Ligue catholique (France)


Ligue catholique (France)
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Procession armée de la Ligue à Paris en 1590, Musée Carnavalet.

La Ligue catholique, la Sainte Ligue ou la Sainte Union est le nom donné pendant les guerres de religion à un parti de catholiques qui s'est donné pour but la défense de la religion catholique contre le protestantisme.

Son succès est tel qu'elle devient un danger pour la monarchie. En 1588, elle parvient à chasser le roi Henri III de la capitale. La Ligue décline petit à petit devant les victoires du roi Henri IV.

Elle constitua un des plus grands dangers que connut la monarchie française avant l’avènement de l’absolutisme, avec la Fronde, au siècle suivant, dont les acteurs gardèrent présente à l'esprit la Ligue, comme modèle ou comme repoussoir.

Sommaire

La première Ligue

Des organisations catholiques de petite taille existent déjà, un peu partout en France, comme la Ligue picarde, créée en 1568. Cependant, l’attribution de places de sûreté aux protestants provoque un choc, et la révolte des catholiques contre le roi. Les confréries du Saint-Esprit et autres ligues s’unissent alors « au nom de la Sainte Trinité pour restaurer et défendre la Sainte Église catholique, romaine et apostolique ». C’est une révolte contre les édits royaux : Jacques d'Humières, gouverneur de Péronne, refuse de remettre la ville aux protestants et, avec l'appui de seigneurs des environs (selon un manifeste qu'ils préparent en commun au château voisin d'Happlaincourt et signent à Péronne en juin 1576), lance un appel aux princes et prélats du royaume, afin de rétablir la religion catholique et « l’obéissance de Sa Majesté »[1],[2]. Le mouvement s’étend rapidement à toute la Picardie (par exemple avec les villes d'Abbeville, Saint-Quentin, Beauvais, Corbie), soutenu par l’Espagne (les Pays-Bas espagnols s’étendent alors jusqu’à l’Artois voisin), puis à toute la France. Dans un premier temps, les ligueurs se veulent de bons et loyaux sujets du roi de France Henri III, du moment que ce dernier défend avec opiniâtreté l’Église catholique romaine. Le programme des Ligueurs, outre la défense de l’Église, comprend d’ailleurs celle du roi, et celle des États généraux.

Dès novembre, le duc de Guise, vaillant capitaine et proche cousin de la reine Louise, organise la Ligue à Paris. En décembre 1576, le roi Henri III - par souci politique de la neutraliser - prend la tête de la Ligue, et réécrit son programme (la partie où le pouvoir royal est soumis aux États généraux). L’année suivante, l’agitation générale se calme, et le Traité de Bergerac est signée le 14 septembre 1577. La liberté de conscience est accordée aux protestants, ainsi que la liberté de culte dans les faubourgs, et des places de sûreté pour six ans.

La seconde Ligue

La renaissance

Après ce répit de sept ans, la crise renaît en 1584, avec la mort de l'héritier du trône François, duc d'Alençon, et l'acceptation comme héritier par le roi - en accord avec la loi salique qui régit la succession au trône de France - de son plus proche parent en ligne masculine, le roi de Navarre Henri IV, un prince protestant.

Henri de Guise prend la tête d’une nouvelle Ligue. Depuis 1582, le roi d’Espagne Philippe II apporte son soutien financier aux catholiques, y voyant sans aucun doute le double moyen d’affermir la catholicité et d’affaiblir le roi de France, son rival sur la scène européenne. Il confirme ce soutien par la signature du traité de Joinville le 31 décembre 1584, où le successeur désigné au trône est le cardinal de Bourbon, oncle du roi de Navarre, second dans la ligne de succession mais catholique.

La Ligue publie sa proclamation le 31 mars 1585 à Péronne, où elle déclare vouloir rétablir la religion unique, soustraire le roi à l'emprise de ses favoris, et l'obliger à faire appel régulièrement aux États généraux. Les ralliements de chefs militaires se multiplient.

Par le traité de Nemours, Henri III de France doit céder devant les exigences de la Ligue, devenue trop puissante. La huitième guerre de religion se solde par un statu quo militaire, la victoire protestante à Coutras étant équilibrée par les victoires d’Henri de Guise à Auneau et Vimory (1587), ce qui renforce encore le prestige de ce prince et de la Maison de Lorraine.

Parallèlement à cette seconde Ligue, une ligue des villes se forme, d’abord à Paris, puis en Touraine, Champagne, Bourgogne. Dirigée comme une société secrète, elle possède sa propre armée, et est beaucoup plus démocratique que la Ligue nobiliaire. Elle considère en effet que le roi n’a plus de légitimité, et doit se soumettre aux États généraux ; après 1591, elle considère même que la noblesse doit s’y soumettre.

Le bras-de-fer avec Henri III

Cependant Henri III avait interdit à Henri de Guise d’entrer dans Paris, où des rumeurs d’insurrection couraient. Mais celui-ci passa outre, et pénétra dans la capitale le 9 mai 1588. Devant les mouvements de l’armée royale, Paris soutenant les Guise ne tarda pas à se hérisser de barricades (journée des barricades du 12 mai 1588 initiée à la place Maubert[3]). Ayant perdu le contrôle de sa capitale, Henri III se réfugie à Chartres. Contraint de se réconcilier avec les Ligueurs, il signe à Rouen le 15 juillet 1588 l’Édit d'Union contre les protestants, et livre la ville portuaire de Boulogne-sur-Mer aux Ligueurs pour que ces derniers puissent y recevoir la flotte espagnole. De plus, Henri de Guise est fait lieutenant-général du roi pour le royaume (chef des armées).

Le roi est contraint de convoquer de nouveau les États généraux, à Blois. Ceux-ci sont majoritairement favorables à la Ligue, et lui refusent des subsides. C’est alors qu’Henri III tente par un coup d’éclat de se débarrasser des Guise. Peu avant Noël (23 décembre 1588), il fait exécuter sommairement le duc de Guise, arrêter les chefs ligueurs dont le cardinal de Lorraine, frère du duc de Guise, (qui est exécuté le lendemain), l'archevêque de Lyon, le cardinal de Bourbon, le prince de Joinville, fils du duc de Guise, sa mère la duchesse de Nemours et son cousin, le duc d’Elbeuf. Plusieurs députés des États généraux sont également arrêtés.

Ce coup d'État provoque un soulèvement général. La Sorbonne relève les sujets de leur devoir de fidélité au roi. Toutes les provinces tenues par la Ligue (essentiellement la Champagne, le Midi, la Bourgogne, la Bretagne, la Normandie tenue par Philippe-Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur, gouverneur de Bretagne et beau-frère d’Henri III, et la région de Paris) se soulèvent contre le « tyran » Henri III. Celui-ci s’allie au roi de Navarre, et leur armée met le siège devant Paris. C’est alors qu’Henri III est assassiné le 1er août 1589 par Jacques Clément, un dominicain membre de la ligue.

La lutte contre Henri IV

Médaille de « Charles X » frappée par la Ligue, vers 1589.

La Ligue oppose une résistance acharnée au huguenot Henri de Navarre, roi légitime, à qui elle préfère son oncle, le cardinal Charles de Bourbon, aussitôt appelé « Charles X » (il meurt en prison en 1590). Écrasée à la bataille d'Ivry le 14 mars 1590, éprouvée par deux sièges successifs de la capitale, la Ligue ne désarme pas. Les membres les plus extrêmes de la Ligue font même régner la terreur à Paris. Tout en organisant de spectaculaires processions (processions de religieux armés et processions de milliers d'enfants), elle met en prison les hommes réputés royalistes, appelés politiques. Sous l'autorité des Seize, la terreur exercée par la Ligue parisienne atteint son aboutissement en 1591, par l'exécution du président du Parlement de Paris, Barnabé Brisson, pourtant ligueur. Henri IV et ses troupes tentent de prendre Paris, notamment par la ruse, lors de la Journée des farines, mais échouent dans cette tentative.

La Ligue connaît une fracture quand le duc de Mayenne, frère d’Henri Ier de Guise et chef de la Ligue nobiliaire, rentre à Paris pour punir les extrémistes qui ont décidé la mort de Brisson. Au final, les excès de la Ligue, son penchant pour un prince étranger, son financement espagnol, sa remise en cause de la monarchie, détachent d’elle progressivement, à partir de 1591, les royalistes, puis les villes les unes après les autres[4]. Cependant, elle ne désarme qu’au moment où Henri IV abjure sa foi protestante et retourne au catholicisme. Il est sacré roi à Chartres le 27 février 1594 et entre dans la capitale quelques mois plus tard.

La chute de Paris marque pour la Ligue le commencement de la fin. La victoire de Fontaine-Française, en Bourgogne, le 5 juin 1595 sur les derniers Ligueurs (menés par duc de Mayenne, et épaulés par les Espagnols), la met en déroute. À la paix de Vervins, les Espagnols abandonnent les dernières places qu’ils tiennent en France. La fin définitive de la Ligue a lieu après la soumission du duc de Mercœur, gouverneur de Bretagne. Des nobles ligueurs, seul le duc d'Aumale a refusé de se rallier à Henri IV.

Épilogue

L'esprit de la Ligue ne disparaît pas avec le retour de la paix. Nombreux sont ceux à faire de la résistance et à considérer le roi comme hérétique. Depuis leur exil aux Pays-Bas espagnols, les chefs ligueurs extrémistes comme Jean Boucher appellent le peuple au régicide. À plusieurs reprises, Henri IV manque de se faire assassiner. À la fin de son règne, l'esprit de la Ligue connaît une petite renaissance. Après que le roi a été assassiné par Ravaillac, plusieurs personnes sont arrêtées pour avoir approuvé le meurtre, et une nouvelle Saint-Barthélemy se prépare même, dit-on, à Paris durant l'été 1610.

Pourtant l'esprit de la Ligue disparaît avec la mort d'Henri IV. Sous le règne de Louis XIII, le parti dévot prend le relais. Sous la férule du cardinal de Bérulle et de Michel de Marillac, il s'opposera à la politique religieuse du cardinal de Richelieu qu'il jugera trop clémente à l'égard des protestants.

Notes et références

  1. Pierre Miquel, Les Guerres de religion, Club France Loisirs, 1980 (ISBN 978-2-7242-0785-9) p321-322
  2. Conspiration faite en Picardie, sous fausses et meschantes calomnies contre l’edict de pacification (1576), annoté par Édouard Fournier (1857).
  3. Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments de Félix et Louis Lazare, facsimilé de l'édition de 1844, p.427.
  4. Pierre Miquel, Les Guerres de religion, Club France Loisirs, 1980 (ISBN 978-2-7242-0785-9) p. 379-380

Annexes

Bibliographie

  • P.L Anquetil, L'esprit de la ligue, Paris, 1783.
  • La Ligue en exil :
    • Robert Descimon et José Javier Ruiz Ibanez, Les ligueurs de l'exil. Le refuge catholique français après 1594 , Seyssel, Champ Vallon, collection « Époques », 2005.

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