Les courtisans, serviles et paresseux


Les courtisans, serviles et paresseux

L'Éloge de la Folie

Illustration d'Hans Holbein le Jeune en marge d'une édition précoce de L'Éloge de la Folie

L’Éloge de la Folie (dont le titre grec est Morías enkómion (Μωρίας ἐγκώμιον) et le titre latin, Stultitiae laus), est un essai écrit en 1509 par Érasme de Rotterdam et imprimé d'abord en 1511. Érasme révisa et développa son travail, à l'origine écrit en une semaine, pendant son séjour chez Thomas More (l’auteur d’Utopie) dans la propriété que ce dernier avait à Bucklersbury. On considère que c'est une des œuvres qui ont eu le plus d'influence sur la littérature du monde occidental et qu'elle a été un des catalyseurs de la Réforme.

Érasme en avait conçu les grandes lignes au cours de ses voyages sur les routes d’Italie et d’Allemagne. Il s’agit d’une fiction burlesque et allégorique. Érasme y fait parler de la déesse de la Folie et lui prête une critique virulente des diverses professions et catégories sociales, notamment les théologiens, les maîtres, les moines et le haut clergé mais aussi les courtisans dont nous avons une satire mordante. Cet auteur a excellé dans le genre satirique. Ainsi, il est l’auteur des Colloques : une satire piquante des mœurs de son époque qui souligne son esprit indépendant. Mais dans L’Éloge de la Folie, la satire s’élargit et dépasse l’époque de son auteur pour atteindre la société humaine en général.

Sommaire

L’œuvre

Elle commence avec un savant éloge imité de l'auteur satirique grec Lucien, dont Érasme et Thomas More avaient récemment traduit l'œuvre en latin, un morceau de virtuosité dans le délire. Le ton devient plus sombre dans une série de discours solennels, lorsque la folie fait l'éloge de l'aveuglement et de la démence et lorsqu'on passe à un examen satirique des superstitions et des pratiques pieuses dans l'Église catholique ainsi qu'à la folie des pédants. Érasme était récemment rentré profondément déçu de Rome, où il avait décliné des avances de la Curie. Peu à peu la folie prend la propre voix d'Érasme qui annonce le châtiment. L'essai se termine en décrivant de façon sincère et émouvante les véritables idéaux chrétiens.

Allusions

Érasme était un grand ami de Thomas More, avec qui il partageait le goût de l'humour à froid et d'autres jeux de l'esprit. Le titre grec Éloge de la folie peut également être compris comme Éloge de More. Le second et le troisième degré transparaissent sous le texte. L'ouvrage est dédié à Thomas More, ce qui explique le jeu de mot du titre original, Encomium Moriae.

L'essai est rempli d'allusions classiques placées à la manière typique des humanistes instruits de la Renaissance. La folie est présentée comme une des déesses, fille de la Richesse et de la Jeunesse ; parmi ses compagnons fidèles on trouve Philautia (le narcissisme), Kolakia (la flatterie), Léthé (l'oubli), Misoponia (la paresse), Hedone (le plaisir), Anoia (l'étourderie), Tryphe (l'irréflexion), Komos (l’intempérance) et Eegretos Hypnos (le sommeil profond).

Succès

L'Éloge de la Folie a connu un grand succès populaire, à l'étonnement d'Érasme et parfois à sa consternation[réf. nécessaire]. Le pape Léon X la trouvait amusante. Avant la mort d'Érasme, elle avait été éditée de nombreuses fois et avait été traduite en français et allemand. Une édition en anglais suivit. Une des éditions de 1511, illustrée avec des gravures sur bois par Hans Holbein l'aîné, a fourni les illustrations les plus célèbres de l'ouvrage.

Les chapitres

Chapitre LVI (56)

Dans le chapitre LVI (56), le ton est fort désobligeant pour les courtisans dont l’auteur fait tomber le masque et fait apparaître la vie mondaine et frivole.

Valeur satirique des épithètes employées pour qualifier les courtisans

Les courtisans sont désignés comme des êtres détestables, ainsi les adjectifs suivants le prouvent : « rampant », « servile », « sot ». En soulignant que quatre d’entre eux sont associés à une valeur superlatif signalée par le « plus » (« plus servile, plus sot »). Ils annoncent la couleur par le jeu de l’accumulation, la répétition et l’antithèse. La petitesse des courtisans oppose leur soif de grandeur. Les adjectifs remettent de ce fait les choses à leur place : « ils n’en prétendent pas moins ». Dans ce texte, l’auteur souligne particulièrement le caractère abusif dont bénéficient les courtisans. On a tout de suite cerné les intentions d’Erasme.

Une série de reproches et de griefs

Le premier grief adressé par Erasme est le triomphe du paraître, en effet tout est fonction de signes extérieurs, l’or, les pierreries, la pourpre…

Ils se donnent à voir comme des êtres remarquables. Ce n’est évidemment que de l’hypocrisie, exemple le privilège d’appeler le roi « sire ». La frivolité et la sensualité associées à toutes les activités, une vie fondée sur la mondanité. On parlera de goinfrerie : « souper », « dîner », « déjeuner », « beuveries ». Si Erasme assimile les courtisans au prétendant de Pénélope, c’est pour dénoncer qu’ils se servent de leurs propres intérêts. Le triomphe du paraître, l’oisiveté, la paresse, d’être dépourvu de scrupule pour arriver à ses fins puis la vanité, l’orgueil et la suffisance. Erasme fait une diatribe contre les courtisans, l’idée essentielle étant que les courtisans sont ni plus ni moins que des parasites.

Les outils de la satire

Des effets de chute et de contraste très malicieux

Effet de chute : « Sur un point seulement ; ils sont réservés […] ils laissaient de celles-ci la pratique aux autres ». Tout est effet de leurre, ce ne sont que des apparences, à suggérer que tout est illusion. La satire montre que ce sont des acteurs qui évoluent sur une scène de théâtre qui est la Cour. La dérision avec laquelle Erasme tend donc à la déesse de la folie. Les courtisans sont des imposteurs mais ils sont vides de sincérité.

Des effets d’accumulation

Dès le début, on souligne cette valeur accumulative à la ligne 1 et 2. À la ligne 5, on souligne les signes extérieurs de la dignité du personnage. Erasme énumère les activités quotidiennes des courtisans. Cela lui permet de dénoncer des activités très ludiques (« dés », « échecs »), les plaisirs de la table effectués par ceux-ci, la valeur accumulative de « puis » renforce cette idée. Le jeu du pluriel renvoie à une valeur hyperbolique de cette évocation qui identifie les courtisans comme des paresseux. L’accumulation du temps à la ligne 21 montre que au bout du compte, il ne s’agit que de décompter le tromper pour ainsi tromper l’ennui.

Des formules ironiques

Ils s’attachent à aborder ses signes et ses symboles pour afficher leur dignité de courtisans : ils « se croient la compagnie des dieux ». Le regard qu’ils portent sur eux-mêmes est satisfait, ils s’admirent, se gargarisent de leur image, ils ne flattent en fait que leur propre vanité mais chacun sait que cela n’est pas le cas.

Les comparaisons

« qu’ils vivent comme de vrais Phéaciens » : une façon de mettre en avant l’intrigue. Une comparaison identifie les gens de la Cour comme l’intérêt de gagner pour eux. La mythologie est un outil de comparaison. Le ridicule des gens de Cour est mis en valeur pour tous ces procédés, ils apparaissent ridicule. Erasme montre que les courtisans sont des usurpateurs, des ridicules, une illusion.

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