Louis Bertrand Pierre Brun De Villeret


Louis Bertrand Pierre Brun De Villeret

Louis Bertrand Pierre Brun de Villeret

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Louis Bertrand Pierre
Brun de Villeret
Louis Bertrand PierreBrun de Villeret
Naissance 3 février 1773
Le Malzieu (Lozère)
Décès 11 février 1845 72 ans)
Le Malzieu (Lozère)
Origine France France
Allégeance Drapeau français République française
Drapeau de l'Empire français Empire français
Royaume de France Royaume de France
Flag of the Kingdom of France (1814-1830).svg Royaume de France
Drapeau français Royaume de France
Arme Artillerie puis Infanterie
Grade Lieutenant général
Service 1798 - 1841
Conflits Guerres révolutionnaires
Guerres napoléoniennes
Faits d’armes Affaire de Sainte-Ildefonse
Bataille de Wurschen
Siège de Torgau
Distinctions Légion d'honneur
(Grand officier)
Ordre royal et militaire de Saint-Louis
(Chevalier)
Baron de l'Empire
Autres fonctions Député de la Lozère
Pair de France

Louis Bertrand Pierre Brun de Villeret (3 février 1773 - Le Malzieu (Lozère) † 11 février 1845 - Le Malzieu), était un militaire puis homme politique français des XVIIIe et XIXe siècles.

Sommaire

Biographie

Aide de camp du général Soult

Louis Bertrand Pierre Brun, baron de Villeret, naquit au Malzieu, en Languedoc, le 3 février 1773. Issu d'une famille de robe et fils d'un magistrat, il fut destiné au barreau. Il se montra dans un premier temps hostile aux idées révolutionnaires et s'attira dans sa province des persécutions qui l'obligèrent à se réfugier à Paris après le 18 fructidor. Mais la réquisition militaire l'ayant atteint, il profita des connaissances qu'il avait acquises en mathématiques (quoiqu'il n'eût jamais eu d'autre instituteur que sa mère, il se trouva connaître assez les mathématiques) pour se faire admettre à l'École d'artillerie, où il entra comme élève, le 12 mars 1798.

Nommé lieutenant d'artillerie, le 20 avril 1799, il fut envoyé en Hollande, pour y servir dans une compagnie active. Le général Macors, qui commandait l'artillerie de l'armée française en Batavie, ne tarda pas à le distinguer, et lui fit remplir, pendant deux ans, les fonctions de chef de son état-major. Il fut fait capitaine au 2e régiment d'infanterie de ligne, le 23 mai 1805. Ayant suivi le général Macors au camp de Boulogne, son activité et ses connaissances le firent remarquer par le général Soult (depuis maréchal d'Empire et duc de Dalmatie), qui se l'attacha en qualité d'aide-de-camp, le 12 octobre de la même année.

Il accompagna ce général dans les campagnes d'Austerlitz, d'Iéna, d'Eylau, de Friedland, de Portugal et d'Espagne. Il fut fait chef de bataillon, le 18 février 1808.

Membre de la Légion d'honneur en 1807, le roi de Saxe, auprès duquel il avait été envoyé comme négociateur, lui donna de sa main l'Ordre militaire de Saint-Henri (1808).

En 1809, le maréchal Soult l'envoya au quartier général de la Grande Armée, en Allemagne, pour justifier aux yeux de Napoléon les opérations et les malheurs de l'armée de Portugal. D'abord mal reçu par Bonaparte, qui avait conçu des préventions défavorables contre le maréchal, Brun parvint cependant, au bout de trois mois passé à Schönbrunn occupés sans cesse à combattre cette impression dans l'esprit de Napoléon et après plusieurs conférences très orageuses, à rétablir la vérité des faits. Enfin après ce temps l'empereur ayant reçu la nouvelle de la perte de la bataille de Talavera, se décida à oublier le passé, et renvoya l'aide-de-camp du maréchal Soult porteur d'un brevet de major-général, pour commander sous le roi Joseph toutes les armées d'Espagne. Le chef de bataillon Brun s'était signalé en Portugal par son zèle et son activité. Il était entré avec l'avant-garde de l'armée à Braga et à Oporto, et dans cette dernière ville, il avait été des premiers à porter, sous le feu de l'ennemi, des secours à 5 ou 600 Portugais, qui couraient le risque de se noyer dans le Duero, par suite de l'enfoncement de plusieurs bateaux, sur lesquels ils se trouvaient.

En Andalousie, le chef de bataillon Brun fut placé, par le général en chef, à la tête d'un bureau où se traitaient les affaires civiles espagnoles. Pendant la campagne de 1810, en Estramadure, il fut chargé de détails importants relatifs aux sièges d'Olivenza et de Badajoz. Pendant la durée de ces siéges, il resta presque continuellement dans les tranchées. Il fut cité plusieurs fois avec éloge dans les rapports officiels de cette campagne.

M. Brun de Villeret se trouva aux affaires d'Ocaña et de Gebora, et fut honorablement cité dans les rapports insérés au Moniteur.

Les préventions conçues par Napoléon contre le duc de Dalmatie s'étant renouvelées, Brun de Villeret fut encore envoyé plusieurs fois pour les détruire, et réussit dans chacun de ses voyages à présenter les choses sous leur véritable point de vue. Le grade de colonel avait été demandé pour lui à diverses reprises ; mais Buonaparte, qui récompensait difficilement les officiers des armées qu'il ne commandait pas en personne, n'avait point accueilli ces propositions, quoiqu'il reçût toujours favorablement les rapports que lui faisait l'officier en faveur duquel elles lui étaient adressées. Enfin, dans un quatrième voyage que le chef de bataillon Brun fit à Thorn au quartier-général impérial, en 1812, Napoléon le nomma adjudant-commandant, le 14 juin.

C'est lors d'une des ces missions auprès de l'Empereur que M. Brun de Villeret fut attaqué par 400 guérillas, qui le cernèrent au dessous de Sainte-Ildefonse : il se défendu pendant trois heures derrière les débris d'un mur, quoique son escorte ne se composât que de 60 soldats badois. Il perdit 20 hommes, ses effets, tous les chevaux du détachement, mais il conserva ses dépeches, et, plus heureux que le général Lejeune, il eut l'avantage d'être enfin dégagé par la garnison de Ségovie, qui, au bruit du feu, accourut à son secours.

Étant retourné bientôt après en Espagne, il rejoignit le duc de Dalmatie à Valence, et l'accompagna dans sa campagne contre le duc de Wellington jusqu'à Ciudad Rodrigo.

La reddition de Torgau

Il partit ensuite avec le maréchal, au commencement de 1813, et se rendit à la Grande Armée d'Allemagne en Saxe. Le colonel Brun de Villeret est, dès son arrivée auprès de l'Empereur, élevé à la dignité de baron de l'Empire : Napoléon avait conçu depuis longtemps de l'estime pour le baron de Villeret ; et, comme il avait alors besoin de généraux, il voulut mettre cet officier à l'épreuve, en l'envoyant reconnaître la ligne ennemie à Bautzen.

Brun fut assez heureux pour que son rapport et le projet qu'il donna d'une bataille à livrer se trouvassent conformes au plan adopté par Buonaparte, et tel qu'il fut exécuté trois jours après. Le grade de général de brigade fut la récompense que Napoléon accorda au baron de Villeret, le 18 mai. Employé en cette qualité dans le 12e corps de la Grande Armée, il fut chargé, le 21, de coopérer à une fausse attaque, dont il avait présenté le développement dans son rapport à Buonaparte. S'étant porté avec beaucoup de résolution sur le point indiqué, il y enleva trois positions aux ennemis, et se maintint dans la dernière pendant plusieurs heures. Le général de division Lorencez, sous les ordres duquel il servait, ayant été mis hors de combat dès le commencement de l'action, le général Brun avait pris le commandement provisoire de toute la division ; et il ne quitta la dernière position, dont ses troupes s'étaient emparées, que sur un ordre impératif du duc de Reggio. Il effectua sa marche rétrograde en échiquier, et sans se laisser entamer par l'ennemi.

Il se trouva au combat de Wurschen, le 22 mai (à la tête de quatre bataillons italiens et de deux bataillons français de nouvelle levée, il enleva trois positions à l'ennemi, eut deux chevaux tués sous lui, la lame de son sabre brisa dans sa main, et il reçut deux contusions) ; à celui de Hoyerswerda, le 28 du même mois, et à la bataille de Jüterbog, le 6 septembre. Après la défaite des Français à Jüterbog (sa brigade fut malheureusement réduite à moitié dans cette funeste journée où le général Brun de Villeret eut encore deux chevaux tués), le maréchal Ney, qui était mécontent du gouverneur de Torgau, jugea à propos de confier le gouvernement de cette ville au général Brun.

Cet officier, quittant alors sa brigade avec regret, vint s'enfermer dans Torgau, ville de 4 000 âmes, d'où il paraissait que l'armée française allait s'éloigner, d'après les instructions données par le maréchal. Le baron de Villeret s'occupa avec activité de mettre la place en état de défense. Napoléon ayant conçu le projet de livrer une bataille décisive à Leipsick, voulut faire de Torgau le dépôt général de son armée ; et, en conséquence, il y envoya ses réserves et tous ses malades. Le commandement de cette place devint alors trop important pour un général de brigade, et le comte de Narbonne, aide-de-camp de Buonaparte, en fut nommé gouverneur. Le général Brun reçut dans le même temps des lettres de service pour commander, sous M. de Narbonne, la garnison de Torgau. Bientôt tous les malades de la Grande Armée se trouvèrent réunis dans cette ville. Le typhus le plus terrible s'y développa, et la mortalité devint chaque jour de plus en plus effrayante. Le comte de Narbonne succomba (lui, d'une chute de cheval), le 17 novembre, et fut remplacé par le général Dutaillis, qui se trouvait dans la place. Sous ce nouveau gouverneur, le général Brun continua de donner ses soins à l'approvisionnement et à la défense de Torgau. Ici l'histoire particulière du général Brun va se trouver confondue avec celle d'une garnison qui, par un courage et un dévouement héroïques, se couvrit d'une gloire immortelle. Tous les hôpitaux se trouvant encombrés, les églises, les édifices publics et les maisons particulières furent convertis en dépôts de malades. La mort marqua constamment de 250 à 300 victimes par jour, depuis le 15 novembre jusqu'au 1er janvier, et une odeur cadavéreuse se manifestait sans cesse dans tous les quartiers de la ville.

Cependant, dans cette affreuse situation, sans espoir d'être secourue par la Grande Armée française, qui avait été forcée de repasser le Rhin ; assiègée par les Prussiens, qui toutes les nuits bombardaient la place, la garnison de Torgau, calme et inébranlable, ne laissa pas échapper un murmure ; pas une seule proposition ne fut faite pour se rendre, et l'on déploya dans la défense le même courage et la même résignation qu'on aurait pu le faire, s'il eût été permis d'espérer des secours et d'entrevoir un terme aux maux dont on était obsédé.

Vers le mois d'octobre, la ration du soldat fut réduite à une demi-livre de viande de cheval salé et à une livre de pain. Dans les premiers jours de décembre, le gouverneur ayant calculé l'époque présumée de l'épuisement total des subsistances dans Torgau, envoya le général Brun ouvrir, avec le général prussien Tauensien, des négociations relatives à la reddition de la place ; mais seulement pour le jour où la garnison aurait consommé sa dernière ration. La mission donnée au général Brun fut remplie avec succès ; et la capitulation qui s'ensuivit fut avantageuse, et surtout honorable pour la garnison de Torgau : l'époque de la reddition de cette place fut fixée au 6 janvier 1814.

Lorsque ce terme arriva, il se trouva, par suite d'une mortalité devenue plus terrible qu'on ne l'avait prévu, que la garnison avait encore des vivres pour six jours. Le conseil de défense pensa que ce serait perdre le mérite de tout ce qu'on avait fait jusqu'alors, si l'on rendait Torgau, tant qu'il y resterait une ration à consommer. Le général Brun, fidèle interprète des sentiments de la garnison qu'il commandait, offrit d'aller rompre la capitulation ; et, sa proposition ayant été acceptée à l'unanimité par le conseil, il sortit de la ville, et alla déclarer au général prussien que ce dernier était maître du sort de la garnison, mais qu'elle avait pris la résolution irrévocable de ne remettre la place que six jours après le premier terme convenu, c'est-à-dire lorsqu'elle aurait épuisé entièrement ses vivres. Une constance aussi héroïque après un siège qui, par ses horreurs, était dans le cas d'amollir les cœurs les plus inflexibles, frappa d'admiration le général Tauensien. Il savait que la moitié de la ville était brûlée ; que le reste était presque inhabitable ; que les rues, les places publiques et les remparts étaient jonchés de cadavres qu'on ne pouvait plus enterrer ; et qu'enfin, sur 25 000 hommes renfermés trois mois auparavant dans la place, 8 000 seulement étaient encore vivants. Après avoir donné de grands éloges à la garnison de Torgau, et essayé en même temps, mais vainement, de faire changer la détermination que lui apportait le général Brun, M. de Tauensien se montra généreux, et consentit au délai demandé.

Le 10 janvier 1814, le général Brun sortit de Torgau à la tête de 6 000 hommes, qui furent conduits prisonniers en Silésie. Les blessés et les non-combattants furent dirigés sur la France ; mais les souverains alliés refusèrent de ratifier la capitulation en ce qui concernait ces malheureux, qui essuyèrent beaucoup de mauvais traitements à Leipsick, où on les retint, au mépris de la convention stipulée. M. de Tauensien ayant été accusé par l'opinion d'avoir reçu de l'argent pour consentir à la capitulation de la garnison de Torgau, qu'il pouvait, disait-on, forcer de se rendre à discrétion, ce général crut trouver un moyen de justification dans la mesure odieuse de faire arrêter le gouverneur de Torgau et le général Brun de Villeret, sous prétexte qu'après la capitulation ils auraient fait jeter des armes dans l'Elbe. Les deux généraux français furent traités de la manière la plus rigoureuse à Berlin et à Leipsick, et ils ne durent leur liberté qu'aux événements qui accompagnèrent le rétablissement des Bourbons sur le trône de France.

1814-1815

Rentré dans sa patrie, en juin 1814, le général Brun fut nommé par le roi, commandant du département de la Lozère (9e division militaire), le 23 du même mois.

Au retour de Napoléon en France, le général, cédant à des liaisons de famille (il avait épousé mademoiselle de La Fare, nièce de MM. Louis et Alphonse de Bruges), refusa de prendre du service et se retira dans sa terre de Malzieu.

Dans la position où se trouvaient les choses, le général Brun, afin de se mettre à l'abri des insinuations qu'il prévoyait pouvoir lui être faites pour l'engager à reprendre du service sous Bonaparte, se retira dans sa terre de Malzieu ; mais ses calculs furent trompés, et un ordre de joindre l'armée lui fut adressé dans sa retraite. Ayant refusé d'obtempérer à cet ordre, on lança contre lui un mandat d'arrêt que le général Gilly fut chargé de mettre à exécution : la perte de la bataille de Waterloo et les événements qui s'ensuivirent empêchèrent cette arrestation.

Vers ce temps, le duc de Dalmatie, major-général de l'armée de Bonaparte, jugea à propos de se rendre à Saint-Amand, son pays natal (département du Tarn), et d'aller chercher pour quelques jours un asile à Malzieu, auprès du général Brun de Villeret, qui lui fit l'accueil dû à un bienfaiteur. Mais alors une insurrection royaliste venait d'éclater dans ces contrées, et la présence du maréchal Soult acheva d'y échauffer toutes les têtes, qui étaient déjà en grande fermentation. Des gardes nationales se dirigèrent de tous les points sur Malzieu, pour arrêter le duc de Dalmatie. Le général Brun opposa au torrent qui menaçait la liberté et même la vie de son hôte, beaucoup de courage, de dévouement, et toute l'influence dont il jouissait dans le pays. Il parvint à assurer au maréchal la faculté de se rendre partout où il lui plairait ; mais celui-ci, qui était arrivé avec la cocarde blanche et en manifestant hautement l'intention de se dévouer au roi, ne voulut point disparaître, dans la crainte de faire soupçonner de fausseté les démonstrations qu'il avait faites ; et il préféra demander au général Brun une escorte pour aller à Mende se mettre à la disposition du conseil royal.

Des amis et des compatriotes du général Brun se réunirent au nombre de 200 pour former cette escorte, qui eut à faire une marche pénible, et à traverser diverses colonnes. La vie du duc de Dalmatie fut souvent en danger ; mais chaque fois le général Brun couvrit le maréchal de son corps, et, aidé de ses braves compagnons, il parvint à le conduire sain et sauf à Mende.

Dans cette ville, le général Brun fut encore assez heureux pour rompre des combinaisons qui seraient devenues funestes au maréchal, sur les jours duquel il veilla activement pendant trois semaines, c'est à dire jusqu'au moment où un ordre du ministre de la Guerre permit au duc de Dalmatie de se rendre dans ses foyers.

Les dispositions du comité royal étaient déjà changées lorsque le maréchal arriva à Mende ; les fonctions qu'il venait de remplir dans l'armée impériale inquiétaient quelques esprits ; on l'obligea d'attendre dans l'hôtel de la préfecture les ordres du gouvernement. Le préfet écrivit à Fouché, qui lui enjoignit de remettre au maréchal les passeports nécessaires pour se rendre dans son pays natal.

Ainsi la France dut au généreux dévouement du général Brun la conservation d'un officier illustre, qui fut si longtemps l'honneur de ses armées, et dont S.M. a daigné reconnaître les éminents services. Quelque temps après, la loi dite d'amnistie envoyait le duc de Dalmatie en exil.

Trois semaines après ces évènements, le 31 juillet 1815, le général écrivait de Mende au ministre de la guerre de Louis XVIII :

« M. le duc de Dalmatie, dont j'ai été l'aide de camp est arrivé chez moi le 7 juillet avec la cocarde blanche, et en annonçant l'intention de prendre part à l'insurrection royale du midi. Il fit part tout de suite de ses intentions aux autorités de ma commune, et chargea le même jour deux citoyens recommandables de se rendre à Mende pour en instruire le comité royal. Ses ouvertures furent bien reçues ; on lui envoya des députés pour l'inviter à se rendre au chef-lieu ; il accepta avec empressement. »


À l'avènement du Maréchal-duc de Dalmatie au ministère de la Guerre, le général Brun fut nommé secrétaire général de ce ministère, le 18 décembre 1814, et prit une part très active aux grandes mesures d'organisation qui furent adoptées par le duc. En 1815, lors de l'« invasion de Bonaparte », le duc de Dalmatie quitta le ministère ; et le général Brun qui, dès ce moment, ne mit plus aucun intérêt à la conservation de sa place, demanda sa retraite du service : elle lui fut accordée par le duc de Feltre, le 14 mars.

Le duc d'Angoulême avait eu connaissance de la conduite du baron de Villeret pendant les Cent-Jours ; et S.A.R., en rentrant en France, expédia à cet officier une commission de commandant supérieur des départements de la Lozère et de l'Ardèche. Le général Brun exerça les fonctions que cette commission lui déférait, jusqu'à la publication de l'ordonnance royale du 19 juillet 1815, qui fit cesser les pouvoirs de cette nature. Il eût été facile au général Brun de rentrer en activité, et d'obtenir un commandement ; mais il préféra se livrer aux douceurs de la vie privée et aux soins de l'agriculture, pour laquelle il avait pris un goût très-prononcé. Il paraît certain que la crainte d'être appelé à des conseils de guerre, et de se voir dans le cas de porter des condamnations contre ses anciens compagnons d'armes, eut aussi beaucoup de part à sa détermination.

Chambre des députés et Chambre des pairs

Les élections de 1815 eurent lieu : M. Brun de Villeret fut le candidat du parti libéral dans la Lozère, et échoua à une minorité de sept voix ; il fut de nouveau ballotté en 1816, et il ne triompha que le 20 septembre 1817, à une forte majorité, date à laquelle il fut élu membre de la chambre des députés par ses concitoyens.

Quoique nommé par le parti libéral, il vint prendre place à la chambre sur les bancs du centre, mais vota le plus souvent dans l'intérêt de nos libertés.

Il demanda que la Chambre s'occupât d'un Code rural en harmonie avec l'état actuel de la propriété et appuyat le projet de recrutement de l'armée, dont il défendit les articles, surtout celui concernait l'avancement. Il se fit constamment remarquer par son zèle à défendre les intérêts de l'armée et les droits des militaires.

« Je ne partagerai pas, dit-il, la frayeur ridicule de ceux qui craignent d'avoir une armée militaire, c'est à dire qui désire la guerre : ce désir est naturel à une armée ; si elle ne désire pas la guerre elle la craindra, et alors ce sera la plus mauvaise armée du monde. »


Il plaida la cause des religieuses, en faveur desquelles il a fait admettre, dans le budget, une allocation annuelle de 500 000 francs.

Dans la discussion sur le budget particulier du ministère de la Guerre, il combattit les réductions proposées. Lors de la discussion du budget de 1819, on agita la question de savoir s'il fallait continuer ou suspendre les opérations relatives au cadastre. M. Brun de Villeret se décida pour l'affirmative, il fit observer que « si le cadastre était à faire en entier, si la question était encore toute neuve, la longueur du travail, l'incertitude du succès, la pénurie du trésor et l'énormité des dépenses seraient des motifs suffisants pour ne pas l'entreprendre ; mais un quart de l'ouvrage est terminé, ajouta-t-il, on n'a plus à craindre de consacrer des fonds à de fausses mesures, et ce serait justifier le reproche de légèreté qu'on fait depuis tant de siècles à la nation française, que d'abandonner une entreprise aussi belle au moment où l'on a l'espoir de la terminer. Le cadastre parcellaire est nécessaire dans les communes. On n'aura rien fait pour elles jusqu'au moment où il sera terminé, et il est rigoureusement vrai de dire que les inégalités les plus frappantes des impositions, celles qui occasionnent des plaintes et qui forment des variations ne peuvent être corrigées que par le cadastre parcellaire. Ce travail sera d'ailleurs d'une utilité constante, journalière, et justement apprécié par les propriétaires. Tout le monde sait que dans les communes qui en possèdent même d'informe, on est à chaque instant dans le cas d'y avoir recours ».

Brun de Villeret s'opposa à la proposition Laisné de Villevèque tendant à faire restituer aux émigrés leurs rentes sur l'État, tout en déclarant qu'il fallait secourir les émigrés ; « mais, dit-il, le cri de l'humanité ne s'accorde pas ne s'accorde pas toujours avec la raison d'État et avec les maximes d'une d'une saine politique : la génération actuelle a aussi des droits à notre sollicitude, et pour des excès dont elle a été victime elle même elle supporte des charges accablantes ; la justice se tait toujours devant l'impossibilité lorsqu'il s'agit de l'administration générale. N'oublions pas que nous avons eu une infinité de gouvernements dilapidateurs, et vingt constitutions ; que les folies de notre dernier dictateur ont fait retomber sur nous des obligations au dessus de nos forces. Si nous voulons reconnaître toutes les dettes créées au nom du trésor, une insolvabilité absolue deviendra une conséquence nécessaire de la mesure. ».

Lors de la discussion relative aux subsistances de Paris : le général Brun de Villeret proposa un amendement ainsi conçu : les sommes dues à l'état par la ville de Paris, pour avances faites à l'occasion des subsistances, seront remboursées au trésor en paiements annuels et consécutifs de deux millions chacun, et dont le premier commencera en 1820, conformément aux clauses énoncées, relativement à ces avances, dans le conseil municipal de 1816. L'honorable membre développa cet amendement, et ajouta que«  la France s'étonnerait, et peut-être avec raison, d'apprendre que sans l'aveu des chambres 40 millions avaient été dépensés par le trésor, en 1817, pour l'approvisionnement de Paris : Sur cette somme, dit-il, dix-huit millions n'ont été donnés qu'à titre de prêt au conseil municipal ; il est juste et naturel d'en exiger le remboursement. Pourquoi veut-on nous entretenir des charges de Paris, la plus opulente ville de l'Europe ? Ses impositions sont énormes, dira-t-on : on en convient ; mais les avantages dont jouissent les habitants de Paris les dédommagent bien amplement de ce qu'ils peuvent avoir à souffrir d'un pareil fardeau. Ces avantages consistent dans des élablissemens précieux d'enseignement, qui leur permettent de donner, à peu de frais, à leurs enfants une éducation brillante ; dans une multitude d'emplois qui sont concentrés dans leurs murs, dont les départements font tous les frais, et dont les Parisiens profitent d'une manière exclusive ; dans un commerce et une industrie qui rendent les provinces tributaires de la capitale ; dans la concentration de tout le numéraire du royaume, qui s'y est accumulé depuis quelques années, au point qu'on le place difficilement à quatre pour cent, tandis que la rareté s'en fait sentir dans tous les départements, que les denrées s'y trouvent sans débouché et que le prix vénal des denrées est arrivé au dernier degré d'avilissement ». L'amendement fut rejeté.

Il prononça, sur la loi de tendance, les compte et le budget, des discours qui eurent un certain retentissement.

Baron de l'Empire depuis le 20 juin 1813, il fut confirmé, en 1818, dans cette dignité par S. M., qui déjà l'avait nommé chevalier de Saint-Louis, le 1er novembre 1814, et commandeur de la Légion d'honneur, le 17 janvier 1815. Il a été fait maître des requêtes en 1819.

Alors que M. Brun de Villeret siégeait à la chambre des députés un spirituel écrivain disait de lui : « M. Brun de Villeret est un loyal député, et la Lozère ne pouvait faire un meilleur choix ; il est d'une belle stature ; son teint est brun ; ses traits sont mâles et prononcés ; sa constitution est forte et vigoureuse ; il est négligé dans sa toilette, et sa démarche est lourde ; il est très myope et ne s'asseoit peut-être au centre que parce qu'il n'aperçoit pas nettement la gauche, et se trompe de côté. »[1]

À la Chambre, son opposition à la loi du double vote (1820) lui valut, à son retour dans son pays, les félicitations des libéraux ; mais le parti aristocratique dominait dans les collèges électoraux de la Lozère, et le général Brun de Villeret resta jusqu'en 1827 en dehors de la vie politique.

Il se retira dans ses propriétés, où il vécut pendant cinq ans dans la retraite, livré tout entier à l'agriculture, à la création d'une fabrique et à des travaux importants et d'un grand intérêt pour sa commune.

La réaction libérale de 1827 réveilla le zèle de ses amis, et les élections de cette année le ramenèrent au Parlement le 17 novembre 1827 en remplaçement du comte René de Bernis : le collège de département de la Lozère lui avait donné 164 voix sur 264 votants et 333 inscrits. Il y reprit sa place au centre gauche et prononça quelques discours conformes aux principes qu'il avait toujours professés ; il fut un des signataires de la fameuse adresse des 221.

La chambre fut dissoute, et aux élections qui furent la conséquence de cette dissolution M. Brun de Villeret lutta en vain contre l'esprit aristocratique de son pays. Il rentra dans la vie privée ; mais à la première nouvelle des événements de Juillet il fut appelé à Mende par les amis de la révolution nouvelle. Il fut chargé d'aller à la tête d'une députation protester du dévouement des habitants de la Lozère au régime nouveau, ainsi que complimenter le nouveau monarque. M. Brun de Villeret fut consulté par les ministres sur les changements à opérer dans les administrations civiles et judiciaires, et coopéra à une organisation qui, sans déplacer beaucoup de fonctionnaires, assura dans son pays la marche du gouvernement, mais non le triomphe des vrais principes populaires.

M. Brun de Villeret était en retraite comme maréchal-de-camp depuis 1815. Le maréchal Gérard, ministre de la Guerre, le rappela à l'activité et le nomma commandant du département de la Lozère. L'année suivante, Louis-Philippe Ier le fit lieutenant-général, et lui donna le commandement de la 19e division militaire. Le roi le nomma enfin pair de France le 11 septembre 1835 et le créa grand officier de la Légion d'honneur.

Vie familiale

Louis Bertrand Pierre (on trouve également Louis Bertrand Pierre) est le fils aîné de Pierre Gabriel Brun, seigneur de Villeret, lieutenant civil et criminel au Malzieu et de Marie-Anne Adélaïde Prouèze (1750 - Saint-Alban12 mai 1833).

Il épouse le 23 septembre 1803 avec Marguerite Julie Catherine Charlotte Cabot de La Fare ( † 17 août 1860 - Le Malzieu-Ville), fille de Charles Jean Pierre Cabot, seigneur de La Fare (chef d'escadron et chevalier de Saint-Louis (1818)), et de Emmannuelle Jeanne Suzanne de Bruges (sœur de MM. Jean Louis, comte de Bruges, lieutenant-général des armées du roi, aide de camp de S.A. Monsieur frère du roi ; et Alphonse, vicomte de Bruges, lieutenant-général des armées du roi). Il eurent ensemble :

  • Madeleine (née en 1866), marié avec M. Pellissier de Féligonde ;

État de service

Campagnes

Faits d'armes

  • Affaire de Sainte-Ildefonse :
    • Attaqué par 400 guérillas espagnols, qui le cernèrent au dessous de Sainte-Ildefonse : il se défendu pendant trois heures derrière les débris d'un mur, quoique son escorte ne se composât que de 60 soldats badois. Il perdit 20 hommes, ses effets, tous les chevaux du détachement, mais il conserva ses dépeches, et, plus heureux que le général Lejeune. Il fut dégagé par la garnison de Ségovie, qui, au bruit du feu, accourut à son secours ;
  • Bataille de Wurschen :
    • À la tête de quatre bataillons italiens et de deux bataillons français de nouvelle levée, il enleva trois positions à l'ennemi, eut deux chevaux tués sous lui, la lame de son sabre brisa dans sa main, et il reçut deux contusions ;
  • Siège de Torgau.

Blessures

Décorations

Titres

Hommage, Honneurs, Mentions,...

Autres fonctions

Pensions, rentes, etc...

Réglement d'armoiries

« Armes des Brun de Villeret : D'azur, à une tour d'argent, accompagnée en chef d'une étoile d'or, celle-ci accostée de deux croissants du second.[3][4] »
« Armes du baron Brun de Villeret et de l'Empire : D'azur, à une tour d'argent, accompagnée en chef d'une étoile d'or et accostée de deux croissants du second[3] ; au canton des Barons militaires de l'Empire brochant.[5] »

Publications

  • Louis Brun de Villeret, Louis de Saint-Pierre, Les cahiers du général Brun, baron de Villeret, pair de France, 1773-1845, Plon, 1953 [présentation en ligne] 

Bibliographie

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

Notes et références

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