Le Matin (France)

Le Matin (France)
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« Une journée sanglante », Le Matin du 31 juillet 1908.

Le Matin était un journal quotidien français créé en 1883 et disparu en 1944. Racheté par l'homme d'affaires sulfureux Maurice Bunau-Varilla, il fut l'un des quatre grands quotidiens dans les années 1910 et 1920, tirant un million d'exemplaires à la veille de 1914. Sa diffusion baissa à partir des années 1920, pour ne plus atteindre que 300 000 exemplaires à la fin des années 1930, tandis qu'il s'orienta vers l'extrême-droite, devenant collaborationniste sous Vichy. Il fut interdit de parution à la Libération.

Sommaire

Création

C'est à l'initiative du groupe de financiers américains Chamberlain & Co que le Matin est lancé en 1883 sur le modèle du quotidien britannique The Morning News. La direction du projet est confiée au journaliste français Alfred Edwards[1], qui lance le premier numéro le 26 février 1884. Son siège social est alors situé dans le Xe arrondissement de Paris, au 6, boulevard Poissonnière, et ses locaux à la même adresse, aux numéros 3 à 9.

Quelques mois plus tard, Edwards quitte Le Matin pour fonder son propre journal, Le Matin Français, dont le tirage dépasse celui de son concurrent. Edwards rachète Le Matin, fusionne les deux rédactions et modernise le journal en introduisant en France « un nouveau journalisme qui donne la priorité à la nouvelle sur l'éditorial, à l'écho sur la chronique, au reportage sur le commentaire »[2]. Il adopte par ailleurs les techniques les plus récentes, comme le télégraphe, et fait appel à de grandes signatures comme Jules Vallès ou le député Arthur Ranc.

Le Matin est alors favorable aux républicains modérés, opposé au boulangisme et aux idées socialistes.

L'irruption de Maurice Bunau-Varilla

Impliqué dans le scandale de Panama, Edwards revend le journal en 1895 [réf. nécessaire] au banquier et courtier en publicité Henri Poidatz, qui investit considérablement dans la publicité. Le journal s'illustre particulièrement pendant l'affaire Dreyfus en mettant en cause dès 1896 les preuves retenues contre le militaire accusé de trahison et en publiant, en juillet 1899, les confessions du commandant Esterhazy. En mai 1899, le prix du journal passe à 15 centimes, comme la plupart de ses concurrents de l'époque, et son nombre de pages passe de 4 à 6.

La même année, l'homme d'affaires Maurice Bunau-Varilla, actionnaire du journal depuis 1897[3], entre au conseil d'administration du Matin. Il en devient président en 1901. Porté par une publicité efficace, par le ton accrocheur des articles et la mise en valeur des reportages, Le Matin ne cesse de voir son tirage augmenter : de 100 000 exemplaires en 1900, il atteint environ 700 000 en 1910 et plus d'un million vers 1914. Dépendant fortement de la publicité, qui apporte près d'un tiers des recettes avant 1914[3], Le Matin est alors l’un des quatre plus grands quotidiens français d’avant-guerre, avec Le Petit Journal, Le Petit Parisien et Le Journal [3]. Il emploie 150 journalistes, dont Colette et Albert Londres, ainsi que 500 techniciens et ouvriers. Le succès du Matin repose aussi sur la publication des feuilletons de Gaston Leroux, de Paul d'Ivoi et de Michel Zévaco, et sur les caricatures, dont celles de l'exilé russe Alex Gard.

Un journal conservateur dans l'Entre-deux-guerres

Après la Première Guerre mondiale, Le Matin, nationaliste et laïque, soutient Raymond Poincaré, président de la République de 1913 à 1920 puis président du Conseil (conservateur) dans les années 1920[3]. Du milieu des années 1920 au début des années 1930, le quotidien soutient le rapprochement avec l'Allemagne opéré par Aristide Briand et Gustav Stresemann, notamment sous l'influence de son patron, Bunau-Varilla, qui se voit offert par les Allemands la possibilité d'exploiter son « remède-miracle », le Synthol[3]. Au même moment, Jules Sauerwein, journaliste aux affaires étrangères et partisan du rapprochement avec l'Allemagne, est contraint de quitter le journal[3].

Cependant, à partir des années 1920 ses tirages commencent à chuter, pour ne plus atteindre que 300 000 exemplaires à la fin des années 1930[3]. Sa ligne politique s'oriente progressivement vers l'extrême-droite pour devenir dans l'entre-deux-guerres ouvertement antiparlementaire et anticommuniste[3].

La collaboration et la fin

Premier journal à reparaître à Paris, avant même la signature de l'armistice [3], il devient immédiatement collaborationniste [3] avant de disparaître le 17 août 1944, quelques jours après la mort de Bunau-Varilla [4].

Son tirage est encore de 263 000 exemplaires en janvier 1943[5].

Le journal est interdit à la Libération, puis le gouvernement provisoire de la République française (GPRF) décide en 1946 d'exproprier toutes les entreprises de presse ayant publié sous l'Occupation [3].

Collaborateurs connus

Notes et références

  1. René Le Cholleux, Revue biographique des notabilités françaises contemporaines, tome 3, Paris, 1892, p. 332-333.
  2. Gilles Feyel, cité par Jean-Claude Yon, Histoire culturelle de la France au XIXe siècle, Armand Colin, Paris, 2010, p. 171.
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k Dominique Pinsolle, Le Synthol, moteur de l’histoire..., Le Monde diplomatique, août 2009
  4. Les sources d’archives relatives aux journaux et aux journalistes dans les fonds d’Archives privées (séries AB XIX, AP, AQ, AR, AS) XVIIIe-XXe siècles ; Magali Lacousse Conservateur du patrimoine Sous la direction de Christine Nougaret, Conservateur général, responsable de la Section AP ; p. 24 ; IV. Les Journalistes dans la série AR (Archives de presse) en ligne
  5. D'après les Archives de la Préfecture de police, citées par Pascal Ory, Les collaborateurs 1940-1945, Points Histoire, Seuil, 1976, p.283.

Voir aussi

Lien externe

Notes



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