Ludwig Erhard


Ludwig Erhard
Ludwig Erhard
Bundesarchiv B 145 Bild-F041449-0007, Hamburg, CDU-Bundesparteitag, Ludwig Erhard.jpg
Mandats
28e chancelier d'Allemagne
2e chancelier fédéral allemand
16 octobre 19631er décembre 1966
Président fédéral Heinrich Lübke
Gouvernement Cabinet Erhard I et II
Législature 4e Bundestag
Majorité Noire-jaune
Prédécesseur Konrad Adenauer
Successeur Kurt Georg Kiesinger
Vice-chancelier
29 octobre 195716 octobre 1963
Chancelier Konrad Adenauer
Prédécesseur Franz Blücher
Successeur Erich Mende
Ministre fédéral de l'Économie
1er ministre fédéral de l'Économie depuis 1949
20 septembre 194911 octobre 1963
Chancelier Konrad Adenauer
Prédécesseur -
Successeur Kurt Schmücker
Biographie
Nom de naissance Ludwig Wilhelm Erhard
Date de naissance 4 février 1897
Lieu de naissance Fürth (Allemagne)
Date de décès 5 mai 1977 (à 80 ans)
Lieu de décès Bonn (Allemagne)
Nationalité allemand Flag of Germany.svg
Parti politique Union chrétienne-démocrate (CDU)
Profession Professeur
Homme d'affaires
Religion Église évangélique en Allemagne

Coat of Arms of Germany.svg
Chanceliers fédéraux allemands

Ludwig Wilhelm Erhard, né le 4 février 1897 à Fürth et mort le 5 mai 1977 à Bonn, était un homme politique ouest-allemand démocrate-chrétien d’orientation libérale.

Ministre fédéral de l’Économie de 1949 à 1963 et chancelier fédéral de 1963 à 1966, il est considéré comme le père du « miracle économique allemand » de l’après-guerre et de l’économie sociale de marché.

Sommaire

Formation

Après un apprentissage dans le commerce et sa participation à la Première Guerre mondiale au cours de laquelle il est gravement blessé fin de septembre 1918 près d'Ypres, il étudie les sciences économiques.

Carrière

Activité durant la seconde guerre mondiale

Pendant la guerre, il n'intègre pas l'armée en raison de ses blessures passées. Au contraire, il fait des recherches sur des plans de paix. Ce genre d'étude est interdit par les Nazis qui veulent une victoire totale et Erhard perd son travail en 1942. Il continue ses recherches en privé et élabore un plan relatif aux finances de guerre et à la consolidation de la dette dans lequel il tient pour acquise la défaite de l'Allemagne. Il fait part de son travail à Carl Friedrich Goerdeler, une figure centrale de la résistance allemande contre le gouvernement nazi. Goerdeler recommande Erhard à ses camarades.

L’après-guerre

En 1945, il est professeur à Munich et conseiller économique du gouvernement militaire américain d'occupation de Bavière de Wilhelm Hoegner. En 1945-1946, il devient ministre du Commerce et de l'Industrie de Bavière, son portefeuille incluant la gestion de la masse monétaire et des crédits. À partir de 1947 il est directeur de l'administration de l'économie de la « Bizone », puis de la « Trizone ». Il y reprend à son compte la réforme de la monnaie opérée par les Américains et les Britanniques sans le prévenir et décide du retour à une économie de marché libérée du système de contrôle des prix institué par les Nazis et des contingences liées aux desiderata des puissances occupantes.

Ministre fédéral de l’Économie

À la création de la République fédérale d'Allemagne en 1949, il devient ministre fédéral de l'Économie du gouvernement de Konrad Adenauer et garde ce poste jusqu'au départ de celui-ci, en 1963. Il est le principal responsable des avancées rapides de l'économie de la RFA grâce à l'économie sociale de marché qu'il a mise en place. Ses succès font de lui une « locomotive électorale ». Malgré leurs mésententes récurrentes, son duo avec le Chancelier fait gagner la CDU/CSU en 1953, 1957 et 1961 avec à chaque fois une avance notable sur le Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD), qui la talonnait pourtant en 1949.

Il est choisi par Adenauer pour être son vice-chancelier en 1957, et le reste pendant six ans. Il est de ce fait le seul titulaire de ce poste à avoir été membre du parti du chancelier, excepté Hans-Christoph Seebohm, nommé à titre provisoire en 1966.

Chancelier fédéral

Lorsqu'en 1963, Konrad Adenauer, âgé de 85 ans, doit se retirer au milieu de son mandat sous la pression du FDP, son partenaire de coalition, la nomination de Erhard comme successeur est attendue par tous. Malgré l'opposition obstinée de Konrad Adenauer, la CDU/CSU soumet effectivement sa candidature au Bundestag, qui l'approuve le 16 octobre 1963 par 279 voix contre 220. Il prête serment le jour même comme deuxième chancelier fédéral.

Il gagne les élections de 1965 avec seulement quatre sièges de moins que la majorité absolue, mais la formation du gouvernement pose cependant problème : le FDP refuse de prendre part à un gouvernement où Franz Josef Strauß (CSU) serait ministre fédéral de la Défense. Erhard cède finalement à la demande de ses partenaires libéraux.

Sa politique étrangère consiste à profiter de la période de détente de la Guerre froide pour proposer une normalisation des relations avec les pays du pacte de Varsovie. Par sa note pacifique du 25 mars 1966, il propose aux pays du bloc de l'Est un accord de renonciation à la violence. Cette tentative échoue car la RDA s'y oppose tandis que, de son côté, la RFA - s'accrochant à la doctrine Hallstein empêchant la représentation diplomatique de deux États allemands dans la même capitale - ne peut engager de négociation poussée.

Parallèlement, les relations franco-allemandes se refroidissent car Ludwig Erhard et son ministre fédéral des Affaires étrangères Gerhard Schöder privilégient les relations avec les États-Unis, à l'inverse de la vision européenne voulue par Charles de Gaulle. Cependant, au sein de la CDU/CSU se développe un groupe de « gaullistes », conduit par Franz-Josef Strauß, qui préconise une coopération renforcée avec la France.

Ludwig Erhard et Kurt Georg Kiesinger en 1966.

La politique intérieure est marquée par un repli de l'économie, aboutissant à un début de chômage et à une crise budgétaire. Ce sujet est l'objet de dissensions au sein de la coalition, les ministres FDP quittant le gouvernement le 27 octobre 1966 lors du débat budgétaire.

Après cet épisode, la CDU ne dispose plus que d'une majorité relative au Bundestag. Le gouvernement Erhard est très fragilisé alors que surviennent une défaite électorale dans le Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, le plus peuplé d'Allemagne de l'Ouest, puis une importante poussée du Parti national-démocrate d'Allemagne (NDP) d'extrême-droite lors des élections régionales de novembre 1966 en Bavière et en Hesse.

En réaction, des députés de la CDU décident d'entamer des négociations avec le SPD en vue de former une grande coalition, et les deux partis s'accordent sur le nom de Kurt Georg Kiesinger pour le poste de chancelier, secondé par le social-démocrate Willy Brandt. Erhard démissionne le 30 novembre 1966.

Le 23 mai 1967 il laisse la présidence de la CDU, qu'il occupait depuis mars 1966, à Kurt Georg Kiesinger. Il sera élu président d'honneur du parti.

Il meurt le 5 mai 1977 à Bonn.

Il reste dans l'histoire allemande de l'après-guerre le père du miracle économique allemand et le seul chancelier de République fédérale d'Allemagne à avoir dû se retirer faute du soutien de son parti.

La méthode Erhard

Dans un article publié dans journal Le Monde en 1954, sous le titre « Politique libérale ou politique réaliste », le français Pierre Mendès France soutenait, dans un raisonnement basé sur des arguments théoriques et abstraits, que la « méthode Erhard », qui a fait le succès du relèvement de l'Allemagne n'était pas réellement libérale, mais était due avant tout au succès de la réforme monétaire de 1948 et de l'aide américaine du Plan Marshall, appliquée sur un puissant appareil de production de guerre qui était toujours là après la fin de la guerre et qu'il suffisait juste de remettre à flot, malgré les démontages et les diverses entraves au développement imposées par les alliés à l'industrie allemande.

En fait, les Allemands vivaient depuis la fin de la guerre dans une économie planifiée et rationnée (lait, œufs, charbon, vêtements, chaussures...) dans laquelle règnent le marché noir, le troc et les vols, la majeure partie de la population vivant de surcroît sous la menace des commissions de dénazification. Le peuple était donc à la recherche d'une certaine stabilité économique et politique, tout en aspirant à la sécurité. Afin de répondre à ces attentes, la CDU avait adopté lors de son congrès d'Ahlen du 3 février 1947 un programme d'inspiration socialiste (reconnaissant néanmoins le droit de propriété et d'initiative privée) tout en se présentant (par opposition au SPD encore marxiste) comme le parti des réformes économiques et sociales en douceur. Son slogan des années 1947-49 est assez symptomatique de l'époque et du positionnement de la CDU : « Sicherheit - Keine Experimente ! ». (que l'on peut traduire par « De la sécurité. Pas d'expérimentations hasardeuses ! »)

Mais Ludwig Erhard, chargé par les alliés de l'administration de l'économie et des finances dans les zones anglaise et américaine, préparait dans le plus grand secret une réforme monétaire radicale qui sera déclenchée le dimanche 20 juin 1948. Cette réforme, annule immédiatement - en une journée ! - le Reichsmark qui n'a plus aucun cours et le remplace par le Deutsche Mark. Chaque Allemand reçoit seulement un acompte de 60 DM payable en deux fois et chaque entreprise reçoit aussi 60 DM par employé. Cela correspond à l'annulation de 90% de l'ancienne monnaie.

Cette réforme radicale a eu pour avantage de faire disparaître immédiatement le marché noir et le régime du troc. Pour avoir de l'argent les allemands sont obligés de se mettre au travail, les magasins se remplissent à nouveau de marchandises et la demande dépasse largement l'offre ce qui entraîne une hausse des prix qui encourage une production libérée de toute contrainte. La production, comparée à celle de 1936, passe en trois mois de 45% à 75%, soit une augmentation des 2/3.

Dans la zone sous contrôle soviétique, les nouveaux marks sont interdits ce qui a pour conséquence une importante dépréciation immédiate du mark oriental. Par mesure de rétorsion, les Russes, entreprennent dès le 25 juin 1948 le blocus de Berlin-Ouest qui va durer un an. En décembre 1948, les syndicats marxisants fomentent une grève générale « pour mettre fin aux conditions draconiennes qu'impose l'économie de marché ». Cette grève est très coûteuse pour l'Allemagne, de 760 000, fin 1948, le nombre de chômeurs double en 1949 pour atteindre 2 millions en février 1950.

Au congrès de Düsseldorf, le 15 juillet 1949, la CDU adopte un programme réellement libéral contraire à celui adopté au congrès d'Ahlen ; il s'agit d'une véritable charte fondamentale de l'économie libérale. Sur ce programme, la CDU remporte d'un souffle les élections législatives du 14 août 1949. Élu au Bundestag, Ludwig Erhard devient ministre de l'économie dans le gouvernement de Konrad Adenauer. Le 19 septembre 1949, le Deutsche Mark est dévalué de 20%, mais de façon générale l'économie dans son ensemble devient performante, et dès 1952, l'Allemagne génère son premier excédent commercial.

Le 20 avril 1950, les hauts-commissaires alliés, lui reprochant de vouloir favoriser trop outrageusement les bénéfices importants et les gros revenus, lui interdisent une réforme fiscale qui prévoyait de très importants abattements d'impôts aboutissant à une diminution des recettes fiscales. L'opinion publique allemande protesta très énergiquement contre ce veto considéré comme une ingérence inacceptable dans les affaires intérieures de la nouvelle République fédérale. Les Alliés cédèrent, neuf jours plus tard, et ce mouvement est considéré comme l'acte fondateur du retour des Allemands à la liberté politique.

Ludwig Erhard voulait la plus grande liberté économique et la plus grande liberté politique possible et pensait que le goût naturel de la recherche du profit par les acteurs économiques devait être favorisé par l'injection dans le corps social de « facteurs motivants d'inégalité », qui paradoxalement conditionneraient la démocratie. En mai 1963, au Bundestag, il affirme : « Je résisterai de toutes mes forces ... Je ne veux pas abandonner l'économie de marché allemande. Il y a des pays qui sont aujourd'hui au milieu de leur quatrième plan quadriennal, et on sait assez où ils sont arrivés avec leurs trois premiers ... Je parle d'un pays occidental ... Puisque je dois vous le dire, j'espère qu'il n'y aura pas de fausse interprétation : la France. »

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