Anatta

Anātman

Anatta (Pali ; sanskrit anâtman) est le concept bouddhique d'impersonnalité, par opposition en la croyance hindouiste en l'âtman. Il n'existe selon cette vue aucune âme, aucune essence à trouver, mais une simple agrégation de phénomènes conditionnés.

Anatta est souvent exposé selon la formule "Chaque chose est sans soi.". C'est l'une des trois caractéristiques. Tandis que les deux premières caractéristiques, dukkha (ou l'insatisfaction) et anicca (ou l'impermanence) ne s'appliquent qu'aux phénomènes conditionnés, anatta s'applique à toutes choses, y compris en dehors du saṃsāra : le nirvāna (l'Absolu) est également vide d'essence.

A noter que l'école Pudgalavada (personnaliste), aujourd'hui éteinte, fut la seule à considérer un soi.

Sommaire

Anatta dans le bouddhisme theravāda

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Voir sur Wikisource : Anātman.

L'ancien véhicule distingue deux niveaux de croyance :

  • l'opinion philosophique considérant un soi ;
  • la croyance, le sentiment de soi.

L'opinion philosophique sur l'existence du soi est aisément contredite, y compris par des non-bouddhistes. Par exemple Hume écrit dans son Traité de la nature humaine :

Je peux m'aventurer à affirmer que nous ne sommes rien qu'un faisceau ou une collection de perceptions différentes, se succédant avec une rapidité inconcevable, et qui sont dans un flux et un mouvement perpétuels.

Annihiler cette opinion ne suffit pas à supprimer le "sentiment même de soi", qui est profondément ancré et alimenté par les trois soifs. Selon la formule du Visuddhimagga, Seule la souffrance existe, mais on ne trouve personne qui souffre, les actes sont, mais on ne trouve pas d'acteur.

Il y a cinq "agrégats d'attachement", skandhas :

  1. Le corps (rūpa) ;
  2. les sensations (vedanā) ;
  3. les perceptions (samjñā) ;
  4. les "fabrications mentales" (samskāra) ;
  5. la conscience (vijñāna).

Ces cinq agrégats d'attachements ne sont pas "soi" ; la croyance au soi (sanskrit : satkayadrsti, pali : sakkâyaditthi) émerge de ces cinq agrégats :

Lorsque le mot « sakkâya » est combiné avec le mot « ditthi », il devient « sakkâyaditthi », la croyance erronée en l'existence de la personnalité, c'est-à-dire, la croyance qu'il y a un « moi », une entité, un atta. En fait, quand on sait que notre corps et notre mental ne sont que des nâma et des rûpa, on ne peut pas dire qu'ils sont « moi », qu'ils sont « miens » ou qu'ils « m'appartiennent ». Ne suivant la volonté de personne, ces agrégats (les nâma et les rûpa) apparaissent et disparaissent d'eux-mêmes. Si vraiment ces agrégats étaient à nous, selon notre propre volonté, nous pourrions dire : « Que mon corps ne vieillisse pas, qu'il ne tombe pas malade, qu'il ne meure pas ! » Or, ils ne se plieront jamais à notre volonté ; nous ne maîtrisons rien. C'est pourquoi nous ne pouvons pas dire que cela est notre corps, notre âme ou notre entité propre. (Sayadaw U Jatila, Enseignements sur vipassana, trad. Dhamma Sami)

Les cinq agrégats provoquent l'attachement et la croyance que ces parties sont "soi". Selon le second discours du Bouddha (l'Anattalakkhanasutta), ces cinq agrégats ne peuvent être considérés comme un "soi" : si c'était vrai, ils mèneraient au bonheur et on en aurait la complète maîtrise, ce qui n'est pas le cas.

On trouve dans Milinda Panha une métaphore comparant la personne à un char : aucun des deux n'a d'existence propre.

Anatta dans le mahâyâna

Les écoles Mahâyâna ne réfutent pas seulement l'existence du soi de la personne, mais bien l'inexistence du soi des phénomènes ; il y a donc double vacuité.

Métaphore de Chandrakirti

L'enseignement de Chandrakirti appartient au bouddhisme Madhyamika.
Dans le Madhyamakavatara, Chandrakirti reprend la métaphore du char et l'approfondit :

  • Le char n'est pas différent de ses parties. On ne perçoit pas le soi indépendamment de la perception de agrégats.
  • Le char n'est pas identique à ses parties, autrement il y aurait plusieurs soi.
  • Le char n'est pas possesseur de ses parties, autrement il faudrait concevoir un soi distinct des parties qui en soit le maître.
  • Le char ne dépend pas de ses parties, au sens où changer une roue n'abolit pas le char, ne l'empêche pas de paraître exister.
  • Le char n'est pas à la base de ses parties, car il s'agirait d'un concept dépourvu de tout.
  • Le char n'est pas simplement la réunion de ses parties, autrement les constituants du char empilés seraient un char.
  • Le char n'est pas la forme de la réunion de ses parties.

Débats au sein du Mahâyâna

Anatta amènera différentes écoles du mahâyâna à postuler différentes compréhensions de ce soi qui en définitive, n'existe pas :

Certaines écoles sont idéalistes (Cittamatra, c'est-à-dire la Pensée Seulement). Dans ce cas les phénomènes n'existent tout simplement pas et la double vacuité s'applique à la relation sujet-objet : il n'y a ni sujet ni relation sujet-objet.

Le Mahaparinirvana Sutra, à l'encontre des enseignements du Hinayâna (tel que le Brahmājālasūtta qui recense les vues fausses), introduit une distinction entre le soi conventionnel et le vrai Soi, qui est décrit comme Tathagatagarbha :

Lorsque j'ai enseigné le non-soi, les sots ont enseigné qu'il n'y avait pas de soi. Par cette méprise, ils sont incapables de comprendre le véritable soi. Voyant ceci le Tathagata a encore recours aux moyens habiles (upaya), et il leur apprend à éteindre le feu rageant des innombrables distorsions (kleshas), et leur révèle et leur explicite le tathagata-dhatu, l'élément ou dimension (dhatu) de Bouddhéité. Sous la boue des passions ils déterrent le diamant de leur inaltérable nature de Bouddha, vrai Soi.

Cette doctrine qui renoue avec un essentialisme proche du brahmanisme a fait l'objet de nombreux débats et n'est pas universellement admise au sein même du Mahâyâna.

Voir aussi

Références

  • l'Atman-Brahman dans le bouddhisme ancien , K.Bhattacharya, 1973, EEFO.
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