Les Bronte


Les Bronte

Les Brontë

Anne, Emily et Charlotte Brontë, par leur frère Branwell (vers 1834). Lui-même s'était représenté, au milieu de ses sœurs, avant de s'effacer, pour ne pas surcharger le tableau.

Les Brontë sont une famille littéraire anglaise du XIXe siècle. Leur notoriété est due à la fratrie formée par trois sœurs, poétesses et romancières, Charlotte (née le 21 avril 1816), Emily (née le 30 juillet 1818) et Anne (née le 17 janvier 1820). Elles publient des poèmes, puis des romans sous des pseudonymes masculins, suivant en cela la coutume de l'époque lorsque les auteurs sont des femmes. Leurs romans attirent immédiatement l'attention, pas toujours bienveillante, pour leur originalité et la passion qu'ils manifestent. Seul Jane Eyre, de Charlotte, connaît aussitôt le succès. Mais Agnes Grey puis The Tenant of Wildfell Hall (La Locataire de Wildfell Hall) d'Anne et Wuthering Heights (Les Hauts de Hurlevent) d'Emily sont admis plus tard parmi les grandes œuvres de la littérature.

Rien ni personne, parmi les ascendants, ne laisse présager les dons que les enfants manifesteront dès leur plus jeune âge. Très proches, les trois sœurs et leur frère Branwell développent leur imagination en écrivant ensemble des histoires de plus en plus complexes, au contact d'un père issu d'une famille de paysans, mais qui a réussi à poursuivre de bonnes études jusqu'à l'université de Cambridge. La confrontation à la mort, de leur mère d'abord, mais surtout de leurs deux sœurs aînées, les marque profondément et influence leurs œuvres.

Leur propre destinée tragique, tout autant que leur précocité, ont beaucoup contribué à leur renommée. Depuis leur disparition et même du vivant de leur père, mort à 84 ans en 1861, elles font l'objet d'un culte qui n'a fait que croître. Leur demeure, le presbytère de Haworth, aujourd'hui transformé en musée, est devenu un lieu de pèlerinage où se pressent, chaque année, des centaines de milliers de visiteurs venus du monde entier.

Sommaire


La genèse d'une fratrie d'écrivains

Portait de Patrick Brontë, vers 1860, portant une large cravate blanche « à la Wellington », comme il les affectionne.

Les membres de la famille Brontë

Patrick Brontë (17 mars 1777 - 7 juin 1861), le père, est né dans le comté de Down, en Irlande, d'une famille paysanne extrêmement modeste. Pasteur anglican titulaire de la paroisse de Haworth, dans le Yorkshire, il est aussi poète, écrivain et polémiste à ses heures.

Son épouse, Maria Brontë (15 avril 1783 - 15 septembre 1821), née Branwell, est originaire de Penzance, Cornouailles et vient d'une famille de petite aisance[1]. Elle meurt à trente-huit ans.

Elizabeth Branwell (Penzance, 1776 - Haworth, 29 octobre 1842) vient de Penzance en 1821, après le décès de sa sœur, pour aider Patrick à s'occuper des enfants. Elle est connue sous le nom de Aunt Branwell (« Tante Branwell »).

Patrick et Maria Brontë ont eu six enfants : Maria (Clough House, High Town, 23 avril 1814 - Haworth, 6 mai 1825), l'aînée, meurt à onze ans ; Elizabeth (Clough House, High Town, 8 février 1815 - Haworth, 15 juin 1825) meurt un mois plus tard, à l'âge de dix ans.

Charlotte (Thornton, 21 avril 1816 - 31 mars 1855), poétesse et romancière, morte à trente-neuf ans, est l'auteur de Jane Eyre, son œuvre la plus connue, et de trois autres romans.

Patrick Branwell (Thornton, 26 juin 1817 - Haworth, 24 septembre 1848), dit « Branwell », peintre, écrivain, petit employé, s'adonne à l'alcool et au laudanum. Il meurt à trente et un ans.

Emily Jane (Thornton, 30 juillet 1818 - Haworth, 19 décembre 1848), poétesse et romancière, morte à trente ans, publie Wuthering Heights (Les Hauts de Hurlevent), son seul roman.

Anne (Thornton, 17 janvier 1820 - Scarborough, 28 mai 1849), poétesse et romancière, morte à vingt-neuf ans, écrit un roman largement autobiographique, Agnes Grey. Son second roman, The Tenant of Wildfell Hall (La Locataire de Wildfell Hall) (1848) est beaucoup plus ambitieux.

Les enfants Brontë meurent les uns après les autres prématurément et tous du même mal, la tuberculose, qui a d'abord frappé les deux aînées en 1825, puis Branwell, Emily et Anne en 1848 et 1849 à huit mois d'intervalle, enfin Charlotte en 1855.

L'étymologie du patronyme, d'abord Prunty (cf. infra), dénote des origines celtiques. La famille pourrait descendre du clan irlandais mac Aedh Ó Proinntigh, traduit en anglais par son of Aedh, grandson of Proinnteach (« fils de Aedh, petit-fils de Proinnteach »). Aedh est un prénom masculin dérivé de Aodh, (fire, « le feu »)[2]. Proinnteach (the bestower, « celui qui confère, qui donne ») trouve son origine dans un nom désignant une personne généreuse[N 1],[3].

Le père, Patrick Brontë

Article détaillé : Patrick Brontë.

La scolarité

Vue de l'université de Cambridge, où étudia Patrick Brontë. (La Cam est au premier plan, et King's College Chapel en arrière-plan, sur la droite.)

Pasteur anglican d'origine irlandaise, né le jour de la Saint-Patrick, le 17 mars 1777, Patrick Brontë est l'auteur de Cottage Poems (1811), de The Rural Minstrel (1814), de nombreux articles de journaux et de pamphlets, ainsi que de diverses poésies champêtres. C'est un garçon doué qui a fréquenté l'école jusqu'à seize ans. Pour financer ses études, ses parents ont loué un peu plus de deux hectares de terres supplémentaires. Il a ensuite fondé une école dite public — c'est-à-dire, selon la terminologie employée en Grande-Bretagne (et en Irlande), privée — et a travaillé comme précepteur et fait quelques économies. Ce pécule lui permet d'entrer au St John's College de Cambridge. Il est exceptionnel qu'un Irlandais du sud et de souche si humble soit admis dans un collège aussi prestigieux que St John's, égal en notoriété à Trinity College de Cambridge. Normalement, les Irlandais intellectuellement compétents fréquentent le Trinity College de Dublin.

Patrick doit cette admission à ses capacités reconnues par les autorités académiques ainsi qu'à la recommandation de Thomas Tighe. Juge de paix, fils de parlementaire et demi-frère de deux membres du parlement irlandais, il vante ses mérites en connaissance de cause, puisque Patrick a supervisé les études de ses enfants pendant quatre ans[4]. De plus, il a vraisemblablement fait étudier à Patrick le latin et le grec, pré-requis de l'entrée à Cambridge, peut-être en paiement partiel de son préceptorat. Le jeune Brontë reçoit une sizarship, bourse particulière à l'université[N 2], qui supplémente son pécule. Ainsi, il peut étudier les disciplines générales, l'histoire ancienne et moderne et la théologie de 1802 à 1806, ce qu'il fait avec sérieux, à la différence de nombre de ses condisciples fortunés. Les documents relatifs à sa scolarité subsistent dans les archives de l'université et ils attestent que, de bout en bout, Patrick a reçu la distinction de first class (« première classe »), ce qui correspond au minimum à une mention « Bien »[5].

Après avoir obtenu son diplôme de B. A. (Bachelor of Arts), il est conduit à l'ordination (10 août 1806), comme la majorité des étudiants sans grandes ressources. Ce choix correspond à ses aspirations et il y est aidé par son ami Henry Martyn. De quatre ans son cadet mais déjà Wrangler de l'université, le grade le plus élevé dans la hiérarchie des jeunes fellows (« assistants »), Martyn le recommande auprès des autorités ecclésiastiques. Patrick obtient alors une bourse supplémentaire destinée à « maintain pious young men designed for the ministry » (« pourvoir aux besoins de jeunes hommes de grande piété qui se destinent au ministère »)[6].

Le vicaire « perpétuel »

Le presbytère de Haworth, qui fut la maison des Brontë, est aujourd'hui transformé en musée, sous le nom de Brontë Parsonage Museum.
Un très mauvais souvenir de Patrick Brontë : la révolte des Luddites, brisant ici un métier à tisser.

Six années plus tard, en 1812, il rencontre Maria Branwell, venue depuis peu de sa Cornouailles natale. Âgée de 29 ans, elle est en résidence depuis quelques mois chez un oncle du Yorkshire, directeur d'un pensionnat pour garçons. Patrick y est invité à corriger les épreuves d'examen dites de « Scriptures », c'est-à-dire d'études bibliques. Cette jeune femme « éveillée, gaie et spirituelle »[7]lui inspire aussitôt un coup de foudre qui s'avère réciproque[8]. Il l'épouse le 29 décembre 1812[9]. Ils ont six enfants entre 1814 et 1820 : Maria (1814), Elizabeth (1815), Charlotte (1816), Branwell (1817), Emily (1818) et Anne (1820).

Le 20 avril 1820[10], la famille s'installe dans le presbytère de Haworth[N 3], près de Keighley dans le district du West Riding, Yorkshire[11]. La mort de son épouse, selon toute vraisemblance d'un cancer de l'estomac, laisse Patrick Brontë seul avec six enfants en bas âge dont il lui faut s'occuper. La sœur de la défunte, Elizabeth Branwell, vient de Penzance, en Cornouailles, où elle ne retournera jamais, le soutenir dans cette tâche.

Il prend les fonctions de Perpetual curate (« Vicaire perpétuel »)[N 4], mais il signera toujours avec la mention Incumbent (« Titulaire »). C'est un admirateur passionné de Wellington[12], le vainqueur de Waterloo, au point d'enrouler autour de son cou, comme son héros, une large cravate blanche qui ne cesse de s'allonger et finit par lui couvrir le menton. La mode en est tout à fait passée de son temps mais il ne l'abandonnera jamais, sous le prétexte qu'il a la gorge fragile. Cette adulation est reprise par ses filles qui, dans leurs petits livres (Voir chapitre Juvenilia), en font sous des noms divers, souvent très exotiques, le héros de bien de leurs histoires. Il professe des opinions très conservatrices, que partagent avec encore plus de rigidité ses enfants. Il prend souvent position dans la presse locale pour défendre ses points de vue, voire en publiant à ses frais des pamphlets. Par exemple, après avoir approuvé le Catholic Emancipation Act (« Loi relative à l'émancipation des Catholiques »)[13], il prend violemment position contre cette Église pour en dénoncer les intentions qu'il dit être malveillantes envers la Grande-Bretagne dans le conflit qui l'oppose à la province irlandaise en constante rébellion[14]. Chez les Brontë, le pape est considéré comme Satan en personne, et Charlotte, en particulier, fait sur les « papistes » une véritable fixation[15].

Elizabeth Gaskell, biographe de Charlotte Brontë
Portrait par le miniaturiste écossais William John Thomson (1832).

Un homme à principes mais généreux

Elizabeth Gaskell, première biographe de Charlotte (à la demande de Patrick), le décrit, suivant l'archétype du pasteur anglican, comme plutôt inflexible, rigide, hypocondriaque et misanthrope, description reprise depuis par certains auteurs, tels Margot Peters ou Daphne du Maurier. Elle évoque en particulier, au travers de deux anecdotes, l'attitude rigoriste de Patrick Brontë envers tout ce qui pourrait induire chez les siens un amour coupable de la toilette : il jette ainsi au feu des bottines de cuir qu'on avait offertes à ses enfants, et réduit en lambeaux une robe de soie que sa femme avait oublié de garder sous clé[16] (cette dernière anecdote est généralement considérée aujourd'hui comme apocryphe).

En fait, Patrick, tout excentrique qu'il est (il ne se couche jamais sans deux pistolets chargés qu'il vide à son réveil, par prudence, en tirant de sa fenêtre sur le clocher de son église, sur lequel les impacts sont toujours visibles, habitude prise après la révolte sociale dite des Luddites[17] et aussi l'agitation chartiste[N 5],[18] dont les membres du clergé sont souvent les victimes[19], est plutôt, comme le montre Juliet Barker, dans The Brontës, en 1995[N 6], à l'opposé de cette image : ouvert, intelligent, généreux comme tous les Branwell-Brontë, aimant profondément ses enfants[N 7]. Il les encourage à écrire, lire, courir la lande ou rêver. Ayant compris leur extrême vivacité d'esprit, il les envoie à Cowan Bridge, une nouvelle école pour les filles du petit clergé, afin de poursuivre leur éducation.

La solitude

Patrick Brontë ne peut épouser sa belle-sœur Elizabeth, si tant est que les deux y aient jamais songé. Le code de bonne conduite du XIXe siècle l'interdit, considérant ce genre d'union comme incestueux. Veuf en pleine force de l'âge, il essaie, et non sans conviction, de se trouver une seconde épouse. Mais les rencontres et les pourparlers n'aboutissent pas. Il aurait proposé le mariage à Isabella Dury de Keighley, ce qui aurait suscité quelques commérages à Haworth, puis à Mary Burder, son premier amour[20], qu'il a connue à Wethersfield[21]. Cette dernière laisse attendre sa réponse, mais quand le message parvient enfin au presbytère, en termes indirects mais clairs (« I am now settled […] for life », « Je suis maintenant installée […] pour la vie »), elle fait savoir qu'elle n'a aucune intention de renouveler leurs relations. Bref, Patrick se résout au veuvage. Il a 47 ans, de maigres revenus, une situation humble, de nombreux enfants : Dieu, pense-t-il, n'a pas l'intention qu'il convole une deuxième fois, et il en reste là[21].

La mort et les « Memorabilia »

Le presbytère de Haworth, peu après la mort de Patrick Brontë.

Il survit à toute sa famille et décède six années après la mort de Charlotte[22], à 84 ans, après avoir subi deux AVC (strokes) sans graves séquelles, souvent cloîtré dans son bureau où il prend depuis toujours ses repas, penché sur sa Bible et son Book of Prayers, (« Bréviaire »). Jusqu'à son dernier souffle, il est aidé par son gendre, le Révérend Arthur Bell Nicholls, vicaire (« curate ») de la paroisse, qui retourne ensuite s'installer, après avoir quitté les ordres, dans son Irlande natale à Banagher, accompagné de la servante Martha Brown, qui reste à son service (celle-ci meurt à Haworth, lors d'une visite à sa famille, et est donc enterrée au cimetière jouxtant l'église et le presbytère). Là, Arthur Bell Nicholls se remarie avec Mary Bell, sa cousine[23], tout en conservant le vivant souvenir et ce qu'on appelle les Memorabilia de sa première épouse, l'horloge du presbytère, les manuscrits, certains vêtements, le pupitre portatif, les petits piluliers et le tableau, plié en quatre en haut d'une armoire jusqu'en 1906, figurant ci-dessus[N 8],[N 9]. Tous ces objets sont, à sa mort, peu à peu vendus par Mary Bell Nicholls, à court d'argent, et, dans leur grande majorité, acquis par la Brontë Society, fondée le 16 décembre 1893 à l'Hôtel de Ville de Bradford[24].

La mère, Maria, née Branwell

Article détaillé : Maria Brontë (née Branwell).

Maria Brontë, née en 1783, meurt à 38 ans en 1821, vraisemblablement d'un cancer de l'estomac[N 10]. Elle se marie le 29 décembre 1812 à l'âge de 29 ans, le même jour que sa plus jeune sœur, Charlotte Branwell, en l'église de Guiseley, après que son fiancé y a célébré l'union de deux autres couples[25]. C'est la mère de Maria, Elizabeth, Charlotte, Branwell, Emily et Anne. Elle est connue pour sa vivacité d'esprit[26], sa gaieté et sa douceur, et c'est elle qui réalise pour elle-même et fait broder par ses enfants les abécédaires exposés au Brontë Parsonage Museum. Elle laisse un souvenir très vivace au presbytère, chez son mari et aussi Charlotte, l'aînée de la fratrie restante. Les plus jeunes, en particulier Emily et Anne, avouaient n'avoir gardé de leur mère que quelques images éparses, surtout celle d'une maman souffrant sur son lit de malade.

L'école mortifère de Cowan Bridge

Articles détaillés : Maria Brontë et Elizabeth Brontë.
Mycobacterium tuberculosis, le « bacille de Koch », qui fut la malédiction de la famille Brontë.

Très tôt, les six enfants placent l'écriture au centre de leurs intérêts, en en faisant tout d'abord un jeu qui, progressivement, se mue en passion. Si tous témoignent de dons pour la narration, ce sont les cadets qui auront le loisir de les développer. L'existence de ce quatuor d'enfants aussi « géniaux » que « maudits »[N 11] se noue donc dans la solitude d'un petit presbytère du Yorkshire autour de la figure omniprésente du Père.

Il faut, cependant, que ces enfants reçoivent une éducation plus formalisée[27]. En 1824, les quatre aînées entrent à l'école de Cowan Bridge[28], recevant les enfants des membres du clergé peu fortuné, qui avait été recommandée à Mr Brontë[N 12]. L'année suivante, Maria et Elizabeth tombent gravement malades et en sont retirées, mais elles décèdent peu après à quelques semaines d'intervalle, le 6 mai et le 15 juin 1825[29] ; Charlotte et Emily, enlevées elles aussi à ce lieu, retournent à Haworth. La perte de leurs deux sœurs est, pour les quatre enfants, un traumatisme qui transparaît notamment dans l'œuvre de Charlotte. Ainsi, dans Jane Eyre, Cowan Bridge devient Lowood, la figure pathétique de Maria est représentée sous les traits de la jeune Helen Burns, la cruauté d'une maîtresse, Miss Andrews, sous ceux de Miss Scatcherd et la tyrannie du directeur, le Révérend Carus Wilson, sous ceux de Mr Brocklehurst.

L'aînée, Maria

Maria Brontë (1814-1825), l'aînée des Brontë, connaît à Cowan Bridge le froid, la faim, les privations, la tyrannie des élèves plus âgées et les discours des professeurs sur la damnation éternelle et les flammes de l'Enfer (« fire and brimstone »)[30]. Elle en revient avec une tuberculose avancée. Charlotte, en particulier, la décrit comme très vive, très sensible et particulièrement précoce dans ses lectures et ses jeux.

Elizabeth, sa cadette

Elizabeth Brontë (1815-1825), la cadette, rejoint sa sœur Maria à Cowan Bridge où elle connaît le même sort. Cette petite fille aurait été un peu moins vive que son frère et ses sœurs et, semble-t-il, moins précoce. Cependant, sa mort prématurée ne peut laisser présager de ce qu'aurait été son avenir si elle avait pu cultiver les distractions studieuses et intellectuelles de la famille. Elle meurt le 15 juin 1825, dans les deux semaines suivant son retour chez son père[31].

La vie des petites Brontë à Cowan Bridge

La dureté des punitions infligés aux élèves dans la première moitié du XIXe siècle n'est pas propre à l'Angleterre (gravure allemande de 1849).

Cowan Bridge impose un uniforme réservé aux enfants dits Charity children (« enfants élevés par charité »), ce qui humilie les petites Brontë qui se trouvent parmi les plus jeunes des pensionnaires. Elles subissent les sarcasmes des anciennes, Charlotte, en particulier, qui, à cause de sa forte myopie, est obligée de se mettre le nez sur ses feuilles pour lire ou écrire. On y couche à deux dans chaque lit, tête bêche, on se lève avant l'aurore, fait une rapide toilette froide avec l'eau d'une bassine partagée par six élèves, et souvent cette eau s'est transformée en glace pendant la nuit car il n'y a aucun chauffage. Puis on descend pour une heure et demie de prières avant un petit déjeuner de porridge d'avoine bien souvent brûlé[32]. Alors commencent les leçons de neuf heures à midi, suivies d'une récréation dans le jardin jusqu'au dinner, repas pris très tôt comme il est souvent d'habitude en Angleterre. Les leçons reprennent, interrompues à 17 heures par une collation d'une demi-tranche de pain et d'un petit bol de café, elle-même suivie d'une nouvelle récréation de 30 minutes et d'une longue étude. La journée se termine par un verre d'eau, un biscuit d'avoine (oatcake), les prières du soir et le coucher. Les punitions pleuvent, privation de nourriture, de récréation, châtiments corporels, et les plus humiliantes sont à l'honneur, par exemple celle qui consiste à exposer une élève, perchée sur un tabouret et la tête couverte d'une sorte de bonnet d'infamie, pendant des heures sans bouger[33].

Cette punition est décrite par Charlotte dans Jane Eyre et on trouve, rapportée par Mrs Gaskell, confirmation de ces mauvais traitements. De plus, à Mr Williams, lecteur de Smith, Elder & Co, qui l'a félicitée pour la vigueur narrative de sa description, Charlotte répond avec une véhémence inhabituelle chez elle, protestant de la véracité de ses dires, de sa volonté de n'avoir pas « tout » raconté pour, justement, ne pas laisser à penser qu'elle exagérait. Enfin, il est difficile de penser que Charlotte, ayant ressassé pendant deux décennies les mauvais traitements infligés à ses sœurs décédées, ait pu inconsciemment les grossir, voire les inventer. Ce procès d'intention, qui a été tenté, est mis à mal par certains témoignages que Charlotte, conformément à ses dires à W.S. Williams, n'a pas relatés dans son livre. Par exemple, la description faite par un témoin non identifié à Mrs Gaskell, de la petite Maria qui, très malade et venant de recevoir, posée par le médecin, une ventouse sur le côté droit, s'est précipitamment levée en voyant Miss Andrews arriver dans la pièce et a commencé à s'habiller. Avant qu'elle ne puisse enfiler un vêtement, la maîtresse l'a violemment tirée au milieu de la pièce, accablée de reproches pour sa négligence et son désordre, et punie pour son retard, sur quoi Maria descend du dortoir alors qu'elle tient à peine debout. Selon Mrs Gaskell, son interlocutrice « spoke as if she saw it yet, and her whole face flashed out undying indignation » (« parlait comme si elle revoyait la scène et son visage s'enflammait d'une indignation inextinguible.) »[34].

Les plus rudes journées sont les dimanches. Par tous les temps et sans protection vestimentaire adéquate, les élèves se doivent de faire plus de cinq kilomètres à pied à travers champs jusqu'à l'église de leur pasteur où elles assistent à la première messe. Comme la distance interdit le retour à l'école, elles reçoivent un casse-croûte froid qu'elles prennent dans l'arrière-église avant d'endurer l'interminable service vespéral à la fin duquel elles repartent pour leur pensionnat. Arrivées là, après avoir marché transies et affamées, elles reçoivent une tranche entière, et cette fois non coupée en deux, de pain tartiné de beurre rance. Les dévotions dominicales se terminent par de longues récitations du catéchisme, l'apprentissage par cœur de textes bibliques et un sermon dont le thème souvent choisi est celui de la damnation éternelle[N 13].

Les Juvenilia : Glass Town, Gondal et Angria

Leur père court par monts et par vaux, visitant les pauvres et les malades, prodiguant prêches (toujours sans notes), messes et extrêmes onctions[35], laissant les trois sœurs, Emily, Charlotte, Anne, et leur frère Branwell seuls avec leur tante et une servante, Tabitha Aykroyd, dite Tabby, qui conte inlassablement les légendes de la lande en son dialecte du Yorkshire tout en préparant les repas[36].

Une expérience collective fondatrice : Glass Town

Article détaillé : Glass Town.
Un soldat ashanti du XIXe siècle, tels que ceux qui, alliés aux Français, menèrent une guerre destructrice contre Glass Town vers 1830.

À l'origine de ce royaume imaginaire se trouvent douze soldats de bois que Patrick Brontë, le père des enfants, offre à Branwell au début du mois de juin 1826[37]. S'il a également acheté des jouets pour Charlotte, Emily et Anne, ce sont les soldats qui enflamment instantanément l'imagination des quatre frère et sœurs. Ils parlent d'eux comme the little men (« les petits hommes»), en choisissent chacun un et lui donnent un nom.

Le rôle de Charlotte et de Branwell

Cependant, ce n'est qu'au cours d'une froide journée de décembre 1827 que le monde imaginaire prend vraiment forme, lorsque Charlotte propose que chacun possède et administre « son » île[38], et que Branwell reprend immédiatement l'idée pour en tirer toutes les potentialités[39].

Alors surgissent la « Ville de verre » (« Glass Town »), mélange de Londres, Paris et Babylone[40], puis les royaumes de Gondal (créé par Emily et Anne, après le départ de Charlotte en 1831, et dirigé par une femme[41]), et d’Angria (créé par Charlotte et Branwell, après le retour de Charlotte). Ces contrées s'animent d'une multitude d'aventures complexes, consignées secrètement[N 14]. dans les small books ou little books. Ces « petits livres » (plusieurs centaines) sont de la taille d'une boîte d'allumettes (3,8 cm x 6,4 cm)[42]. et brochés sommairement avec de la ficelle. Les pages sont remplies d'une écriture très fine et très serrée, souvent en caractères d'imprimerie, sans ponctuation, et s'ornent de dessins explicatifs, de cartes précises, de schémas, d'illustrations de paysages ou de bâtiments, réalisés par chacun selon sa spécialité.

L'évolution des mondes imaginaires

Les sagas sont rédigées en prose, avec, de temps à autre, des pauses narratives où s'insèrent des poèmes, moments d'exception pendant lesquels les personnages se livrent à une méditation, expriment leurs états d'âme, leurs hésitations, s'abandonnent à des effusions lyriques. Ces poèmes sont ensuite soigneusement sélectionnés et les meilleurs consignés à part dans des carnets que les jeunes auteurs gardent jalousement pour les corriger, les améliorer, les porter à la perfection.

Ces mondes sont très structurés, historiquement, socialement, juridiquement, administrativement et politiquement. Ce sont des royaumes constitutionnels, avec des cours, des fêtes, des assemblées, des partis politiques, des luttes de pouvoir, des émeutes, des révolutions, des guerres, des codes civil et pénal, des tribunaux correctionnels et d'assises, des revues paraissant régulièrement, etc.[43]. Leur complexité révèle la maturité de ces enfants nourris de la lecture des trois journaux, quotidiens ou mensuels, auxquels leur père est abonné[44] ou des gazettes qui sont achetées chaque jour chez John Greenwood, le libraire-papetier du village.

Départ de Charlotte pour l'école de Miss Wooler

Ellen Nussey vers 1855, à l'époque de la mort de Charlotte Brontë.
L'élève
Une lettre de Charlotte Brontë à son amie, Ellen Nussey[N 15].

En 1831, Charlotte, qui a quinze ans, est confiée à l'école de Miss Wooler à Roe Head, Mirfield, Dewsbury Moor, au sud de Bradford. Le choix de cet établissement ne s'est pas fait au hasard. Patrick Brontë aurait pu envoyer sa fille plus près de son domicile, à Keighley par exemple, et sans doute à moindres frais. Miss Wooler et ses sœurs, cependant, ont bonne réputation : certains manufacturiers leur confient leurs enfants et Mr Brontë se souvient de cela et même du beau bâtiment devant lequel il passait souvent alors qu'il arpentait les terres des paroisses de Dewsbury, puis de Hartshead-cum-Clifton où il avait exercé les fonctions de vicaire[45],[46]. Son choix s'avère excellent, Charlotte n'y est pas malheureuse, fait de bonnes études et rencontre plusieurs jeunes filles qui restent, malgré quelques brouilles passagères, des amies à vie, en particulier Ellen Nussey, calme et rangée, et Mary Taylor, plus fantasque et qui tente, plus tard, sa chance en Nouvelle-Zélande avant de retourner au pays[47]. Charlotte revient de Roe Head en juin 1832, non sans le regret de quitter ses nouvelles amies, mais, comme toujours, heureuse de rejoindre le cocon familial[48].

La maîtresse

Trois années plus tard, Miss Wooler fait appel à cette ancienne élève pour qu'elle lui serve d'adjointe. On décide alors en famille qu'Emily l'accompagnera pour y suivre des cours qu'elle n'aura pas à payer, les frais encourus faisant partie du salaire de Charlotte. Emily a dix-sept ans et c'est la première fois depuis Cowan Bridge qu'elle quitte son village. Ainsi, le 29 juillet 1835, les deux sœurs partent du presbytère, le cœur déchiré mais se consolant de ne pas être à nouveau séparées. Ce jour même, leur frère Branwell, dans un état de grande excitation, écrit le brouillon d'une lettre destinée à la Royal Academy of Arts (Académie royale des beaux arts), de Londres, pour demander à présenter certains de ses dessins en vue d'une possible candidature comme Probationary Student (« Étudiant stagiaire »)[49].

L'église St Mary, à Mirfield, proche de l'école de Miss Wooler

Charlotte enseigne donc pour la première fois, sans être toujours tendre envers ses élèves qu'elle décrit dans ses carnets, comme elle le fera plus tard à Bruxelles avec encore plus de mordant. Emily, cependant, se morfond, acceptant mal de partager un lit avec une camarade, contemplant les landes des fenêtres sans pouvoir aller les parcourir librement, bref, elle semble dépérir et, au bout de trois mois, il faut la reconduire d'urgence au presbytère. Anne, bravement décidée à étudier pour assurer son avenir, prend immédiatement sa place et restera jusqu'à Noël 1837[50].

La lassitude et le retour

Charlotte s'échappe de la monotonie en se réfugiant dans Angria dont, grâce aux lettres qu'elle reçoit de son frère, elle suit le développement. Lors de ses vacances à Haworth, elle renoue avec la saga, écrit de longs chapitres, se faisant parfois reprendre par son père qui aimerait la voir davantage s'impliquer à ses côtés dans les affaires de la paroisse, alors en ébullition en raison de l'institution des Church rates (impôt local pour l'église, alors que la majorité de la population est composée de Dissenters [« Dissidents »]). Entre-temps, Miss Wooler a déménagé à Heald's House, Dewsbury Moor, où Charlotte se plaint de l'humidité qui la rend malade. En définitive, elle quitte l'établissement en décembre 1838, après avoir reçu comme cadeau de départ, offert par Miss Wooler, un recueil de poèmes de Walter Scott, The Vision of Don Roderick and Rokeby (La Vision de Don Roderick et Rokeby)[51].

La « sécession de Gondal », menée par Emily et Anne

Article détaillé : Gondal (royaume imaginaire).
Journal d'Emily Brontë, entrée du 26 juin 1837, la montrant au travail avec Anne à la table de la salle à manger.

C'est au moment du départ de Charlotte pour Roe Head qu'Emily et Anne (souvent qualifiées de « jumelles », tant elles sont proches[52]). marquent leur indépendance vis à vis de Branwell, et font sécession de Glass Town pour créer Gondal[N 16],[53].

Emily est l'inspiratrice de ce monde imaginaire et en devient la gardienne, mais chacune des deux sœurs écrit ses poèmes dans le cadre défini de façon plus ou moins indépendante, même si chacune tient l'autre au courant de ses projets [54]. Dans son pupitre portatif, Emily enfouit les vers qu'elle a écrits[N 17]. et qui sont destinés à être, le cas échéant, insérés dans la saga[55].

Le peu de traces qu'il reste du cycle de Gondal rend très difficile son analyse. En effet, Emily a vraisemblablement détruit les carnets le concernant, à l'exception des poèmes qu'elles a jugé bon de consigner dans son carnet secret, mais d'où les références à Gondal ont été supprimées[56].

Les poèmes qu'Emily compose sont écrits pour elle-même. Quelle que soit la qualité de sa poésie, elle n'accorde pas d'importance à la survie de son œuvre, mais au seul fait de l'avoir écrite ; en témoigne la fureur qui s'empare d'elle lorsque Charlotte, émerveillée, découvre plusieurs poèmes par hasard et se permet de les lire[57].

D'autre part, certains des poèmes écrits par Emily pour Gondal portent en germe les personnages de Wuthering Heights[58], son unique roman, et son œuvre la plus connue.

Charlotte, dès son retour, et Branwell se concentrent sur le royaume d'Angria, commencé, croit-on, aux alentours de 1834[59], pendant que leurs sœurs continuent à étoffer celui de Gondal.

Influences littéraires ou artistiques reçues

Blackwood's Edinburgh Magazine, volume XXV : janvier – juin 1829. William Blackwood, Edinburgh and T. Cadell, Strand, London.

La symbiose

Ces mondes sont sortis peu à peu d'imaginations fertiles, mais nourris de lectures, de discussions, de passions littéraires. Les enfants Brontë ont, non pas subi, mais reçu à bras ouverts des influences diverses qui, d'une façon ou d'une autre, ne les quitteront plus et qu'on retrouvera dans certaines des œuvres de la maturité.

La symbiose existant entre les membres de la fratrie fait que ces influences sont d'abord collectives. Même si tous n'ont pas forcément lu les mêmes auteurs, leurs discussions animées veillent à ce que chacun soit informé d'un nouvel apport culturel. C'est une bibliothèque virtuelle que la famille possède, non sur ses étagères, car beaucoup de livres sont empruntés, mais dans les notes prises et, surtout, le souvenir qui en est gardé. Il est facile de demander un renseignement ou une référence, voire une citation. Il se trouve toujours quelqu'un qui sait et, s'il le faut, on s'interroge sans désemparer.

La presse et le Blackwood's Magazine

Les journaux apportent une manne d'informations. Le Leeds Intelligencer, le Blackwood's Edinburgh Magazine, conservateur et bien écrit, mieux, en tous les cas, que le Quarterly Review qui défend les mêmes idées politiques, mais s'adresse à un public peu raffiné, ce qui, d'ailleurs, est la raison pour laquelle Mr Brontë ne le lit pas[60], des publications d'adultes, tout cela est dévoré, disséqué, enregistré et exploité jusqu'au dernier détail.

Le Blackwood's Magazine, en particulier, alimente non seulement leur connaissance des événements du monde, mais aussi leur imagination : ainsi, la carte de l'Afrique qui y est publiée en juillet 1831, les intéresse aussitôt, car elle matérialise leur monde de Glass Town qu'ils ont situé en Afrique de l'Ouest[61]. De plus, leurs connaissances géographiques sont complétées par la Grammar of General Geography (Grammaire de géographie générale) de Goldsmith, dont il existe un exemplaire au presbytère[62].

Les « romans gothiques »

Ann Radcliffe, pionnière du roman gothique.

Ce même Blackwood's Magazine leur fait goûter les contes gothiques, devenus si populaires mais déjà sur le déclin. Jane Austen a raillé cette mode dans Northanger Abbey, où la jeune héroïne, Catherine Morland, qui a trop lu de romans, vit dans un monde imaginaire où la banalité se transforme en frayeurs et émois dont elle se persuade être l'objet et la victime. En fait, c'est une anti-héroïne qui, par sa naïveté même, dénonce in vivo l'outrance et l'incohérence de cette veine romanesque[63]. Coïncidence ou inspiration, le nom de Catherine Morland aurait suggéré à Emily le choix de Catherine pour son héroïne ; il précède Morland, qui, à un « o » près, évoque les moors (« landes » ) qu'elle aime tant. Et le pseudonyme choisi par Branwell, Northangerland, rappelle le « Northanger » de Jane Austen.

Ces contes inspirent à Emily ses premiers poèmes de Gondal, et à Charlotte et Branwell certains aspects d’Angria. D'ailleurs, Charlotte écrit, vers 1833, une histoire fantastique, traitée sur le mode humoristique, et intitulée Napoleon and the Spectre (« Napoléon et le Spectre »). On retrouve une touche de gothique dans Villette, hanté par la présence d'une nonne fantomatique, par une visite à la bizarre et difforme Mme Valravens qui ajoute au sentiment de solitude et d'anxiété de l'héroïne. C'est encore le cas dans Jane Eyre, lorsque surgit d'un étage mansardé l'épouse folle Bertha. Jane apprend avec effroi qu'elle occupe depuis longtemps la place alors même qu'elle et Rochester sont conduits à l'autel pour célébrer leur mariage.[N 18]. De même, résonne aux oreilles de l'héroïne un « rire surnaturel », au-delà de tout ce qu'on a entendu (preternatural laughter), digne de n'importe quel roman de Mrs Radcliffe. Enfin, alors qu'elle s'apprête à épouser son « sauveur », St John Rivers, et à partir aux Indes avec lui, s'élève une voix qui transperce les cieux, traverse les espaces et franchit les monts. C'est celle de Rochester dont l'amour pour Jane lui donne un pouvoir de télépathie sonore à distance. Et Jane repart, en une course effrénée, pour rejoindre cet homme, désormais blessé et aveugle, errant sur son domaine que les flammes finissent de dévorer[64].

Lord Byron, une source d'inspiration pour Charlotte, Emily et Branwell Brontë.

Lord Byron

Les enfants Brontë s'écartent vite de la forme trop manichéenne de ces contes, à laquelle ils vont préférer un tour plus byronien, où le héros, au fort magnétisme sexuel et à l'âme passionnée, fait montre d'arrogance, voire d'une certaine noirceur de cœur. C'est encore dans le Blackwood's Magazine qu'ils découvrent pour la première fois la personne de Byron, en août 1825, avec une revue des « Derniers Jours de Lord Byron » (Last Days of Lord Byron), mort l'année précédente. Dès ce moment, le nom de Byron « devi[e]nt synonyme de toutes les interdictions et de toutes les audaces, comme s'il suscitait par essence la levée des inhibitions[65] ».

Branwell et Charlotte poussent ainsi l'un des héros de Verdopolis, Zamorna, vers un comportement de plus en plus ambigu, marqué d'une part d'ombre qui ne fait que s'épaissir[66]. On retrouve cette même influence et cette même évolution chez Emily Brontë, en particulier chez les personnages de son roman[64] dans lequel les habitants de « Wuthering Heights », cette grande et sinistre maison secouée par les vents, font montre d'une perversité, d'une pauvreté d'esprit, d'une violence inouïes. Heathcliff lui-même va jusqu'à défaire le cercueil de Catherine pour l'enlacer, ce qui témoigne de la puissance de son amour mais relève aussi du macabre et de la morbidité. De même, dans Jane Eyre, le sombre Mr Rochester comporte bien des traits qui le rapprochent d'un héros byronien.

De nombreuses autres œuvres ont marqué l'imagination des Brontë, les Mille et Une Nuits par exemple, qui leur inspirent les « Génies » (Genii) qu'ils sont eux-mêmes devenus au sein de leurs royaumes, tout en y apportant une touche d'exotisme bienvenue. Le romanesque de Walter Scott les séduit aussi et Charlotte s'exclame en 1834 : « Pour ce qui est de la fiction, lisez Walter Scott et lui seul ; tous les romans après les siens sont sans valeur[67] ».

John Martin

L'architecture fantastique de John Martin : Pandemonium, inspiré de Paradise Lost, de John Milton (musée du Louvre).

Le peintre John Martin impressionne beaucoup l'imagination des enfants Brontë. En effet, trois gravures de ses œuvres, datant des années 1820, ornent les murs du presbytère  : une manière noire, Le Festin de Balthazar (Belshazzar's Feast), Le Déluge, et Josué commandant au soleil de s'arrêter[68]. Charlotte comme Branwell réalisent d'ailleurs des copies des œuvres du peintre.

Son architecture fantastique se reflète dans celle des monuments de Glass Town et d’Angria, où il apparait lui-même parmi les Juvenilia de Branwell[69] et de Charlotte, sous le nom de Edward de Lisle, le plus grand peintre et portraitiste de Verdopolis[70], la capitale de la confédération de Glass Town.

L'une des œuvres majeures de Sir Edward de Lisle, Les Quatre Genii en conseil, est directement inspirée de l'illustration de John Martin faite pour Paradise Lost, Le Paradis perdu, de John Milton[71]. Avec Byron, John Martin semble bien avoir été l'une des influences artistiques essentielles de l'univers des Brontë[68].

Gravure du Déluge, d'après John Martin.

Morale et réalisme chez Anne

Dans le cas de Anne Brontë, les influences révélées par Agnes Grey et The Tenant of Wildfell Hall (La Locataire de Wildfell Hall) sont beaucoup moins nettes : ses œuvres sont en effet largement fondées sur son expérience personnelle de gouvernante et sur celle de la déchéance de son frère. De plus, elles témoignent de la conviction, héritée de son père et de son enseignement biblique, qu'un livre doit offrir un enseignement moral[72]. Ce sens du devoir moral, de cette obligation de témoigner, est plus apparent dans The Tenant of Wildfell Hall, écrit après la mort de Branwell[73].

L'œuvre d'Anne, cependant, laisse transparaître l'influence des romans gothiques d'Ann Radcliffe, d'Horace Walpole, de Gregory « Monk » Lewis ou de Charles Maturin[74] et de Walter Scott, ne serait-ce parce que l'héroïne, seule, abandonnée, est soumise à des tribulations exceptionnelles. La différence, c'est qu'elle résiste, non par des dons quasi surnaturels, mais grâce à la force résignée de son tempérament.

Autres influences

Jane Eyre, Agnes Grey, puis The Tenant of Wildfell Hall, Shirley, Villette et même The Professsor (Le Professeur) présentent, indépendamment du mode de narration choisi, une structure linéaire concernant un personnage principal qui s'avance sur le chemin de la vie pour, après bien des tribulations, trouver une forme de bonheur qui se niche dans l'amour et la vertu. Il y a là un parcours initiatique semé d'obstacles qui n'est pas sans rappeler les œuvres d'inspiration religieuse du XVIIe siècle comme le Pilgrim's Progress (Le Voyage du pélerin) de John Bunyan (1628-1688), voire son Grace abounding to the Chief of Sinners (La Grâce prodiguée au plus grand des pécheurs)[75]. De façon plus profane aussi, ce héros ou cette héroïne suit un itinéraire picaresque tel qu'il a été à l'honneur depuis Miguel de Cervantes (1547-1616) dans les lettres occidentales et, en particulier, au XVIIIe siècle anglais avec, par exemple, Daniel Defoe (1660-1731), Henry Fielding (1707-1764) et Tobias Smollett (1721-1771). Cette tradition, si vivace, a été poursuivie au XIXe siècle avec la veine dite « from rags to riches » (« des guenilles à la richesse ») qu'ont illustrée presque tous les grands romanciers victoriens. Le héros ou l'héroïne est plongé par un hasard du sort dans la pauvreté et, après bien des difficultés, accède à un bonheur doré. Souvent, un artifice est employé pour effectuer ce passage d'un état à l'autre, héritage inespéré, don mirifique, retrouvailles, etc.[N 19] et, en un sens, c'est ce parcours qu'effectuent les protagonistes de Charlotte et d'Anne Brontë, même si la richesse gagnée est plus celle du cœur que celle du porte-monnaie.

Wuthering Heights tient une place à part. Outre les éléments gothiques déjà évoqués, ce roman s'articule comme les tragédies grecques et en « possède la musique »[76], la dimension cosmique des épopées de John Milton, la puissance du théâtre shakespearien[77], On a évoqué à son sujet des échos de King Lear (« Le Roi Lear ») et même, bien que les personnages en soient tout différents, de Romeo and Juliet.,[78]. Tout cela n'est pas directement affiché, mais sous-tend les forces qui s'y heurtent et les passions qui s'y déchaînent.

Gouvernantes, puis une idée de Charlotte

Une alternative, gouvernante ou maîtresse d'école

La vie d'une femme, telle qu'on l'imaginait se dérouler dans le monde anglo-saxon des années 1840.

Que faire pour une femme qui n'est pas riche sans pour autant appartenir à la classe dite ouvrière, vouée, elle, aux travaux des champs et à devenir domestique ? Tel est le cas des sœurs Brontë qui, en dehors du cercle assez fermé de quelques familles amies, n'ont guère de contact avec la population de leur village. Elles ont acquis, de leur père et aussi grâce à leur propre curiosité intellectuelle, une éducation fort poussée qui les placent parmi les personnes de savoir, mais Mr Brontë vit et nourrit sa famille avec des émoluments assez modestes et qui ne progressent pas. Les seules solutions qui s'offrent à elles sont un mariage honnête, à défaut d'être un bon parti, ce dont, manifestement, elle n'ont pas envie et qu'elles ne recherchent pas, et deux professions : celles de maîtresse d'école et de gouvernante (governess)[N 20]. Après l'échec de leur tentative de créer une école, toutes se voient dans l'obligation de partir pour se placer dans des familles afin d'éduquer de jeunes enfants souvent rebelles ou rejoindre comme maîtresse des établissements scolaires. Il existe aussi la possibilité de devenir « dame de compagnie » auprès d'une femme riche et solitaire : c'est un pis-aller car la jeune fille exerçant cette fonction est souvent considérée comme l'esclave de sa maîtresse qu'elle ne quitte pas et avec laquelle elle s'ennuie jusqu'à la langueur. Le problème est évoqué dans par Janet Todd dans Mary Wollstonecraft, a revolutionary life (« Mary Wollstonecraft, une vie révolutionnaire »)[79]. Aucune des sœurs Brontë ne semble avoir envisagé semblable éventualité.

Gouvernante dans une riche famille anglo-saxonne de la seconde moitié du XIXe siècle.

Seule, Emily ne sera jamais gouvernante et sa tentative d'enseignement dans une école, celle de Miss Patchett à Law Hill, près de Halifax, où elle ne supporte l'exil que pendant six mois, est sa seule expérience professionnelle[80]. Charlotte, en revanche, exerce plusieurs fonctions d'enseignante, à l'école de Miss Margaret Wooler et aussi à Bruxelles chez les Heger. Elle devient également gouvernante chez les Sidgwick, Stonegappe, Lotherdale où elle travaille pendant quelques mois en 1839, puis chez Mrs White, Upperhouse House, Rawdon, de mars à décembre 1841[81]. De même. Anne est gouvernante chez Mrs Ingham[82], Blake Hall, Mirfield d'avril à décembre 1839, puis chez Mrs Robinson, Thorp Green Hall, Little Ouseburn, près de York. Elle y fait embaucher son frère pour essayer de le stabiliser, mais cette tentative tourne au désastre[83].

Gouvernantes par nécessité

Les finances de la famille ne sont pas florissantes, les émoluments de Mr Brontë restent modestes et Tante Branwell dispense ses économies avec précaution. Si Emily a un besoin viscéral de sa demeure, des landes qui l'encerclent, au risque, si elle les quitte, de se languir à en dépérir[N 21],[84], Charlotte et Anne, plus réalistes, n'hésitent pas à se trouver du travail. C'est ainsi que d'avril 1839 à décembre 1841, les deux sœurs occuperont plusieurs postes de gouvernante[N 22]. Jamais ne restent-elles très longtemps dans la même famille, quelques mois, l'espace d'une saison. Il y a une exception, cependant, à Thorp Green chez les Robinson, les choses ne vont pas mal et Anne y travaille de mai 1840 à juin 1845.

La Gouvernante, Rebecca Solomon, 1854

Entre-temps, Charlotte a une idée pour laquelle elle essaye de mettre tous les atouts de son côté. À juste raison, selon son père et les amies qu'elle consulte, elle pense que ses sœurs et elle ont tout à fait les capacités intellectuelles pour fonder une école de jeunes filles. Le problème se pose de savoir où seront logées les élèves. On retient le presbytère et, pour les classes, la « Sunday School » (« l'école du dimanche »)[N 23] adjacente. Mais d'abord, il convient d'offrir la possibilité aux futures élèves d'apprendre correctement les langues vivantes, et cela doit se préparer in situ, d'où une autre décision. On évoque plusieurs possibilités : Paris, Lille[85], qui sont rejetées par antipathie envers les Français. En effet, la Révolution et les guerres napoléoniennes ne sont pas oubliées par ces jeunes filles « tory » dans l'âme, donc profondément conservatrices[86]. Sur la recommandation d'un pasteur établi à Bruxelles[87], et qui ne demande qu'à se rendre utile[88], la Belgique est choisie. Là, en plus du français, on peut étudier l'allemand et faire de la musique, ce qui passionne Emily. Charlotte s'ouvre de ce projet à Tante Branwell qui se promet de l'aider.

Projet d'école et voyage d'étude à Bruxelles

Rôle d'Elisabeth Branwell

Article détaillé : Elizabeth Branwell.
Rue principale de Haworth de nos jours. On y note le souvenir constant des Brontë : Villette, The land of Gondal...

Elizabeth Branwell, née en 1776 à Penzance, en Cornouailles, morte à 66 ans le 29 octobre 1842 à Haworth, dans le Yorkshire, est la sœur aînée de Maria, et donc tante des enfants qu'elle élève à Haworth après le décès de leur mère, Maria, en 1821[22]. C'est une méthodiste, comme tous ses proches de Penzance. Toutefois, il ne semble pas que ses tendances religieuses aient eu une influence sur les jeunes Brontë. Avec eux, elles assiste aux offices en l'église paroissiale de son beau-frère, assise dans la « pew » (« le banc fermé ») réservé à la famille, et au dos duquel sont gravés les noms des titulaires s'acquittant de leur loyer. Toute sa vie, elle porte le deuil de sa Cornouailles natale et se plaint des conditions climatiques du Yorkshire que, pourtant, elle ne quitte plus jamais. C'est Aunt Branwell (« Tante Branwell »), qui apprend aux enfants l'alphabet, l'arithmétique, les travaux de la couture.[89], de la broderie, du point de croix, le work (« l'ouvrage ») qui sied aux dames et qu'elles gardent toujours à portée de main près de la cheminée, pour le reprendre dès qu'elles disposent d'un moment d'inactivité ou qu'arrive un visiteur. Tante Branwell offre aussi des livres et s'est abonnée au Fraser's Magazine, moins intéressant que le Blackwood's, mais donnant tout de même matière à discussion[90].

Portrait de James Sheridan Knowles, paru en 1833 dans le Fraser's Magazine, auquel est abonnée Aunt Branwell

On la décrit comme aimant priser, assez vieux jeu dans ses attitudes. mais douce et enjouée, plutôt encline à respecter une stricte étiquette, veillant jalousement à l'éducation religieuse et morale des enfants, particulièrement méticuleuse dans ses tenues toujours amidonnées et repassées avec le plus grand soin[N 24].Tante Branwell sait aussi défendre ses points de vue avec vigueur, voire, quand elle le juge utile, se montrer inflexible et ne s'en laissant pas compter. C'est une personne généreuse, qui a sacrifié sa vie pour ses neveu et nièces, sans jamais chercher à se marier, sans non plus revoir les siens restés en Cornouailles. Petit détail : elle porte en toutes saisons de gros sabots à semelle épaisse la protégeant du froid qu'elle redoute tant, qui résonnent bruyamment sur les grandes dalles de pierre[91], et dont les allées et venues claquent au-dessus de la salle à manger lorsqu'elle a rejoint sa chambre de l'étage, ce qui a pour effet d'amuser mais aussi de beaucoup agacer la maisonnée sans que l'on n'ose jamais s'en plaindre ouvertement à l'intéressée[92].

C'est donc elle qui finance la nouvelle entreprise. Le voyage à Bruxelles peut commencer.

Voyage à Bruxelles de Charlotte et d'Emily

Article connexe : Constantin Heger.
Portrait de Constantin Heger (vers 1865), l'amour secret de Charlotte Brontë lors de son séjour à Bruxelles en 1842 et 1843.

Ainsi, Emily et Charlotte, accompagnées de leur père, se rendent en février 1842 à Bruxelles, car Emily s'est laissée convaincre, tant Charlotte était déterminée[93]. Là, elles s'inscrivent au pensionnat de Monsieur et Madame Heger, rue d'Isabelle, pour six mois. Madame Claire Heger est la seconde épouse de Constantin Heger et c'est elle qui a ouvert le pensionnat dont elle assure la direction. Monsieur Heger, lui, a la responsabilité des classes supérieures de français. D'après l'une de ses anciennes élèves, Miss Wheelwright, son intelligence tient du génie. Il sait passionner, enthousiasmer son auditoire, exigeant beaucoup de lectures, des mises en perspective, des analyses structurées[94]. De plus, c'est une belle figure d'homme, aux traits réguliers, avec une chevelure abondante et des favoris très noirs, un regard enflammé lorsqu'il discourt sur les grands auteurs, dont il invite ses élèves à faire des pastiches sur des thèmes généraux ou philosophiques[95].

Les cours, surtout ceux de Monsieur Heger, sont très appréciés par Charlotte, et les deux sœurs se révèlent être des élèves d'une extraordinaire intelligence, bien qu'Emily n'aime guère son professeur et se montre assez rebelle[96]. Emily apprend l'allemand comme naturellement et brille au piano ; très vite, les deux sœurs rédigent en français des dissertations littéraires ou philosophiques de bon niveau. À la fin des six mois d'études, Madame Heger leur propose de rester au pensionnat sans frais à la condition qu'elles assurent certains cours. Après beaucoup d'hésitation, elles acceptent, non sans en avoir d'abord référé au presbytère et obtenu l'accord de leur père et de leur tante : Charlotte enseigne l'anglais, Emily la musique. Ni l'une ni l'autre ne se sentent proches de leurs élèves, Emily en particulier, dont on note le caractère entier et la rude pédagogie. Seule, l'une de ses élèves, Mademoiselle de Bassompierre, alors âgée de seize ans, exprime plus tard son attachement à son professeur, attachement qui semble, contre toute attente, avoir été réciproque, puisque Emily lui offre, avec sa signature, le dessin au crayon d'un pin tourmenté par l'orage qu'elle a minutieusement détaillé[97].

Retour et rappel

La mort de leur tante, en octobre de la même année, les contraint à rentrer une fois encore à Haworth. Tante Branwell a laissé tous ses biens, également partagés, à ses nièces et à une cousine de Penzance, Eliza Kingston[98]. ce qui, d'emblée, annule la dette et apporte un petit pécule. Mais Bruxelles les rappelle, car on y a besoin d'elles et on les juge compétentes : on offre à chacune un poste d'enseignante au pensionnat, toujours l'anglais pour Charlotte et la musique pour Emily. Seule Charlotte repart en Belgique en janvier 1843[99], Emily, qui reste critique envers Monsieur Heger, malgré l'excellente opinion que celui-ci a d'elle[100],[N 25](il aurait souhaité la recruter comme professeur titulaire)[101], et qui, de toutes façons, ne se trouve bien que chez elle, reste au foyer avec la responsabilité des tâches ménagères.

Charlotte revient, dépitée

Un an presque jour pour jour plus tard, éprise depuis quelque temps de Monsieur Heger, maître, il est vrai, d'un indéniable charisme, Charlotte doit démissionner de son poste et retourne à Haworth. Sa vie à Bruxelles a connu des tourments : elle s'est, un jour, aventurée dans la cathédrale et même, après beaucoup d'hésitation, a franchi le seuil d'un confessionnal. A-t-elle eu la tentation d'une conversion au catholicisme ? Sans doute, mais de brève durée[102].

La vie à Haworth est encore plus difficile que lorsqu'elle l'avait quitté, Mr Brontë perdant la vue (sa cataracte est pourtant opérée avec succès à Manchester, et c'est là, en août 1846[103], alors qu'elle veille à son chevet, que Charlotte commence Jane Eyre), et Branwell tombant dans une rapide déchéance ponctuée de drames, ivresse, stupeur pathologique, incendie de son lit, délires[104]. Sans doute, du moins en partie, à cause de sa mauvaise réputation, le projet d'école n'a aucun succès et doit être abandonné[105].

Charlotte écrit quatre longues lettres, très personnelles et parfois ambigües, à Monsieur Héger, qui restent sans réponse. Ces lettres, déchirées et jetées à la corbeille par leur récipiendaire, sont récupérées par son épouse qui les range dans son coffret à bijoux. Lorsque Mrs Gaskell prépare sa biographie, elle se rend à Bruxelles et Monsieur Heger lui en montre quelques-unes, sans faire le moindre commentaire à leur propos. En 1913, le fils et la fille Heger, dont les parents sont décédés, les offrent au British Museum[106].

Carrières littéraires des sœurs Brontë

Première publication : Poems, « by Currer, Ellis and Acton Bell »

Publication en 1846 des poèmes des sœurs Brontë, sous leurs pseudonymes de Currer (Charlotte), Ellis (Emily) et Acton (Anne) Bell.

L'écriture, commencée si tôt, n'a plus jamais quitté la famille. Charlotte, qui a de l'ambition, comme son frère (mais il est tenu à l'écart de ses projets) écrit au Poète-Lauréat Robert Southey pour lui soumettre quelques poèmes de son crû. La réponse se fait attendre plusieurs mois et lorsqu'elle parvient au presbytère, elle n'est guère encourageante. Robert Southey, aussi illustre alors[N 26] que William Wordsworth et Samuel Taylor Coleridge, partage les préjugés de son temps : la littérature, selon lui, est une affaire d'homme et écrire n'est pas une occupation convenable pour une dame[107].

Pourtant, Charlotte ne se décourage pas. D'ailleurs, le hasard lui vient en aide. Un jour, à l'automne de 1845, alors qu'elle est seule dans la salle à manger, son regard se porte sur un carnet resté ouvert dans le tiroir du pupitre portatif d'Emily et « of my sister Emily's handwriting » (« de l'écriture de ma sœur Emily »). Et elle lit, éblouie par la profondeur et la beauté de poèmes qu'elle ne connaît pas. La découverte de ce trésor est pour elle ce qu'elle a appelé cinq années plus tard dans un court récit d'où, selon Juliet Barker, elle gomme l'excitation qu'elle a ressentie[108]« more than surprise […], a deep conviction that these were not common effusions, nor at all like the poetry women generally write. I thought them condensed and terse, vigorous and genuine. To my ear, they had a peculiar music - wild, melancholy, and elevating. » (« plus qu'une surprise […], une conviction profonde que là se trouvaient des effusions hors du commun, une poésie tout à fait différente de celle qu'écrivent d'habitude les femmes. J'ai trouvé ces poèmes condensés, ramassés, vigoureux et authentiques. À mon oreille, leur chant avait quelque chose de singulier - sauvage, mélancolique, et portant à l'élévation »). Dans le paragraphe suivant, Charlotte décrit la réaction indignée de sa sœur si exclusive, sur le territoire de laquelle nul ne pouvait s'aventurer impunément. Il lui fallut « des heures » pour l'apaiser et « des jours » pour la convaincre[109].

L'unique specimen des trois signatures de « Currer, Ellis et Acton Bell ».

Ce dont Charlotte doit convaincre Emily, c'est que ses poèmes méritent être rendus publics. Elle envisage une publication conjointe des trois sœurs. Anne se laisse facilement gagner au projet et c'est aussitôt l'émulation. On montre, on compare, on fait quelques modifications[110]. Une fois les manuscrits sélectionnés, vingt-et-un pour Anne et autant pour Emily, dix-neuf pour elle, Charlotte se met en quête d'un éditeur ; elle prend conseil auprès de William et Robert Chambers d'Édimbourg, responsables de l'une de leurs revues préférées, le « Chambers's Edinburgh Journal ». On pense, mais nul document n'est conservé, qu'ils conseillent de s'adresser à Aylott & Jones. Cette petite maison d'édition du 8, Paternoster Row, Londres, fait savoir son acceptation mais à compte d'auteur, tant le risque commercial lui semble grand[111]. L'ouvrage paraît donc en 1846 sous des pseudonymes masculins, Currer (pour Charlotte), Ellis[112](pour Emily) et Acton (pour Anne) Bell. Ce sont des prénoms fort peu courants, mais les initiales de chacune des sœurs sont respectées et le patronyme a peut-être été inspiré par celui du vicaire de la paroisse, Arthur Bell Nicholls. C'est en effet le 18 mai 1845 que celui-ci prend ses fonctions à Haworth, soit au moment même où le projet de publication est déjà avancé.

Le livre n'attire guère l'attention, trois exemplaires seulement sont vendus, dont un à un habitant de Cornmarket, Warwick, Fredrick Enoch, qui, admiratif, écrit à l'éditeur pour obtenir un autographe, seul document portant l'écriture des trois auteurs avec leur pseudonymes réunis l'un sous l'autre[113], et elles retournent à la prose, produisant chacune un roman l'année suivante. Les trois jeunes filles travaillent toujours en secret[114], discutant inlassablement de leurs écrits en tournant, bras dessus, bras dessous, autour de la table de la salle à manger pendant des heures. après que Mr Brontë a ouvert la porte à 21 heures (9 p. m.) tapantes, lancé un rapide « Don't stay up late, Girls ! » (« Ne vous couchez pas tard, les filles ! »), puis remonté l'horloge située au tournant des marches sur le premier palier et gagné sa chambre[115].

La notoriété

Page de titre de Jane Eyre, « edited by Currer Bell ».

1847, l'année somptueuse

Jane Eyre, de Charlotte, Wuthering Heights (Les Hauts de Hurlevent), d'Emily, et Agnès Grey, d'Anne, paraissent en 1847 après bien des tribulations, encore une fois, pour trouver un éditeur. Le paquet contenant les manuscrits revient souvent au presbytère et Charlotte se contente d'y ajouter une nouvelle adresse, en tout, une bonne douzaine en un an[116]. Finalement, le premier est publié par Smith, Elder & Co de Londres, dont le jeune propriétaire George Smith (il a 23 ans et sa maison s'est, jusque-là, spécialisée dans la publication de revues scientifiques), aidé de son perspicace lecteur William Smith Williams (Mr Williams, comme il est toujours pour Charlotte), reste à jamais fidèle à la famille. Ceux d'Emily et d'Anne sont confiés à Thomas Cautley Newby qui entend composer ce qu'on appelle alors a three-decker (« un roman à trois ponts »), plus rentable à la vente et au prêt dans les circulating libraries (« bibliothèques mobiles »), les deux premiers comprenant Wuthering Heights et le troisième Agnes Grey. Les romans attirent une grande attention critique, parfois, pour Wuthering Heights, intriguée par l'originalité du sujet et de la narration, outrée aussi par sa violence et son apparente immoralité, sûrement, écrit-on, l'œuvre d'un homme sans foi ni loi[117], assez neutre concernant Agnes Grey, plus flatteuse, quoique certains commentateurs dénoncent « une atteinte à la morale et aux bonnes mœurs »[118], pour Jane Eyre qui devient bientôt ce qu'on appelle aujourd'hui un bestseller.

Jane Eyre et fin de l'anonymat

Article détaillé : Jane Eyre.

1847 et la publication toujours anonyme (Currer Bell) de Jane Eyre, An Autobiography, établissent la réputation de Charlotte de façon fulgurante. En juillet 1848, Charlotte et Anne (Emily a refusé de les suivre) se rendent à Londres par le train pour se faire connaître et prouver à Smith, Elder & Co que chaque sœur est bien un auteur indépendant, Thomas Cautley Newby, l'éditeur de Wuthering Heights et de Agnes Grey, ayant fait courir la rumeur que les trois romans étaient l'œuvre de la même personne, sous-entendu Ellis Bell (Emily). George Smith est extrêmement surpris de se trouver en face de deux petites femmes gauches, des provinciales empruntées et mal fagotées, paralysées par la peur, qui, pour s'identifier, lui tendent une de ses lettres adressée à Messrs. Acton, Currer et Ellis Bell ; revenu de sa surprise, il les reçoit aussitôt chez sa mère avec tous les égards que mérite leur talent, les invitant même à l'opéra pour une représentation du Barbier de Séville de Rossini[119].

Le souffle puissant des Hauts de Hurlevent

Article détaillé : Les Hauts de Hurlevent.
Article connexe : Agnes Grey.
« Top Withens », la ruine sur les moors près de Haworth qui aurait inspiré Les Hauts de Hurlevent
Wuthering Heights a choqué le sens des convenances de l'époque (La bonne longueur pour les jupes des petites filles selon leur âge, illustration issue de la revue Harper's Bazaar, 1868).

Le roman d'Emily Brontë, Les Hauts de Hurlevent (Wuthering Heights), est publié en 1847 sous le pseudonyme masculin d'Ellis Bell par Thomas Cautley Newby, en deux volumes associés à celui d'Anne (Acton Bell), Agnes Grey. Controversé dès sa sortie, il intrigue par son originalité, son sujet, son mode narratif et son action tourmentée. Certains critiques le vilipendent[120], mais les ventes ne sont pas négligeables pour un livre si contraire aux conventions et d'un auteur inconnu.

C'est une œuvre au romantisme noir, couvrant trois générations isolées dans les froidures ou les printemps de la lande, avec deux pôles contraires, le manoir raffiné « Thrushcross Grange » et la vaste masure secouée par les vents « Wuthering Heights ». Les personnages principaux, balayés par les tumultes de la terre, des cieux et des cœurs, sont étranges et souvent d'une violence ou d'une dépravation inouïes. Le récit est conduit de façon très savante, avec deux narrateurs, le voyageur et locataire Lockwood, puis la gouvernante (housekeeper et non governess)[N 27]. Nelly Dean, deux paroles à la première personne, l'une directe, l'autre enchâssée, qui s'imbriquent l'une dans l'autre avec des digressions, des narrations annexes, le tout formant, à partir de fragments apparemment épars, un ensemble d'une cohérence comme cadenassée.

Au fur et à mesure de son avancement, le récit dévoile un univers que bouscule et fracasse le choc gigantesque d'un déferlement passionnel d'échelle cosmique. Le héros de l'histoire est un personnage aussi sombre et abrupt que son nom, Heathcliff (lande, falaise), qui ourdit une revanche terrible et implacable, à l'égal de son amour, partagé mais longtemps frustré, pour Catherine Earnshaw, qui deviendra Catherine Linton, avant de retrouver son compagnon d'enfance dans une étreinte peut-être incestueuse, en tous les cas mortelle et d'outre-tombe.

Au terme de cette tourmente, la soif de vengeance s'éteint en Heathcliff qui attend de rejoindre Catherine dans la mort. Le roman se termine avec la promesse, pour la génération suivante, d'un ordre moral restauré entre les mondes de « The Heights » et de Grange » par l'union de Cathy et de Hareton. Wuthering Heights possède l'ampleur, la puissance et le souffle d'un grand drame shakespearien.

1848, le deuxième roman d'Anne

Article détaillé : La Locataire de Wildfell Hall.
Page de titre de l'édition originale de 1848 de The Tenant of Wildfell Hall, le second roman d'Anne Brontë (signé ici du nom de « Acton Bell »).

Anne publie un second roman, beaucoup plus ambitieux que le premier, The Tenant of Wildfeld Hall (La Locataire de Wildfell Hall) en 1848, un an avant sa mort en mai 1849. Comme Agnes Grey qui décrivait la vie, simple mais tourmentée, d'une jeune gouvernante face à la morgue de grands bourgeois terriens et aux caprices de leur gamin de fils, il est fondé sur une expérience personnelle, indirecte cette fois, puisqu'elle concerne la déchéance de Branwell.

L'idée maîtresse, en effet, est l'alcoolisme d'un homme qui cause la ruine de sa famille. Helen Graham, le personnage central du roman, se marie par amour avec Arthur Huntingdon, qu'elle découvre bientôt débauché, alcoolique et violent, Elle se voit obligée de briser les conventions qui la retiennent dans un foyer devenu un enfer, et de le quitter avec son enfant pour se réfugier clandestinement dans la vieille demeure de Wildfell Hall. Lorsque l'alcool précipite le déclin de son mari, elle retourne le soigner avec une totale abnégation jusqu'à sa fin.

Le roman présente une structure double assez audacieuse quoique un peu déséquilibrée, le récit d'un narrateur, Gilbert Markham, qui finira par épouser la jeune veuve, et, enchâssé dans ce récit, le long, sans doute trop long, journal de l'héroïne racontant son martyre. The Tenant of Wildfell Hall est une œuvre d'envergure, avec de la puissance, du suspens, des révélations échelonnées, de la violence et… une fin heureuse. Anne Brontë, en effet, toute jeune qu'elle est, a quelque chose d'une moraliste et, dans ses romans comme dans ses poèmes, la vertu finit toujours par s'imposer.

Le deuxième livre d'Anne, en effet, est le seul à se dérouler, si l'on en extirpe l'épisode de Arthur Huntingdon, dans le cadre d'une famille. Lorsque Gilbert fait la connaissance de Helen Graham, elle vit une vie à peu près normale, quoique cachée, avec sa fille et non loin de ses parents. De plus, c'est lui, le narrateur, qui lui redonne un foyer qu'on peut considérer comme parfait au regard des idéaux de l'époque : une maison, un père, une mère et des enfants, l'honneur reconquis sans drame, la paix domestique. Tel n'est certes pas le cas de Wuthering Heights, encore que son épilogue laisse prévoir une réconciliation, donc la fin de la longue inimitié, ni même de Jane Eyre, dans lequel l'héroïne, d'abord confiée à une marâtre, Mrs Reed, retrouve son grand amour dans des conditions extraordinaires de bruit et de fureur.

Charlotte Brontë dans la lumière

Article détaillé : Charlotte Brontë.
Charlotte Brontë, probablement par George Richmond (1850).

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Wikisource propose un ou plusieurs textes écrits par Charlotte Brontë.

Le combat : dénonciation des pensionnats (Jane Eyre)

En replaçant dans le contexte de l'époque l'épisode de l'école de Cowan Bridge, où Maria et Elizabeth contractent la tuberculose dont elles meurent quelques semaines après leur retour chez elles, il est légitime de penser que le régime de cet internat n'est pourtant ni plus ni moins sévère que celui des établissements comparables. De bien des façons, on peut même le considérer comme relativement clément. Il n'en reste pas moins que Charlotte en a dénoncé les rigueurs, la saleté des lieux, la nourriture avariée, la faim qui la taraudait, ses vomissements répétés et surtout ceux de sa sœur, la prise forcée d'émétiques et les saignées, les négligences du médecin qui n'est autre que le beau-frère du directeur, l'épidémie de ce qu'on appelle low fever, peut-être le typhus[N 28], associé à la tuberculose, qui décime les élèves[121], la sévérité barbare des punitions, la méchanceté de plusieurs membres du personnel enseignant, en particulier Miss Andrews[122].

Charles Nicolle, qui établit en 1909 que le pou est le vecteur du typhus, appelé « fièvre de la famine », ou encore « fièvre des prisons », compte tenu des conditions propices à son apparition.

Ces conditions que nos normes de bien-être et d'hygiène modernes qualifieraient de « dysfonctionnelles » et aussi de cruelles, relevant à coup sûr de la justice, sont le plus souvent considérées comme normales à l'époque, et d'ailleurs, lorsque le livre de Mrs Gaskell est publié, une vaste polémique secoue le royaume et, par presse interposée, les différents protagonistes se livrent une guerre acharnée[123]. Il convient donc de rendre grâce à la perspicacité de Mr Brontë et aussi à son courage d'avoir pris la décision, difficile d'un point de vue familial et même professionnel car il risque d'offenser sa hiérarchie, d'enlever ses filles de ce pensionnat auquel il a pourtant et, croit-il, en toute connaissance de cause, accordé sa confiance[124]. Ce retrait est certes trop tardif pour les deux aînées, mais, à sa décharge, il ignore tout de leur état de santé.

Les fréquentations littéraires

Après le succcès de Jane Eyre, Charlotte, pressée par son éditeur George Smith, commence à faire des voyages, surtout à Londres (elle va aussi à Édimbourg avec lui), où, malgré son extrême timidité qui la rend quasi incapable de s'exprimer autrement que par des monosyllabes[125], elle est fêtée et rencontre les grands écrivains de l'époque. Ainsi, elle fait la connaissance de Harriet Martineau qui la reçoit plus tard en sa propriété The Knoll, à Ambleside dans le Lake District, où elle voisine avec William Wordsworth.

Intérieur du Crystal Palace, lors de l'Exposition Universelle de 1851, à Londres.

Elle s'intéresse surtout à William Makepeace Thackeray pour qui elle éprouve une grande admiration et dont le portrait orne la salle à manger du presbytère après que George Smith le lui a offert[126]. À l'une de ces présentations à un parterre de notabilités littéraires, Thackeray annonce, après une petite mise en scène et en grande pompe, l'entrée de Charlotte sous le nom de « Jane Eyre ». Furieuse et mortifiée, elle prend le grand homme à part et, s'armant de courage, le sermonne vertement, faisant remarquer que ni sa dignité de femme, ni sa qualité d'auteur ne peuvent autoriser de tels amalgames. Thackeray est un homme de très grande taille et Charlotte une toute petite femme d'à peine plus d'un mètre quarante-quatre [N 29]. Certains témoins rapportent avoir vu leurs silhouettes à travers les vitres de la pièce, et que Charlotte, la tête renversée en arrière pour fixer les yeux de son interlocuteur, ressemblait à une volaille en colère[127].

Lors de son voyage de 1851, elle a l'occasion de visiter l'Exposition Universelle (The Great Exhibition) et, en particulier, la merveille de l'année, l'immense palais de verre appelé le Crystal Palace[128]. Elle publie Shirley en 1849 et Villette en 1853.

Le mariage et le décès

Photographie présumée de Charlotte Brontë, en 1854, l'année de son mariage.
Portrait d'Arthur Bell Nicholls, à l'époque de son mariage avec Charlotte Brontë, en 1854.

Les sœurs Brontë ont pour habitude de beaucoup s'amuser des comportements des vicaires qu'elles rencontrent. Le Révérend Arthur Bell Nicholls (1818-1906) est vicaire à Haworth depuis sept ans et demi quand, contre toute attente, le 13 décembre 1853, il propose le mariage à Charlotte. Cette dernière, quoique impressionnée par sa dignité et sa voix très sonore, le trouve rigide et conventionnel, plutôt étroit d'esprit « comme tous les autres vicaires », écrit-elle à Ellen Nussey[129]. Elle décline son offre et commence alors une période mouvementée pendant laquelle Arthur Bell Nicholls, poursuivi par la colère de Patrick Brontë, quitte ses fonctions pendant plusieurs mois[130]. Pourtant, ses sentiments ayant peu à peu évolué et son père s'étant laissé convaincre. Charlotte finit par l'épouser le 29 juin 1854. Prétextant une fatigue, Mr Brontë n'assiste pas à la cérémonie en sa propre église et c'est Miss Wooler qui conduit Charlotte à l'autel[131].

Dès le retour de son voyage de noces en Irlande où elle a été présentée à sa belle-famille, sa vie change du tout au tout[N 30]. Elle s'acquitte de ses nouveaux devoirs d'épouse qui occupent la majeure partie de son temps, elle écrit à ses amies que Mr Nicholls est un homme bon et attentionné, mais elle n'en éprouve pas moins une sorte de terreur sacrée de sa nouvelle condition. Dans une lettre à sa confidente Ellen Nussey (Nell), elle écrit le 16 juin 1854 : « […] Indeed-indeed-Nell-it is a solemn and strange and perilous thing for a woman to become a wife »[132],[N 31].

Elle décède l'année suivante, en 1855, à 39 ans, pratiquement au même âge que sa mère. La cause de la mort donnée à l'époque est la tuberculose, mais peut-être aggravée par une fièvre typhoïde, l'eau de Haworth étant contaminée par le manque de système sanitaire et le vaste cimetière qui entoure l'église et le presbytère, ou encore une complication liée à sa grossesse qui en est à ses débuts[133].

La première biographie de Charlotte est écrite, à la demande de Patrick Brontë, par Elizabeth Cleghorn Gaskell dite Mrs Gaskell, et publiée en 1857, aidant à créer le mythe d'une famille de génie maudite, vivant dans une solitude douloureuse et romantique. Certes, il faut reconnaître à Mrs Gaskell l'avantage d'avoir bien connu la famille, d'avoir été reçue plusieurs fois à Haworth et aussi, d'avoir hébergé Charlotte à Plymouth Grove, Manchester, et d'être devenue sa confidente et son amie[134].

Romans

  • Jane Eyre : An Autobiography (Jane Eyre : une autobiographie) (1847). Jane Eyre est un roman complexe qui traite d'une histoire d'amour tourmentée, mais expose aussi des mythes profonds de l'humanité qu'on trouve dans John Bunyan (le pèlerin qui avance, chute et retrouve la lumière), John Milton (le paradis perdu puis retrouvé) et la Bible (voir chapitre consacré aux influences reçues). Par exemple, le roman possède une structure fondée sur l'exil et le retour[135], mythe princeps du Christianisme (la vie, la mort, la résurrection). D'un strict point de vue psychologique et sociologique, Jane Eyre présente une héroïne qui, après avoir été dominée par un quatuor masculin, John Reed, Mr Brocklehurst, Mr Rochester et enfin St John Rivers, décide de prendre son destin en main et de n'obéir qu'à ses propres choix. En cela, elle présente un type de femme non conforme au modèle victorien. Comme l'écrit Ian Emberson, « Those who consider Jane Eyre as primarily a feminist novel have much to support them » (« Ceux qui considèrent « Jane Eyre » comme un roman essentiellement féministe disposent de beaucoup d'éléments en faveur de leur thèse »)[136].
  • Shirley (1849). est, à certains titres, un roman dit « condition of England », de la veine de ceux de Mrs Gaskell. Emily aurait servi de modèle à l'héroïne, Shirley Keeldar. Charlotte Brontë a écrit à Mrs Gaskell que Shirley représentait ce que Emily serait devenue si elle s'était trouvée dans des conditions de « bonne santé et de prospérité ». En fait, à part la relation que Shirley entretient avec son chien Tartar, son caractère énergique et entier, son courage physique, son surnom de « Captain », le personnage ne dit pas grand-chose sur son présumé modèle si énigmatique.[137]. De plus, Ellen Nussey y serait représentée sous les traits de Caroline Helstone. C’est un tableau de mœurs, surtout du monde de la manufacture en crise sociale, mais où les vicaires (curates) anglicans jouent aussi un rôle et sont peints avec ironie et humour.
  • Villette (1853) trouve son origine dans l’expérience professionnelle et platoniquement amoureuse de Bruxelles, déjà exploitée dans The Professor (Voir ci-dessous). C'est un roman touchant à la condition féminine, les choix qui s'offrent, les métiers accessibles. À cela s'ajoute la description de conflits entre le Protestantisme de l'héroïne, Lucy Snowe, et le monde catholique de la Belgique qui l'entoure. L'amour que sent naître et grandir Lucy pour un professeur catholique, M. Paul Emmanuel, laisse espérer une issue heureuse. Le livre, cependant, s'achève sur une crise portant en elle l'incertitude, puisqu'il est laissé au lecteur le soin de décider si M. Paul Emmanuel, parti pour les Antilles, revient épouser l'héroïne ou se noie lors du naufrage de son bateau.
  • The Professor (Le Professeur) (1857), publié par Smith, Elder and Co à titre posthume, à l'initiative et avec une courte postface du Révérend Arthur Bell Nicholls, est le premier roman de Charlotte, qu'aucun éditeur n'avait accepté en 1847. C'est sans doute le moins réussi des quatre, faussé qu'il est par le point de vue choisi, une sorte d'autobiographie au masculin fondée sur l'expérience de Bruxelles. Or, lorsqu'elle avait écrit ce livre, Charlotte n'avait pas les moyens psychologiques et littéraires d'adopter une vision d'homme qui parût crédible.

Fragments incomplets

Il s'agit d'ébauches incomplètes et non révisées, qui, à l'exception d'Emma (voir-ci-dessous), ont été publiées très récemment.

  • Ashford, écrit entre 1840 et 1841, où certains personnages d’Angria se trouvent transposés dans le Yorkshire et incorporés à une action réaliste.
  • Willie Ellin, entrepris après Shirley et Villette, et auquel Charlotte travaillera assez peu, de mai à fin juin 1853, histoire en trois parties restées mal liées et dont l'action est, à ce stade, très obscure.
  • The Moores (Les Moore), ébauche de deux courts chapitres avec pour personnages deux frères, Robert Moore, dominateur, et John Henry Moore, intellectuel maniaque.
  • Emma, déjà publié, lui, en 1840 avec une introduction de William Makepeace Thackeray dans laquelle il évoque plus l'auteur que le texte, que Charlotte semble avoir commencé après que Mr Nicholls a demandé sa main, et qu'elle a poursuivi tant qu'elle en a eu la force. C'est un fragment brillant qui, sans doute, aurait abouti à un roman d'envergure égale à ceux qui avaient précédé[138].
  • The Green Dwarf (Le Nain vert), publiée en 2003. C'est un récit vraisemblablement inspiré par The Black Dwarf (Le Nain noir) de Walter Scott, dont Charlotte aimait les œuvres, avec une trame historique dans laquelle l'imagination et l'énergie créatrices surpassent parfois celles des romans achevés. Lady Emily Charlesworth est amoureuse de Leslie, artiste à la peine. Lord Percy, aristocrate farouche et arrogant, mettra tout en œuvre pour conquérir la belle. La guerre éclate entre Verdopolis (la capitale de la confédération de Glass Town) et le Sénégal. et les amoureux se battent pour Lady Emily. La politique, les subterfuges de l'amour, les paysages gothiques, tout est déjà là. La brièveté de la nouvelle est garante de son mouvement qui ne connaît ni digression ni relâchement[139].

Exemple d'un poème

Ce poème a été choisi car il est en relation directe avec l'actualité de Charlotte en 1849, la mort de Anne.

On the Death of Anne Brontë[140],[N 32]
There's little joy in life for me,
And little terror on the grave;
I've lived the parting hour to see
Of one I would have died to save.

Calmly to watch the failing breath,
Wishing each sigh might be the last;
Longing to see the shade of death
O'er those beloved features cast.

The cloud, the stillness that must part
The darling of my life from me;
And then to thank God from my heart,
To thank Him well and fervently;

Although I knew that we had lost
The hope and glory of our life;
And now, benighted, tempest-tossed,
Must bear alone the weary strife.

Sur la mort d'Anne Brontë
Peu de joie dans ma vie demeure
Et peu de terreur sur la tombe ;
J'ai vécu l'heure de l'adieu ultime
De celle pour qui ma vie j'aurais donnée.

Contempler calmement le souffle s'épuiser,
Prier que chaque soupir pût être le dernier ;
Languir de voir enfin l'ombre de la mort
Recouvrir les traits de ce visage aimé,

Le voile, la fixité de force me ravir
Celle que j'ai tant chérie ;
Et puis remercier Dieu de tout cœur,
Le remercier de toute ma ferveur ;

Bien que sachant que nous avions perdu
L'espoir et la lumière de notre vie ;
Maintenant que nous secoue la tempête
Seule et lasse, nous lutterons dans la nuit.

Branwell Brontë

Article détaillé : Branwell Brontë.
Autoportrait de Branwell Brontë.

Un garçon prometteur

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Wikisource propose un ou plusieurs textes écrits par Branwell Brontë.

Branwell Brontë, ou plus précisément Patrick Branwell Brontë (1817–1848), est considéré par son père et ses sœurs comme un génie. Pour l'anecdote, il est capable d'écrire deux lettres différentes simultanément, l'une de la main droite et l'autre de la main gauche, talent qu'il exhibe souvent à l'auberge du village, The Black Bull, où on l'appelle pour divertir certains visiteurs et où on le rétribue par de larges agapes qu'il ne refuse pas[141]. C'est, en effet, un garçon très intelligent, doué de tous les talents, s'intéressant à la mécanique, la musique, l'histoire, les langues de l'Antiquité et surtout à la littérature, servant souvent de moteur dans la construction des royaumes imaginaires. Il possède aussi un bon coup de pinceau pour lequel, encouragé par son père, il aura quelques velléités.

La faiblesse de caractère

La Royal Academy of Arts, où Branwell aurait dû aller étudier la peinture, lui préférant la fréquentation des estaminets.

Pour tenter, en effet, de se faire un nom comme peintre, profession qui peut être lucrative si l'on a des commandes de riches clients désireux laisser le souvenir de leur famille sur la toile, il part à Londres pour la Royal Academy of Arts, qu'il ne fréquente pas, ayant préféré dilapider en quelques jours dans de louches estaminets la somme que son père lui a remise[142]. Il essaie ensuite d'assurer diverses charges de petite responsabilité à la Compagnie des Chemins de Fer exploitant la nouvelle ligne Leeds-Manchester, mais il finit par être exclu pour négligence dans la tenue des comptes[143].Très vite, il sombre dans l'alcool et le laudanum, incapable, au désespoir de sa famille, de retrouver son équilibre. Emily, en particulier, va souvent le chercher au Black Bull, situé en contrebas du presbytère et de la Sunday School, et le ramène, ivre, jusqu'à son lit[144].

Un amour impossible

Sa sœur Anne, alors gouvernante chez les Robinson à Thorp Green Hall près de York, réussit à le faire engager en janvier 1843 comme précepteur du jeune fils de la famille, Edmund. Elle quittera son poste en juin et, un mois plus tard, Branwell se fait renvoyer avec fracas par Mr Robinson qui le soupçonne d'entretenir une liaison avec son épouse et jure de le briser[145]. Branwell aurait éprouvé un amour sincère envers cette femme mariée de la grande bourgeoisie terrienne, et son retour à Haworth le plonge dans une immense détresse qu'il noie dans la boisson et la drogue. Il garde cependant l'espoir que Mrs Robinson puisse divorcer et se remarier avec lui. Cependant, le décès brutal de Mr Robinson met une terme à cette possibilité dont on ne sait si elle avait vraiment l'assentiment de l'intéressée, puisque le testament du défunt stipule que sa veuve hérite de tous ses biens à la condition expresse qu'elle n'ait plus le moindre contact avec Branwell Brontë[146].

Caricature de Branwell Brontë par lui-même, au lit et convoqué par la mort (vers 1847).

La déchéance et la mort

Après quelques années de déchéance, puis des mois de souffrances, il meurt à Haworth en septembre 1848[147], d'une tuberculose diagnostiquée trop tard et à laquelle son corps prématurément usé ne peut résister, depuis longtemps affaibli par des crises de delirium tremens[148]. À son décès, son père en pleurs ne peut que répéter « My brilliant boy » (« Mon brillant garçon »), alors qu'Emily, plus lucide mais toujours d'une totale loyauté, a écrit de lui qu'il était « hopeless » (« bon à rien »)[149].

L'Œuvre à peine ébauchée

Glass Town et Angria, écrits divers, portraits

L'édition du mois d'avril 1833 du Monthly Intelligencer, le mensuel de Glass Town, Juvenilia, édité par Branwell.

Branwell est l'auteur des Juvenilia qu'il a écrits, enfant et adolescent, avec sa sœur Charlotte, entre autres Glass Town et Angria, de poèmes, certains écrits en prose ou en vers sous le pseudonyme de « Northangerland »[N 33], tel Real Rest publié par le Halifax Guardian le 8 novembre 1846[150], de quelques articles acceptés par des revues locales et d'un roman inachevé datant probablement de 1845 et intitulé And the Weary are at Rest (« Et ceux qui sont las sont en paix »)[151].

De plus, certains notables ou amis posent pour Branwell mais il ne termine que bien peu des portraits qu'on lui a commandés[N 34]. Celui qu'on appelle Fratrie heureuse en France est connu en Angleterre sous le nom de Three Sisters (« Trois sœurs ») ou encore de Pillar Portrait (« Portrait du pilier »). Il date vraisemblablement de 1825[152] et Branwell s'en est exclu après avoir recouvert son esquisse d'une couche de peinture. On reconnaît le contour de sa silhouette mais le vide vertical laissé au milieu vaut à l'œuvre son titre de « Pillar ».

Certains visiteurs du presbytère n'appréciaient pas ce triple portrait, Mrs Gaskell par exemple, qui l'a qualifié de « rough, common-looking oil-painting » (« peinture à l'huile grossière faisant très ordinaire »). On a aussi rapporté le jugement encore plus sévère de « shocking daub » (« croûte infâme »), encore que cette dernière remarque, citée également par Mrs Gaskell, s'appliquerait plutôt au tableau dit Gun Group (« Groupe avec le fusil »), tel qu'en aurait parlé un visiteur non identifié en 1858[153]. L'original, qui se trouve à la National Portrait Gallery, est l'œuvre qui y attire le plus grand nombre de visiteurs[154]. Il semble que la ressemblance est assez fidèle, surtout en ce qui concerne Emily et Anne. On retrouve bien les traits marquants du visage de Charlotte : un front assez proéminent, un nez plutôt long, la mâchoire assez carrée, des yeux noisette, une belle chevelure.

Exemple d'un poème

Poème choisi en raison de sa brièveté car les œuvres en vers de Branwell sont souvent très longues.

Mary's Prayer (« La prière de Marie »)[155]

Mary's Prayer
Remember when Death's dark wing
Has borne me far from thee;
When, freed from all this suffering,
My grave shall cover me.

Remember me, and, if I die
To perish utterly,
Yet shrined within thy memory
Thy Heart my Heaven shall be!

’Twas all I wished, when first I gave
This hand unstained and free,
That I from thence might ever have
A place, my lord, with thee.

So, if from off my dying bed
Thou'dst banish misery,
Oh say that when I'm cold and dead
Though wilt remember me!

La prière de Marie
Souviens-toi, quand l'aile noire de la Mort
Loin de toi m'aura emportée
Quand, libérée de toute ma souffrance,
Ensevelie dans la tombe je serai.

Souviens-toi de moi, et, si je meurs
De cette mort qui tout anéantit,
Enchâssée encore dans ton souvenir
Ton Cœur sera mon Paradis !

Cela seul je le désirais, quand d'abord je donnai
Ma main vierge de souillure et libre,
Que de ce jour-là, pour toujours j'aie
Seigneur, ma place auprès de toi.

Alors, si de mon lit de mort
Tu voulais chasser la sombre détresse,
Oh, dis-moi, lorsque je serai morte et glacée
En toi, mon souvenir à jamais vivra !

Emily Jane Brontë, la sœur d'exception

Article détaillé : Emily Brontë.
Article connexe : Les Hauts de Hurlevent.
Portrait d'Emily, peint par son frère Branwell.

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Une intelligence énigmatique

On a appelée Emily Jane Brontë (1818-1848) le « Sphynx de la littérature », écrivant sans le moindre désir de notoriété, pour répondre à sa seule obligation intérieure[N 35]. Cinquième fille du pasteur, elle a passé l'essentiel de sa courte vie dans le Yorkshire. Jeune fille qui pouvait apparaître comme d'une timidité maladive[N 36]en dehors de son cadre familial[N 37],[156], au point de parfois tourner le dos à ses interlocuteurs sans pouvoir dire un mot, mais elle est dotée d'une personnalité aussi inflexible (elle cautérise elle-même au fer rouge la morsure que son chien a faite à sa main[157]) qu'énigmatique et secrète.

Grâce à son père et à sa passion pour la littérature, elle est remarquablement cultivée, connaissant les tragiques grecs et les auteurs latins, Shakespeare et les grands écrivains anglais. Elle est à l'affût des idées nouvelles et s'est sans doute intéressée aux théories annonciatrices de celles de Darwin[N 38]. C'est aussi une excellente pianiste avec une prédilection pour Beethoven[N 39], et, comme ses sœurs, une dessinatrice et peintre, surtout miniaturiste, de grand talent[158].

Avec un seul roman, Wuthering Heights (Les Hauts de Hurlevent) et des poèmes d'une puissance élémentaire, elle atteint les sommets de la littérature. Presque méconnue de son vivant[159],[N 40], la postérité la classe « au premier rang » (« in the literary canon[160] »)[N 41] des lettres anglaises. Dans The Oxford Book of English Literature, Margaret Drabble parle du roman comme d'un « masterpiece » (« chef d'œuvre ») et cite à ce sujet Cecil et Q. D. Lewis le décrivant comme « shakespearien »[161] et la Shorter Oxford History of English literature évoque la profondeur, la complexité et la maîtrise de la forme, expose aussi l'« admiration » que suscite à la fois le roman et la poésie pour laquelle elle parle d'« ecsatic intensity » (« intensité extatique »), de puissance « vibrant » (« vibrante ») et « possessive » (qui possède, habite [le lecteur]) »[162].

Inflexible Emily, morte à trente ans

Paysage de rocs et de fougères des moors du West Yorkshire, non loin de Haworth.

Emily aime avant tout, comme ses sœurs, parcourir la lande sauvage des moors entourant Haworth. Elle noue avec ces ondulations de bruyère, ces murs de pierre sèche, ces rocs et ces cascades, ces niches secrètes, une relation quasi fusionnelle qu'on retrouve dans son roman et dans ses poèmes. Elle y recueille les animaux blessés qu'elle soigne et garde précieusement auprès d'elle. Elle aurait pris froid à l'enterrement de son frère au mois de septembre 1848 et, très vite, sa santé s'est dégradée sans la moindre rémission.

Consomptive mais refusant tout soin[163] à l'exception, alors qu'il est bien trop tard et parce que ses proches ont beaucoup insisté, de la visite d'un médecin londonien, elle meurt en décembre sur le canapé de la salle à manger. La veille au soir encore, elle a préparé et donné leur repas aux chiens, son bulldog Keeper et la petite épagneule d'Anne, Flossy, s'appuyant sans souffle sur les murs du couloir et repoussant l'aide que ses sœurs tentent de lui apporter pour la soutenir[164]. Jusqu'au dernier moment et malgré son extrême faiblesse, elle a continué à assurer la totalité de ses tâches ménagères ou autres, levée à 7 heures, alors qu'elle titube, peignant sa longue chevelure devant l'âtre sans se rendre compte que le peigne a glissé de sa main dans le feu, d'où Martha Brown, alertée par l'odeur, est venu le retirer.

Il est possible qu'elle ait laissé un autre manuscrit inachevé, que Charlotte, après le décès de ses sœurs, aurait brûlé pour éviter les controverses ayant suivi la publication de Wuthering Heights. Il existe quelques allusions dans divers documents tendant à le laisser penser, mais aucune preuve n'a pu être apportée pour corroborer cette hypothèse[165].

Impuissance et mutisme face à la maladie

On lit souvent que le mal qui emporte Emily est la conséquence d'un coup de froid qui l'a saisie lors des obsèques de son frère. Cela paraît fort peu probable, la traversée du jardin et de sa clôture par le petit portail du milieu, puis la marche vers l'église ne prenant guère plus de quelques minutes. De plus, pour un enterrement, les membres de la famille proche se couvrent traditionnellement de vêtements de deuil assez épais et portent des gants blancs[N 42]. De plus, Branwell était mort le 24 septembre, ce qui n'est pas encore le temps des grands frimas. Il est donc vraisemblable que ce malade, dont elle s'est occupé avec abnégation, l'a déjà contaminée avant son décès. Quoi qu'il en soit, elle n'a aucune confiance dans les médecins et leurs remèdes, qu'elle traite respectivement d'« empoisonneurs » et de « poisons »[166].

Que peut faire la médecine, en effet, contre cette maladie qu'elle connait si peu ? Elle prescrit des fortifiants, souvent du punch[N 43], ce qui a pour effet d'aggraver le cas, quelques frictions au gant de crin et les inévitables ventouses et sinapismes. À cette époque, le pneumothorax chirurgical n'est pas encore utilisé dans le traitement de la tuberculose, du moins en Angleterre[167]. La seule thérapie efficace recommandée est la cure d'air, et encore est-elle réservée à celles et ceux qui peuvent s'offrir un séjour en villégiature.

Charlotte, qui a le souvenir de ses sœurs Maria et Elizabeth, et qui a assisté à l'agonie de Branwell, connait les symptômes dès leur première apparition et, dans ses lettres à Ellen Nussey, Mary Taylor ou encore Elizabeth Gaskell, elle décrit sa terreur silencieuse à leur manifestation, leur progression, d'abord pour Emily, puis pour Anne. Pour plusieurs raisons, le sujet reste tabou au presbytère, comme si n'en point parler réduit les risques de l'inévitable déchéance, mais aussi parce qu'Emily entre dans de sombres colères à la moindre allusion[168] et que Mr Brontë, par peur, par pudeur ou par résignation, se tait, préférant prier dans son bureau à affronter le mal qui emporte un à un ses enfants. Telle est sans doute la raison pour laquelle on a pris l'habitude, facile mais sollicitant les fantasmes de l'imaginaire, de se référer à la fratrie comme celle d'enfants « maudits » (Voir Introduction). La tuberculose, en effet, a beaucoup contribué à créer le mythe de cette famille à laquelle on voue depuis 1860 un véritable culte.

Un poème et une citation

Les poèmes complets d'Emily Brontë : l'ensemble des pages peut être consulté à l'aide de la fenêtre de recherche.
Remembrance se trouve à la page 64.

Origine des poèmes d'Emily Brontë

Les poèmes d'Emily n'ont vraisemblablement été écrits que pour être insérés dans la saga de Gondal, qu'elle vit intensément au point de s'identifier avec certains de ses personnages, et cela jusqu'à l'âge adulte. À 28 ans, elle joue encore avec Anne les scènes racontées dans les petits livres, ou extrapole sur elles, par exemple dans le train lors d'un voyage à York[169]. Remembrance fait partie des vingt-et-un poèmes d'Emily qui ont été choisis pour l'édition conjointe de 1846. Emily en avait supprimé avant la publication toutes les références explicites à Gondal.

C'est pourquoi le poème qui suit présente un narrateur aujourd'hui anonyme, dont on ne sait s'il est masculin et féminin. Dans l'architecture de Gondal, il est très difficile, vu le manque de documents, de savoir à quel personnage il appartient. Des critiques s'y sont essayé avec des vues divergentes. Dans sa note[170], Janet Gezari fait le point sur la question sans se prononcer.

En tous les cas, elle date Remembrance du 3 mars 1845 et le décrit comme le poème exprimant la culmination du sens de la perte et du deuil dans toute l'œuvre d'Emily. On remarque le style décanté et concentré, réduit à l'essentiel, ce qui rend la traduction très difficile, la métrique du pentamètre iambique ([u —] x 5) musclée par un accent sur la première syllabe de chaque vers, ce qui constitue une substitution trochaïque visant à conférer comme une poussée, la césure du deuxième pied et l'utilisation de rimes féminines[N 44] aux vers un et trois de chaque strophe, à l'exception de la première et de la quatrième. L'effet donné est, selon Cecil Day Lewis, comparable à l'andante maestoso d'une marche funéraire et constitue le rythme le plus lent de toute l'histoire de la poésie anglaise[171]. Cette opinion est enthousiaste mais partiale : il existe bien d'autres poèmes anglais au rythme très mesuré et, parfois, le tempo qu'on leur prête ne correspond pas à ce que l'auteur désirait. Ainsi la célèbre The Charge of The Light Brigade (La Charge de la Brigade Légère) de Alfred Tennyson, qu'on récite volontiers au galop, mais que le poète lui-même disait, dans un enregistrement sur rouleau, d'une voix lugubre et sur une cadence de cortège funéraire[172].

Exemple d'un poème : IV, 158, Remembrance (« Souvenance »), d'Emily Brontë

Ce poème a été choisi parce qu'il est l'un des plus célèbres qui aient été publiés dans l'édition de 1846.

Remembrance
Cold in the earth - and deep snow piled upon thee
Far, far removed, cold in the dreary grave!
Have I forgot, my only Love, to love thee,
Severed at last by Time's all-severing wave?

Now, when alone, do my thoughts no longer hover
Over the mountains, on that northern shore,
Resting their wings where heath and fern-leaves cover
Thy noble heart for ever, ever more?

Cold in the earth - and fifteen wild Decembers,
From those brown hills, have melted into spring:
Faithful indeed, is the spirit that remembers
After such years of change and suffering!

Sweet Love of youth, forgive, if I forget thee,
While the world's tide is bearing me along;
Other desires and other hopes beset me,
Hopes which obscure, but cannot do thee wrong!

No later light has lightened up my heaven,
No second morn has ever shone for me;
All my life's bliss from thy dear life was given,
All my life's bliss is in the grave with thee.

But, when the days of golden dreams had perished,
And even Despair was powerless to destroy;
Then did I learn how existence could be cherished,
Strengthened, and fed without the aid of joy.

Then did I check the tears of useless passion -
Weaned my young soul from yearning after thine;
Sternly denied its burning wish to hasten
Down to that tomb already more than mine.

And even yet, I dare not let it languish,
Dare not indulge in memory's rapturous pain;
Once drinking deep of that divinest anguish,
How could I seek the empty world again?

Souvenance
Froid dans la terre - et un lourd amas de neige posé sur toi
Loin, loin emporté, froid dans la lugubre tombe !
Ai-je oublié, mon unique Amour, de t'aimer,
Toi de moi désuni enfin par la vague du Temps qui tout désunit ?

Ah ! Dans ma solitude, mes pensées ne volent-elles plus, flottant
Au-dessus des montagnes sur ces rivages nordiques,
Reposant leurs ailes là où bruyères et fougères feuillues
À jamais recouvrent ton noble cœur, à tout jamais ?

Froid dans la terre — et quinze décembres farouches
De ces brunes collines descendus, se sont dissouts en printemps :
Fidèle en vérité est l'âme qui se souvient
Après de telles années d'étrangeté et de souffrance !

Doux Amour de jeunesse, pardonne, si je t'oublie,
Tandis que m'emporte la marée de ce monde :
D'autres désirs m'assaillent, et bien d'autres espoirs
Espoirs qui t'assombrissent, mais si impuissants à te nuire !

Aucune lumière n'est plus venue illuminer mon firmament,
Pas de seconde aurore n'a plus brillé pour moi ;
Le bonheur de ma vie, tout entier de ta chère vie me fut offert
Ce bonheur de ma vie, tout entier c'est avec toi qu'il git.

Mais quand eurent péri les jours du rêve doré,
Et que même le Désespoir fut impuissant à détruire ;
Alors j'ai appris comment chérir l'existence,
Plus forte encore, et nourrie sans le secours de la joie.

Alors j'ai retenu les larmes de l'inutile passion -
J'ai sevré ma jeune âme du manque de ton âme ;
Sévère, j'ai refusé son ardent désir de vite s'engloutir
Dans cette tombe déjà plus que mienne.

Et à cet instant, encore, je n'ose l'abandonner à la langueur,
Je n'ose m'abandonner à l'exquise douleur du souvenir,
Moi qui autrefois m'abreuvais de cette angoisse divine,
Comment pourrais-je rechercher encore le néant de ce monde ?

Une citation

(Wuthering Heights, extrait d'une déclaration de Catherine Earnshaw (Linton) à Nelly Dean.)

La traduction de cette citation se trouve en Notes[N 45].

My great miseries in this world have been Heathcliff's miseries, and I watched and felt each of them from the beginning; my great thought in living is himself. If all perished, and he remained, I should still continue to be; and if all else remained, and he were annihilated, the universe would turn to a mighty stranger; I should not seem a part of it. My love for Linton is like a foliage in the woods; time will change it, I'm well aware, as winter changes the trees. My love for Heathcliff resembles the eternal rocks beneath; a source of little visible delight, but necessary. Nelly, I am Heathcliff! He's always in my mind; not as a pleasure, any more than I am always a pleasure to myself, but as my own being.

Anne Brontë, accomplie et résignée

Portrait au crayon d'Anne, dessiné par sa sœur Charlotte.
Article détaillé : Anne Brontë.
Articles connexes : Agnes Grey et La Locataire de Wildfell Hall.

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Wikisource propose un ou plusieurs textes écrits par Anne Brontë.

Souvenir de son expérience

Anne passe pour la moins douée des trois sœurs. Ainsi, The Short Oxford History of English Literature écrit que son premier roman reste dans l'ombre de ceux de Charlotte et d'Emily et que sa narratrice endure l'humiliation, le snobisme et l'impolitesse de ses employeurs avec une résignation qui est soutenue par son sens du devoir et sa haute conscience morale[173].

La chronique transposée de l'expérience d'Anne constitue, en effet, la substance d' Agnes Grey qui apparaît comme un roman semi-autobiographique. Le choix du nom propre « Grey » (« Gris ») n'est pas anodin : il fait référence à la timidité et la réserve de la jeune fille, et parallélement à la grisaille dans laquelle elle est maintenue de par son statut et ses fonctions.

La gouvernante occupe une place intermédiaire dans la hiérarchie de la domesticité, au-dessus du niveau des valets, des cuisinières et des femmes de chambre, mais en-dessous des majordomes et sans faire partie de la famille. Si elle se voit parfois admise au salon, par exemple quand les enfants viennent saluer leurs parents avant le coucher, son domaine est la nursery où elle passe la plus grande partie de la journée. Là, elle essaye d'inculquer à des gamins indisciplinés et gâtés les rudiments d'une éducation, lecture, écriture, histoire, langue étrangère, auxquelles s'ajoutent pour les filles les accomplishments, dentelle, broderie, point de croix, qu'on appelle work (« ouvrage »), ainsi que le dessin et parfois la musique, surtout le chant.

En général, la gouvernante n'est respectées ni par la domesticité qui la jalouse, ni par les maîtres qui ne supportent pas que leurs enfants soient grondés et qui, de toute façon, font souvent de cette jeune femme un souffre-douleur, pour des émoluments dérisoires[82].

The Tenant of Wildfell Hall « s'embrase, lui, de feu et de colère »[174]. Dans les deux romans, l'héroïne mène le même combat, celui de sa dignité. La gouvernante réussit par sa force d'âme, l'épouse bafouée par la rupture, l'une et l'autre conduisant à la libération.

La maladie et la mort

La « lettre en croix » d'Anne Brontë à Ellen Nussey, datée du 5 avril 1849.

Anne, comme son frère et sa sœur Emily quelques mois auparavant, voit sa santé décliner très rapidement. Le 5 avril 1849, elle écrit à Ellen Nussey, lui demandant de l'accompagner à Scarborough sur la côte est. Charlotte, en effet, préfère rester à la maison pour s'occuper de son père[175].Charlotte et Ellen essaient de l'en dissuader, mais elle plaide sa cause avec ténacité et Mr Brontë intervient pour que le voyage ait lieu, assurant son entourage qu'il est en sécurité avec Tabitha Aykroyd et Martha Brown. Anne espère que l'air de la mer lui rendra des forces, comme le recommande le médecin, et Charlotte finit par accepter[176].

Le jeudi 13 mai au matin, les trois femmes quittent le presbytère après une sorte de cérémonie d'adieu sur le perron, Anne tenant à saluer tout le monde et à caresser les deux chiens. Le train part de Keighley pour Leeds, puis va à York où les voyageuses passent la nuit. Dans les wagons et les gares, Charlotte et Ellen reçoivent de l'aide pour porter la malade. Anne tient à visiter la cathédrale de York Minster, poussée dans une chaise à roues. Arrivée à Scarborough, elle se fait conduire vers la plage en charrette, tenant elle-même les rênes de peur que le muletier n'aille trop vite pour l'animal. Quand Ellen Nussey les rejoint, elle est en train de le sermonner sur la façon de s'occuper d'une bête de somme[177].

Le dimanche matin, après un petit déjeuner de lait bouilli, elle se sent faiblir et demande s'il est possible de retourner à Haworth. Le docteur qui est appelé confirme devant elle que la mort est proche et Anne le remercie de sa franchise. « Take courage, take courage » (« Courage, courage ») murmure-t-elle à Charlotte. À 14 heures le lundi 18 mai, elle meurt alors qu'on annonce le dîner. Elle est enterrée au cimetière St Mary's de Scarborough sous les remparts, juste en-dessous du haut de la falaise, face aux flots[178].

Exemple d'un poème

Ce poème a été choisi parce qu'il est le dernier que Anne ait écrit et aussi parce qu'il fait écho à celui de Charlotte.

Sélection : strophes 1, 2, 3 et 16, 17)

Last Lines[179]
A dreadful darkness closes in
On my bewildered mind;
O let me suffer and not sin,
Be tortured yet resigned.

Through all this world of blinding mist
Still let me look to thee,
And give me courage to resist
The Tempter, till he flee.

Weary I am — O give me strength,
And leave me not to faint:
Say thou wilt comfort me at length
And pity my complaint.

[…]

If thou shouldst bring me back to life,
More humbled I should be,
More wise, more strengthened for the strife,
More apt to lean on thee.

Should Death be standing at the gate,
Thus should I keep my vow;
But hard whate'er my future fate,
So let me serve thee now.[N 46]

Derniers vers
Une ombre effrayante enserre
Mon esprit tout effaré
Ô que je puisse souffrir sans pécher,
Endurer la torture et me résigner

À travers ce vaste monde de brumes aveuglantes
Encore vers toi, Ô que je porte mon regard,
Et accorde-moi le courage de résister
Au Tentateur, pour qu'enfin il s'enfuie.

Lasse est mon âme - Ô accorde-moi
La force de ne point défaillir :
Dis-moi qu'enfin ton réconfort je recevrai,
Et qu'aussi ta pitié écoutera ma plainte.

[...]

Si tu devais me ramener à la vie,
Encore plus humble je serais,
Plus sage, et plus forte pour faire front,
Et plus à même de m'appuyer sur toi.

Si la Mort devait à la porte m'attendre,
Ainsi respecterais-je mon vœu ;
Mais si dur que soit le destin qui m'attend,
Que je puisse dès à présent te servir.

L'Angleterre du nord à l'époque des Brontë

Dans sa biographie The Life of Charlotte Brontë (La Vie de Charlotte Brontë), parue en mars 1857, Mrs Gaskell commence par deux chapitres descriptifs et explicatifs. Le premier traite des rudes paysages du West Riding dans le Yorkshire, du petit village de Haworth, du presbytère et de l'église, entourés de leur vaste cimetière, perchés au haut de la colline en bordure de la lande. Le deuxième présente un tableau économique, sociologique et sanitaire de la région. Les travaux qui ont suivi, jusqu'aux plus récents, dont The Brontës de Juliet Barker (1994 : édition reliée, 1995 : édition brochée, le texte des deux éditions étant absolument identiques), font une large place à ces éléments qui, de bien des façons, ont contribué à façonner les sœurs Brontë et à en faire les personnages hors du commun qu'elles sont devenues.

Les conditions sanitaires, économiques et sociales à Haworth

La commune de Haworth, située à environ 250 mètres d'altitude dans les Pennines, est devenue surpeuplée au cours de la première moitié du XIXe siècle. En cinquante ans, la population est passée d'à peine 1 000 habitants à 3 365 (recensement de 1851)[180]. Elle ne dispose d'aucun système sanitaire, ni égouts, ni évacuation des eaux usées, et l'eau des puits est contaminée par des infiltrations fécales ou émanant de la décomposition des corps enterrés dans le cimetière. La moyenne des offices religieux célébrés par le Révérend Brontë lors du décès de ses paroissiens s'élève à près de 1 500 par décennie, soit environ un jour sur deux, et ce décompte ne comprend pas les offices funéraires assurés par les Chapelles de dénomination évangélique (cf. infra). L'espérance de vie ne dépasse pas 25 ans et la mortalité infantile touche 41% des enfants de moins de six ans[181]. C'est pourquoi, au regard de ces chiffres, la mort qui a frappé la famille Brontë n'a rien d'exceptionnel et, du coup, n'impressionne pas beaucoup les habitants, qui sont confrontés à ce genre de drame en permanence.

Paysage de moors, la lande sauvage des Pennines (West Yorkshire).

La plus grande partie de la population vit d'une agriculture très pauvre, pratiquée sur des terres arrachées à la lande, et les revenus sont complétés par du travail à façon effectué à domicile, consistant surtout à carder et tisser, sur des métiers à main, la laine provenant des élevages de moutons broutant dans les bruyères[182] ». Pourtant, les conditions économiques changent[183] : des manufactures de textile, déjà présentes à la fin du XVIIIe siècle, s'installent de plus en plus sur les berges de la rivière Worth qui peut faire tourner des machines à tisser bien plus productives et réclamant beaucoup moins de personnel[N 47].

À leur arrivée au presbytère, les Brontë trouvent la paroisse en désarroi, car le travail commence à manquer. Les hommes essayent de résister à ces bouleversements en exploitant des carrières de pierre pour le bâtiment, et aussi en pratiquant un petit artisanat rural. La grosse bourgade ne compte aucune profession libérale ou assimilée, en dehors de l'apothicaire où s'approvisionne Branwell, et de la boutique de John Greenwood, le libraire papetier, dont les Brontë sont les meilleurs clients[N 48]. L'activité principale, en effet, commerces, services, médecins, avoués et hommes de loi, etc., chemins de fer et gare, se trouve concentrée à Keighley (où, le plus souvent, on se rend à pied), et, au-delà, à Bradford et Leeds[N 49]. Charlotte a fait de cette crise économique et sociale le sujet de son roman Shirley, mais à la différence de Mrs Gaskell dans ses ouvrages dits industriels, tel Mary Barton, sa sympathie va clairement, comme celle de son père, vers les entrepreneurs et non vers les ouvriers qui sont plutôt considérés comme une menace. Cela dit, elle aspire à une réconciliation fondée sur la compréhension mutuelle et une plus grande justice[184].

Seules, les autorités religieuses assurent une ébauche de service éducatif, en particulier à la Sunday School (« École du dimanche ») adjacente au presbytère, où Charlotte et ses sœurs, Mr Brontë et son vicaire enseignent les rudiments de la lecture, de l'écriture et de la catéchèse. Comme l'Église anglicane côtoie deux autres « Chapelles », l'une Baptiste et l'autre Wesleyienne[N 50], les activités sociales et récréatives tournent autour de ces pôles d'attraction que sont les paroisses et les congrégrations. Charlotte se doit, par exemple, d'organiser régulièrement des réceptions pour l'agrément de certaines familles du village ou des ecclésiastiques en visite chez son père[185].

La place de la femme

Jane Eyre, disant son fait à « sa tante », Mrs Reed, avant que celle-ci ne l'envoie dans le dur pensionnat de Lowood (seconde édition de Jane Eyre, en 1847).

La compagne de l'homme

La femme dite de bonne famille, comme l'avait déjà bien expliqué Robert Southey, poète-lauréat, dans sa réponse à Charlotte (cf. supra), doit se contenter d'une éducation au mariage agrémentée de quelques talents décoratifs[186]. Mr Brontë fait lui-même dire à l'un de ses personnages dans son The Maid of Kilarney, sans que l'on sache vraiment s'il rapporte une opinion répandue pour la condamner ou, au contraire, la critiquer (de toute façon, elle paraît en contradiction avec son attitude envers ses filles qu'il encourage, même s'il ne sait pas très bien ce à quoi elles passent leur temps) : « The education of female ought, most assuredly, to be competent, in order that she might enjoy herself, and be a fit companion for man. But, believe me, lovely, delicate and sprightly woman, is not formed by nature, to pore over the musty pages of Grecian and Roman literature, or to plod through the windings of Mathematical Problems, nor has Providence assigned for her sphere of action, either the cabinet or the field. Her forte is softness, tenderness and grace »[N 51],[187].

L'éducation des jeunes filles de condition modeste

Où trouver les institutions susceptibles de recevoir ces jeunes filles de la classe à peine moyenne quand on n'a ni les moyens financiers ni les relations nécessaires pour les confier à des établissements huppés ? Puisqu'il n'est pas question d'embaucher des gouvernantes, on s'adresse à des écoles de seconde zone où les frais de scolarité sont réduits au minimum. La plupart d'entre elles se disent « charitables », destinées justement à venir en aide aux familles, par exemple, du bas clergé. On ne peut reprocher à Mr Brontë de n'avoir pas fait tout son possible pour trouver ce qu'il a cru convenir à ses filles. Comme le montre Juliet Barker, il a lu dans le Leeds Intelligencer du 6 novembre 1823, des compte-rendu de cas de mauvais traitements jugés à la Court of Commons (une sorte de tribunal correctionnel) de Bowes, et d'autres, jugés le 24 novembre 1824 près de Richmond, deux villes situés dans son comté du Yorkshire, concernant des élèves découverts rongés de vermine et de malnutrition au point que certains en avaient perdu la vue.[188]Rien ne laisse prévoir que la Clergy Daughters' School du Révérend Carus Wilson puisse ne pas répondre à ses attentes. Elle n'est pas particulièrement bon marché, ses « patrons » (« membres d'honneur ») comprennent des personnalités respectées, dont la fille d'une grande amie de l'éminent poète William Cowper, Mrs Hannah Moore, auteur d'ouvrages reconnus, parce que moralisateurs, sur l'éducation des jeunes filles, différents prélats ou même certaines connaissances de Patrick, dont William Wilberforce qui lui a permis de terminer ses études à St John's, bref, il croit s'être entouré de toutes les garanties[189].

Les ravages de la tuberculose

La tuberculose en Angleterre au début du XIXe siècle

Robert Koch, qui identifie le bacille de la tuberculose en 1882, plus d'un quart de siècle après la mort de Charlotte Brontë
« Come ! Take a drink » : la tentation de la boisson au XIXe siècle.

Au début du XIXe siècle, la tuberculose, qu'on appelle alors « consomption » ([se] consumer) ou « phtisie » (du grec : dépérir) ou encore « peste blanche », s'est répandue dans toute l'Europe occidentale. L'Angleterre, cependant, et plus particulièrement le nord du pays, subit rapidement au cours de la première moitié du siècle une épidémie qui dépasse de loin celle des autres pays situés sur le continent. Les statistiques montrent que les villes à l'urbanisation galopante comme les campagnes sont également touchées. Un habitant sur quatre se voit frappé[190], si bien que fort peu de familles restent épargnées. Comme la maladie se répand par contagion directe, contact, air, eau, lait de vache, un foyer touché peut craindre le pire pour les autres membres de la maisonnée.

La raison en est simple : le pays, industrialisé environ un siècle avant ses voisins, a vu les conditions de vie des classes rurales, souvent devenues ouvrières, se détériorer depuis plus longtemps et plus vite. Travailler dans les manufactures et non plus dans les champs, cela signifie épuisement, aucun temps libre, enfermement, pollution, salaires insuffisants pour soi et les siens. À cela s'ajoute l'alcoolisme qui ne fait qu'augmenter : jamais les Gin Houses[191] n'ont connu autant de fréquentation, car la boisson, souvent frelatée, y est néanmoins forte, bon marché, abrutissante mais aussi, d'une certaine façon, conviviale.

De plus, la nourriture est peu abondante, souvent réduite au minimum du porridge, l'équivalent de nos brouets, avec de graves carences en protéines et en vitamines. L'hygiène publique demeure inexistante et les toilettes privées réduites à leur strict minimum. Les Brontë ont pour tous lieux d'aisance deux huttes à siège à l'arrière du presbytère, dont l'un est abaissé pour les enfants. Charlotte, dans sa trentaine, est décrite avec une mâchoire édentée[N 52]. Pourtant, la chère n'est pas mauvaise chez le pasteur. On mange de bonnes assiettées de porridge le matin, on pèle des monceaux de pommes de terre chaque jour à la cuisine, pendant que Tabby raconte ses histoires du pays ou qu'Emily révise une grammaire allemande[N 53], pour le « dinner » de six heures, et le dimanche, la table familiale s'agrémente d'un gros morceau de mouton bouilli dont on découpe d'abord les rations nécessaires à la nourriture des chiens et dont on garde le bouillon pour assaisonner les plats. De plus, Emily pétrit et fait cuire le pain quotidien, tâche qu'elle assure jusqu'aux derniers jours de sa vie. Et parfois, Mr Brontë revient de ses tournées avec un gibier dont un paroissien lui a fait l'offrande[N 54].

L'image romantique de la « phtisie »

La Dame aux camélias, symbole de la fascination mêlée d'effroi qu'exercent au XIXe siècle les victimes de la « consomption ».

La situation sanitaire de l'Angleterre est alarmante et les autorités ont même fait placarder quelques recommandations élémentaires pour mettre la population, très ignorante et particulièrement illettrée, en garde contre les risques encourus. Il faut dire que la tuberculose, du moins à ses débuts, possède le pouvoir non pas d'enlaidir les gens qu'elle touche, mais plutôt de les embellir. Le teint se fait plus vif car les joues s'empourprent de fièvre, le regard devient attirant et même aguicheur car il paraît, et pour cause, brûlant. La peau, avant de se déliter, se pare d'une délicatesse diaphane.

C'est pourquoi toute une mystique s'est créée autour de cette maladie comme relevant à la fois de l'esthétique et du tragique et, du temps des premiers romantiques, elle est presque considérée comme nécessaire, en tous les cas inévitable pour les hommes et les femmes d'esprit et de poésie, garante en quelque sorte de ce mal d'être qui sous-tend toute création littéraire[192]. Les sœurs Brontë, on le sait, sont intellectuellement avides de la poésie de leurs prédécesseurs (Voir chapitre : Influences littéraires) dont certains, d'ailleurs, leur ont survécu, mais rien ne laisse à penser que la consomption, dont elles ont dès leur plus jeune âge constaté les effets sur leurs petites aînées, a jamais été considérée par elles autrement que comme une menace redoutable.

Place des sœurs Brontë dans la littérature

À bien des égards, les sœurs Brontë ont constitué un groupe à part, une parenthèse de la littérature. Leur isolement voulu ou forcé, l'originalité de leurs œuvres, font qu'elles n'ont vraiment ni prédécesseurs ni successeurs. Il n'existe pas de lignée Brontë, comme il en existe, par exemple, dans le roman réaliste, puis naturaliste, ou, en ce qui concerne la poésie, le romantisme et le symbolisme.

Une influence peut-être inconsciente

Certes, leur influence a existé, mais il paraît difficile de la cerner dans sa globalité. Les écrivains qui les ont suivies ont sans doute pensé à elles lorsqu'ils ont créé leur univers tourmenté et sombre. Ainsi, Thomas Hardy dans Jude the Obscure ou Tess of the d'Ubervilles, ou encore George Eliot avec Adam Bede et The Mill on the Floss. Il s'est trouvé des auteurs, parmi les plus conventionnels, pour les décrier, ce qui, en soi, est un héritage, même négatif. Matthew Arnold, par exemple, dans une lettre datant de 1853, c'est-à-dire toujours du vivant de Charlotte, qui prétend qu'elle n'a au cœur « […] nothing but hunger, rebellion and rage » (« […] rien d'autre que la faim, la rébellion et la rage ») »[193]. En revanche, Mrs Humphry Ward [194], qui se fait l'écho des batailles religieuses de son temps[N 55]. et écrit des romans plutôt moralisateurs, ne trouve chez Charlotte que du « didactisme », alors qu'elle apprécie en Emily un heureux mélange de romanesque et de réalisme[195]. Il n'y a donc rien, en cela, qui puisse constituer une veine littéraire.

Jane Eyre revisitée

En revanche, à environ un siècle de distance, les influences se font plus précises et sont pleinement revendiquées.

Judith Anderson, l'interprète de la redoutable Mrs Danvers, dans Rebecca, le film que tira Hitchcock du roman de Daphne du Maurier

Ainsi, Daphne du Maurier, dans son roman Rebecca, crée un univers assez peu différent de celui qui existe dans Jane Eyre, du moins par son atmosphère sinon en sa conclusion, et le rapprochement entre Rebecca et l'œuvre de Charlotte Brontë a souvent été fait[196]. Mr Rochester et Mr de Winter ont bien des points en commun, sombres, taciturnes. Comme chez Charlotte Brontë, cet insondable héros annonce à la jeune fille que le hasard a mise en contact avec lui, qu’il est amoureux et il lui propose le mariage. Ainsi, cette romantique et timide créature, sans nom, devient la seconde Mrs De Winter, titre qui va devenir une malédiction. « Manderley », le domaine familial, au pied de la mer, tout superbe qu'il est, apparaît vite comme inquiétant ; toute la domesticité accueille le maître et sa nouvelle épouse, cérémonie impressionnante pour la jeune femme. L'époux reste enfermé dans ses songes et son passé qu'on sent tourmenté. « Manderley », en effet, est hanté par un souvenir, celui de Rebecca, la première Mrs de Winter, brillante, drôle, sophistiquée, énergique. Mrs Danvers, la gouvernante, ne l'a pas oubliée et se montre particulièrement hostile à sa nouvelle maîtresse en lui témoignant un respect d'une froideur méprisante. Peu à peu, l’ambiance mine la nouvelle épouse, la peur et la suspicion s’installent en elle, Maxim est distant et semble agacé par cette jeune femme qui n’ose déranger personne, perdue en un milieu hostile. Un lourd secret pèse sur « Manderley » et sur Maxim ; la révélation de ce secret change leur vie pour toujours.

Daphne du Maurier, familère du monde des Brontë, a d'ailleurs consacré un ouvrage à Branwell Brontë, The Infernal World of Branwell Brontë (Le Monde infernal de Branwell Brontë) qui est cité dans la rubrique Bibliographie.

La tension dramatique de Rebecca, le roman de Daphne du Maurier, son atmosphère menaçante et chargée de mystère, inspirent à Hitchcock son film éponyme, joué par Laurence Olivier (Maxim de Winter), Joan Fontaine (la seconde Mme de Winter, qui va devoir affronter le souvenir de Rebecca), et Judith Anderson (Mme Danvers, la redoutable gouvernante)[196]. De son côté, la propre sœur de Joan Fontaine, Olivia de Havilland, interprète quelques années plus tard le rôle de Charlotte Brontë dans le film Devotion (La Vie passionnée des sœurs Brontë).

De même, Jean Rhys (1890-1979), imagine dans son Wild Sargasso Sea (1966) la vie de l'épouse folle de Rochester, le sombre héros de Jane Eyre ; elle y est transformée en héritière créole, appelée Antoinette Cosway, qui, dans la dernière partie du roman, se trouve emprisonnée dans la mansarde de Thornfield Hall. À propos de ce livre, on a parlé de « bitter poetry » (« âpre poésie »)[197], qualification qui convient tout autant à l'œuvre de Charlotte Brontë[198].

Plus près de nous encore, en 2006, The Thirteenth Tale (« Le Treizième Conte » ), de Diane Setterfield, renoue avec une forme de roman gothique dans la lignée de Jane Eyre, (au travers notamment de la famille Angelfield), qui est continuellement évoquée tout au long du récit. On retrouve également l’atmosphère des Hauts de Hurlevent, d'autant plus que le roman se déroule, au moins en partie, dans le Yorkshire. Le roman Rebecca, de Daphne du Maurier, semble avoir aussi largement influencé Diane Setterfield[199], et le manoir des Angelfield fait penser à Manderley.

Wuthering Heights, un catalyseur

Le sentiment de propriety à l'époque victorienne : la tenue et les manières qui seyaient à une dame dans les années 1840.

Wuthering Heights, au-delà de son actualité plutôt mal comprise à sa parution en 1847, semble avoir joué un rôle de catalyseur. L'originalité de son sujet, l'ordonnance du récit, son style ont, consciemment ou non, exercé une influence sur certains écrivains. Il a brisé le tabou de la bienséance, ce sentiment de propriety qui régit les codes de conduite de la société victorienne. Par exemple, le roman présente des personnages très locaux, incapables de s'exprimer autrement qu'en leur dialecte du Yorkshire, qu'Emily a appris surtout au contact de « Tabby »[N 56]. On a jugé cela grossier, indigne de la littérature qui gomme les aspérités, le sexe, le parler rustique, qu'on dit « boorish », « rustre » donc vulgaire. Mais plus tard, George Eliot, intellectuelle, femme d'intelligence et de savoir, fait s'exprimer son Adam dans Adam Bede exactement de la même façon, et c'est lui, le vertueux, qui triomphe et qui, par son courage et sa loyauté, se transcende en rédempteur du malheur et de la vilenie dont il a été le témoin.

Le culte des Brontë

Pélerinages à Haworth à partir de 1860

Pourquoi 1860 ? Charlotte est décédée depuis cinq ans et seuls restent au presbytère Mr Brontë et son gendre, entourés de deux servantes. En 1857, cependant, est parue la biographie de Charlotte rédigée par Mrs Gaskell et si, à la première lecture, Mr Brontë en approuve l'ordonnance et la formulation, il exprime, quelques mois plus tard, de sévères réserves. Le portrait qui a été tracé de Arthur Bell Nicholls, fondé en grande partie sur une confidence d'Ellen Nussey, lui paraît particulièrement injuste. Ellen Nussey déteste Arthur et assure que ses exigences de mari ont détourné Charlotte de l'écriture, que cette dernière a dû lutter pour ne pas interrompre sa carrière. Arthur, il est vrai, trouve Ellen Nussey trop proche de son épouse et exige de Charlotte qu'elle pose à son amie la condition expresse que ses lettres soient détruites, ce qui n'est jamais fait[200]. Le livre de Mrs Gaskell fait sensation et se diffuse largement dans le royaume. La polémique lancée par le père se solde par une brouille[201]et ne fait qu'amplifier la renommée de la famille.

Déjà, du vivant de Charlotte, les visiteurs se pressent au presbytère, mécènes et amis, tels Sir James Shuttleworth et Lady Kay Shuttleworth, Ellen Nussey, Elizabeth Gaskell et quelques autres, John Store Smith, jeune écrivain de Manchester, Bessie Parkes qui raconte sa visite dans une lettre à Mrs Gaskell, Abraham Holroyd, poète, antiquaire, historien, etc.[202]. Mais après la publication du livre et les remontrances publiques du pasteur, cette demeure perchée sur une colline battue par les vents devient vite un sanctuaire que de nombreux admirateurs veulent voir de leurs yeux. Le mari de Charlotte rappelle qu'il doit protéger son beau-père quand, sur le court chemin conduisant à l'église où Mr Brontë fait toujours son prêche dominical, il n'a de cesse d'écarter la foule des gens se bousculant pour toucher la cape du père « des » Brontë[203]. Bientôt, les centaines de visiteurs deviennent des milliers, venus de toute la Grande Bretagne et même d'Outre-Atlantique. Lorsqu'il accepte d'en recevoir quelques-uns, Mr Brontë raconte, sans cesse et avec la plus grande courtoisie, l'histoire de ses filles si brillantes et n'omet jamais de dire sa désapprobation des propos tenus sur le mari de Charlotte[204].

Tombe d'Anne Brontë, à Scarborough.

Son successeur, le Révérend John Wade, exprime parfois sa colère de voir sa demeure considérée comme un lieu de pèlerinage d'où il se sent exclu et il n'est pas rare qu'il se barricade derrière la porte d'entrée fermée à double tour[205].

Quoi qu'il en soit, le flot ne s'est jamais interrompu. Bien au contraire, le presbytère de Haworth est l'un des lieux les plus visités du monde[N 57],[206]. Pourtant, les récents rapports font état d'une diminution et les conservateurs et animateurs s'efforcent de changer sans cesse les expositions, d'acquérir d'autres objets ou documents, de multiplier les activités organisées autour des lieux annexes, la Sunday School, les demeures où ont résidé les parents et où sont nés les enfants, en particulier à Thornton, la tombe d'Anne à Scarborough[N 58], les itinéraires de promenade studieuse dans les landes, les activités de jeu pour les enfants, l'accès à des manuscrits jusqu'alors interdits à la bibliothèque, etc., et le village s'est peu à peu transformé en une vaste boutique de souvenirs.

Les visiteurs parcourent les pièces de la maison, se penchent sur les vêtements, les objets familiers et les manuscrits exposés. On refait le chemin jusqu'à l'église, on contemple la pierre tombale recouvrant le caveau où tous reposent à l'exception d'Anne. On visite le Black Bull où Branwell avait si souvent abusé de la boisson et on s'assoit sur son banc préféré. On cherche, parmi l'amas des sépultures du cimetière, les noms de Tabitha Aykroyd, de Martha Brown et aussi des sœurs Nancy et Sarah Garrs qui ont servi au presbytère pendant plusieurs années. On emprunte le long chemin conduisant à travers la lande jusqu'à « Top Withens », la maison battue par les vents, depuis peu en ruines, qu'on pense avoir servi de modèle pour le « Wuthering Heights » d'Emily[207]. Certains couples choisissent même de se marier en l'église St Michael and All Angels[208]. Ce phénomène fait la fortune d'un village dont la famille Brontë est l'unique richesse, et aussi de la région tout entière, puisque les infrastructures nécessaires ont été construites, les lieux d'hébergement multipliés, les chemins habités par le souvenir des sœurs balisés. Ici, la culture devient la seule manne de l'économie, jalousement préservée au point que les éoliennes installées sur les hauts-lieux des Pennines dominant Haworth sont l'objet de contestations, comme en attestent les compte-rendus des assemblées générales de la Brontë Society.

La Brontë Society

Article détaillé : Brontë Parsonage Museum.

Cette adulation et ce culte sont gérés par la Brontë Society[209] qui a la charge d'entretenir les lieux, d'organiser les expositions et de veiller au patrimoine culturel que représente, par son existence et par ses œuvres, la famille Brontë. Elle ne concerne pas seulement le Royaume-Uni, car elle a des antennes dans beaucoup d'autres pays, en Irlande, aux États-Unis, au Canada, en Australie, en Italie, en Afrique du Sud, dans certaines contrées scandinaves, etc. En France, les membres de l'association ne sont pas très nombreux, mais leur nombre tend à augmenter[210].

Au-delà du phénomène qui, par sa ferveur, semble empreint d'une certaine religiosité, on se pose la question du pourquoi scientifique de cet engouement.

Tentative d'explication

Wuthering Heights, publié en 1847 sous le nom de Ellis Bell (Emily Brontë).

Le phénomène Brontë

Déjà en 1904, Virginia Woolf se pose des questions. Assez tardivement, elle a pris, elle aussi, la route de Haworth et publié le récit de sa visite dans The Guardian le 21 décembre de la même année. Ce n'est pas une grande adepte des musées littéraires. Pourtant, elle note la symbiose existant entre le village et les sœurs Brontë, le fait que ces ustensiles et ces vêtements, dont la destinée, dans le cours normal d'une existence, est de disparaître avant ceux qui les utilisent, leur ont survécu, toutes choses permettant de bien mieux comprendre leur œuvre si singulière. Aussi écrit-elle : « Haworth expresses the Brontës; the Brontës express Haworth; they fit like a snail to its shell » (« Haworth exprime les Brontë ; les Brontë expriment Haworth ; elles y sont comme un escargot dans sa coquille »)[211].

De façon plus systématique, Laurence Matthewman[212]essaie de trouver une explication sociologique expliquant le phénomène. Elle parle de « lieux initiatiques », de « recherche du temps perdu », de nourriture créatrice « d'écrivains, de musiciens et de cinéastes ». Haworth serait, en effet, devenu « the second most visited shrine in the world » (« le deuxième sanctuaire le plus visité au monde »)[N 59]. Les causes de cet engouement sont multiples : le lieu, désolé, enclavé, escarpé ; la terre d'élection de prédicateurs de toutes dénominations occupés à chasser les voies du mal ; la révolte ouvrière Luddite opposée à l'industrialisation ; la bataille du pasteur Brontë pour soutenir les patrons tout en essayant de vaincre les fléaux de la misère sociale et la précarité des ménages ; le développement en parallèle d'une production littéraire originale par trois filles quasiment recluses ; la progression de la mort qui les engloutit toutes à de brefs intervalles. Ce faisceau de circonstances, selon Laurence Matthewman, frappe l'imaginaire collectif par son caractère d'unicité et de tragique.

Le mystère des passions par procuration

Demeure aussi le mystère d'enfants à peine pubères décrivant des passions humaines exacerbées sans en avoir jamais connu une seule. D'où viennent donc ces thèmes récurrents de la haine, de la trahison, de la démence, de l'amour poussé jusqu'à l'auto-destruction, cette souffrance du désir conduisant à la folie, la satire des mœurs contemporaines, l'ironie mordante des portraits, la transfiguration artistique et mystique des paysages sauvages ? Par quelle intuition ces orphelines pieuses, rangées, conventionnelles ou farouches jusqu'à la paralysie, se sont-elles révélées dans leur œuvre rongées par l'obsession de la liberté, sans droit réel et se les octroyant tous dans leurs royaumes de fiction ?

On sait que les sœurs Brontë ont, toutes les trois, même la sauvage Emily mais plus particulièrement Charlotte, ressenti quelque sentiment envers un jeune vicaire de leur père, le Révérend William Weightman, arrivé en 1839. C'est un beau garçon, gai, plein d'humour et d'entrain, qu'elles reçoivent volontiers à leur table pour un thé et quelques pâtisseries. Il les fait beaucoup rire et sa conversation les charme toutes. Charlotte aurait éprouvé un peu plus que de l'affection pour ce jeune homme, mais c'est à Emily qu'il a envoyé une Valentine (« Carte de la Saint-Valentin »). Cependant, ce vicaire meurt du choléra le 6 septembre 1842 à l'âge de 26 ans, décès que Charlotte apprend à Bruxelles peu avant celui de sa tante Elizabeth[213]. Ce bref épisode partagé, cependant, ne saurait en aucun cas constituer une expérience amoureuse susceptible d'avoir servi de ferment à leur œuvre, commencée avant son arrivée et toujours poursuivie, et d'expliquer les pulsions traversant leur imaginaire chaotique et tourmenté.

Confusion entre personnes et personnages

Il existerait donc dans l'imaginaire du public une confusion entre les personnes réelles et les personnages fictifs qu'elles ont créés et auxquels, par leur talent, elles ont conféré une immortalité jurant avec la pauvreté existentielle de leurs jeunes années. Il s'ensuivrait ce culte toujours ambigu puisqu'il confine à l'idolâtrie. Ambiguïté, certes, car il entre dans cette vénération une part de voyeurisme et aussi, ce qui est légitime, d'appropriation. Les objets ayant appartenu à la famille sont des reliques que l'on sait avoir côtoyé la maladie et la mort, et être demeurées les témoins d'un destin.

Il y a un décalage entre ces quelques livres, ces ustensiles de cuisine, ces robes et fichus de dentelle, ces tasses et cette grande théière à robinet, etc., somme toute d'une extrême banalité, dont a déjà parlé Virginia Woolf, et la ferveur non démentie du public. Cette ferveur, en soi, s'intègre au patrimoine qui la génère et l'on peut dire que les sœurs Brontë, leurs paysages, leur demeure, leurs proches et amis, tout autant que leurs livres, sont, selon la formule consacrée qui prend alors tout son sens, tombées dans le domaine public.

Les Brontë dans la culture populaire

Olivia de Havilland, jouant le rôle de Charlotte Brontë dans le film Devotion de 1946.
Ellen Page, qui devrait interpréter le rôle de Jane Eyre en 2009.

Cinéma

  • Le film indien Sangdil, réalisé par Ramesh Talwar en 1952, est inspiré du roman Jane Eyre. Le rôle principal est joué par Dilip Kumar.
  • Un nouveau film tiré de Jane Eyre était en préparation début 2009. C'est en principe Ellen Page (« nominée » en 2008 pour l'Oscar de la meilleure actrice, pour son interprétation de Juno) qui devrait tenir le rôle titre. Aucun acteur n'avait encore été annoncé pour le rôle de Rochester au début de 2009[214].

Autres (astronomie, musique, danse...)

  • Le cratère Brontë, ainsi nommé en l'honneur de la famille Brontë, est un cratère de 60 km de diamètre à la surface de Mercure[217].
  • Kate Bush a écrit pour son premier single, sorti en 1978, une chanson nommée Wuthering Heights, et reprenant les paroles de Catherine Earnshaw, le personnage de l'œuvre d'Emily Brontë. En effet, après avoir lu le roman d'Emily Brontë, Kate Bush s'est rendu compte qu'elle partageait avec elle la même date d'anniversaire (30 juillet)[218].
  • Plusieurs chorégraphies ont été, durant le XXe siècle, inspirées par la vie et l'œuvre des sœurs Brontë. Ainsi le ballet de Martha Graham, Death and Entrances (« Morts et Entrées ») créé en 1943, dont le titre est emprunté à un poème de Dylan Thomas[219].
  • Plus récemment, Gillian Lynne a présenté en 1995 une composition chorégraphique intitulée The Brontës.

Annexes

Chronologie des Brontë


Notes

  1. Le mot signifie littéralement banquet hall (« salle de banquet ») et se compose du gaélique proinn (« banquet »), (latin prandium « repas »), et teach (« maison », « salle »).
  2. Shorter Oxford Dictionary (traduction) : « Sizar » ou « Sizer », étudiant de Trinity, Dublin ou Trinity, Cambridge, admis sous cette dénomination et recevant une allocation du Collège lui permettant de poursuivre ses études ».
  3. La photographie qui le montre en son état actuel, à droite de cette page, comporte une aile en pignon qui n'existait pas du temps des Brontë et qui a été ajoutée par le successeur de Patrick, le Révérend John Wade, en 1878. De même, le perron, aujourd'hui agrandi à sept marches, n'en comptait alors que trois.
  4. Perpetual curate est son titre officiel. En fait, il exerce les fonctions de Vicar, c'est-à-dire curé. Toutefois, on utilise le mot « paroisse », plutôt que celui de « cure » pour se référer au domaine de son ministère. D'autre part, le mot « parsonage », de l'anglais « parson » (« pasteur ») désigne le presbytère, alors qu'il existe aussi le vocable « vicarage », ce qui ancre bien le titre et la fonction dans l'Église anglicane. Il existe un roman célèbre du XVIIIe siècle d'Oliver Goldsmith, intitulé « The Vicar of Wakefield ».
  5. Le renouveau du mouvement chartiste est encore menaçant en 1848. Des milliers d'hommes se rassemblent près de Bingley, de Kildwick, à Keighley (à proximité de Haworth), Bradford et même Manchester, et souvent leur violence doit être réprimée par des régiments entiers. Charlotte s'en fait l'écho dans une lettre adressée à W. S. Williams dans laquelle elle qualifie le mouvement de « ill-advised » (« inapproprié ») et se félicite de la répression tout en souhaitant l'examen sérieux de ses causes et souhaitant que les autorités agissent avec justice et humanité
  6. Juliet Barker est souvent citée dans cet article parce qu'elle a réalisé l'étude la plus complète à ce jour sur la famille Brontë. Cependant, beaucoup de ses remarques recoupent les commentaires d'autres critiques ou biographes. C'est elle qui, aussi objectivement que possible, en s'appuyant sur des documents, en relevant certaines incohérences chronologiques, met le plus vigoureusement à mal la légende créée par la biographie de Mrs Gaskell. Il convient cependant de faire la part des choses et de ne tomber ni dans un excès ni dans un autre, car le témoignage de Mrs Gaskell est direct et vécu, alors que l'analyse de Juliet Barker se veut scientifique.
  7. Il s'occupe lui-même de leur éducation, leur procure tous les livres qu'ils réclament, leur achète des jouets, leur accorde une grande liberté.
  8. Les meurtrissures du pliage ont été corrigées dans cette reproduction, mais elles subsistent sur l'original, visible à la National Portrait Gallery de Londres.
  9. Une reproduction à l'échelle est présentée au Brontë Parsonage Museum, Haworth, Keighley, West Yorshire, BD22 8DR, England.
  10. Un cancer de l'utérus ou des ovaires a également été mentionné comme cause possible de son décès. Cependant, d'après les témoignages, comme elle vomissait beaucoup, il semble plus probable que le problème était d'ordre digestif.
  11. Voir chapitre « Essai d'explication ».
  12. Voir détails dans le chapitre « Les pensionnats pour jeunes filles ».
  13. Le Révérend Carus Wilson, contrairement à Patrick Brontë, est un Évangéliste calviniste croyant à la prédestination et, en conséquence, à la damnation de l'immense majorité des âmes. Ses prêches et ses écrits, sortes de petits manuels destinés aux élèves, le rappellent avec force rhétorique et effets de style censés marquer les jeunes esprits. Voir Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 136 à 137.
  14. En tous les cas, sans que leur proches, père, tante, domestiques, soient informés de l'existence de ces mondes et de leurs aventures.
  15. Dans cette lettre, datée du 21 avril 1844, jour de ses 28 ans, elle remercie son amie Nell du cadeau que celle-ci lui a fait parvenir à l'occasion de son anniversaire, et lui envoie en retour de la dentelle : « J'espère, ajoute-t-elle, que, telle qu'elle est, ils ne l'enlèveront pas de l'enveloppe au bureau de poste de Bradford, car ils y prennent en général la liberté d'ouvrir les enveloppes dont ils sentent qu'elles peuvent contenir quelque chose. »
  16. Gondal était une grande île située dans le nord de l'Océan Pacifique, qui avait colonisé Gaaldine, une île du sud de l'Océan Pacifique, dont le climat était plus clément que celui, plutôt rude, que connaissait Gondal.
  17. Visible au Brontë Parsonage Museum.
  18. C'est « the mad wife in the attic » dont Jane n'avait jamais entendu parler, bien qu'elle ait déjà aperçu cette étrange femme échevelée sans pour autant chercher à connaître son identité. La bigamie à laquelle elle aurait été soumise sans le savoir détermine sa fuite
  19. Voir Oliver Twist, David Copperfield, Great Expectations (Les Grandes Espérances), pour ne citer que Charles Dickens.
  20. Governess, c'est à dire dans les faits « préceptrice ».
  21. Ce qui se produit chaque fois qu'elle part de Haworth pour une période assez longue : école de Miss Wooler, poste de maîtresse d'école à Law Hill, séjour à Bruxelles
  22. On traduit governess par « gouvernante » car telle est la tradition. En réalité, les fonctions assurées sont plutôt celles d'une préceptrice.
  23. La définition du Shorter Oxford Dictionary est : « A school in which instruction is given on Sunday » (« une école où l'on dispense des cours le dimanche »). L'article précise que les écoles du dimanche ont longtemps apporté une instruction générale aux enfants, mais que, peu à peu, leur rôle a été limitée à la seule instruction religieuse.
  24. The Brontës of Haworth, Brontë Parsonage Museum, Charlotte's Room, illustration 5 : The cap and fichu « Le bonnet et le fichu ». Cela dit, les Brontë, elles, n'ont jamais respecté les codes de l'habillement. Ainsi, même à l'âge adulte, les sœurs portent encore des manches à gigot, passées de mode depuis au moins cinquante ans. Ces tenues leur causent des soucis à leur arrivée à Cowan Bridge et, plus tard, suscitent l'étonnement des personnalités que rencontrent Charlotte et Anne lors de leur voyage à Londres.
  25. Il déclara plus tard qu'elle « avait un esprit d'homme » (sic), aurait pu être un grand navigateur, qu'elle était douée d'une faculté de raisonnement supérieure qui lui aurait permis de déduire des connaissances anciennes de nouvelles sphères du savoir, que sa volonté inflexible aurait triomphé de tous les obstacles, aurait surmonté toutes les oppositions.
  26. Son étoile a quelque peu pâli depuis, mais il reste l'une des grandes figures du Romantisme anglais.
  27. housekeeper : celle qui s'occupe de la maison ; governess : celle qui s'occupe de l'éducation des enfants, la préceptrice.
  28. Quelques dizaines d'années plus tôt, les sœurs Austen, Jane et Cassandra, ont d'ailleurs été toutes deux frappées par le typhus lors de leur scolarité, et Jane a failli en mourir. Comme pour les sœurs Brontë, leur éducation s'est alors poursuivie au sein de leur famille.
  29. Très exactement 4 pieds 9 pouces, soit 1m, 4478, mesure faite par le menuisier qui a fabriqué son cercueil.
  30. La photographie présumée de Charlotte Brontë (que l'on pense dater de 1854) rappelle vaguement les traits de la très jeune fille représentée sur le célèbre tableau peint par Branwell. Ce cliché a, en soi, toute une histoire. Un négatif sur verre a été trouvé en 1984 à la National Portrait Gallery, réalisé par le célèbre photographe londonien Emery Walker. Le catalogue identifie la photographie comme étant celle de Charlotte mais il n'existe aucune preuve physique sinon la ressemblance pouvant exister avec le portrait de Richmond. En 1986, la Brontë Society reçut un legs de Mrs Seton Gordon, petite-fille de George Smith, l'éditeur (Smith, Elder & Co) de Charlotte. Elle disait que son grand-père, désireux de réunir des Memorabilia des auteurs qu'il avait publiés, avait accumulé des lettres, des dessins et des manuscrits. Oubliée parmi cette collection se trouvait une petite « photographie-carte de visite » en sépia avec, au dos, la mention « Within a year of CB's death » (« Moins d'un an avant la mort de CB »), et accompagnée d'une lettre d'Emery Walker datée du 2 janvier 1918, ce qui montrait clairement qu'il s'agissait de l'original du négatif sur verre se trouvant à la National Portrait Gallery. Cette photographie aurait été prise en 1854 pendant la lune de miel du couple Brontë-Nicholls. Comme il existe beaucoup de clichés de Mr Nicholls, en pied ou en vignette, datant de cette période, il semble peu vraisemblable qu'on n'en ait pas pris de Charlotte en même temps. D'où la conclusion qu'il s'agirait d'une vignette (en fait, un découpage) extraite d'un portrait en pied. On se demande pourquoi cette photographie serait restée si longtemps cachée ou oubliée et on met ce mystère sur le compte du peu de cas que faisait Charlotte de son aspect physique. Elle aurait préféré se cacher sous les traits du portrait plus avantageux de Richmond, que Mrs Gaskell, en 1860, utilisa pour le frontispice de sa biographie. Les références de cette photographie sont : « BS SG 109(a) SB; 3045.1986; gift of the late Mrs Seton Gordon 64mm X 102mm, sepia. » Source : Sixty Treasures, The Brontë Parsonage Museum, The Incorporated Brontë Society, Haworth, 1988, cliché et note 55,
  31. Traduction de la citation : « Vraiment, vraiment, Nell, c'est une chose solennelle, étrange et périlleuse pour une femme de devenir une épouse. »
  32. Poème choisi, car il correspond à une période cruciale de la vie de Charlotte Brontë, qui vient de perdre en huit mois son frère Branwell, puis sa sœur Emily, puis sa sœur Anne.
  33. L'un des personnages clés de Glass Town, Alexander Rogue, créé par Branwell, devint par la suite Earl of Northangerland, comte de Northangerland.
  34. The Brontës of Haworth, Brontë Parsonage Museum, section 10, Branwell's Studio (Le studio de Branwell), Portraits peints par Branwell, Mr et Mrs Isaac Kirby, 3 Fountain Street, Bradford, John Brown, sacristain de Haworth, ami personnel de Branwell et père de Martha Brown, domestique au presbytère, Miss Margaret Hartley, nièce de Mr et Mrs Kirby, qui avait rencontré Branwell chez son oncle et sa tante à Fountain Street.
  35. Elle-même signait de ces deux prénoms ou alors avec les deux initiales : E. J. Brontë.
  36. Si le terme « timidité » est tout à fait approprié pour Charlotte et Anne, l'attitude d'Emily relève d'un farouche besoin d'indépendance et du refus des conventions sociales, voire du savoir-vivre qu'elle connaît parfaitement mais dont, souvent, elle n'a cure.
  37. La timidité des cinq sœurs Brontë était d'ailleurs telle que leur père, un jour qu'il voulait les inciter à parler librement, leur avait présenté un masque, pour que, dissimulées derrière lui, elles puissent répondre plus librement (Cité par Elizabeth Gaskell).
  38. Darwin est revenu de son expédition à bord du Beagle aux îles Galapagos le 2 octobre 1836 et a fait sa première communication à la Société géologique de Londres le 4 janvier 1837. Les controverses ont aussitôt surgi au sein de la communauté scientifique et ont été répercutées par tous les grands journaux auxquels la famille Brontë était abonnée. Certes, le livre fondateur de Darwin ne parut qu'en 1859, mais il était prêt depuis vingt ans et la théorie de l'évolution des espèces, quoique non encore présentée au grand jour, était plus ou moins connue de tous ceux qui s'intéressaient aux avancées de la science, ne serait-ce que pour mieux les réfuter, comme le faisait son ancien professeur, le Docteur Sidgwick.
  39. Le haut piano droit que Patrick avait acheté pour Emily et sur lequel elle jouait est exposé dans la salle dite « Mr Brontë's Study » (le bureau de Mr Brontë), immédiatement à droite de l'entrée au Brontë Parsonage Museum.
  40. Même à cette époque, tous les critiques reconnaissent la « puissance » de l'ouvrage ; mais ils critiquent son côté brutal, étrange, voire diabolique.
  41. « The place of Wuthering Heights in the literary canon is assured » : Voir ce résumé du statut actuel de Wuthering Heights dans le Critical commentary de Heather Glen, page 351, dont le lien est fourni par ailleurs.
  42. Les gants blancs qu'Emily portait sont exposés au Brontë Parsonage Museum et leur photographie figure sur la brochure explicative.
  43. Le punch a toujours été à l'honneur dans la pharmacopée du début du XIXe siècle. On en a prescrit à Beethoven sur son lit de mort, alors qu'il succombe à une cirrhose du foie.
  44. Rimes constituées de deux mots ou plus formés chacun de deux syllabes, la première accentuée et la seconde non accentuée [— u].
  45. Traduction de la citation :
    « Les grands malheurs de ma vie ont été les malheurs de Heathcliff, et de toujours, j'ai contemplé et ressenti chacun d'entre eux ; ma seule préoccupation à vivre, c'est lui. Si tout périssait et qu'il demeurât, je pourrais continuer à être ; et si tout demeurait et qu'il fût annihilé, l'univers me deviendrait suprêmement étranger : il me semblerait que je ne fisse plus partie de lui. Mon amour pour Linton est comme un feuillage des bois : le temps le changera, j'en suis sûre, comme l'hiver change les arbres. Mon amour pour Heathcliff ressemble au socle des rocs éternels ; source peu visible de satisfactions, mais nécessaire. Nelly, je suis Heathcliff ! Il m'habite tout entière ; non point comme un plaisir, pas plus que je ne suis toujours un plaisir pour moi-même, mais comme mon propre être. »
  46. Ce dernier vers n'est pas sans rappeler celui qui clôt le sonnet de John Milton (1608-1704) On His Blindness (1655) (« Sur sa cécité ») : « They also serve who only stand and wait. » (« Ils le servent aussi qui debout savent attendre. »)
  47. Un métier à tisser peut être confié à un seul ouvrier, le jacquard, qui a été copié et perfectionné, ayant déclenché une véritable révolution dans l'industrie textile et les tisserands à façon, comme ceux du Berry en France, ayant dû se reconvertir en toute hâte.
  48. Ce libraire-papetier (stationer) a beaucoup compté dans la vie des Brontës, même après leur mort. Il rend des services lors des maladies et des décès, collabore par correspondance avec Mrs Gaskell alors qu'elle prépare sa biographie de Charlotte, baptise l'un de ses enfants du nom de Brontë, reçoit la visite de Mrs Gaskell, enfin se montre hostile au mari de Charlotte, le révérend Arthur Bell Nicholls. Juliet Barker, The Brontës, 1995, page 648, pages 774 à 775, page 779, page 784, page 807, pages 817 à 820, pages 819 à 820, pages 822 à 823.
  49. Bradford et Leeds sont toutes deux des villes industrielles du Yorkshire, dont la richesse est due à l'industrie textile.
  50. Si l'Église anglicane, officielle dans le Royaume puisque le monarque en est le chef et le garant (Head of the Church and Defender of the Faith), fait partie de ce l'on appelle la High Church (« la Haute Église »), assez proche par son dogme et sa liturgie de l'Église catholique (quoique ne reconnaissant pas l'autorité du Pape et dirigée par l'Archevêque de Canterbury), les églises, ou Chapels de dénomination évangélique ont fleuri dans le monde anglo-saxon depuis la Réforme, et elle relèvent de la Low Church (« la Basse Église »), comprenant une multitude de confessions.
  51. Traduction de la citation : « L'éducation de la femme se doit à coup sûr de la rendre capable de prendre plaisir à être la compagne que peut souhaiter par un homme. Croyez-moi, cependant, la femme, par nature plaisante, délicate et éveillée, n'est pas destinée à scruter les vielles pages moisissantes de la littérature grecque et romaine, pas plus qu'à s'échiner dans le dédale de problèmes mathématiques, et la Providence ne lui a pas assigné comme sphère d'action le boudoir ou le champ. Son point fort est la douceur, la tendresse et la grâce ».
  52. Ce fait est rapportée par plusieurs témoins, les amies mêmes de Charlotte, certains visiteurs, Mrs Gaskell elle-même qui, peu après sa rencontre avec Charlotte, la décrit ainsi dans une lettre du 25 août 1850 à Catherine Winkworth : « […] large mouth and many teeth gone […] » (« […] une grande bouche avec beaucoup de dents manquantes […] »), Margaret Smith, Letters, volume II, lettre 75, page 447.
  53. Visible au Brontë Parsonage Museum.
  54. Patrick Brontë et Emily ont une relation ambiguë envers les armes et les animaux. Tous les deux aiment le tir qu'ils pratiquent sur des cibles derrière le presbytère. Emily, sans que personne n'y trouve à redire, bien au contraire, y amène toutes sortes d'animaux malades ou blessés qu'elle recueille dans les landes, et qui, ensuite, restent librement dans la maison et ses dépendances. Il y a des chats, des oiseaux, toute une ménagerie qui s'ajoute aux chiens de la famille (Grasper, Flossy, Keeper dont les gros colliers en cuivre gravé, obligatoires car témoins de l'acquittement d'une taxe sur les chiens, sont exposés au Brontë Parsonage Museum). Jamais, pourtant, n'a-t-elle manifesté le moindre ombrage à la pratique de la chasse dont elle est témoin chaque jour. Brontë Parsonage Museum, « A Souvenir Guide », The Brontë Society, 1998, page 31.
  55. Son père Thomas Arnold, hésite entre l'Anglicanisme et le Mouvement d'Oxford, conduit par la Cardinal Newman pro-catholique, et fait des allées et retour entre ces deux religions au grand désespoir de sa famille : Margaret Drabble, The Oxford Companion to English Lterature, 1985, page 1043.
  56. Tabitha Aykroyd, qui raconte aux enfants Brontë les histoires et légendes de la lande du Yorkshire.
  57. Les ouvrages publiés sous les auspices de la Brontë Society prétendent que le site se classe au deuxième rang mondial. Lors d'une visite en 1996, la préposée aux entrées a mentionné le nombre de deux millions, sans doute exagéré.
  58. La tombe d'Anne comporte, gravée sur la pierre, une erreur concernant son âge, puisqu'elle est morte à 29 et non à 28 ans. Charlotte s'en est rendu compte lors de la seule visite qu'elle put effectuer au lieu de sépulture de sa sœur et elle avait l'intention de demander au marbrier de la corriger. La maladie, cependant, ne lui en n'a pas laissé le temps. La tombe est donc restée en l'état.
  59. Selon John Swinburn, directeur du marketing au Yorkshire Marketing and Tourist Board (Conseil du Tourisme et du Marketing pour le Yorkshire).

Références

  1. Son père avait un commerce d'épicerie et de thé qui était florissant et il avait acquis un patrimoine assez important. Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 48 à 49 et page 52.
  2. Behind the Names.
  3. Dictionary of American Family Names, Oxford University Press, (ISBN 0-19-508137-4).
  4. Ce ministre de l'Église irlandaise (Established Church of Ireland) est un sympathisant des mouvements évangéliques qui, dans le sillage de John Wesley, visent à revivifier l'Église et à en bannir la corruption. Voir Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 3 à 6.
  5. Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 3 à 14 (détails de la scolarité de Patrick Brontë).
  6. Juliet Barker, The Brontës, 1995, page 11, note 50.
  7. « […] bright, cheerful and witty disposition » Juliet Barker, The Brontës, 1995, page 48.
  8. Lettres de Maria à Patrick (celles de Patrick n'ont pas été conservées), citées par Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 53 à 56.
  9. Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 56 à 57.
  10. Les Brontë - Parsonage de Haworth.
  11. Karen Smith Kenyon, The Brontë Family - Passionate literary geniuses, 2002, page 16. Depuis une dizaine d'années, les responsables du musée ont fait l'effort de recréer le jardin situé devant la façade principale avec les plantes qui y poussaient du temps des Brontë. Cela dit, il est mieux tenu aujourd'hui qu'il ne l'était alors, aucun membre de la famille ne s'intéressant vraiment au jardinage. Sur le côté droit poussaient quelques groseilliers et cassis dont on récoltait les fruits pour faire, avec les myrtilles des landes, de bonnes confitures (Publications du Brontë Parsonage Museum).
  12. Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 63, 112, 155, pages 160 à 161, 177, 416, 554, 664.
  13. Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 157 à 158.
  14. Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 428 à 429.
  15. Juliet Barker, The Brontës, 1995, page 662.
  16. Edward Frederic Benson, Charlotte Bronte, Ayer Publishing, 1978, page 12 (ISBN 9780405082627).
  17. Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 46 à 47 : les Luddites étaient des ouvriers, conduits pas un certain Ned Ludd, sorte de mystique révolutionnaire, qui avaient détruit des machines à tisser modernes qu'ils tenaient pour responsables de leurs bas salaires et du manque croissant de travail, et avaient préparé une attaque armée contre une importante manufacture. Un violent échange de feu s'en était suivi et l'incident avait laissé une psychose de peur parmi la population.
  18. Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 554 et 555.
  19. The Brontës of Haworth, Brontë Parsonage Museum, Section 9, page 16.
  20. Daphne du Maurier, The Infernal World of Branwell Brontë, page 20 : Il lui écrivit que son « ancient love had been rekindled, and [he] had a longing desire to see her » (« [son] amour s'était réveillé et [il] éprouvait un ardent désir de la revoir ».
  21. a  et b Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 113 à 115.
  22. a  et b A Brief History of the Brontë Family.
  23. Juliet Barker, The Brontës, 1995, page 826.
  24. The Brontës of Haworth, Brontë Parsonage Museum, « The Brontës: a brief chronology », page 18.
  25. Juliet Barker, The Brontës, 1995, page 47.
  26. Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 69 et 70 : Méthodiste comme sa sœur Elizabeth et très pieuse, elle est l'auteur d'un traité intitulé The Advantages of Poverty in Religious Concerns (« Les avantages de la pauvreté dans la conduite de la religion »), qui ne fut jamais publié.
  27. Voir les motivations de Patrick, les conseils qu'il recherche, en particulier auprès d'Elizabeth Firth dans : Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 116 à 119.
  28. Robertson Nicoll, The Complete Poems of Emily Brontë — Introductory Essay, 1908, page XVI.
  29. Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 137 à 139.
  30. Conditions de vie à la Clergy Daughters' School.
  31. Karen Smith Kenyon, The Brontë Family - Passionate literary geniuses, 2002, page 25.
  32. Karen Smith Kenyon, The Brontë Family - Passionate literary geniuses, 2002, page 23.
  33. Outre Karen Smith Kenyon cité dans la référence précédente, la description de la vie des pensionnaires à Cowan Bridge est tirée de Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 120, pages 122 à 123, pages 125 à 130, page 134, pages 136 à 138, pages 140 à 141, page 285.
  34. Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 134 et 135, pages 509 à 510.
  35. Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 241 à 242.
  36. Karen Smith Kenyon, The Brontë Family - Passionate literary geniuses, 2002, page 27.
  37. Karen Smith Kenyon, The Brontë Family - Passionate literary geniuses, 2002, page 28.
  38. Blackwood's Edinburgh Magazine : Le choix d'une île par chacun des enfants Brontë.
  39. David W. Harrison, The Brontes of Haworth pages 75 et 76..
  40. Karen Smith Kenyon, The Brontë Family - Passionate literary geniuses, 2002, page 29.
  41. Karen Smith Kenyon, The Brontë Family - Passionate literary geniuses, 2002, page 30.
  42. Karen Smith Kenyon, The Brontë Family - Passionate literary geniuses, 2002, page 30.
  43. « Angria » : Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 202 à 208 ; « Gondal » : Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 272 à 277.
  44. Karen Smith Kenyon, The Brontë Family - Passionate literary geniuses, 2002, page 28.
  45. Miss Margaret Wooler manifesta toujours beaucoup d'affection envers les sœurs Brontë. C'est elle qui conduisit Charlotte à l'autel pour son mariage : Juliet Barker, The Brontës, pages 757 à 758.
  46. Robertson Nicoll, The Complete Poems of Emily Brontë — Introductory Essay, 1908, page XVII.
  47. Juliet Barker, The Brontës, 1995, page 446 et page 465.
  48. Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 170 à 175 et 181 à 183.
  49. Juliet Barker, The Brontës 1995, pages 224 à 226.
  50. Juliet Barker, The Brontês, 1995, pages 235 à 237.
  51. Juliet Barker, The Brontës, 1995, page 238 à 291.
  52. Elizabeth Gaskell, The Life of Charlotte Brontë, Oxford University Press, 2001, page 128.
  53. Derek Roper, Edward Chitham, Introduction - The Poems of Emily Brontë, pages 6 et 7.
  54. Drew Lamonica, We are Three Sisters, page 57.
  55. The Juvenilia of Jane Austen and Charlotte Brontë, edited by Frances Beer, 1986, Introduction, pages 19 à 30.
  56. The Juvenilia of Jane Austen et Charlotte Brontë, edited by Frances Beer, 1986, Introduction, pages 19 à 30.
  57. Janet Gezari, Last things, page 80.
  58. Alice Hoffman, Préface de Wuthering Height, page VI.
  59. David W. Harrison, The Brontes of Haworth, page 77.
  60. Margaret Drabble, The Oxford Companion to English literature, 1985, page 105.
  61. Jacques Blondel, Emily Brontë : expérience spirituelle et création poétique?, 1955, page 137.
  62. Christine Alexander, Jane Sellars, The Art of the Brontës, 1995, page 68.
  63. Elizabeth Durot-Boucé, Le lierre et la chauve-souris, Presses Sorbonne Nouvelle, 2004, pages 15 et 16.
  64. a  et b David Punter, Glennis Byron, The Gothic, Blackwell Publishing, 2004, pages 95 et 96.
  65. Winifred Gérin, Byron's influence on the Brontë, Keats-Shelley Memorial Bulletin, 1966, 17.
  66. Christine Anne Alexander, Juliet McMaster, The child writer from Austen to Woolf, Cambridge University Press, 2005, page 23.
  67. Elizabeth Gaskell, The Life of Charlotte Brontë, Londres, 1919, page 104.
  68. a  et b Heather Glen, Charlotte Bronte, Oxford University Press, 2004, pages 168 et 169
  69. Patrick Branwell Brontë, Victor A. Neufeldt, The Works of Patrick Branwell Brontë, Routledge, 1999, page 63.
  70. Terry Castle, Boss Ladies, Watch Out!, Routledge, 2002, pages 153 à 158.
  71. Winifred Gérin, Charlotte Brontë, Oxford University Press, 1969, page 592.
  72. Drew Lamonica, We are three sisters, University of Missouri Press, 2003, pages 118 à 127.
  73. Elizabeth Langland, Anne Brontë, Rowman & Littlefield, 1989, page 155.
  74. Christopher John Murray, Encyclopedia of the romantic era, 1760-1850, Publié par Taylor & Francis, 2004, pages 121 et 122.
  75. Voir Robert Ferrieux (sous la direction de), La littérature autobiographique en Grande Bretagne et en Irlande, chapitres II et III, Paris, Ellipses, 2001.
  76. Sandra Hagan, Juliette Wells, The Brontės in the World of the Arts, page 84.
  77. Miriam Allott, The Brontës: The Critical heritage, Routledge, 9 novembre 1995, (ISBN 978-0415134613) page 446.
  78. Sandra Hagan, Juliette Wells, The Brontės in the World of the Arts, Ashgate , septembre 2008, (ISBN 978-0-7546-5752-1) page 82
  79. Janet Todd, Mary Wollstonecraft, a revolutionary life (« Mary Wollstonecraft, une vie révolutionnaire »), London, Weidenfeld and Nicholson, Orion House, 516 pages, 2000.
  80. Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 293 à 296 et pages 306 à 307.
  81. « The Brontês: a brief chronology », The Brontës of Haworth, Brontë Parsonage Museum, Annexe 1.
  82. a  et b Juliet Barker, The Brontës, page 308.
  83. Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 456 à 465 et 469 à 470.
  84. Elizabeth Cleghorn Gaskell, The Life of Charlotte Brontë, 1857, page 123.
  85. Elizabeth Cleghorn Gaskell, The Life of Charlotte Brontë, 1857, page 196.
  86. Fabrice Bensimon, Les Britanniques face à la Révolution française de 1848, 2000, page 234.
  87. Mr Jenkins, de l'épicopat de Bruxelles. Juliet Barker, The Brontës, 1995, page 363.
  88. Ce qu'il fait en recevant les pensionnaires dans sa famille à plusieurs reprises: Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 382 à 394.
  89. Karen Smith Kenyon, The Brontë Family - Passionate literary geniuses, 2002, page 17.
  90. Juliet Barker, The Brontës, 1995, page 179.
  91. Karen Smith Kenyon, The Brontë Family - Passionate literary geniuses, 2002, page 19.
  92. La vie au presbytère, d'après Ellen Nussey, en visite pendant quinze jours, Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 194 à 196.
  93. Elle réussirait, disait-elle, « by hook or by crook » (« par tous les moyens, honnêtes ou malhonnêtes ») : Juliet Barker, The Brontës, 1995, page 363.
  94. On en a une idée en examinant les commentaires qu'il a rédigés sur les copies de Charlotte et d'Emily écrites pendant l'été de 1842 qui ont été préservées. Voir, en particulier, Juliet Barker, Les Brontës, 1995, pages 414 à 418.
  95. Robertson Nicoll, The Complete Poems of Emily Brontë — Introductory Essay, 1908, page XXI et Daphne du Maurier, The Infernal World of Branwell Brontë, 1987, page 240.
  96. Robertson Nicoll, The Complete Poems of Emily Brontë — Introductory Essay, 1908, page XXI.
  97. Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 394 à 395.
  98. Juliet Barker, The Brontës, 1995, page 409 et page 449.
  99. Robertson Nicoll, The Complete Poems of Emily Brontë — Introductory Essay, 1908, page XXIII.
  100. Voir Juliet Barker, The Brontës, 1995, page 392.
  101. Robertson Nicoll, The Complete Poems of Emily Brontë — Introductory Essay, 1908, pages XXI à XXII.
  102. Juliet Barker, The Brontës, pages 423 à 424, page 429 et page 695.
  103. Robertson Nicoll, The Complete Poems of Emily Brontë — Introductory Essay, 1908, page XXVI.
  104. Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 544 à 545 et 565 à 568.
  105. Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 439 à 440.
  106. Daphne du Maurier, The Infernal World of Branwell Brontë, page 240, et Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 440 à 441 et 471 à 472.
  107. Juliet Barker, The Brontës, 1995, page 262 : « […] Literature cannot be the business of a woman's life, and it ought not to be. The more she is engaged in her proper duties, the less leisure will she have for it, even as an accomplishment and a recreation […] » ( « La littérature ne peut être l'affaire de la vie d'une femme, et elle ne saurait l'être. Plus elle se consacre aux devoirs qui lui incombent, moins elle aura le loisir de la pratiquer, même au titre d'un talent ou d'un divertissement. »
  108. Juliet Barker, The Brontës, 1995, page 478
  109. Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 478 et 479.
  110. Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 478 à 479, page 481, page 484.
  111. Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 484 et 485.
  112. Voir Juliet Barker, The Brontës, pages 3 à 6 : l'hypothèse a été avancée que ce pseudonyme a été inspiré à Emily par le prénom de sa grand-mère paternelle, Eleanor (McClory), souvent appelée Alice. S'il y a eu réminiscence inconsciente, ce qui est toujours possible, il est peu vraisemblable qu'Emily ait voulu rendre hommage à une ancêtre qu'elle n'avait jamais connue. De plus, Ellis n'est pas une variante de Alice qui n'a rien de masculin.
  113. Juliet Barker, The Brontës, 1995, page 499.
  114. Leur père apprend l'existence de Jane Eyre après sa publication et dira tout de go aux filles : « Charlotte's published a book and it's better than likely! » (« Charlotte a publié un livre et il est meilleur qu'on aurait pu le penser ! »), Juliet Barker, The Brontës, 1995, page 546.
  115. Brontë Parsonage Museum, « Haworth Parsonage: home of the Brontës, 1. The Entrance ». (« Musée du Presbytère de Haworth, Presbytère de Haworth : maison des Brontë, 1. L'entrée »).
  116. Juliet Barker, The Brontës, 1995, page 503.
  117. Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 539 à 542.
  118. Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 537 à 539.
  119. Karen Smith Kenyon, The Brontë Family - Passionate literary geniuses, 2002, pages 12 et 13.
  120. Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 90 et 91, pages 533 à 534, pages 539 à 540, pages 653 à 654.
  121. Juliet Barker, The Brontës, 1995, page 138.
  122. Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 135 à 136.
  123. Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 801 à 808.
  124. Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 119 à 127.
  125. Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 643 à 644.
  126. The Brontës of Haworth, Brontë Parsonage Museum, section 3, « The Dining Room » (« La salle à manger »), illustration 5. Ce dessin au crayon, réalisé par Samuel Laurence, est visible sur cette page. Ellen Nussey a regretté que le portraitiste ait adouci les traits de Charlotte, raccourci son nez et arrondi sa machoire.
  127. Cette anecdote est rapportée par tous les biographes de Charlotte. Voir, en particulier, Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 621 et 675 à 678.
  128. Juliet Barker, The Brontës, 1995, page 676.
  129. Margot Peters, Unquiet Soul, 1975, page 358.
  130. Margot Peters, Unquiet Soul, 1975, pages 358 à 363, pages 378 à 387.
  131. Juliet Barker, The Brontës, 1995, page 758.
  132. Margot Peters, Unquiet soul, Futura Publications, 1975, page 400.
  133. Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 769 à 772.
  134. Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 651 à 653, page 681, pages 726 à 728, et 738 à 741.
  135. Ian M. Emberson, Pilgrims from Loneliness (« Pèlerins venus de la solitude »), The Brontë Society, 2005, pages 108 à 111 et page 117.
  136. Ian Emberson, Pilgrims fom Loneliness, 2005, pages 68 à 69.
  137. Margaret Drabble, The Oxford Companion to English Literature, 1985, pages 899 et 900.
  138. Charlotte Brontë, Unfinished Novels, « Introduction, notes et bibliographie » par Dr Tom Winnifrith, 1995, Alan Sutton Publishing Limited, Dover
  139. The Green Dwarf: A Tale of the Perfect Tense, by Brontë Charlotte, and Purves, Libby (foreword by), Hesperus Press, ISBN 9781843910480 ISBN: 1843910489
  140. The Brontës, High Waving Heather, A selection of poems by Charlotte, Branwell, Emily and Anne, Abridged Edition, A Phoenix Paperback, Orion Books, Ltd, 1996.
  141. Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 165 à 166, 230 à 231, 305 à 306, 512 à 514, 523 à 524, 544 à 564. D'autre part, le livre de Daphne du Maurier, The Infernal World of Branwell Brontë, 1986, cité dans la section « Bibliographie », contient de nombreuses références à l'alcoolisme et la dépendance de Branwell au laudanum. Voir pages 95 à 96, 179 à 81, 199 à 200, page 218.
  142. Daphne du Maurier, The Infernal World of Branwell Brontë, 1986, pages 49 à 54, et Juliet Barker, The Brontës, pages 226 à 231.
  143. Daphne du Maurier, The Infernal World of Branwell Brontë,1986, pages 119 à 131, et Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 374 à 375.
  144. Daphne du Maurier, The Infernal World of Branwell Brontë, 1986, pages 95 à 96, 179 à 181, 198 à 202, 205 à 206, 221 à 222, et Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 512 à 516, 543 à 545.
  145. Cette liaison est attestée par tous les biographes à l'exception de Mrs Gaskell. Les recherches ultérieures ont même avancé l'hypothèse que Branwell ait été père d'un enfant naturel. Daphne du Maurier, The Infernal World of Branwell Brontë, 1986, pages 148 à 158, 160 à 166 et Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 334 à 335, pages 456 à 469, pages 467 à 469, page 492.
  146. Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 492 à 496, page 512, page 524.
  147. Robertson Nicoll, The Complete Poems of Emily Brontë — Introductory Essay, 1908, page XXVIII.
  148. Juliet Barker, The Brontës, 1995, page 523, pages 544 à 545, page 564.
  149. Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 317 et 470.
  150. Juliet Barker, The Brontës, 1995, illustration 17 entre les pages 332 à 333.
  151. Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 334 à 335, pages 473 à 474, pages 489 à 490, page 524.
  152. Brian Wilks, The Illustrated Brontës of Haworth, 4e de couverture.
  153. Voir Christine Alexander and Jane Sellars, The Art of the Brontës, 1995, page 309. Voir aussi Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 214 à 215.
  154. Brochure illustrée du Brontë Parsonage Museum, page 2
  155. The Brontës, High Waving Heather, Selected Poems, Orion Books, 1996.
  156. Citation du père des sœurs Brontë sur la timidité de ses filles, telle que rapportée par Elizabeth Gaskell.
  157. Juliet Barker, The Brontës, 1995, page 198.
  158. Christine Alexander et Jane Sellers, The Art of the Brontës Cambridge, Cambridge University Press, 1995.
  159. Heather Glen, Wuthering Height, Critical commentary, 1988, page 351.
  160. Definition de literary canon.
  161. Margaret Drabble, The Oxford Companion to English Literature, 1985, page 135.
  162. The Shorter Oxford History of English Literature, Andrew Sanders, 1996, page 422 à paqe 423.
  163. Robertson Nicoll, The Complete Poems of Emily Brontë — Introductory Essay, 1908, page XXIX.
  164. Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 575 à 579, page 595.
  165. Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 534 à 539.
  166. Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 575 à 579, page 595.
  167. arcaneslyriques.centerblog.net/2788281-La-tuberculose-maladie-romantique-du-19eme-siecle.
  168. Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 575 à 576.
  169. Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 450 à 451.
  170. Emily Jane Brontë, The Complete Poems, Introduction et notes par Janet Gezari, Harmondsworth, Penguin Books, 1992, page 228.
  171. Emily Jane Brontë, The Complete Poems, Introduction et notes par Janet Gezari, Harmondsworth, Penguin Books, 1992, page 228.
  172. Jean Pouvelle et Jean-Pierre Demarche (sous la direction de), Guide la littérature britannique des origines à nos jours, ouvrage collectif, chapitre « Alfred, Lord Tennyson » par Robert Ferrieux, Paris, éditions Ellipses, 2008.
  173. The Short Oxford History of English Literature, Andrew Sanders, 1996, page 421.
  174. (« […] fire and anger which blaze up»), The Short History of English Literature, Andrew Sanders, 1996, page 421.
  175. Cette lettre est la dernière connue de Anne. Elle est écrite sur une page avec des lignes penchées se croisant verticalement et horizontalement. Elle est visible au Brontë Parsonage Museum.
  176. Juliet Barker, The Brontës, 1995, page 591.
  177. Juliet Barker, The Brontës, 1995, page 592
  178. Juliet Barker, The Brontës, 1995, page 594 à page 595.
  179. The Brontës, High Waving Heather, « A selection of poems by Charlotte, Branwell, Emily and Anne », Abridged Edition, A Phoenix Paperback, Orion Books, Ltd, 1996.
  180. The Brontës of Haworth, Brontë Parsonage Museum, Haworth 1820-1861, page 2.
  181. The Brontës of Haworth, Brontë Parsonage Museum, « Haworth 1820-1861», page 3.
  182. The Brontës of Haworth, Brontë Parsonage Museum, « Haworth 1820-1861 », page 3.
  183. cf. La révolte des Luddites et ses séquelles dans de nombreux ouvrages et, en particulier, dans Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 45 à 47.
  184. Charlotte Brontë, Shirley, Ware, Wordsworth Classics, 1993, « Introduction » non signée, page 2.
  185. The Brontës of Haworth, The Incorporated Brontë Society, 1989, page 3.
  186. Elizabeth Gaskell, The Life of Charlotte Brontë, 1857, page 123.
  187. Juliet Barker, The Brontës, 1995, page 117.
  188. Juliet Barker, The Brontës, 1995, page 119.
  189. Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 119 à 120.
  190. Sur la population, les conditions sanitaires, la maladie et la mortalité, voir Juliet Barker, The Brontës, 1995, page 92, page 96, page 101, page 219, page 437, page 635, page 672, page 700, page 814.
  191. Gin craze (« La folie du gin ») dans James Nicholls, The Politics of Alcohol: A History of the drink Question in England (Manchester University Press, 2009), page 304.
  192. arcaneslyriques.centerblog.net/2788281-La-tuberculose-maladie-romantique-du-19eme-siecle.
  193. Margaret Drabble, The Oxford Companion to English Literature, 1985, page 134.
  194. 1851-1820, auteur, entre autres, de Robert Elsmere.
  195. Margaret Drabble, The Oxford Companion to English Literature, 1985, page 135.
  196. a  et b John Reid, Movies Magnificent, Lulu.com, 2005, page 161.
  197. Margaret Drabble, The Oxford Companion to English Literature, 1985, page 824.
  198. Voir le projet : « Les Brontë et la notion d'influence ». Appel à contributions de Stevie Davies, Patricia Duncker et Michel Roberts. Correspondante : Élise Ouvrard, email : elise_ouvrard@hotmail.com (site : http://www.fabula.org/actualites/article21787.php.
  199. Editorial Reviews, Amazon.com
  200. Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 766 à 767, page 773, page 780, pages 790 à 791, page 806.
  201. Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 819 à 820 et 822 à 823.
  202. Charles Lemon, Early Visitors to Haworth, From Ellen Nussey to Virginia Woolf, Haworth, The Brontë Society, 1996.
  203. Charles Lemon, Early Visitors to Haworth, From Ellen Nussey to Virginia Woolf, Haworth,The Brontë Society, 1996.
  204. Charles Lemon, Early Visitors to Haworth, From Ellen Nussey to Virginia Woolf, Haworth, The Brontë Society, 1996.
  205. Charles Lemon, Early visitors to Haworth, from Ellen Nussey to Virginia Woolf, 1996, page xii.
  206. David Orme, The Brontës, Evans Brothers, 1999, page 27: Haworth serait le deuxième site littéraire le plus visité, après Stratford-upon-Avon, où se commémore le souvenir de Shakespeare.
  207. James Birdsall and Paul Barker, The World of the Brontës, Pavilion Books Limited, London, 1995, page 61.
  208. Registre paroissial de Haworth, communication de Alan et Brenda Graham, Brontë Society, 1997.
  209. Site de la Brontë Society.
  210. Brontë Society. « List of Members » (« Liste des membres »), publiée chaque année.
  211. Charles Lennon, Early Visitors to Haworth, from Ellen Nussey to Virginia Woolf, 1996, pages 124 à 125.
  212. Haworth et les sœurs Brontë : Attraits culturels et développement économique, Université de Toulouse I Département des Langues et Civilisations
  213. Le passage de William Weightman à Haworth est longuement décrit, analysé et commenté par Juliet Barker, The Brontës, 1995, pages 323 à 329, 339 à 341, 325 à 329, 360 à 361, 402 à 403 et 427 à 428.
  214. a  et b Annonce du tournage de deux nouveaux films, l'un tiré de Jane Eyre, et l'autre de Wuthering Heights.
  215. Distribution prévue pour Les Hauts de Hurlevent (2009).
  216. Site du Jet Propulsion Laboratory, sur l'astéroïde Charlottebrontë.
  217. Gunter Faure, Teresa M. Mensing, Introduction to Planetary Science, page 168 (avec une photo montrant le cratère Brontë).
  218. Interview de Kate Bush sur Wuthering Heights.
  219. Dylan Marlais Thomas, poète irlandais, 1914-1953. Le poème Death and Entrances (« Morts et Entrées ») date de 1946.

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  • (en) Elizabeth Gaskell, The Life of Charlotte Brontë, Oxford World's Classics, 1857 (Third edition) (ISBN 0-19-283805-9) .

Articles connexes

La famille Brontë

Le monde et les œuvres des Brontë

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