Andemantunum

Andemantunnum

47°51′48″N 05°20′02″E / 47.86333, 5.33389 Andematunum (ou Andemantunnum) est le nom, à l'époque gallo-romaine, de la ville Langres, la capitale des Lingons. Les mentions de ce nom se retrouvent sur les bornes milliaires (en abrégé AND), la Table de Peutinger et l'Itinéraire d'Antonin.

Article principal : Langres.

Sommaire

Origine du nom

Si le préfixe Andema a une origine inconnue, le suffixe Tunum signifie site fortifié perché, en hauteur. Sous le règne d'Auguste, lors de la réorganisation de la Gaule, elle emprunta le nom du peuple gaulois dont elle était la capitale, Lingonae ou Civitas Lingonum.

Administrativement, Andematunum fait partie de la Gaule celtique lors de la conquête romaine par Jules César. La Civitas Lingonum fut rattachée par la suite à la Gaule lyonnaise puis à la Gaule belgique. Sous Domitien, elle dépendit du territoire de la Germanie avant d'appartenir à nouveau à la Lyonnaise, au Bas-Empire.

Fidèles aux Romains lors de la conquête, les Lingons obtinrent le titre de citoyens romains, avec tous les privilèges inhérents à cet honneur. Leur révolte, sous Vespasien, leur fit probablement perdre ce statut.

Dans l'espace, un urbanisme classique

La ville est bâtie sur un éperon barré, entouré par la Marne et la Bonnelle. Elle occupait, au début de l'Empire, en grande partie la surface de l'actuelle ville, soit presque soixante-dix hectares. Sa population crût alors et atteignit probablement 8 000 habitants.

Les troubles du IIIe siècle et la pression des envahisseurs poussèrent alors l'administration à concentrer la ville derrière des remparts. La partie nord englobait le promontoire et la partie sud de la ceinture passait un peu plus au nord de l'axe des rues actuelles du Petit-Cloitre, de la Boucherie et Boulière. La superficie de la cité fut alors rendue à 25 hectares et abrita entre 2 000 et 3 000 habitants.

On y retrouve malgré tout un plan tout à fait classique d'urbanisme à la romaine. Le cardo maximus, axe nord-sud, correspond approximativement aux actuelles rue Longue Porte – Rue Diderot et avenue Turenne. Le decumanus maximus, voie perpendiculaire au cardo maximus croisait celui-ci sur l'actuelle place Jeanne Mance. Quelques découvertes ont mis en évidence des tronçons de voies publiques et privées.

L'archéologie moderne a également mis au jour certains ensembles résidentiels de l'époque romaine, avec maisons particulières relativement confortables (comme les actuelles place Bel-Air et place du Musée).

On y a retrouvé également certains vestiges de remparts, de systèmes hydrauliques (égouts, collecteurs, fontaines, sources), de lieux cultuels, de thermes.

Une vie artisanale existait dans les faubourgs de l'agglomération. Ateliers métallurgiques, taille de la pierre, travail de l'argile constituait l'essentiel de leur activité.

A l'extérieur, quatre nécropoles ont été mises au jour, aux quatre points cardinaux de la cité, classiquement situées le long des grandes voies de communication. La construction de la citadelle, au XIXe siècle, à l'emplacement de l' « ancien cimetière », à mis au jour une collection lapidaire très abondante.

Andematunum, déjà un nœud routier.

Porte du Marché ou Porte romaine

La cité est, à cette époque, un nœud routier important entre le sud, le nord et le nord-ouest.

La grande voie venant de Lugdunum (Lyon) arrive du sud (c'est l'actuelle RN 74). Cette route est rejointe peu avant l'entrée de la cité par celle qui vient de Vesontio (Besançon). Elle traverse alors la ville suivant un axe sud-nord et en sort par une porte, la Longue Porte. Elle rejoignait ensuite Augusta Treverorum (Trèves) en passant par Toul et Metz.

Elle pouvait également se diriger vers le nord-ouest, en direction de Durocortorum (Reims). C'est la grande voie qui menait de Rome à Boulogne-sur-Mer. Elle quittait alors la cité par un petit arc de triomphe, qui existe encore de nos jours et qui est intégré aux remparts. C'est l'Arc de la Porte du Marché ou Porte romaine. Il date de l'époque augustéenne (20 av. J.-C.). Elle contournait la colline des Fourches et se dirigeait ensuite vers Humes. C'est l'actuelle RN 19.

Une autre grande voie rejoignait Argentoratum (Strasbourg), franchissant la Marne vers Peigney. C'est le CD 2.

Vers le sud-est, une autre voie, dont le tracé correspondrait à l'actuelle RN 19, menait vers Portus Abucini (Port-sur-Saône).

Langres, Sabinus et l'empereur Constance Chlore

On doit à plusieurs historiens romains les premières mentions de la cité lingonne.

Tacite raconte la non-intervention des Lingons lors du soulèvement de certains peuples contre le pouvoir autoritaire de Néron. L'empereur éliminé, son successeur, Galba, punit ceux qui n'avaient pas participé à la révolte, les Lingons entre autres.

Après cet épisode, les Lingons s'allièrent à Vitellius dans sa lutte contre Othon, qui s'était proclamé empereur après avoir assassiné Galba. Profitant de ces troubles, Vespasien se fit proclamer empereur, mais cette situation plus que troublée poussa à des tentatives de prise de pouvoir individuelles. C'est ce moment que choisit le Lingon Iulius Sabinus pour tenter de s'imposer en se proclamant à son tour empereur.

En 70, cependant, le congrès des cités gauloises réuni à Durocortorum (Reims) demanda aux révoltés de cesser le soulèvement. Iulius Sabinus s'enfuit par un souterrain de sa villa qu'il avait préalablement incendiée pour faire croire à son décès. Il se réfugia pendant presque dix ans dans une grotte, traditionnellement située aux sources de la Marne, avec sa femme Eponine. Le calme revenu, Iulius Sabinus et Eponine se rendirent à Rome pour implorer le pardon de l'empereur Vespasien. Insensible à leur requête, il les fit exécuter tous les deux. Dion Cassius et Plutarque firent de cet épisode de l'histoire langroise une version romancée.

La pax romana s'installa à nouveau sur le territoire lingon. Jusque vers la seconde moitié du IIIe siècle où commencèrent les incursions des Francs vers Durocortorum (Reims) et les Alamans vers Lugdunum (Lyon). Leur jonction s'opéra au sud de Langres qu'ils détruisirent. Les empereurs tentèrent de contenir leurs poussées.

Dans les Chroniques de Jean Zonaras, c'est ainsi au pied de la citadelle lingonne que l'empereur Constance Chlore battit les Alamans, probablement vers 298 – 300. L'empereur, mis d'abord en fuite, voulut se réfugier dans la cité avec sa troupe. Selon la légende, les portes closes obligèrent celui-ci à se faire hisser au-dessus des murailles à l'aide de cordes. La troupe reformée ressortit ensuite de la cité et massacra, probablement vers Peigney, 60 000 ennemis.

Aujourd'hui, de nombreux objets déposés dans le musée d'Art et d'Histoire témoignent de l'importance de cette capitale antique.

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