1969, suivi de sa démission immédiate, c'est sans surprise que Georges Pompidou accédera à l'Élysée. De Gaulle, pour sa part, votera depuis l'Irlande où il prend quelques jours de vacances avec son épouse.

L'échec politique du mouvement n'empêche pas un certain succès social et culturel : jamais ratifiés, les accords de Grenelle sont tacitement appliqués un temps avant d'être, les années passant, en grande partie absorbées par les multiples réformes, en particulier le passage du salaire minimum à 600 F par mois (le pouvoir d'achat du franc de l'époque est légèrement supérieur à celui de l'euro de 2002, voir INSEE). L'Université napoléonienne est démantelée fin 1968 par la loi Faure, la décentralisation relancée. Si la tentative du Premier ministre Jacques Chaban-Delmas (1969-1974) de satisfaire certaines aspirations de Mai 68 se heurte au plus grand conservatisme de Pompidou, d'autres demandes seront satisfaites par le président Valéry Giscard d'Estaing en 1974 (dépénalisation de l'IVG, fin de la censure, majorité civile à 18 ans, etc.), puis par la gauche au pouvoir après 1981 (libéralisation de l'audiovisuel, loi Defferre sur la décentralisation, etc.)

Chronologie des événements

Conséquences de Mai 68

Au plan politique

Les accords de Grenelle

Une augmentation de 35 % du SMIG à 600  F par mois et de 10 % des salaires, la création de la section syndicale d’entreprise, actée dans la loi du 27 décembre 1968 et une quatrième semaine de congés payés, est entre autres conclue lors des accords de Grenelle, suite à des négociations menées en particulier par le jeune haut fonctionnaire Jacques Chirac, et la reprise du travail s'effectue progressivement au début du mois de juin. La police et la gendarmerie évacuent au fur et à mesure les différents lieux occupés.

Les morts

Bien qu'on crédite souvent le préfet de police de Paris, Maurice Grimaud, d'avoir évité tout mort à Paris, les événements ont toutefois causé, à l'échelle nationale, la mort directe de cinq personnes : le commissaire de police René Lacroix[13], écrasé par un camion à Lyon ; Pierre Beylot, 24 ans, ouvrier à l'usine Peugeot de Sochaux-Montbéliard dans le Doubs, tué d'une balle tirée par un CRS ; un autre gréviste de la même usine, Henri Blanchet, 49 ans, qui est déséquilibré par une grenade offensive, tombe d’un parapet et meurt le crâne fracturé ; ou encore le lycéen Gilles Tautin, 17 ans, qui se noie dans la Seine après la poursuite par des CRS aux abords de l'usine Renault de Flins dans les Yvelines, ainsi que Philippe Mathérion, 26 ans, dont on retrouve le corps au petit matin sur la barricade de la rue des Écoles à Paris[14].

Maurice Grimaud signale de plus qu'un CRS, le commandant Journiac, est gravement blessé au front par un pavé jeté des toits, dans la nuit du 10 au 11 mai, rue Gay Lussac[15]. Il décédera un an plus tard, en partie des suites de ses blessures[16].

Le décret de dissolution du 12 juin 1968

Le décret présidentiel du 12 juin 1968 dissout onze mouvements jugés extrémistes, en application de la loi du 10 janvier 1936 sur les groupes de combat et milices privées, dont :

Le décret épargne toutefois l'organisation d'extrême-droite Occident. René Capitant, ministre de la Justice, argue : « Le mouvement Occident a employé la violence, parfois, mais il ne s'est pas dévoilé comme un mouvement subversif. »

La dissolution de l'Organisation communiste internationale, de la Fédération des étudiants révolutionnaires et du groupe Révoltes sera annulé, suite à trois requêtes (l'une émanant de Pierre Boussel, alias Lambert) pour annulation du décret en raison d'un excès de pouvoir, accepté par le Conseil d'Etat[17].

L'Internationale situationniste, qui apparaît rétrospectivement comme le mouvement le plus subversif et qui a le plus inspiré les idées de Mai 68, n'est pas concerné par ce décret de dissolution mais ses membres jugent préférables de s'exiler, un temps, en Belgique.

Dissolution de l'Assemblée nationale le 30 mai 1968

Les élections législatives de juin 1968 voient la très large victoire des gaullistes, regroupés dans le parti renommé pour l'occasion Union pour la défense de la République. On s'est beaucoup interrogé sur ce retournement de la peur, tant les médias donnaient l'impression que la population penchait pour le mouvement étudiant. Au fond personne à gauche n'avait donné l'impression de maîtriser ce qui se passait et la solution paraissait être provisoirement en dehors du mouvement, dans la stabilité institutionnelle.

Référendum sur la régionalisation et le rôle du Sénat du 27 avril 1969 et départ du général de Gaulle

Le général de Gaulle avait souhaité un référendum en mai 1968. Georges Pompidou avait plaidé et obtenu la dissolution de l'Assemblée nationale. De Gaulle ne renonce pas à son projet de référendum. Il perçoit que mai 1968 a mis en exergue un besoin de démocratie plus direct et plus proche du peuple. Il imagine de décentraliser certains lieux de décision et de refonder le Sénat en changeant profondément ses critères de recrutement. C'est l'objet de ce référendum. Il met tout son poids politique dans la balance en promettant de partir si les Français répondent « non ». Le non l'emporte avec 52,41 % (80,13 % de votants, 77,94 % de suffrages exprimés). Comme il l'avait indiqué, le général de Gaulle part.

Aux plans culturel, économique et social

D'une manière générale Mai 68 sera la plus grande contestation de l'ordre existant. La singularité française sera le lien entre la contestation intellectuelle et le monde ouvrier[18]. Mai 68 est une ouverture brutale de la culture française au dialogue social et médiatique, qui s'infiltrera dans tous les rouages de la société et de l'intimité familiale, et une étape importante de prise de conscience de la mondialisation de la société moderne (après les guerres « mondiales ») et de la remise en cause du modèle occidental de la « société de consommation ».

  • L'une des principales influences de la révolution de mai 68 se situe au niveau socio-culturel, comme l'a reconnu François Mitterrand lors du 20e anniversaire de mai 68.
On assiste à une désaffection des Français pour la sphère publique et politique et pour le militantisme en général.
Les événements de mai 1968 marquent une division politique qui a des répercussions dans la société française. Par exemple, le schisme de l'université des sciences humaines de Lyon II. Actuellement, on situe parfois les personnalités politiques selon le « côté » des barricades où elles se situaient. Le qualificatif péjoratif de « gauchiste », créé par Lénine en 1920 (« La maladie infantile du communisme »), entre dans le langage courant.
De nouvelles valeurs apparaissent. Elles sont notamment centrées autour de l'autonomie, la primauté de la réalisation personnelle, la créativité, la pluridisciplinarité et la valorisation de l'individu impliquant le refus des règles traditionnelles de la société et la remise en cause de l'autorité. La redéfinition de nouvelles règles se construit autour de l'idée d'autogestion et du communautarisme. Le concept d'autogestion sera concurrencé par celui de cogestion qui sera cher à Edgar Faure dans sa réforme de l'enseignement qui suivra et d'une manière générale très en vogue dans les organisations politiques inquiètes de cette évolution jugée « anarchique ».
  • On considère souvent la libération sexuelle comme l'un des grands thèmes de Mai 68. En réalité ce n'est que dans les années suivantes (1970 à 1975 essentiellement) que les débats sur les mœurs prendront place, corrélativement à l'arrivée des contraceptifs modernes. Le féminisme aussi se développe durant ces années, avec son mouvement le plus radical, le MLF (première manifestation publique en 1970), et joue un grand rôle dans l'implosion du militantisme traditionnel au profit de thèmes féministes comme l'autorisation de l'avortement (1975), la remise en cause de la répartition des tâches dans le couple (« Qu'est-ce qui est plus long : faire cuire le steak d'un révolutionnaire ou celui d'un bourgeois ? »), la « naissance sans violence ».
  • La dénonciation des régimes communistes réformistes (l'Archipel du Goulag, le Cri des pierres) se confirme. Cette désillusion sur le communisme, juste après un engagement politique intense, notamment des maoïstes et de l'extrême gauche qui apparurent un temps parmi les jeunes comme une alternative plus authentique, débouchera sur un pessimisme généralisé dans les milieux de gauche, un auto-dénigrement systématique de tout ce qui a pu exister avant la Révolution de Mai.
  • L'influence de Mai 68 est manifeste dans la pédagogie scolaire en France. De disciple, l'élève devient un sujet pouvant intervenir dans la pédagogie dont il est l'objet, c'est la coéducation. La dimension de la parole libre, du débat, s'accroît. La discipline autoritaire fait place à la participation aux décisions. Les enseignants ont été parfois déstabilisés dans l'idée qu'ils se faisaient de leur métier. On critiquera ensuite cette évolution jugée souvent trop permissive. Elle a aussi été à l'origine de la participation des élèves et des parents aux conseils de classe et de la redéfinition des règlements scolaires dans les établissements dès juin 1968.
  • Dans le domaine économique et social
Le conflit de la société des montres « Lip », conduit par Charles Piaget du Syndicat CFDT, à Besançon en 1973, sera une illustration très médiatisée de cette évolution, avec une expérience de mise en œuvre de l'autogestion de l'entreprise qui fera couler beaucoup d'encre.
Cette influence aura aussi des conséquences en 1973 dans des mouvements de remise en cause de l'armée et de la force de frappe nucléaire et d'une manière générale dans les mouvements écologiques (Brice Lalonde) et anti-militaristes (la lutte contre l'extension du camp militaire des jeunes paysans du Larzac, dont est issu José Bové, le courant de la Non-violence) et les fameuses ONG comme « Médecins Sans Frontières » (Bernard Kouchner), directement issues de la prise de conscience planétaire des mouvements de Mai 68. C'est aussi la période de la naissance de l'idée de « Halte à la croissance ? » (1972) titre d'une publication du Club de Rome fondé en 1968.
Curieusement, si l'on en croit le magazine L'Expansion, le rythme annuel d'augmentation de la productivité « s'accrut » pendant les trois années qui suivirent Mai 68. Il est clair qu'avec la victoire des gaullistes le 30 mai 1968 pour réprimer le mouvement de mai 68 et casser le mouvement, l'objectif politique n'allait pas dans le sens des revendications des manifestants contre qui les gaullistes s'étaient livrés à un bras de fer.
  • Dans la presse

On peut noter l'enthousiasme de certains journalistes comme Jacques-Arnaud Penent dans le journal Combat.

L'encyclique Humanæ vitæ, publiée en juillet 1968, est surtout connue pour son refus de la contraception.
La communauté œcuménique des Frères de Taizé devient l'un des pôles structurant de ce bouleversement. Au début des années 1970, jusqu'à quarante mille jeunes, venus certes du monde entier, mais beaucoup de France, se rassemblent autour d'eux chaque semaine de Pâques dans le petit village bourguignon de Taizé, qui compte d'ordinaire cinquante habitants. Chacun est invité à participer au « Concile des jeunes ». On crée des « fraternités » dans le monde communiste, comme dans le monde occidental ou en Amérique latine, à l'image des premiers chrétiens et auprès des plus pauvres. Ces extraits de textes de Taizé expriment le bouleversement chrétien en écho aux événements de mai 68 : « Le Christ ressuscité vient animer une fête au plus intime de l'homme », « Il va nous donner assez d'imagination et de courage pour devenir signe de contradiction ». Ce « signe de contradiction » deviendra ultérieurement « signe de réconciliation ».
À cette époque s'amplifie également le mouvement des prêtres ouvriers et le mariage des prêtres. Surtout le nombre de pratiquants dans les églises occidentales traditionnelles va suivre une décroissance considérable et traumatisante pour les responsables religieux.
  • La fin des années 1970 a été appelée par certains (comme Gilles Lipovetsky) « l'ère du vide ». L'élection de François Mitterrand en 1981, sur le thème très mai 68 « Changer la vie », apparut comme une flambée d'espoir ou une crise de panique catastrophique, selon les courants, dans cette évolution politique en France. Mais cette attitude désillusionnée sur la classe politique reprendra le dessus et est encore très présente de nos jours avec des prises de position critiques, mais une méfiance croissante vis-à-vis du militantisme politique.

Cause ou conséquence ?

Les statistiques mettent en évidence 1963 et non 1968 comme date de premier changement des tendances sociologiques en France. De 1946 à cette date, les Français se marient en effet de plus en plus tôt et affirment dans les enquêtes une vision de plus en plus positive de l'avenir. Ces deux indicateurs se renversent pourtant dès l'année 1964. Les facteurs de ce retournement de 1963 sont difficile à discerner, entre l'effort d'adaptation nécessaire à l'intégration d'un million de rapatriés, les premiers résultats du concile Vatican II, le traumatisme causé par l'assassinat de John Kennedy, etc.

Quelques slogans soixante-huitards, écrits et scandés

  • Il est interdit d'interdire. (initialement simple boutade autoréférentielle lancée par le fantaisiste Jean Yanne, le slogan fut par la suite repris[réf. nécessaire]).
  • L'imagination prend le pouvoir !
  • Vivre sans temps mort et jouir sans entrave.
  • L'ennui est contre-révolutionnaire.
  • Ceux qui font les révolutions à moitié ne font que se creuser un tombeau.
  • Le patron a besoin de toi, tu n'as pas besoin de lui.
  • L'été sera chaud !
  • Travailleur : tu as 25 ans mais ton syndicat est de l'autre siècle.
  • Veuillez laisser le Parti communiste aussi net en sortant que vous voudriez le trouver en y entrant.
  • Soyez réalistes, demandez l'impossible.
  • On achète ton bonheur. Vole-le.
  • Sous les pavés, la plage (au moment de l'érection des barricades, on avait retrouvé sous le macadam l'ancien pavement de Paris, et sous les pavés - immédiatement utilisés de la façon que l'on devine - le lit de sable sur lequel ils étaient posés ; Cette expression apparaît également en mars 1968 lors de la publication et de la représentation d'une pièce d'Armand Gatti "Les Treize Soleils de la rue Saint-Blaise").
  • La barricade ferme la rue mais ouvre la voie.
  • Imagine
  • Les murs ont la parole.
  • Élections, piège à cons.
  • (sur une bouteille de poison) Presse : ne pas avaler.
  • ORTF : La police vous parle tous les soirs à 20 heures.
  • Prenez vos désirs pour la réalité.
  • Nous sommes tous des juifs allemands (à l'occasion du retour à la Sorbonne de Daniel Cohn-Bendit)
  • Même si Dieu existait, il faudrait le supprimer.
  • Pour vos vacances, n'allez pas en Grèce : vous y êtes déjà. (allusion à la dictature des colonels)

En réponse aux propos du Général de Gaulle :

  • La chienlit, c'est lui (avec l'ombre du Général de Gaulle en fond d'affiche)
  • Sois jeune et tais toi (avec l'ombre du Général de Gaulle en fond d'affiche)

En réponse à la violente répression, des affiches sérigraphiées disent :

  • Les CRS aussi sont des hommes : la preuve, ils violent les filles dans les commissariats.
  • CRS = SS (slogan inventé lors des grèves des mineurs du nord en 1947 et repris en 1968)
  • Il n'y a peut-être aucun rapport... Mais peut-être aucun.

Sources et bibliographie

Sources primaires

  • Tracts de mai 68 : BNF, cote 4 Lb61 600 (1968)
  • Affiches de mai 68 : BNF, GrFol Lb61 600 (1968, 1-30)

Bibliographie

  • Collectif, Enragés et situationnistes dans le mouvement des occupations, Gallimard, coll. « Témoins », 1968, (réed. 1998).
  • Collectif, Sorbonne 68, graffiti, rassemblés par Yves Pagès, éd. Verticales, 1998.
  • François de Massot, La grève générale mai-juin 1968, Supplément au N°437 d'Information ouvrière. (1968)
  • Internationale situationniste, Le commencement d'une époque (Internationale situationniste n°12, septembre 1969 ; réédition Champ libre, 1975 et Arthème Fayard, 1997).
  • Pierre Hempel, Mai 68 et la question de la révolution (1968-1988) presses de l'Ecole nationale supérieure de Fontenay aux roses, 1988.
  • Robert Merle, Derrière la vitre, roman
    Robert Merle était professeur sur le campus de Nanterre
  • Pour une intervention communiste, Jeune Taupe, n°20 et 21, avril à juillet 1978.
  • Antoine Artous, Didier Epsztajn, Patrick Silberstein (dir), La France des années 1968, Paris, Syllepse, 2008.
  • Bruno Astarian, Les Grèves en France en mai-juin 1968, Echanges et Mouvement, 2003
  • François Audigier (dir.), « Mai 68 en débats », Parlement(s), Revue d'histoire politique, n°9, 2008
  • Jean-Jacques Brochier et Bernd Oelgart, L’internationale étudiante, Paris, Julliard, 1968
  • Vincent Cespedes, Mai 68, La philosophie est dans la rue !, Larousse, « Philosopher », 2008.
  • Christian Charrière, Le Printemps des enragés, Paris, Fayard, 4e trimestre 1968
  • Daniel et Gabriel Cohn-Bendit, Le gauchisme remède à la maladie sénile du communisme, Paris, Seuil, 1968.
  • Daniel Cohn-Bendit, Forget mai 68, 2008.
  • Patrick Combes, Mai 68, les écrivains, la littérature, L'Harmattan, 2008.
  • Jean-Marc Coudray (pseudonyme de Cornelius Castoriadis), Edgar Morin, Claude Lefort, La Brèche, Fayard, 1968.
  • Dominique Dammame, Boris Gobille, Frédérique Matonti, Bernard Pudal, Mai - juin 1968, Paris, Edition de l'Atelier, 2008.
  • Adrien Dansette, Mai 1968, Plon, 1971.
  • Alain Delale et Gilles Ragache, La France de 68, éditions du Seuil, 1978
  • Éric Donfu, Ces jolies filles de mai, 68, la Révolution des femmes, Paris, Jacob-Duvernet, 2008
  • Pascal Dumontier, Les Situationnistes et mai 68, éditions Gérard Lebovici, 1990.
  • David Faroult, Gérard Leblanc, Mai 68 ou le cinéma en suspens, Paris, Syllepse, 1998.
  • Gérard Filoche, 68-98, histoire sans fin, Éd. Flammarion, réédition J.-C. Gawsevitch.
  • Gébé, L'An 01, Paris, Série bête et méchante, 1972.
  • Alain Geismar, Serge July et Erlyn Morane, Vers la guerre civile, Éditions et publication premières, 1969.
  • Hervé Hamon et Patrick Rotman, Génération, les années de rêve, Paris, Seuil, 1987.
  • Denis Langlois, Slogans pour les prochaines révolutions, Paris, Le Seuil, 2008.
  • François Lonchampt et Alain Tizon, Votre Révolution n'est pas la mienne, éditions Sulliver, 1999.
  • Sébastien Layerle, « À l’épreuve de l’événement. Cinéma et pratiques militantes en Mai 68 », in Christian Biet et Olivier Neveux, Une histoire du spectacle militant. Théâtre et cinéma militants 1966-1981, Montpellier, L'Entretemps, 2007.
  • Jean-Pierre Le Goff, Mai 68 : l'héritage impossible 1998, réédition en 2002, La Découverte, ISBN 978-2-7071-3654-1
  • Daniel Lindenberg, Choses vues. Une éducation politique autour de 68, Bartillat, 2008
  • Henri Mendras, Voyage au pays de l’utopie rustique, Avignon, Éditions Actes/Sud, collection espace-temps, 1979.
  • Olivier Neveux, Théâtres en lutte. Le théâtre militant en France des années 1960 à aujourd'hui, Paris, La Découverte, 2007.
  • Émile Perreau-Saussine, « Liquider mai 68 ? », in Les droites en France (1789-2008), CNRS Editions, 2008, p. 61-68
  • René Riesel et Jaime Semprun, Catastrophisme, administration du désastre et soumission durable, Éditions de l'Encyclopédie des Nuisances, 2008.
  • Kristin Ross, Mai 68 et ses vies ultérieures ed. Le Monde Diplomatique/ Complexe.
  • Elisabeth Salvaresi, Mai en héritage, ed. Syros 1988 : 500 itinéraires, 14 portraits
  • Florence Samson, 1968-2008,l'héritage amer d'une génération, L'Harmattan 2007, (ISBN 978-2-296-03290-3)
  • Alain Touraine, Le Communisme utopique : le mouvement de mai 1968, Paris, Seuil, 1968 (postface de 1972).
  • Arnaud Bureau et Alexandre Franc, (bande dessinée) Mai 68 - Histoire d'un printemps, Paris, Berg International, avril 2008. Préface de Daniel Cohn-Bendit.
  • Philippe Alexandre, L'Élysée en péril, Fayard, 978-2213637365
  • Henri-Christian Giraud, L'Accord secret de Baden Baden : comment de Gaulle et les Soviétiques ont mis fin à mai 68, Éditions du Rocher, 2008.
  • Michel Winock, La Fièvre hexagonale. Les grandes crises politiques de 1871 à 1968, Paris, Seuil, 1995, 471 p.
  • Michel Simon, « Mai-Juin 1968, Deux mois de luttes des classes en France », in La Nouvelle Critique, n°197, sept. 1968
  • Michelle Zancarini-Fournel, Le Moment 68, une histoire contestée, Seuil, « L'Univers historique », 2008 (ISBN 978-2-02-089891-1)
  • Caroline Apostolopoulos, Geneviève Dreyfus-Armand, Irène Paillard, Les années 68, un monde en mouvement. Nouveaux regards sur une histoire plurielle (1962-1981), Syllepse, 2008.

Filmographie

Vidéographie

Discographie

  • Pour en finir avec le travail, album de chansons détournées par les Situationnistes, produit par Jacques Le Glou (1972)
  • La Pègre, Grève illimitée, Chacun de vous est concerné, À bas l’État policier, de Dominique Grange (mai 1968)
  • La Révolution, La Faute à Nanterre par Évariste et les chœurs du Comité Révolutionnaire d’Action Culturelle (CRAC) (mai 1968)
  • Crève salope, de Renaud (mai 1968, jamais éditée)
  • Paris mai, de Claude Nougaro (octobre 1968, Philips)
  • Street Fighting Man, des Rolling Stones (album Beggar's banquet, 1968)
  • L'Été 68, Comme une fille, de Léo Ferré (album L'Été 68, 1969, Barclay Universal)
  • Paris, je ne t'aime plus, de Léo Ferré (album Amour Anarchie, 1970, Barclay Universal)
  • La violence et l'ennui, de Léo Ferré (texte dit sur scène en 1970 et 1971, enregistré dans l'album La violence et l'ennui, 1980, La Mémoire et la Mer)
  • Fais que ton rêve soit plus long que la nuit, de Vangelis (album Poème symphonique, 1972, Europa Sonor).
  • Sorbonne 68 (1968) paroles Jeanine Prin composé et interprété ParTed Scotto
  • Le futur, de Sinsémilia (album Tout c'qu'on a, 2000)
  • En 1978, Didier Marouani compose la musique (sur des textes de Simon Monceau) de la Comédie musicale "Le Rêve de Mai". L'album concept porte sur les événements de Mai 1968 et il est publié à l'occasion du 10ème anniversaire des événements, en 1978. Ont participé à ce projet notamment Nicole Rieu qui chante Les enfants de Mai et Les gens se sont mis à parler, puis Jean-Michel Caradec et Nicolas Peyrac.

Émission radiophonique

Chronique de Mai - Mai 68, vingt ans après... de Dominique Chagnaullaud, série de sept émissions d'une heure réalisées par Jean-Jacques Vierne à l'occasion du 20e anniversaire des événements. Première diffusion sur France Culture entre le 1er et le 9 août 1988. A base d'archives sonores, ces chroniques reprennent les principaux événements de Mai 68, de Nanterre à sa fin :

Expositions

Notes et références

  1. Kristin Ross, Mai 68 et ses vies ultérieures, éd. Le Monde diplomatique / Complexe.
  2. Le premier lycée mixte (à partir de la classe de seconde) a été ouvert à Rambouillet en 1960 sous le nom évocateur de « Lycée mixte d'État de Rambouillet » (aujourd'hui Lycée Louis-Bascan)
  3. Derrière la vitre, Gallimard, 1970, 421 p., (ISBN 978-2-07-036641-5).
  4. Mai 68 et ses vies ultérieures, Le Monde diplomatique – éd. Complexe,2005, 222 p., (ISBN 978-2-8048-0020-8).
  5. a, b, c, d, e, f, g et h Charles Mercier, « René Rémond à Nanterre en 1968 », Vingtième Siècle, n°104, octobre-décembre 2009, p. 141-152
  6. Hervé Hamon, Patrick Rotman, Génération, Tome I, Fayard, 1987, p.497-500
  7. Cette version sera celle affirmée par le général Massu dans ses mémoires
  8. Pour les débats parlementaires, l'échec de le motion de censure et la position des différentes forces politiques en présence, voir « Mai 68 en débats », Parlement(s), Revue d'histoire politique, n°9, 2008 : Discours de Pompidou et Mitterrand prochainement en ligne ici
  9. Malraux qualifiera plus tard ces événements de « crise de civilisation », indiquant ainsi leur gravité
  10. Gilles Tautin, « 17 ans, élève de 1e C au lycée Stéohane-Mallarmé, membre de l'Union des jeunesses marxistes-léninistes » mort noyé dans la Seine à Flins le 10 juin (Christian Charrière, Le Printemps des Enragés, septembre 1968, p. 378)
  11. Pierre Baylot, 23 ans, tué par balle le matin du 11 juin à l'usine Peugeot de Sochaux (Christian Charrière, Le Printemps des Enragés, septembre 1968, p. 380)
  12. Il reviendra cependant clandestinement donner une conférence de presse unique en France, ayant teint ses cheveux pour être moins identifiable, et proposé un « appel du 18 joint » qui restera sans suite
  13. La dix-neuvième promotion de commissaires de police issus de l'école nationale supérieure de la police, entrés en fonction en 1968, porte son nom. Voir le rapport Rousso (2004), p.25
  14. http://libestrasbourg.blogs.liberation.fr/actu/2008/05/juin-meurtrier.html
  15. Interview, Maurice Grimaud, préfet de police en Mai 68, dans Liaisons spécial Mai 68, Préfecture de police, Paris, 2008.
  16. Mai 68. Les archives secrètes de la police, dans L'Express, 19 mars 1998.
  17. Conseil d'État statuant au contentieux, N° 76230 76231 76235, publié au recueil Lebon, M. Henry, rapporteur M. Bertrand, commissaire du gouvernement. Lecture du mardi 21 juillet 1970.
  18. Kristen Ross. ibid

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