Analyse jungienne

Psychologie analytique

Carl Gustav Jung

La psychologie analytique est une théorie élaborée par le psychiatre Carl Gustav Jung, dès 1913. Elle est avant tout une démarche propre à Jung, qui se propose de faire l'investigation de l'inconscient et, par là, de donner du sens à ce qu'il nomme l'âme, c'est-à-dire à la « psyché » constituant la sphère psychique. Jung a ainsi constitué sa théorie en développant des concepts clés du monde de la psychologie et de la psychanalyse, tels celui d'« inconscient collectif », d'« archétype » ou de « synchronicité ».

Considérant que le psychisme d'un individu est constitué aussi bien d'éléments de la vie personnelle du sujet, que de représentations faisant appel aux mythes et symboles universels, la psychologie analytique vise le développement de soi, par la découverte de cette âme, à travers la notion d'individuation et à au moyen d'une psychothérapie se structurant autour du patient.

L'approche de Jung diffère de celle de Freud, dont pourtant il devait être le dauphin et le successeur légitime, en cela qu'elle postule que l'inconscient a une réalité avant tout culturelle et non pas seulement sexuelle (ou libidinale). Par ailleurs Jung s'intéresse aux phénomènes paranormaux qui sont ignorés par ses pairs. Le psychiatre suisse dépasse en effet le cadre épistémologique de la psychanalyse freudienne pour explorer des disciplines comme la science physique ou les types de personnalités.

Enfin, la psychologie analytique se distingue par sa prise en compte des mythes et traditions, révélateurs de la psyché, de toutes les époques et de tous les continents, par le rêve comme élément central de communication avec l'inconscient et par l'existence d'archétypes et d'instances psychiques autonomes comme l'« Anima »/ pour l'homme ou l'« Animus » pour la femme, la « Persona » ou l'« Ombre », communs aux deux sexes.

Sommaire

Origine historique et épistémologique

Psychologie jungienne ou psychanalyse jungienne?

Étymologiquement, la psychologie analytique de C.G. Jung est un « discours sur la psyché, sur l'esprit ». Avec le temps, la psychologie s’est divisée en de nombreuses branches d’étude, ses disciplines abordent le domaine aussi bien au plan théorique que pratique, avec des applications thérapeutiques, sociales, et parfois politiques ou théologiques. Aujourd’hui, la psychologie a pour objectif l'investigation du psychisme comme fondement d'une structure subjective et d'un fonctionnement spécifique (processus et mécanisme) articulé à la perception et représentation du monde extérieur. La jungienne Frieda Fordham explique néanmoins que la formule « psychologie complexe » s'emploie plus volontiers actuellement, celle de « psychologie analytique » prêtant à confusion avec l'approche du psychologue G. F. Stout qui est le premier à l'employer[1].

Cependant, la psychologie analytique se fonde également sur la psychanalyse. Il s’agit là d’une discipline fondée par Sigmund Freud qui propose un modèle théorique du psychisme impliquant l'inconscient, ainsi qu'une méthode d'investigation de ce dernier. Historiquement, la psychologie analytique s’enracine de manière privilégiée à la fois dans les sciences de l’homme et de manière plus singulière dans la psychanalyse. Jung est en effet très tôt attiré par la psychanalyse de Freud, alors naissante. Cependant, il s'en écarte progressivement du fait de ses propres découvertes et des conclusions qu'il en tire. La notion d'archétype, notamment, constitue la première divergence d'avec le freudisme. Par ailleurs, Jung est médecin et psychiatre; il recommande ainsi une approche pragmatique de la psychologie, d'où le nom de sa théorie, qui se réclame davantage de l'expérimentation et de la clinique.

Jung considère également son approche comme une « psychologie objective » en ce sens qu'elle observe les phénomènes psychiques comme « en-soi » et non comme des reproductions nées de l'interprétation. Par exemple, le complexe est pour Jung une réalité naturelle, biologique même dans une certaine acceptation, une production normale de l'esprit, et non seulement une conséquence de la dynamique psychique. Pour Jung, des forces naturelles façonnent la réalité psychique et l'équilibre entre conscient et inconscient guide toute dynamique psychique. L'inconscient est chez lui aussi naturel qu'un végétal, il représente la « psyché objective » : il est neutre et amoral, a contrario de la « psyché subjective' », du Moi et des complexes assimilés (Anima/Animus, Persona), concernés par le jugement et la morale.

Le champ de la psychologie analytique

La contribution du mouvement psychanalytique à la formation épistémologique de la psychologie analytique se développe ainsi sur trois axes de réflexions et d'études :

  • un corpus de théories issues de l'expérience analytique, participant à la conceptualisation de l'appareil psychique ; ensemble constituant la métapsychologie (dont les trois principes organisent le fonctionnement psychique : la perspective topique, dynamique, économique). Jung a ainsi contribué à l'intégration du concept de complexe au sein de la théorie freudienne ;
  • une méthode d'investigation des processus psychiques dans leur ensemble et des significations inconscientes de la parole, du comportement ou des productions de l'imagination (se reporter au chapitre méthode d'exploration du psychisme de l'article : psychanalyse), que Jung reprend, démarche de Freud qui, selon ses propres mots, lui a permis d'observer le psychisme ;
  • la cure psychanalytique par la méthode de l'libre association. Cette expérience, qui naît souvent d'une demande de guérison, s'éloigne au fur et à mesure de l'expérience de l'opposition malade/sain, pour interroger le désir inconscient à l'œuvre dans la condition humaine. C'est pourquoi Freud précise que si la psychanalyse est «  une méthode de traitement des désordres névrotiques », son but ultime n'est pas de guérir en abrasant le symptôme, mais d'aboutir à « la récupération de ses facultés d'agir et de jouir de l'existence ».Si Jung croit beaucoup à l'investigation psychanalytique, il s'en est du moins démarquer en proposant une thérapeutique propre, fondée sur l'explication des désordres au patient, et sur la relation de confiance avec l'analyste.

Différences avec la psychanalyse

La psychologie analytique finira par s’émanciper de cette dernière (la psychanalyse), sous l’impulsion de Carl Gustav Jung, pour revenir à son objet d’étude : l’homme et l’âme. La psychologie analytique proposera deux ruptures majeures vis-à-vis de la psychanalyse :

  • l’existence d’un inconscient « double » : un individuel (ou subjectif)et un collectif (qui forme l'apport conventionnellement reconnu de Jung au monde des sciences humaines) ;
  • le sens du concept de libido, en particulier le désir de la mère dans la vison jungienne n’est pas relatif à l'inceste et ne confine pas au seul Complexe d'Œdipe pour les hommes (ou le complexe d'Électre pour les femmes) mais représente au final un désir de retour à la mère. La névrose pour Jung est donc non un désir incestuel mais un attachement à revivre le passé. La libido, épistémologiquement, pour Jung est une énergétique psychique enfin ; il élargi donc la conception freudienne, de la pulsion vers un concept de dynamique psychique global.

Jung s'est également démarqué de Freud et des autres psychanalystes par la création de nombreux concepts venant étoffer sa théorie, qui forment un tout indivisible, chaque notion étant constitutive d'une théorie générale de la psyché et des types psychologiques. Les concepts seront ainsi présentés, au fil de cet article, à travers les approches originales permises par la psychologie analytique.

Création de la psychologie analytique

Jung définit la psychologie analytique dès août 1913 au XVIIe Congrès International de Médecine organisé à Londres. Il y présente sa nouvelle approche comme de la "psychologie analytique", la distinguant de la "psychanalyse" de Freud et de la "psychologie des profondeurs" de Bleuler. Jung y suggère également de libérer la théorie psychanalytique de son « point de vue exclusivement sexuel » en se focalisant sur un nouveau point de vue énergétique, se fondant sur Henri Bergson. Fondamentalement, la psychologie analytique de Jung se distingue de la théorie de Freud sur plusieurs points, en rapport avec le spirituel : « Ainsi la psychologie analytique a été élaborée à partir de la métapsychologie de Sigmund Freud, elle rejette le pansexualisme freudien, et refuse d'accorder à la problématique œdipienne l'universalité que Freud lui assignait et considérant la libido comme une énergie psychique non pas sexuelle ». Nombre de détracteurs de Jung, parmi lesquels Ernest Jones ou Richard Noll y voit un mysticisme scientifique et panpsychique.

Jung dit, dès les débuts de son courant, qu'il emprunte à la fois à Freud (théorie incestuelle et sexuelle) et à Adler (et sa théorie de la volonté de puissance en psychanalyse), pour en faire une synthèse. Sa terminologie change néanmoins suivant le point de vue adopter dans ses investigations. Au début, Jung définit sa méthode comme une observation des profondeurs psychiques, il emprunte alors à son mentor, Eugène Bleuler le nom de psychologie des profondeurs ou (« Tiefenpsychologie » en allemand. Son versant expérimental, datant de ses travaux aux Burghölzli, avec Riklin, tente d'approcher les complexes grâce à la méthode dite des associations. Jung parle alors de psychologie des complexes. Ce n'est que lorsqu'il rompt avec Freud qu'il lui donne le titre de psychologie analytique, parce qu'elle se propose d'analyser (d'identifier les phénomènes psychiques) la psyché. Les médias la feront connaître sous le nom de psychologie jungienne car elle doit beaucoup à C. G.Jung, terme qui sera repris par ses successeurs, pour la différencier davantage sur la scène publique de celle de Freud, qui l'a toujours reléguée aux rangs des pseudo-sciences. Le docteur Ernst Bernhard, jungien italien, la nomme par ailleurs la psychologie individuative.

En France, l'usage préfère utiliser les termes de psychanalyse jungienne pour désigner cette technique de travail sur soi afin de la différencier du cadre théorique qui lui est nommé "psychologie analytique".

Une théorie internationale

L'histoire de la psychologie analytique a eu très tôt des échos dans les pays anglo-saxons. Nombre de patients de Jung étaient en effet des américains ou des britanniques, qui fondèrent par la suite des institutions dans leurs pays respectifs. Cependant, d'autres pays ont accueilli la théorie jungienne, malgré l'ancrage de la psychanalyse de Freud dans les cercles universitaires, on peut citer : les États-Unis, l'Allemagne, l'Italie pour les plus importants :

Associations anglophones

Des universités américaines offrent aujourd'hui des cours et des formations à la démarche jungienne comme la Pacifica Graduate Institute, en Californie [2].Sur le modèle de L'Institut C. G.Jung de Zuriche où le psychiatre suisse a officié, ce sont également crées des instituts de formation à l'analyse, et de recherches tels C. G. Jung Institute of New York [3] crée par des proches de Jung : le couple Mader. Existent également les Instituts des villes de Los Angeles, de San Francisco et de Chicago.

Associations germanophones

Dès le début de la psychologie analytique, l'Allemagne fut réceptive aux apports de JUng, en raison de son activité à Zurich et du fait qu'il était germanophone. L'Institut de Stuttgart notamment propose des formations théoriques [4], ainsi que l'Institut de Munich [5] et de Köln [6].En Suisse, on trouve l'Institut de Küsnacht, le premier, la ville où a vécu Jung et qui l'a fondé en 1948 [7].On peut siter également le Deutsche Gesellschaft für Analytische Psychologie de Stuttgart [8].Enfin l'Institut de Zurich est parmi les plus reconnus au monde [9].

Associations italiennes

En Italie, une seule organisation existe : la Associazione Italiana di Psicologia Analitica [10], implantée à Rome, Florence, Milan et Naples, à laquelle sont rattachés des analystes jungiens de renom, ayant fait progresser la psychologie analytique parmi lesquels : Ernst Bernhard, Mario Trevi, Aldo Carotenuto et Silvia Montefoschi.

Associations francophones

Historiquement, la France fut en retard dans la découverte des travaux de Jung. Fondée en 1969, la Société française de psychologie analytique [11], ou Institut C. G.Jung de Paris, est la seule institution de recherche et de formation. Néanmoins, de nombreuses associations existent : le Groupe d'Études CG Jung [12], Les Cahiers jungiens de psychanalyse [13] qui éditent des études de spécialistes jungiens et le Cercle Francophone de Recherche et d'Information C. G. Jung, présidé par Michel Cazenave, qui possède une université [14]. En Belgique, il existe par ailleurs une École belge de psychanalyse jungienne à Bruxelles [15] ainsi que la Société Belge de Psychologie Analytique [16].

Dans les autres pays

Au Canada, il existe une Association of Jungian Analysts basée dans l'Ontario [17]; au Brésil une Associação Junguiana do Brasil [18]; en Colombie, les Amigos de Jung [19]; en Argentine, la Fundacion de Psicologia Analitica de la Republica Argentina [20] ainsi que le Groupe Jung de Buenos Aires; en Suède, le CJP Center for Jungian Psychology [21]; en Israël, la new Israeli Jungian Society d'Eward F. Edinger, contemporain de Jung [22].

Une psychologie pragmatique

Néanmoins Carl Gustav Jung se refuse le nom de théoricien ; il se dit pragmatique et hors de tout système de pensée, par trop réducteur. Il a ainsi formulé des critiques de l’approche théorique qui cesse de faire sens dès que l'objet est la psyché, comme c'est le cas de la psychologie.

Jung se réclame ainsi du courant philosophique de William James qu'il a rencontré lors de son séjour aux États-Unis en 1909, fondateur du pragmatisme. Jung rencontre également d'autres figures de ce courant comme John Dewey ou Franz Boas en anthropologie. En cela, sa théorie est une observation des phénomènes, une phénoménologie : « Le déplacement vers le conceptuel enlève à l'expérience sa substance pour l'attribuer à un simple nom » [23].Tout au long de ses écrits, Jung voit dans l'empririsme, non seulement le gage d'une neutralité de méthode mais aussi le respect du principe moral qui doit être la règle du psychologue :

William James a beaucoup influencé la pensée de C. G. Jung
« Je considère donc comme un devoir moral de na pas émettre d'assertions sur les choses que l'on ne peut voir et dont on ne peut démontrer l'existence, et je considère que l'on commet un abus de pouvoir épistémologique quand on le fait malgré tout. Ces règles valent pour les sciences expérimentales. La métaphysique en observe d'autres. Je me considère comme tenu de respecter les règles de la science expérimentale. En conséquence on ne trouvera pas dans mes travaux d'assertions métaphysiques, ni - nota bene - la négation d'assertions métaphysiques.  » [24].

Jung s'applique à lui-même une méthode qui, en étant pragmatique, ne refuse pas néanmoins les phénomènes, quels qu'ils soient ; attitude antiscientifique qu'il a très tôt reprochée à Freud, notamment quant à la prise en compte des manifestations parapsychologiques dans le champ de la psychanalyse.

Ainsi, Jung, sous couvert d’a priori personnels, ne refuse pas de voir le phénomène tel qu'il se donne à voir, ce qui explique qu'il s'est très tôt orienté vers l'étude psychologique de phénomènes bannis alors en science comme les phénomènes dits occultes (titre de sa thèse de psychiatrie) ou les coïncidences signifiantes notamment. Néanmoins ses prises de position sur le rapport de la psyché à l'âme, et sa vision du Soi comme imago Dei sapent très vite toute intégrité pragmatique. Une importante partie de ses Correspondances soulèvent la question de son manque de neutralité sur ces sujets et signalent les raisons épistémologiques qui ont conduit Jung à être mis au ban des théoriciens de la psychologie moderne.

Néanmoins, sur certains phénomènes, Jung admet hypostasier, et se démarquer de la méthode empirique. La synchronicité notamment, ne permettant pas la reproductibilité des événements dans des conditions expérimentales, entraîne Jung dans un domaine où le pragmatisme ne peut être soutenu, et qu'il reconnaît comme une limite de sa théorie. Toute science et tout discours échoue, à un certain stade, sur l'anthropomorphisme, dont l'homme ne peut se défaire : « Tout discours sur une « réalité ultime », voire sur un au-delà de cette réalité, est anthropomorphique »[25].

Les postulats de la psychologie analytique

La psyché, ou « âme », objet de la psychologie analytique

Article détaillé : âme (psychologie analytique).

La psychologie analytique décrit et révèle des « invariants de l'âme » selon Jung. En donnant du sens à l'âme, en décrivant par exemple certains aspects de celle-ci (comme les archétypes), l'homme ou/et la femme pourraient, en se mettant en dialogue avec eux-mêmes, entrer dans un processus d'individuation, une confrontation dialectique de l'inconscient avec le conscient en vu de réaliser le Soi, l'homme comme totalité. La psychologie analytique a été formée par l'adjonction, par C. G. Jung puis par ses successeurs, de concepts éclairants la topique psychiques, prise non comme un réservoir de pulsions libidinales, mais comme un lieu de rencontre entre le conscient et l'inconscient, considéré comme une dynamique douée d'une motivation autre que mécanique ou mnésique. Chaque concept de la psychologie jungienne, donne du sens à un aspect du système psychique. Mis en relation les uns avec les autres, ils donnent à voir le sens qu'ont essayé de donner les psychologues analytiques (psychologues jungiens) sur « qu'est ce que le système psychique ? ». La simple lecture de ce qu'est le psychisme selon Carl Gustav Jung n'apporterait rien a l'individu si ce n'est une certaine sensibilisation à soi-même. En d'autres termes, Jung a toujours eu à cœur d'expliquer que la psychologie analytique vise d'abord le mieux-être et la compréhension de soi-même, non la connaissance pure et érudite : « La difficulté de la compréhension du psychisme dans la théorie jungienne réside dans le fait qu'il faut s'ouvrir à soi pour de vrai, c'est-à-dire « à se penser », « à se ressentir » et à se « questionner sur soi ». Selon Jung, en effet, la rencontre de la psyché est une expérience, elle passe à la fois par le mental et par le cœur, par l'intellect et par l'émotionnel. Cela demande une lecture circulaire, à l'image de la spirale : la compréhension intellectuelle s'enrichit de la résonance émotionnelle, confrontation intérieure qui, à son tour, mène a l'approfondissement de la compréhension »[26].

Dans celle-ci, comme dans la vie, tous les concepts se tiennent, et Jung voit l'intellect, symbole de la puissance du Moi, comme un danger pour l'homme moderne, cartésianiste, vision à l'opposé de celle de la psychologie analytique, qui s'enracine dans l'existence : « La complexité de la psychanalyse jungienne tient au fait que toutes les instances psychiques sont en étroites relations les unes avec les autres. Décrire isolément un concept donne de lui une vision forcément partielle car ne tenant compte ni des rapports dynamiques avec les autres instances ni de l'ensemble du système psychique. Tout est lié, tout est en mouvement. »[27].

On distingue alors, pour aborder la théorie jungienne, entre les lieux psychiques, les processus psychiques (ou instances) et les manifestations psychiques. L'ensemble de ces concepts permettra de définir l'objet de la psychologie analytique de Jung : l'âme comme somme des composants psychiques :

La structure de la Psyché

Article détaillé : âme (psychologie analytique).

Les termes de système psychique, de psyché ou d'âme sont équivalents dans le cadre de la psychologie jungienne. Les textes de la psychologie analytique proposent une "découverte de l’âme" c'est-à-dire une approche générale et théorique de la vie intérieure de l'être. Néanmoins Jung n'utilise pas le terme d'âme sans en reconnaître les connotations religieuses, ce qui lui valût la critique de mystique, notamment de la part de Freud ou de Richard Noll, son détracteur officiel. Pour Jung en effet l'âme humaine, au sens psychique, est naturaliter religiosa ("naturellement religieuse"), en ce sens la psychologie analytique réhabilite la fonction religieuse et spirituelle - Jung se disant lui-même vitaliste - seule position scientifique permettant de penser l'homme dans sa globalité : « Qu'on se représente comme on voudra la relation entre Dieu et l'âme, une chose est certaine : l'âme ne peut pas être un « rien que » ; au contraire, elle a la dignité d'une entité à laquelle il est donné d'être consciente d'une relation avec la divinité »[28].

la structure de la psyché selon Jung (reproduction du schéma dans L'Homme à la découverte de son âme. Légende : 1 Sensation 2 Pensée 3 Intuition 4 Sentiment 5 Le Moi 6 Souvenirs-Mémoire 7 Contributions subjectives 8 Affects 9 Irruptions 10 Inconscient personnel 11 Inconscient Collectif

Si le divin existe pour Jung dans la psyché, il se refuse d'en donner une image religieuse ; en réalité seule est divine l'émotion qui naît des dynamiques psychiques, ses représentations sont toutes anthropomorphiques et ne témoignent que d'un point de vue culturel.

Les manifestations psychiques

La psychologie analytique envisage plusieurs voies possibles pour accéder à la psyché, comme autant de manifestations psychiques. Freud se limitait quant à lui au rêve et à son contenu latent, aux mots d'esprit, aux lapsus et enfin aux actes manqués, sans oublier le comportement pathologique et névrotique. Jung voit ainsi plusieurs manifestations renseignant sur les conditions du moment vécues par la psyché :

  • Le rêve, qui demeure, comme chez Freud, la voie royale d'exploration de l'inconscient.Jung y inclut aussi le rêve diurne, ou éveillé.
  • Les visions sont des rêves transgressant la barrière consciente, des appels directs de l'inconscient, fondés notamment sur un sens caché, utilisant entre autres la langue des oiseaux. Jung prend ainsi les grands textes religieux des visionnaires mystiques comme un matériau d'étude important.
  • Les rêveries témoignent d'un état de fascination, ayant souvent pour origine un complexe ou une instance psychique comme l'anima.
  • Les phantasmes sont des thèmes obsessionnels s'imposant à la conscience ; leur intégration à la conscience permet de limiter la névrose.
  • L'imagination active : concept jungien qui désigne un état d'abandon semi hypnotique permettant de vivre, continuer, résoudre un rêve, en état de veille.
  • Les productions esthétiques (dessins, écrits...) dont les allégories et gravures alchimiques sont des projections conscientes (à des degrés variables, le concept d' inspiration notamment traduit l'origine souvent non consciente des idées) de matériaux inconscients.
  • Les mythes enfin sont des représentations archétypiques.

Le domaine parapsychologie est également pour Jung un réservoir de phénomènes dits schizoïdes, qui transgressent le psychique pour se projeter dans la matière. La vision de fantôme par exemple permet de penser à une projection, dans le monde concret de complexes psychiques personnifiés.

Néanmoins nous ne présenterons dans cet article que trois voies royales pour Jung dans l'exploration de la dialectique du conscient et de l'inconscient (l'imagination active étant davantage liée à la thérapeutique) :

Le rêve

Article détaillé : Rêve (psychologie analytique).

En 1916, Carl Gustav Jung publie Allgemeine Gesichtspunkte zur Psychologie des Traumes, Points de vues généraux de la psychologie du rêve en français, où il développe sa propre compréhension des rêves qui diffère beaucoup de celle de Freud. Pour lui, les rêves sont aussi une porte ouverte sur l'inconscient, mais il élargit leurs fonctions par rapport au point de vue de Freud. Selon Jung, une des principales fonctions du rêve est de contribuer à l'équilibre psychique en compensant les jugements de la vie consciente : un homme dévoré par son ambition et son arrogance par exemple se verra en rêve petit et frêle. L'inconscient pour Jung lui montre par ce moyen que son attitude est trop assurée, trop consciente, et refuse l'intégration de parties inférieures de la personnalité, en générale niée par le caractère arrogant : l'acceptation de faire des erreurs ou les sentiments. Jung appelle ce mécanisme la conpensation qui a pour fonction de rétablir l'équilibre naturel de la psyché.

Henri Rousseau, le rêve, 1910.« Car les rêves sont des compensations de l'attitude consciente » [29]

Il constate également que ce que nous vivons dans la journée n'atteint pas la conscience et peut, selon notre attitude consciente, devenir des complexes qui peuvent à leur tout devenir autonomes, contaminant les racines du Moi dans l'inconscient personnel. Ces complexes sont reliés pour Jung aux archétypes, qui ainsi ont prise directe sur la conscience et peuvent l'influencer ; Jung les dit alors constellés. En effet, la psyché de l’homme est constituée de parties conscientes et d’autres inconscientes, ces dernières s'expriment pendant les rêves : « Pour sauvegarder la stabilité mentale, et même physiologique, il faut que la conscience et l’inconscient soient intégralement reliés, afin d’évoluer parallèlement. »[30].

Certaines choses (mouvements, expressions de visages, etc.) restent subliminales dans le rêve ; l’aspect caché, inconscient d’un concept abstrait pouvant être mis en images par l'intermédiaire du symbole qui pour Jung a une face affective (il fait naître un sentiment pouvant être parfois numineux lorsqu'il est relié à un archétype) et une face intellectuelle [31]. Les rêves s’expriment par symboles en effet, cependant un même symbole n’a pas forcément le même sens, tout comme des motifs qu’on retrouve fréquemment (la chute, voler, les poursuites...) demandent des interprétations individuelles, parce que leur sens dépend du contexte et de la vie du rêveur. [32].Certains sont malgré tout collectifs et ont de tout temps signifiés la même chose, ce sont ceux exprimant les phases du processus d'individuation et que l'on retrouve dans les ouvrages littéraires, les peintures, l'alchimie ou encore les mythes. L'étude des mythes éclairera ainsi la production onirique du sujet (voir plus loin, chapitre le mythe) grâce à la méthode de l'amplification.

La résistance (ou le misonéisme dépassable)

Dans la perspective jungienne, questionner l'inexistence de ce concept (ou d'un autre) et refuser de discuter avec soi-même se nomme "être en résistance, ". "Étre en résistance" c'est en premier lieu être résistant à sa propre nature. Cette résistance peut être intellectualisée sous la forme de critiques intellectuelles attaquant la théorie. Par exemple, une forme de résistance est de dire que : « la psychologie jungienne ne renvoie pas au réel ou est une pseudo-science ou est machiste ou féministe, de droite ou de gauche, etc. ».

Car finalement, selon cette théorie, cette fixation intellectuelle, comme dans le contexte de clinique de la psychanalyse, est une force qui s'oppose au retour dans le conscient. Ce sont des pensées inconscientes qui pourraient participer à la guérison du patient. Quitter la lutte intellectuelle est déjà un chemin vers la guérison. Ce concept est lié à celui, opposé, de Tao que Jung intègre, comme exemplification de son système, à sa théorie de la psyché. La voie du Tao est celle de l'abandon aux forces naturelles et instinctuelles profondes de l'homme, condition d'individuation. La capacité de résistance psychique donc renseigne sur les complexes à la racine de l'attitude consciente. De là Jung, lors de ses premiers travaux a élaboré le concept d'association d'idées, qu'il parvient à mesurer par le moyen d'un galvanomètre. Grâce au langage et à son étude symbolique l'analyste peut mesurer et évaluer les complexes présents dans l'inconscient personnel.

Le mythe et la méthode d'amplification

Jung est surtout connu pour son étude historique et transnationale des mythes comme élaboration inconsciente visant à expliquer, par le symbole, la structure et les manifestations de la psyché. Le mythe représente directement les éléments et phénomènes provenant de l'inconscient collectif, cette part commune à tous les hommes, pouvant se modifier, dans sa forme, à travers l'histoire mais demeurant, dans leurs significations, semblables intemporellement. Si Jung se fonde surtout sur les mythes chrétiens ou païens (grecs et latins), il tente néanmoins de montrer que l'inconscient est partout semblable et perçue symboliquement de la même manière. Il s'intéresse alors aux religions de l'hindouisme, du zoroastrisme ou encore à la pensée chinoise, qui toutes sont communes quant aux représentations des fondamentaux de la psyché. La forêt désigne ainsi sur tout le globe, dans les mythes, l'inconscient comme surface sombre et dense, pleine de mystère mais néanmoins vitale pour l'homme. L'archétype du Soi est également universellement présent. La psychologie analytique tente ainsi de dépasser le cadre strictement étroit de la méthode freudienne, fondée sur le passé de l'individu, en explorant le champ des significations, partant de l'hypothèse que l'être en en constant contact avec les matériaux universels et symbolique de l'Humanité, ainsi : « Jung ouvre la psychanalyse à une dimension cachée par le scientisme ambiant : la spiritualité. Son apport, quoique contestable sur certains points, reste unique. Explorant l'inconscient en scientifique et poète, il montre que celui-ci se structure non comme une langue mais sur le mode du mythe. » explique André Nataf dans sa biographie Jung[33].

saint Michel combattant le dragon d'Étienne Chevalier. « Notre âme, comme notre corps, est composée d'éléments qui tous ont déjà existé dans la lignée des ancêtres. Le « nouveau » dans l'âme individuelle est une recombinaison, variée à l'infini, de composantes extrêmement anciennes »[34]

Jung a ainsi élaboré une méthode propre, permettant de relier les thèmes et symboles mythiques aux contenus de la psychologie et de l'homme moderne : la méthode d'amplification.Elle concerne davantage la thérapeutique jungienne, fondée sur le rêve comme message exprimant l'état du rêveur au moyen de symboles et de mythologèmes (unités minimales de mythes) propres à tous.Jung fait ainsi des parallèles historiques, sociologiques, mythologiques, ethnologiques, puisant dans le folklore et l'histoire des religions pour éclairer le sens des motifs du rêve. Cette démarche permet ainsi de mettre en lumière au patient son mythe personnel (sa façon de réinterpréter et de faire sien les contenus archétypiques), étape préalable dans la thérapeutique et dans la voie de l'individuation. Le rêve devient ainsi interprétable et pour Jung donc activité onirique et mythe s'éclairent l'un l'autre.

Concepts de la psychologie analytique

Les lieux psychiques

Freud avait élaboré deux topiques, ou représentations symboliques et iconiques de la structure psychique qui ne peut, néanmoins, échapper à toute démarche herméneutique. En effet la nature du psychique est par définition virtuelle. Jung va dès 1906 se démarquer de la topique psychanalytique, en imaginant la structure de la psyché comme un ensemble de cercles concentriques partant de l'extérieur (monde des sensations, de la matière) jusqu'à l'intérieur (monde des sentiments et des émotions). Jung définit ainsi quatre espaces constitutifs de l'âme humaine que nous aborderons, du plus central au plus périphérique.

La Conscience

Il s'agit selon Jung d'un champ d'attention, plus ou moins variable, qui a phylogénétiquement émanée des profondeurs de l'inconscient :

« Dans l'enfance, elle s'éveille graduellement, et tout au long de la vie, elle s'éveille le matin, sort des profondeurs du sommeil, d'un état d'inconscience. Elle est comme un enfant qui naît quotidiennement du sein maternel de l'inconscient » [35].

Pour Jung, elle est le seul lieu psychique où se reflète l'inconscient, celui par lequel il intègre de la connaissance et de l'expérience ; par elle les archétypes sont vivants : « La conscience humaine, la première, a crée l'existence objective et la signification et c'est ainsi que l'homme a trouvé sa place indispensable dans le grand processus de l'être » [36]

Certains phénomènes provoquent dans la conscience des "abaissement du champ de conscience", qui laissent alors pénétrés des contenus inconscients comme des complexes, dans le Moi. Les visions et délires sont ainsi des zones de faible résistance psychique.

Le roi, symbolisant le Moi et la Reine, l'Anima. Gravure alchimique du Rosaire des philosophes, XIVe siècle

Pour Jung la conscience est dominée par un complexe particulier : le Moi, instance de la volonté et de l'intention. Néanmoins la conscience peut être également l'apanage d'autres complexes dits personnifiés comme ceux des délires, devenus autonomes en raison d'une trop grande charge d'énergie. L'Anima peut ainsi devenir consciente et agir contre le Moi, comme dans les rêves notamment, où le Moi est figuré sous les traits d'un personnage d'autorité, le Roi dans l'alchimie. La conscience est symboliquement représentée par le lumineux, le soleil, par opposition à l'obscur et inconnu, l'inconscient.

L' Inconscient Collectif

Concept majeur de la théorie jungienne, l'inconscient collectif a néanmoins été postulé bien avant lui.Jung dit d'ailleurs en tenir l'idée de Schopenhauer. Alors que l'inconscient personnel fait partie intégrante de la personnalité, ceux de l'inconscient collectif sont universels et transhistoriques et sont la patrimoine de l'humanité. Ils « constituent [explique Jung] comme une condition ou une base de la psyché en soi, condition omniprésente, immuable, identique à elle-même en tous lieux » [37]. Jung en parle souvent comme de la couche la plus profonde de l'âme, qui abrite deux processus clés de la psychologie analytique : les instincts et les archétypes (voir chapitres ci-dessous).

Jung lui donne l'épithète de collectif car ces matériaux se distinguent par leur récurrence d'apparition dans l'histoire humaine, en effet : « Je l'appelle collectif parce que, au contraire de l'inconscient personnel, il n'est pas le fait de contenus individuels plus ou moins uniques, ne se reproduisant pas, mais de contenus qui sont universels, et qui apparaissent régulièrement » [38].On a souvent, à tort, considérer que l'inconscient collectif se transmet, en soi, via l'hérédité, or pour Jung ce sont les archétypes, comme pattern of behaviour (schéma de comportement) qui se transmettent, non l'inconscient collectif. En définitif, ce dernier se constituerait sur les archétypes, qui en déterminent la structure, en négatif. L'expérience humaine, au fil des siècles, nourrit ce réservoir d'images primordiales qui conditionne ensuite tout être humain. Les rituels religieux ou animistes naissent ainsi d'une identification aux matériaux collectifs, ce que Jung nomme la participation mystique, terme qu'il doit à Claude Lévi-Strauss.

Les grands mythes naissent de ces systèmes fonctionnels autonomes, qui ne doivent rien à la personnalité, et qui la conditionne sur la voie de l'individuation ou lorsqu'un archétype est excité (constellé), c'est pourquoi selon Jung tous les mythes ont des interprétations similaires d'une civilisation à l'autre. L'inconscient collectif enfin est comme un champ où tous les points sont reliés, c'est-à-dire que les archétypes et les instincts sont tous contaminés (Jung conceptualise ainsi la loi de contamination des archétypes) : un mythe a des motifs appartenant à d'autres mythes proches, ce qui forme un réseau dense où chaque motif se tient et conditionne les autres. Les images mythiques sont sous forme de chaîne multidimensionnelle, possédant une fréquence et un rythme propre, mis en évidence par Marie-Louise von Franz qui reprit les travaux de Jung à sa mort, expliquant la métamorphose des motifs mythiques à travers les périodes historiques.

Les recherches les plus spéculatives de Jung, notamment sur la synchronicité, dans La synchronicité comme principe d'enchaînement a-causal (1952), hypostasient la nature psychoïde (« Comme l'âme » ou « quasi psychique »)de cette couche de l'inconscient collectif et des archétypes, c'est-à-dire qu'ils échappent à la représentation, au contraire des phénomènes psychiques connus. Certains phénomènes limites laissent ainsi à penser que les matériaux collectifs, via une transgression des limites matière-esprit, peuvent se former hors de la psyché, prendre forme, comme par exemple dans les coïncidences, la télépathie ou les manifestations fantomatiques.

L'inconscient

Concept psychanalytique par excellence, l'inconscient est néanmoins chez Jung bien plus qu'un réservoir de souvenirs et de pulsions refoulées ; il a une dimension vitale et religieuse (au sens d'expérience émotionnelle) dynamique.

Tout d'abord, Jung définit l'inconscient comme l'espace de l'inconnu, son approche est, dans ses premiers travaux, philosophico-pragmatique. Il constate que l'homme se distingue par deux réalités, l'une connue (la conscience), l'autre inconnue consititués de matériaux et de phénomènes hors de portée de l'attention. L'inconnu se sous-divise en suite en deux groupes : l'inconnu extérieur (le monde et ses lois) et l'inconnu intérieur, qu'il définit proprement comme l'espace inconscient de l'âme humaine [39] : « Tout ce que je ne connais, mais à quoi je ne pense pas à un moment donné, tout ce dont j'ai eu conscience une fois mais que j'ai oublié, tout ce qui a été perçu par mes sens mais que je n'ai pas enregistré dans mon esprit conscient, tout ce que, involontairement et sans y prêter attention (...) je ressens, pense, me rappelle, désire et fais, tout le futur qui se prépare en moi, qui ne deviendra conscient que plus tard, tout cela est le contenu de l'inconscient »[40].

Jérôme Bosch, Hieronymus. « Aussi l'âme est-elle non seulement un problème personnel, mais un problème du monde entier, et c'est à ce monde entier que le psychiatre a affaire  » [41]

La structure de cet espace répond aux représentations traditionnelles de la psychanalyse de Freud, néanmoins Jung va distinguer dans l'inconscient une partie collective (vue plus haut) et une partie individuelle, propre à la personnalité, unique : l' inconscient personnel composé des instances psychiques : Ombre, Persona, Anima et Animus. Il intègre également d'autres processus (voir les chapitres ci-dessous) comme les complexes.

L'inconscient personnel se manifeste dans les rêves et les productions imaginaires ; il est également en constante relation avec la personnalité : « la psychologie n’est pas uniquement un fait personnel. L’inconscient, qui possède ses propres lois et des mécanismes autonomes, exerce sur nous une influence importante, que l’on pourrait comparer à une perturbation cosmique. L’inconscient a le pouvoir de nous transporter ou de nous blesser de la même façon qu’une catastrophe cosmique ou météorologique »[42].

Le soi

Article détaillé : Soi (psychologie).

Le terme de Soi et d'âme ne prennent une valeur conceptuelle pour Jung qu'à partir de l'ouvrage Les Métamorphoses de l'âme et ses symboles de 1912.Carl Gustav Jung utilisa ce terme dans le sens d'un concept ; il en fit par la suite l'un des piliers de sa psychologie analytique et de la psychologie sociale. En psychanalyse post-freudienne, c'est notamment Heinz Kohut qui en a théorisé et développé le concept. Le retrouvant dans toutes les mythologies et religions du monde, il s'agit d'un archétype central représentant l'espace virtuel de relation entre la conscience et l'inconscient (collectif et individuel). Jung dit du Soi qu'il est « une entité sur-ordonnée au Moi » [43], c'est-à-dire plus un lieu psychique inhérent à la structure psychique qu'un processus. Il a pour fonction de réaliser l'être, de maintenir le contact des différentes couches psychiques entre elles : « le soi est la donnée existant a priori dont naît le moi. Il préforme en quelque sorte le moi. Ce n'est pas moi qui me crée moi-même : j'adviens plutôt à moi-même. » [44].Jung demeure conscient de la réalité anthropomorphique de ce concept [45] qui désigne au final la totalité de la psyché.

Le Soi est un concept limite qui regroupe en un même ensemble le conscient et l'inconscient (psychologie analytique) : inconscient personnel et inconscient collectif. Il traduit l'expérience de la totalité, la capacité de représentation de la totalité, autant que le processus psychique qui va dans le sens d'une conscience englobant de plus en plus d'éléments inconscients. Le Soi intervient dans le processus d'individuation ; il en est le moteur, l'organisateur et, dans une certaine mesure, le but. Ainsi, il « ne peut être décrit qu’en termes d’antinomies » car il réunit les opposés qui tiraillent le Moi. En ce sens, le champ du Soi, pour Jung, ne connaît pas la morale car il se réfère au bien-être de l'individu ; il conduit bien plutôt à la vraie éthique.

Le Soi est ainsi l'archétype de la conscience et du moi. Le rapport du Moi au Soi est décrit par Jung soit comme celui de la terre tournant autour du soleil, soit comme celui d'un cercle inclus dans un autre cercle de plus grand diamètre, soit encore comme le fils par rapport au père. Dans ce dernier cas, l'image n'est complète que lorsque l'on considère que le Soi n'advient à la conscience que par un travail de confrontation du Moi avec ses autres archétypes (animus et anima, persona, etc.), un travail de « décantation » du Moi ; le Soi est donc aussi, à la fin du processus d'individuation, d'une certaine manière, le fils du Moi (“Filius Philosophorum”) dans l'alchimie. Von Franz estime ainsi que le Soi est l'archétype ordonnateur de tous les autres, celui qui possède en soi la structure de la psyché et ses plans architectoniques.

En tant que totalité, le Soi est nécessairement paradoxal : toute qualité qui lui est attribuée s'y voit accompagnée de son opposé ; seule la capacité de direction de la conscience du Moi permet la différenciation entre les contraires, et révèle donc cet aspect paradoxal du Soi, plus précisément de la conscience que l'on peut en avoir. Le Soi contient ainsi la conjonction des opposés : conscient /inconscient, matière/esprit, masculin/féminin, bien/mal etc. Il est « à la fois la quintessence de l’individu et une entité collective », un espace a-moral : « Ces qualités paradoxales du concept du soi sont conformes au fait que la totalité se compose de l'homme conscient, d'une part, et de l'homme inconscient, d'autre part. Or, on ne saurait définir ce dernier ou en préciser les limites. C'est pourquoi, dans son acception scientifique, le terme de "soi" ne se réfère ni au Christ, ni au Bouddha, mais à l'ensemble des figures correspondantes, chacune d'elle étant un "symbole du soi  » [46]. Le Soi est un archétype universellement représenté, à travers une symbolique de la Totalité et de la Quaternité ; des figures historiques ou mythiques le représentent également, toutes dépendantes de la culture qui l'héberge :

« Vivant en Occident, j'aurais dû dire le Christ, au lieu du Soi ; dans le Proche-Orient, ce serait approximativement Chadir ; en Extrême-Orient, Atman, Tao ou Bouddha ; dans le Far-West, lièvre ou mondamine ; et dans le monde de la Cabale enfin, Tifereth. » [47].

La synchronicité

Article détaillé : synchronicité .

Carl Gustav Jung proposa de nommer synchronicité, l'occurrence simultanée de deux événements qui ne présentaient pas de rapport de causalité, mais dont l'association prenait un sens pour la personne qui les éprouvait. Le concept de synchronicité définit par Jung n'a de sens que par rapport aux autres concepts de la théorie dans le cadre de la psychologie analytique : « J'emploie donc ici le concept général de synchronicité dans le sens particulier de coïncidence temporelle de deux ou plusieurs événements sans lien causal entre eux et possédant un sens identique ou analogue. Le terme s'oppose à "synchronisme" qui désigne la simple simultanéité de deux évènements. La synchronicité signifie donc d'abord la simultanéité d'un certain état psychique avec un ou plusieurs événements parallèles signifiants par rapport à l’état subjectif du moment, et - éventuellement - vice-versa. »[48].

Un exemple de synchronicité, que chacun a pu expérimenter est de recevoir un appel téléphonique d'une personne à laquelle on était justement en train de penser. Jung intégra ce concept à sa théorie du fonctionnement et de la structure psychique, au sens où cette occurrence surprenante pour le sujet, le faisait aller dans une autre voie de réflexion, permettant a certains de connaître un changement d'état important : un archétype constellé dans l'inconscient et qui transgresse la frontière matière/psychique pour se "refléter" dans l'expérience réelle. Par ailleurs, ce qui est important pour Jung dans la synchronicité ce n'est pas que deux événements se produisent en même temps, mais le sens que donne le sujet a cette occurrence.

Si ce phénomène est ponctuelle et imprévisible, il n'en est pas moins davantage un lieu psychique plutôt qu'un processus ; en effet il témoigne d'une transgression des lois physiques, comme une projection des matériaux psychiques dans la matière et des conditions de la situation concrète dans la sphère psychique. Cette propriété, Jung le nomme schizoïdie. La synchronicité est donc un espace virtuel de matérialisation de la psyché.

Jung a profondément étudié le concept de relation a-causale avec le physicien Wolfgang Pauli, au travers d'une correspondance nourrie des apports des deux spécialistes et dans leur essai commun : La synchronicité, principe de relation a-causale (1952), chacun dans sa discipline. Les deux hommes voient dans la synchronicité la possibilité d'explication d'un rapport des faits "non constatables en soi", liés aux manifestations de l'inconscient et des archétypes : « La psyché et la matière sont marqués par des principes ordonnants, communs, neutres, et "non constatables en soi" » [49], principes qui permettent d'unifier les analogies des deux disciplines en une seule, unifiant du même coup le mundus archetypus et le monde empirique.

Alors que Jung y voit une relation de fait et d'essence, portant notamment sur l'énergie psychique, Pauli voit lui un langage double, à la fois scientifique et symbolique. Néanmoins tous deux se rejoignent sur la possibilité d'une conjonction de la physique et de la psychologie :

« Ces expériences [celles de Jung sur l'alchimie] m'ont montré que la physique moderne est capable de présenter sous une forme symbolique les processus psychiques jusque dans les moindres détails.  » [50].

Ces rapports ont néanmoins depuis suscité des interprétations, voire des gloses exagérées, notamment de la part des figures du New Age ou d'autres pseudo-sciences. La prudence de Pauli, comme celle d'Olivier Costa de Beauregard qui travailla avec Marie-Louise Von Franz montre que le sujet est délicat et ne peut se passer de sérieux et de méthode.

Les processus psychiques

On distingue entre ceux venant de l'individu, dits personnels, venant de la psyché subjective, de ceux collectifs, liés à la structure même de la psyché objective, appelés transpersonnels. Toutes ces instances, personnelles ou non, sont néanmoins des archétypes. Certains sont particulièrement liés à la conscience comme l'Anima, la Persona ou l'Ombre, d'autres sont davantage collectifs.Jung les appelle notamment des personnages car ils sont toujours personnifiés, représentant une part de la psyché.

L' Anima et l' Animus

Ces personnages archétypiques présents par exemple dans les rêves, sont en lien direct avec la conscience et le Moi. Ils ont une fonction de régulation ou d'adaptation et contiennent une certaine charge psychique les rendant relativement autonomes du Moi.

Animus et Anima, représentés par la figure de l'androgyne alchimique.

Pour Jung, ces deux notions psychiques renvoient aux mêmes fonctions, seul le sexe change, l'anima étant présente chez l'homme, l'animus, chez la femme. L’anima est ainsi une image innée de la femme chez l’homme, l’animus, une image innée de l’homme chez la femme. Tous deux sont perçus dans les rêves via l'autre sexe. Ils se distinguent des autres archétypes personnels par la charge émotionnelle qu'ils véhiculent, ils sont ainsi très numineux. Enfin, leur intégration permet de relier sereinement le conscient à l'inconscient, et forme le travail préliminaire de l'individuation.

  • Les figures féminines de la catégorie Anima se révèlent en général aux hommes. C’est pourquoi on nomme cette dernière part féminine de l’homme. Pour Jung tout homme a une image (ou imago) psychique de la femme, représentant dans sa psyché personnelle sa propre relation avec l'inconscient. C'est pourquoi pour les hommes l'anima représente les sentiments et les affects ; elle le guide dans les rêves et a pour fonction de faire communiquer le conscient avec les contenus inconscients.
Article détaillé : anima.

Dans le cadre de la clinique, ou simplement en étudiant ses rêves, jour après jour sur une longue période, et en prenant conscience de cette part féminine, le masculin réel de l’homme pourrait se développer. Ce processus se nomme l’individuation. L’aboutissement de cette réalisation se ferait en général par la rencontre avec la figure de la femme sage vers la fin du processus. Les personnages masculins (bien que relevant en général de la psyché féminine) apparaissant parfois dans l’homme au cours de ce processus, tout dépend de la situation du rêveur. Les mythes sont parsemés de références à l'anima : Circé et Ulysse, la Dame du Lac et Lancelot, Dante et marguerite. Selon son état et sa fonction, des avatars apparaissent ; on peut exposer quatre niveaux de représentations :

  • 1er niveau : femme primitive - par exemple Ève, vénus, mais aussi les sirènes, ou les femmes fatales. etc.
  • 2e niveau : femme d'action - Par exemple jeanne d'Arc, Diane la chasseresse, les amazones etc.
  • 3e niveau : femme de la sublimation- Par exemple : vierge des chrétiens, kali chez les hindous, Isis, Demeter, etc.
  • 4e niveau : femme sage - Par exemple une déesse mère, une guide, la Sophia des gnostiques, les initiatrices et les muses.

Chaque niveau correspond à un niveau de maturité psycho-affective : « L'anima du quatrième niveau, stade le plus élevé, correspond à une sagesse transcendante sous l'image d'Athéna, la Sophia de gnostiques, les initiatrice et les muses. La dimension féminine entre en étroite relation avec la dimension masculine.  » [51].

Dans L’Ame et la vie, l’anima est présentée comme :

« un conglomérat héréditaire inconscient … de toutes les expériences de la lignée ancestrale au sujet de l’être féminin, résidu de toutes les impressions fournies par la femme, système d’adaptation psychique hérité » [52].

Empiriste, Jung souligne qu'il ne s'agit pas de notions métaphysiques, mais de « données empiriques que l’on parvient, au prix de grandes difficultés, il est vrai, à exprimer en langage rationnel et abstrait ». Reprenant le terme latin donnée à la notion d'âme, Jung se défend néanmoins d'en faire une référence à la religion : «  Cette expression veut caractériser quelque chose qui ne saurait être confondu avec aucune notion chrétienne et dogmatique de l’âme, ni avec aucune des idées philosophiques de l’âme élaborées jusqu’à présent ». Selon le développement de l'homme, l'anima comme figure archétypique va évoluer, selon l'objet sur lequel elle est projetée : « La mère est la première à porter l’image de l’anima, qui lui confère un caractère fascinant aux yeux de son fils. Cette image est ensuite transférée, via la sœur et autres figures semblables, à la femme aimée » '[53]. Néanmoins l'anima ne renvoi pas à l'Œdipe freudien, il s'agit d'une fonction psychique personnifiée, celle de la relation du Moi masculin à l'inconscient et qui a pour but de compenser la conscience : « L’anima compense le conscient masculin. Chez la femme … l’élément de compensation revêt un caractère masculin, et c’est pourquoi je l’ai appelé l’animus » [54].L'anima peut ainsi influencer le caractère de l'homme, par des humeurs ou des caprices que la sagesse populaire qualifie de féminin.

Une anima distante de la conscience, non intégrée, car encore dans l'ombre de l'inconscient, peut fasciner le Moi, ce qui explique certains états amoureux ou d'attachement immodéré à la mère. Jung parle alors de « possession », lorsque l'anima envahit le champ du conscient.

  • Les figures masculines de la catégorie de l’Animus jouent le même rôle chez la femme, le sexe inversant la représentation. C’est pourquoi on la nomme la part masculine de la femme. Le processus d’individuation et l’acceptation de cet état de fait, aussi difficile pour la femme que l’homme, conduit aussi a un aboutissement de réalisation de soi. De la même manière une rencontre à lieu au final, mais avec l' homme sage.
Article détaillé : animus.

Contrairement à l'anima, l'animus féminin n'est pas unique :

« Si, chez l’homme, l’anima apparaît sous les traits d’une femme, d’une personne, chez la femme l’animus s’exprime et apparaît sous les traits d’une pluralité.  »

Chez la femme, il est à l'origine de comportement et de paroles acerbes et magistrales, péremptoires.Jung explique que la pluralité de figures d'animus professent, dans l'inconscient féminin, des jugements sur toutes choses, sur un style ex cathedra. L'animus compense ainsi le naturel de la femme, intériorisé.

Constituant l'animus, la part masculine, de la femme on peut trouver :

  • 1er niveau : homme primitif - par exemple Tarzan, l'athlète, Dionysos
  • 2e niveau : homme séducteur - Par exemple Don Juan
  • 3e niveau : homme d'action- Par exemple : Indiana Jones, un militaire ou un guerrier.
  • 4e niveau : homme sage - Par exemple un Dieu père, un guide.

Chaque niveau correspond, comme dans l'anima, a un niveau de maturité psycho-affective : « l'animus est aussi un être créateur, une matrice, non pas dans le sens de la créativité masculine, mais dans le sens qu'il crée quelque chose que l'on pourrait appeler un logos spermatikos - un verbe fécondant. De même que l'homme laisse sourdre son œuvre, telle une créature dans sa totalité, à partir de son monde intérieur féminin, de même le monde intérieur masculin de la femme apporte des germes créateurs qui sont en état de faire fructifier le côté féminin de l'homme. C'est là l'origine de la "femme inspiratrice" qui, si elle est mal formée, recèle aussi en elle la possibilité de devenir la pire des viragos.  » [55]

La Persona

Comme l'Anima et Animus, la Persona est un autre concept clé de la psychologie analytique, désignant la part de la personnalité qui organise le rapport de l'individu à la société ; néanmoins il est présent de la même façon chez les deux sexes :

La Persona permet d'afficher un Moi social, en ce sens cet archétype permet de réguler l'influence extérieure sur la personnalité.
« La persona est le système d'adaptation ou la manière à travers lesquels on communique avec le monde. chaque état, ou chaque profession, par exemple, possède sa propre persona qui les caractérise...Mais le danger est que l'on s'identifie à sa persona : le professeur à son manuel, le ténor à sa voix. On peut dire, sans trop d'exagération, que la persona est ce que quelqu'un n'est pas en réalité, mais ce que lui-même et les autres pensent qu'il est.  » [56]

Le concept de persona, au sein de l'écologie psychique, s'oppose donc à l'Ombre, qui est la véritable personnalité, reniée par le Moi. Le Moi conscient s'identifie tout d'abord avec la persona. À l'origine la persona désignait le "masque" que portait le comédien et qui indiquait le rôle qu'il jouait ; il s'agit d'un simple artifice, un compromis. L'identification aux diplômes, au rôle social, au titre honorifique, à la carrière par exemple, sont autant d'éléments qui participent à la constitution de la persona et qui, à terme, constituent une voie d'ignorance de soi. Pour Jung, la persona n’a rien de réel, elle n’est qu’un compromis entre l’individu et la société donnant l’illusion de l’individualité.

Cependant, la persona est très souvent construite par le regard des autres : « la persona est ce que quelqu'un n'est pas en réalité, mais ce que lui-même et les autres pensent qu'il est  ». L'individuation doit, dans un premier temps, permettre à l'individu de dévêtir se masque, sans trop d'empressement néanmoins car souvent il est le seul moyen d'identification du patient.

L'Enfant divin

Article détaillé : Enfant intérieur.

L'enfant divin ou fripon, ou l'enfant intérieur, le puer aeternus, l'enfant éternel ou encore le Trickster (le "malin"), chacune de ces dénominations rendant alors raison à l'une de ses caractéristiques, représente l'archétype de la part enfantine qui existe en chaque adulte, quel que soit le sexe. Jung développa cette instance psychique avec Paul Radin et Kérenyi dans Le Fripon divin : un mythe indien et dans Introduction à l'essence de la mythologie. Paul Radin le définit ainsi comme un des mythes centraux de l'humanité :

L'Enfant divin est, dans la mythologie, souvent lié au thème du jeu

« Il n'est guère de mythe aussi répandu dans le monde entier que celui que l'on connaît sous le nom de "mythe du Fripon" dont nous nous occuperons ici. Il y a peu de mythes dont nous puissions affirmer avec autant d'assurance qu'ils appartiennent aux plus anciens modes d'expression de l'humanité ; peu d'autres mythes ont conservé leur contenu originel de façon aussi inchangée. (...) Il est manifeste que nous nous trouvons ici en présence d'une figure et d'un thème, ou de divers thèmes, doués d'un charme particulier et durable et qui exercent une force d'attraction peu ordinaire sur l'humanité depuis les débuts de la civilisation. »

Selon sa relation à l'Ombre, le fripon divin connaît quelques variantes, bénéfiques ou maléfiques comme la fée, le lutin ou le gnome. Le mythe du petit personnage farceur a été défini par Radin comme étant la figure de l'archétype du trickster (littéralement « farceur »), petit personnage mythique présent dans toutes les cultures. Le Trickster est par exemple l'équivalent du lutin dans la culture des indiens des Amériques (voir Kokopelli). Le trickster, « fripon divin », fait des tours pendables, possède une activité désordonnée incessante, une sexualité débordante, etc., il est selon Paul Radin (1956) un miroir de l’esprit, un « speculum mentis ». Ce qui donna lieu grâce à son co-travail avec Carl Gustav Jung au développement du concept d'enfant intérieur, mais aussi d'une pratique psycho-thérapeutique.

L'Ombre

Article détaillé : Ombre (psychologie analytique).
Illustration du Faust de Goethe : Faust (la conscience) aux prises avec Méphistophélès (l'Ombre)

Il s'agit de la partie inférieure de la personnalité, la somme de tous les éléments psychiques personnels et collectifs qui, incompatibles avec le Moi, complexe animé de volonté de pouvoir, n'ont pas été vécus. Ils forment donc dans l'inconscient de l'individu, quel que soit son sexe, une personnalité souvent autonome, opposée au conscient. L'ombre se comporte toujours de façon compensatoire, elle a pour but de limiter le Moi dans son désir de contrôle, et de lui rappeler l'existence d'une part de la personnalité enfouie à cause de l'éducation et de la socialisation. Le personnage de l'ombre est souvent dans les rêves et les mythes du même sexe, souvent figuré sous les traits du double, positif ou maléfique, ou du héros et de l'anti-héros, du traître également (Judas pour Jésus Christ par exemple). Jung y voit un archétype collectif de l' « Éternel antagoniste » personnifié le plus souvent par les avatars du Diable. L'origine du débat sur la relation entre Dieu et le Diable a ainsi une explication duelle mais nécessaire, compensatoire même, chez Jung. Dans la thérapeutique jungienne, l'Ombre doit être acceptée puis intégrée à l'âme, car elle est à l'origine de nombreux conflits psychiques, tant interne qu’externe, en même temps qu'elle impose au sujet de se confronter à ce qu'il veut ignorer de lui-même, et que de cette confrontation peut naître une forme d'éveil.

Les archétypes

Article détaillé : Archétype (psychanalyse).

Avec le concept d'inconscient collectif, auquel il est étroitement lié, le concept d'archétype ("grandes images" au sens étymologique) est fondamental dans la compréhension de la théorie de Jung. Celui-ci emploie parfois l'expression d' "images primordiales" ou de "patterns of behaviour" [57] ("schéma de comportement") car l'archétype, transcendant à l'homme, est inhérent à la structure neuronale, et conditionne l'homme.

L'archétype est un complexe psychique autonome siégeant dans l'inconscient des civilisations, à la base de toute représentation de l'homme sur son univers, tant intérieur qu'extérieur : ils sont « les fondements de la part collective d'une conception » [58].Il se démarque par une intense charge émotionnelle et instinctuelle dont la rencontre teinte la vie de l'homme qui y est confronté de manière existentielle :

Podkowinski, La Folie. L'archétype a une puissance évocatrice et émotionnelle sans commune mesure.
« L'expérience archétypique est une expérience intense et bouleversante. Il nous est facile de parler aussi tranquillement des archétypes, mais se trouver réellement confronté à eux est une tout autre affaire. La différence est la même qu'entre le fait de parler d'un lion et celui de devoir l'affronter. Affronter un lion constitue une expérience intense et effrayante, qui peut marquer durablement la personnalité.  » [59].

Les archétypes, dont il est erroné, pour Jung de croire en dresser la liste, sont à la source de tous les mythes et parfois dominent même les nations ou les religions, qui y trouvent leurs terreaux de croyances.Jung a ainsi parler du nazisme comme un assujettissement à l'archétype païen relatif au dieu Wotan, expliquant le débordement d'agressivité et la fascination exercée par Hitler.Jung nomme également l'archétype comme un « mythologème collectif », immuable dans l'histoire et les civilisations tels : la forêt et la mer pour l'inconscient, le père-soleil, la mère-Terre, le mariage sacré (hiérosgamos en grec), le dragon, l'arbre de vie, l’unus mundus, etc.

Le débat sur le caractère héréditaire des archétypes, privés, dans la théorie de Jung, de support biologique, a longtemps permis de le maintenir à l'écart des sciences. Pourtant, dès le début, Jung affirme qu'il y a confusion sur la nature de l'archétype :

« On croit souvent que le terme "archétype" désigne des images ou des motifs mythologiques définis. Mais ceux-ci ne sont rien d'autre que des représentations conscientes : il serait absurde de supposer que des représentations aussi variables puissent être transmises en héritage. L'archétype réside dans la tendance à nous représenter de tels motifs, représentation qui peut varier considérablement dans les détails, sans perdre son schème fondamental.  »[60].

L'archétype est en effet extérieur à l'homme, trans-personnel (ou « supra-personnel ») : « Je ne sais pas si l'archétype est "vrai". Je sais seulement qu'il vit et que ce n'est pas moi qui l'ai fait » [61].

L'archétype est mis en évidence chez Jung et ses successeurs par la méthode de l'amplification, aussi bien dans les rêves que dans les mythes : « C'est pourquoi l'on doit toujours tenter l'explication historique d'un symbole en le replaçant d'abord dans la civilisation dont il relève, puis établir l'existence de symboles identiques ou analogues dans d'autres civilisations, pour pouvoir affirmer qu'il s'agit d'un archétype.  »[62].

Il est également révélateur des pathologies graves : « La matière archétypique qui afflue est celle dont sont faites les maladies mentales » [63]; Jung les dit alors constellés, c'est-à-dire en influence sur la conscience.

L'individuation

« L'individuation n'a d'autre but que de libérer le Soi, d'une part des fausses enveloppes de la persona, et d'autre part de la force suggestive des images inconscientes.  » [64]

Jung y voit le processus complexe qui passe par différentes étapes de prise de conscience, confrontation et intégration des contenus de l'inconscient, inhérent à l'existence de tout homme, et dont les étapes sont exposées dans les rêves notamment. Il s'agit du concept central de la psychologie analytique, celui qui en fait une théorie vivante et ayant une finalité.

Les visions d'Hildegarde De Bingen représentent le chemin de l'individuation

Jung a décrit quelques-unes des principales étapes de ce processus, selon les contenus inconscients avec lesquels l'individu auxquels il est confronté : la persona qui représente l'identification de la personne avec son rôle dans la société, l'ombre qui contient tout ce que la personne juge moralement répréhensible, l'anima (pour les hommes), ou l'animus (pour les femmes), qui représentent respectivement les valeurs féminines et masculines.

Pour Jung nombre de conflits inconscients à l'origine de troubles névrotiques résultent de la difficulté à accepter cette dynamique qui vient décentrer le sujet conscient de sa position habituelle et le confronter à des parts de lui-même qu'il avait l'habitude d'ignorer.

Le dialogue intérieur

Le dialogue intérieur est un processus expérimenté par Jung lui-même au cours de sa période, critique, de "confrontation à l'inconscient". Il s'agit de s'abandonner à l'écoute de ses complexes : « il faut se cultiver dans l'art de se parler à soi-même, au sein de l'affect, et d'utiliser celui-ci, en tant que cadre de dialogue, comme si l'affect était précisément un interlocuteur qu'il faut laisser se manifester, en faisant abstraction de tout esprit critique. »[65].

La psychologie analytique invite donc à la discussion, au sens littéral du terme : c'est-à-dire « se parler à soi-même », seule méthode permettant d'extérioriser les contenus névrotiques qui, sinon, intègrent l'Ombre, et, à terme, deviennent autonomes. Le dialogue intérieur est surtout préconisé pour mettre à nu une intimité de l'être ; il s'adresse en premier lieu aux instances psychiques formant l'inconscient personnel, comme l'Anima ou l'Animus : « Il faut élever ce dialogue avec l'anima à la hauteur d'une technique. Chacun, on le sait, a la particularité et aussi l'aptitude de pouvoir converser avec lui-même. Chaque fois qu'un être se trouve plongé dans un dilemme angoissant, il s'adresse, tout haut ou tout bas, à lui-même la question (qui d'autre pourrait-il donc interroger ? ) : "Que dois je faire ? " ; et il se donne même (ou qui donc la lui donne en dehors de lui ? ) la réponse. »[66].

Avec l'imagination active, le dialogue intérieur fait partie des méthodes thérapeutiques propres à la psychologie analytique ; elles ont pour fonction première de restaurer le lien intime de tout individu avec ce qui le constitue en propre. Développé par la suite par deux analystes jungiens, Hal Stone et Sidra Stone, dans Le Dialogue Intérieur [67], il a profondément influencé les courants du développement personnel et du coaching [68].

La personnalité

Les types psychologiques

Article détaillé : Type psychologique.

Les types psychologiques sont la contribution majeure de la psychologie analytique aux sciences humaines. Débordant le cadre expérimental pour développer une théorie de la personnalité, Jung met en évidence, dans son ouvrage fondateur : Les types psychologiques, dès 1911, trois grandes paires de caractéristiques de la psyché humaine, caractéristiques qu’il fonde à la fois sur sa pratique de la psychanalyse mais aussi sur une étude assez poussée de la différenciation psychologique au cours des différentes époques pré et post-chrétiennes. Constatant les récupérations de tous acabits, qui firent également sa célébrité outre-atlantique, il développa dans l'ouvrage L'homme et ses symboles une mise en garde, en particulier au travers d'un passage ayant pour sujet l'un des aspects de la personnalité de la femme (part masculine de la femme), que l'on nomme l'animus[69].

Les quatre fonctions de la personnalité
Les quatre fonctions psychiques.

Jung considère que la personnalité consciente est un savant mélange, idiosyncrasique, de quatre fonctions :

  • la Pensée
  • l' Intuition
  • le Sentiment
  • la Sensation

s'opposant l'une à l'autre et formant comme un schéma cardinal. Deux sont dites rationnelles car elles émettent un jugement : soit de l'ordre de la logique : Pensée et soit de l'ordre de l'affectif : Sentiment ; et deux sont dites irrationnelles car elles se fondent sur une perception : soit de l'ordre global sans en voir le cheminement : Intuition, soit de l'ordre corporel : Sensation. Chaque individu possède les quatre fonctions à des degrés d'évolution différents, dû à l'éducation et à la socialisation, qui en déterminent le mélange. La fonction principale sera la plus consciente, à la disposition de la volonté. C'est la plus développée, celle avec laquelle on est le plus à l'aise pour se diriger dans le monde et s'y adapter ; d'elle viennent les certitudes sur la vie, les principes. Deux autres fonctions plus ou moins développées, dites auxiliaires, antagonistes de celles conscientes puisqu'elles s'opposent nécessairement deux à deux. Elles aident la fonction principale à l'adaptation du moi au réel mais plongent également dans l'inconscient personnel, d'où elles peuvent constituer des refoulements.

A cette première grille de lecture, Jung y sur-ordonne les deux attitudes :

  • l'extraversion, qui est le mouvement de la libido (énergie psychique) vers l'extérieur, et qui se réfère à l'objet.
  • l'introversion, qui est elle le mouvement de la libido tournée vers l'intérieur et dont le point de départ est le sujet, le "je".

Ainsi Jung dessine, à partir de ces quatre fonctions et de ces deux attitudes, et selon leur degré de conscience et de dominance sur le sujet, un certain nombre de types psychologiques expliquant notamment les conflits de personnes un introverti face à un extraverti) ou les passions personnelles (un type Pensée deviendra scientifique). Ce modèle eût une forte influence sur les théories managériales, à travers le Myers Briggs Type Indicator et la vision socionique, mais aussi en développement personnel, en graphologie et même en astrologie.

Cette approche des types psychologiques permit par la suite le développement de deux théories fondamentales dont il est nécessaire, pour comprendre la portée de la psychologie analytique sur le monde contemporain, d'exposer ci-après :

Une 1 re théorie : la vision de Myers et Briggs

Article détaillé : Myers Briggs Type Indicator.

Isabel Briggs Myers et Katherine Cook Briggs, sa mère, sont deux américaines et analystes jungiennes qui dans les années 1950 ont développées l'approche de Jung, en élaborant un questionnaire psychométrique pour faciliter l'application et la démocratisation de la théorie, son utilisation également dans le monde du travail. L'indicateur MBTI identifie alors 16 grands types de personnalité à partir des 2deux préférences possibles sur chacune des 4 dimensions précédentes. Il détermine alors des préférences individuelles et quatre tempéraments qui forment les catégories de personnes, notamment au travail. Myers et Briggs ont ainsi crées leur fondation [70], dispensant des formations qui sont à la pointe aujourd'hui du management et du recrutement dans les entreprises.

Une 2 e théorie : La vision socionique

Article détaillé : socionique.

Parallèlement, dans le monde soviétique, mais accessible seulement depuis les années 1990, Aushra Augustinavichute, une lituanienne, élabore la socionique [71] qui modèlise la personnalité, sur la base des types psychologiques de Jung, selon 16 types, en 8 paires des types complémentaires, aussi appelés duals. Avec Antoni Kępiński, elle développe les sociotypes, très utilisés aujourd'hui dans le management et dans le marketing pour approcher les comportements du consommateur. La Socionique est un modèle stipulant que chacun des seize types psychologiques possèdent un rôle social plus ou moins déterminé. Chaque personne accepte et produit de l’information de manière différente selon son type, ce qui génère des comportements différents selon les types. Il est ainsi possible de pronostiquer les tendances des relations entre les gens, notamment dans certains milieux comme la famille ou le travail.

Les Complexes

Jung considère le complexe a peu près comme Freud : il s'agit d'un nœud psychique de pulsions s'agglomérant dans l'inconscient et influençant le conscient. Néanmoins, de manière parallèle à l'opposition inconscient personnel/ inconscient collectif, Jung va distinguer deux types de complexes :

  • les complexes supra-personnels, liés à des archétypes, symbolisant leurs influences sur le conscient,
  • les complexes personnels, qui sont naissent des collisions avec la disposition instinctive générale Un Mythe moderne, [72]

Les Instincts

Les instincts sont des données objectives, naturelles, ancrées dans la biologie et dans le Vivant, qui insufflent aux archétypes -schémas d'organisation de ceux-ci - leur énergie psychique. Jung en dénombre sept : la sexualité (en cela il s'oppose à Freud qui en fait l'instinct premier), la faim, la soif, le sommeil, la créativité, le religieux et la volonté de puissance enfin : « Il me faut ici préciser les rapports entre les archétypes et les instincts. Ce que nous appelons "instinct" est une pulsion physiologique, perçue par les sens. Mais ces instincts se manifestent aussi par des fantasmes, et souvent ils révèlent leur présence uniquement par des images symboliques. Ce sont ces manifestations que j'appelle des archétypes. Leur origine n'est pas connue. Ils réapparaissent à toute époque et partout dans le monde, même là où il n'est pas possible d'expliquer leur présence par des transmissions de générations en générations, ni par des fécondations croisées résultant de migrations. » [73].

L'instinct est donc à la source de toute conscience et de toute inconscience, de toute "réalité psychique" donc. Ils forment en quelque sorte le contenu ou le thème (mot que reprend souvent, de manière synonyme Jung) de l'archétype, au-delà de sa forme symbolique. Dans tous les cas, leurs comportements et leurs forces psychiques font qu'ils sont souvent confondus avec les instincts : « les structures archétypes ne sont pas des formes statiques. Ce sont des éléments dynamiques, qui se manifestent par des impulsions tout aussi spontanément que les instincts. » [74].

La psychothérapie jungienne

Jung n'avait pas cessé de pratiquer la cure analytique traditionnelle, parallèlement à ses recherches qui s'en sont nourries. Rattachée aux PIP (pour "psychothérapies d'inspiration psychanalytiques"), la psycho-thérapie jungienne diverge de la "cure type" de Freud et de ses successeurs.

Le cadre thérapeutique

Les variations formelles du cadre portent sur le nombre de séances hebdomadaires (1 à 2), sur la position : face à face et en principe sans le divan. Des éléments non analytiques peuvent prendre place, tels que la suggestion ou l'imagination active. L'entretien sera parfois semi-directif (alors que la cure psychanalytique est un entretien non-directif). Le paiement peut éventuellement passer par un tiers (diverses Sécurités Sociales) si la cure est menée par un médecin. Traditionnellement, il est admis que les psychothérapies psychanalytiques portent plus sur un travail de reconstruction-remémoration et moins sur l'analyse du transfert comme le fait la cure type. L'individu est au centre de la thérapie, comme l'analyse Marie-Louise Von Franz dans Psychothérapie. L'expérience du praticien où elle récapitule la pensée de Jung sur ce point.

La thérapie jungienne utilise le transfert mais laisse son élucidation dans l'ombre, dans l'intimité du patient. Pour le reste, les règles s'apparentent à la psychanalyse classique : l'analyste examine la libre association et fait montre de neutralité et d'éthique. En France, la Société Française de Psychologie Analytique forme les analystes d'obédience jungienne [75]

La psychothérapie issue de la psychologie analytique laisse une place plus grande a certains concepts explicitement junguien tel que l'enfant intérieur, le travail sur les rêves, les archétypes etc., explicitement issus des travaux junguiens.[76].

« Chaque vie est un déroulement psychique » indique Jung et il précise que « La tâche la plus noble de l’individu est de devenir conscient de lui-même » ; la thérapie jungienne se concentre surtout sur l'individuation, non sur la cure des symptômes immédiats comme la névrose.

Il peut être important de distinguer dans l'usage des termes « psychologie analytique » est "psychanalyse jungienne". Car l'expression de « psychologie analytique » désigne souvent le corpus théorique et celle de « psychanalyse jungienne » désigne la clinique en propre. À noter que du point de vue de la théorie jungienne rien ne s'oppose a nommer l'un pour l'autre puisque l'un et l'autre ( le corpus et la clinique) sont en dialogue. Cette psychanalyse consiste en un travail sur soi qui se veut comme une optique (on parle alors de point de vue éthique et philosophique) prenant en compte la totalité de l’être humain (spiritualité, sexualité, travail, etc.), qui est en développement.

Pour Jung la thérapeutique s'enracine dans le vécu et le quotidien du patient :

« La Psychanalyse et vie ne sont pas séparées. Quand une analyse authentique s’est déroulée, l’individu devient apte à entretenir avec son inconscient, tout au long de sa vie, une relation, un dialogue dans lequel le moi laisse advenir ce qui émerge de l’inconscient, le considère attentivement, s’y confronte et l’évalue. Ce n’est qu’à l’issue de ce processus qu’une position de sujet peut apparaître.  » [77].

L'imagination active

Article détaillé : Imagination active.

Étudiée par une disciple de Jung, Barbara Hannah, dans Rencontres avec l'Âme : L'imagination active selon C. G. Jung [78], ce concept thérapeutique se fonde sur la réalité de la communication entre le conscient et l'inconscient.Pour Jung, il s'agit de laisser les contenus inconscients se matérialiser, soi en pensée, sous forme de phantasmes, soit en écrits ou peintures, musique etc.: « Les images venues de l’inconscient placent un homme devant une grande responsabilité. Ne pas les comprendre ou fuir la responsabilité éthique le prive de sa totalité et impose un caractère péniblement fragmentaire à sa vie. » [79]. Marie-Louise von Franz écrit dans la préface : « L'imagination active est l'outil par excellence, le plus puissant de la psychologie jungienne, pour atteindre la totalité - beaucoup plus efficace que la seule interprétation des rêves ».

L'imagination active, vécue par Jung lui-même lors de sa période de confrontation à l'inconscient, et qu'il a figé sur papier dans son célèbre Livre rouge, sorte de recueil de ses phantasmes consciemment contemplés, consiste en somme à se laisser pénétrer par les images intérieures ; l’Ego accède ainsi aux forces vives et souvent brutales de l’Inconscient, ce qui n'est pas sans danger.

Caravage : L'inspiration de Saint Mathieu. L'imagination active est souvent employée par les artistes, de manière involontaire.

La méthode jungienne de l'imagination active se pratique durant la psycho-thérapie analytique et conduit le patient à réaliser, de ses mains, des œuvres d'art permettant d'exprimer, comme le rêve, les contenus inconscients :

« Chaque fois que l’on désire que le contenu du phantasme émerge, l’activité du conscient doit être mise de côté. Les résultats de ces efforts sont d’abord peu encourageants dans la plupart des cas. Il s’agit surtout d’écheveaux de phantasmes qui ne permettent pas de discerner clairement leur provenance et leur destination. Les moyens d’obtenir des phantasmes sont également différents suivant les individus. Pour beaucoup, le plus simple est de les écrire ; d’autres les visualisent ; d’autres encore les dessinent ou les peignent avec ou sans visualisation. Lorsqu’on a affaire à une crispation accentuée du conscient, il arrive souvent que seules les mains puissent imaginer : elles modèlent ou dessinent des formes qui sont souvent étrangères au conscient. Ces exercices doivent être poursuivis jusqu’à ce que la crispation de la conscience soit dénouée, en d’autres termes, jusqu’à ce que l’on puisse laisser advenir, ce qui est le but immédiat de l’exercice. Une nouvelle attitude est ainsi créée, une attitude qui accepte également l’irrationnel et l’incompréhensible, simplement parce que c’est ce qui advient. Cette attitude serait un poison pour quelqu’un qui a été submergé par ce qui est purement et simplement advenu ; mais elle est une valeur suprême pour celui qui, par un jugement exclusivement conscient, s’est toujours borné à choisir ce qui convenait à sa conscience dans ce qui advient purement et simplement, et qui est ainsi sorti de la vie pour échouer dans une lagune stagnante.  » [80].

Lors de l'analyse, le thérapeute a donc une fonction de médiateur du patient avec l'inconscient. Il est à noter que Jung a souvent mis en parallèle le rôle actuel de l'analyste avec celui, ancien, du shaman : ils permettent de communiquer avec l'autre réalité, la sphère psychique. Cette méthode a ainsi donné lieu à des pratiques diverses au sein du développement personnel, et notamment dans l'Hypnose ericksonienne [81].

L'éducation et psychologie analytique

Tout comme la psychothérapie a été fortement influencée, d'autres activités, dont l'éducation, ont connu un apport certains de la psychologie analytique.

Ainsi par exemple, dans le cadre de la psychologie analytique, l'éducation commence par celle de l'éducateur, en particulier au travers d'un apprentissage de soi, une connaissance de soi. Le présupposé étant que si l'on se connaît mieux, on peut mieux agir envers les autres, en particulier envers les enfants. Les travaux jungiens de l'éducation sont en général mal connus du grand public et mal diffusé.

Cadre de l'éducation analytique

Article détaillé : Education_(psychologie_analytique).

C’est l'écriture de l'ouvrage de Carl Gustav Jung, Psychologie et éducation, qui le premier, mêla psychologie analytique et éducation. Cet ouvrage donna lieu par la suite à la création d'une pensée jungienne de l'éducation, reprise par la suite par ses successeurs.

Carl Gustav Jung, puis quelques auteurs issus du monde de l'éducation ( Éducateur, pédagogue chercheurs en sciences de l'éducation) mais aussi psychologues jungiens travaillant sur le thème de l'éducation, ont alors développés une pensée et une pédagogie spécifiques. David Lucas dans Carl Gustav Jung et la révolution copernicienne de la pédagogie résume ainsi cette fusion de la psychologie de Jung avec les catégories de l'éducation comme pratique :

« L’œuvre de Carl Gustav Jung conduit à considérer que la relation pédagogique ne met pas seulement en jeu des contenus ou des consignes rationnelles, mais aussi une influence tenant à la sensibilité et à la personnalité du pédagogue. L’éducation n’est alors plus de l’ordre du seul discours, mais tient également aux dispositions psychiques de l’adulte. Or ces dispositions échappent largement aux méthodes pédagogiques programmées d’avance, et dépendent au contraire de ce que l’éducateur est dans le plus intime de sa psychologie. Cette attention portée à l’équation personnelle de l’adulte constitue une véritable révolution copernicienne de la pédagogie, car si l’être de l’éducateur devient la principale détermination de l’influence qu’il exerce sur l’enfance, ce sera tout d’abord lui qui devra être éduqué..... » [82].

L'archetypal pedagogy

Article détaillé : pédagogie archétypale.

L'archetypal pedagogy, ou la pédagogie archétypale, est une pédagogie basée sur la psychologie analytique développée par Carl Gustav Jung (1875 - 1961) et mise en théorie par de nombreux auteurs. L'archetypal pedagogy a été mise en théorie principalement par deux auteurs. Par Clifford Mayes, Docteur et Professeur en sciences de l'éducation à la Brigham Young University. Département des sciences de l'éducation et par Frederic Fappani, pédagogue jungien aussi chercheur en sciences de l'éducation.

L'archetypal pedagogy repose sur trois concepts : Le travail sur soi du pédagogue, La rencontre des archétypes, Le chemin du pédagogue.

Divergences avec la psychanalyse

En dépit de sa rupture avec Freud, dans les années 1913-1914, Jung se montrera toujours redevable envers le créateur de la psychanalyse. Il affirme ainsi dans Ma Vie : Toute analyse est freudienne. Par ailleurs, répondant au correspondant du New York Times à Genève, M. L. Hoffman, qui avait formé le projet d’un article sur Freud, Jung répondit point par point à ses questions relatives à son rapport à la psychanalyse du médecin viennois, le 24 juillet 1953. Il affirme ainsi que : « La contribution de Freud à notre connaissance de la psyché est, sans aucun doute, de la plus haute importance. Elle offre une information pénétrante des sombres recoins de l’âme et du caractère humain, qui ne peut être comparée qu’à la Généalogie de la morale de Nietzsche. À cet égard, Freud fut l’un des grands critiques culturels du XIXe siècle » [83]. Néanmoins Jung va se démarquer du freudisme sur des concepts clés, comme la question du symbole, du transfert au cours de l'analyse, de la pulsion de mort et de l'éducation, entre autres débats. Jung en recense ainsi d'autres : '« 'Par rapport à Freud, je suis en désaccord avec son matérialisme, sa naïveté (la théorie du trauma), ses hypothèses fantaisistes (la théorie de Totem et Tabou) et avec son point de vue purement biologique qui ne tient pas compte du contexte social (la théorie des névroses).  » (se reporter à l'article biographie Carl Gustav Jung, chapitre La relation avec Freud pour de plus amples détails).

La question du symbole

Le symbole est selon Jung la composante fondamentale de l'archétype; néanmoins la psychologie analytique n'a pas la même définition que celle, conventionnelle, utilisée par la psychanalyse. Jung l'oppose aux autres analogies esthétiques comme le signe ou « désignation abrégée d’un fait connu  » ou l’allégorie, « métaphore d’un fait connu ». Pour Jung le symbole revêt une dimension émotionnelle; il le définit ainsi comme la « meilleure expression possible d’un contenu seulement pressenti, non encore reconnu ». Jung s'oppose ainsi au symbole de Freud, qui témoigne d'une condensation. Dans Les Types psychologiques, Jung prend l'exemple, éclairant, du symbole de la croix. Une interprétation dite séméiotique exprimerait l'"amour divin". L'interprétation analytique y verrait bien plus l’expression de certain fait encore inconnu et incompréhensible, mystique ou transcendant, et dont la forme du symbole choisie correspond à une analogie psychique. Autrement dit, pour Jung on ne peut interpréter un véritable symbole, qui échappe aux mots, car il c'est un symbole vivant. Mort, il exprime le mythe historique.

« Lorsque l'esprit [dit Jung dans L'Homme et ses symboles] entreprend l'exploration d'un symbole, il est amené à des idées qui se situent au-delà de ce que notre raison peut saisir.  »

Au contraire du signe, le symbole ne peut être inventé de la main de l'homme, il est inné : « Le signe est toujours moins que le concept qu'il représente, alors que le symbole renvoie toujours à un contenu plus vaste, que son sens immédiat et évident. » [84].

« Comme une plante produit des fleurs, la psyché crée ses symboles. Tout rêve témoigne de ce processus. » [85].

Dans les rêves par exemple, le symbole représente une réalité intérieure, en cela il est « réalisation de l’inconnu », car il participe du conscient et de l'inconscient. Il est par essence paradoxal : image figurant deux contenus psychiques opposés et inconciliables pour la raison, que seule une analogie peut rendre, il permet souvent au Moi de figurer une réalité insupportable pour lui. Lorsqu'il est constitué dans la psyché, le symbole affecte toutes les fonctions, à la fois rationnel et irrationnel (introverti et extraverti), il«  fait vibrer la pensée autant que le sentiment » et « la sensation autant que l’intuition » [86].Enfin il est l'expression de la dynamique du Soi.

La question du transfert

Article détaillé : Transfert (psychanalyse).

Jung a consacré au transfert un ouvrage en 1946 spécifique à la question épistémologique et intrinsèque au courant psychanalytique dans Psychologie du transfert. Il y fait la synthèse de son approche de ce phénomène inter-subjectif, qui consiste en le fait de transférer sur son analyste des sentiments, négatifs ou positifs, au cours de la cure.

S'il est bien un point sur lequel Carl Gustav Jung n'a jamais contesté l'apport de Freud, c'est sur l'importance capitale du transfert dans le processus analytique. Cependant l'approche que Jung fait du transfert est significativement différente de celle de son aîné sur au moins deux points :

  1. pour Jung, le transfert ne se réduit pas à la névrose de transfert décrite par Freud. Il ne s'agit pas, pour Jung, d'un phénomène pathologique qu'il s'agirait de réduire par l'analyse, mais d'un phénomène naturel dans la relation entre deux êtres humains, phénomène qui résulte du déploiement des dynamiques archétypiques entre deux personnes. Le transfert est donc, sinon normal, nécessaire à la cure. L'analyste permet ainsi au patient de se libérer d'un complexe en l'absorbant, de manière à lui permettre de progresser.
  2. Jung ne considère pas que le transfert puisse être simplement appréhendé comme étant un mouvement à sens unique, de l'analysant vers l'analyste, mais bien plutôt comme un mouvement à double sens, qui implique tout autant la personnalité de l'analyste que celle de son patient. Ainsi la distinction freudienne entre transfert et contre-transfert n'a pas, dans la pensée jungienne, la même place que dans la pensée freudienne. Les successeurs de Jung réserveront ainsi au contre-transfert ce qui, de l'analyste, participe aux résistances, c'est-à-dire à la façon dont l'analyste fait inconsciemment obstacle à la poursuite du processus analytique.

Dans la thérapie jungienne, l'éthique de la cure se focalise principalement sur le transfert, véritable nœud de travail, et vis-à-vis duquel l’analyste doit être le garant de la relation transférentielle.

La question de la pulsion de mort

Carl Gustav Jung n'a jamais parlé de la pulsion de mort : ce concept n'avait pas encore été forgé par Freud au temps de leur collaboration. Cependant, il a beaucoup travaillé cette question avec Sabina Spielrein, sa patiente et amante alors qu'il était psychiatre au Burghözli, lors de leur correspondance. Il a ainsi publié son second volume des "métamorphoses de la libido [87] en même temps qu'elle son article sur La Destructivité comme cause du devenir, qui devint la thèse de Spielrein en psychiatrie.

Sabina Spielrein y affirme le désir, dans la relation amoureuse, de se fondre dans son partenaire amoureux, d'y disparaître, et d'en renaître. Jung quant à lui fait le lien entre ce désir et le désir d'inceste « [La vie est] une lutte continuelle avec la disparition, délivrance violente et momentanée de la nuit continuellement aux aguets. Cette mort n’est point un ennemi extérieur, mais une aspiration personnelle intérieure vers le silence et le calme profond d’un non-être connu, sommeil clairvoyant dans la mer du devenir et du disparaître.  » [88].

La différence essentielle entre la conception de Jung et celle de Spielrein est que pour elle ce désir est lié à l'objet amoureux, alors que pour Jung il n'est pas en soi lié à un objet. Il apparaît ainsi plus proche de la position que Freud adoptera dix ans plus tard, en contrepoint du principe de plaisir. Mais pour Jung comme pour Spielrein ce désir de mort a une visée téléologique, lié à la renaissance de l'être, ce qui n'apparaît jamais dans l'œuvre de Freud. Ce fait trouve, aux yeux de la biographe Deirdre Bair, dans Jung, une explication dans l'amour de Spielrein pour Jung, qui aurait ainsi été influencé par sa vision mystique.

Le débat autour de la pulsion de mort renvoie ainsi à une division plus profonde de Jung avec la psychanalyse, celle établi sur la question de l'inceste, désir sexuel pour le parent de sexe opposé pour Freud, désir non sexuel (car anobjectal) de retour à l'en-deçà de la vie pour Jung.

Les développements de la « psychanalyse jungienne »

Les nombreuses approches de Carl Gustav Jung ont donné lieu à des continuités théoriques, des recherches et des pratiques. Parmi les domaines ayant donné lieux à des continuations, les plus connus sont : le type psychologique, les psychothérapies d'inspiration jungienne, l'éducation archétypale notamment. Une série de personnalités de divers disciplines, analystes ou non, témoignent de la pérennité et du développement constant de la psychologie analytique de C. G. Jung. L'article les présentera selon les domaines de recherche et de travaux.

Critiques de la psychologie analytique

La psychologie analytique fut, dès sa fondation, l'objet des critiques venant de la sphère psychanalytique, Freud en premier lieu, qui vite en l'œuvre de Jung celle « d'un mystique et d'un snob ». Les tenants du freudisme multiplièrent durant tout le XXe siècle les critiques, portant toujours le débat sur le caractère mystique des écrits de Jung. Néanmoins d'autres types de critiques éclatèrent, autour de points polémiques propres à la personnalité de C. G. Jung ou quant à la nature mystique de sa théorie :

Richard Noll et la prophétie de Carl Gustav Jung

La critique de Richard Noll, qui publia par deux fois des ouvrages examinant l'ambivalence selon lui du personnage de Jung, fut la plus acerbe à l'encontre des collusions de Jung avec le régime nazi. Richard Noll néanmoins propose ses arguments bien après la mort de Jung puisque Le Culte de Jung (The Jung cult) est publié en 199' et Le Christ aryen (The Aryan Christ) lui date de 1997. Son argumentaire est violent, assimilant Jung à un gourou aux délires de grandeurs, accumulant autour de lui une mafia, et pétrit de théories racistes et nazies, promoteur d'un Christianisme intégriste, voyant en Jung un « prophète völklich » [89].

Néanmoins derrière l'arrière-plan des accusations de collusion avec le nazisme (sur lesquelles Noll ne délivre aucune analyse rationnelle de la pensée de Jung), l'auteur appuie son réquisitoire sur la critique de Jung comme destructeur de la religion chrétienne :

« J’ajouterai une remarque, au risque de susciter la controverse après avoir réfléchi des années à l’impact considérable de Jung sur la culture et le paysage spirituel du vingtième siècle, je suis parvenu à la conclusion qu’il a exercé une influence aussi importante que l’empereur romain Julien l’Apostat (331-363) sur l’érosion du christianisme institutionnel et la restauration du polythéisme hellénistique dans la civilisation occidentale.  » [90]. Ce que reproche Noll c'est la tentative selon lui que Jung a entreprise, via le culte de sa personne comme modèle et prophète, de restaurer le paganisme.

Noll considère Jung comme un menteur, n'ayant jamais cru à ses concepts originaux, œuvrant pour la déconfiture du monde religieux :

« je suis convaincu – et c’est l’un des arguments de cet ouvrage – que Jung a fabriqué délibérément, et quelque peu trompeusement, ce masque du vingtième siècle pour rendre sa vision du monde magique, polythéiste et païenne plus acceptable à une société laïcisée, conditionnée à ne respecter que les idées d’apparence scientifique.  »[91].

Néanmoins ces ouvrages de Jung sont pour la plupart des psychologues et historiens de la psychanalyse, des attaques personnelles. Élisabeth Roudinesco notamment argumente : « Même si les thèses de Noll sont étayées par une solide connaissance du corpus jungien […], elles méritent d’être réexaminées, tant la détestation de l’auteur vis-à-vis de son objet d’étude diminue la crédibilité de l’argumentation.  »[92]

Noll fonde enfin ses attaques sur la période trouble de la biographie de Jung, dès 1932, lorsqu'il remplace Ernst Kretschmer à la présidence de Société Internationale de Psychothérapie, alors récupérée par les nazis allemands. Noll argue que Jung fut alors, de sa volonté même, « Reichsführer » de la psychothérapie en Allemagne, et qu'il chapeautait également la société freudienne de psychanalyse, comme le relate l’ami de Freud Ernest Jones dans sa célèbre biographie, La Vie et l’œuvre de Sigmund Freud[93]. Richard Noll affirme également que dans la fameuse tour de Bollingen, Jung, franc-maçon, fait représenter un certain nombre « d'outils et de symboles maçonniques et alchimiques ».Cette thèse est reprise dans l'ouvrage de Jean-Luc Maxence, Jung est l’avenir de la Franc-Maçonnerie [94].

La critique du mouvement autour de la personnalité de Jung

Andrew Samuels dans Jung and the PostJungians [95], jungien lui-même, explore le monde de la psychologie analytique, éclairant les nombreuses dissensions internes autour de concepts clés de Jung ; il a également, plus récemment, réuni un certain nombre d'auteurs dans un ouvrage : Controversies in Analytical Psychology [96]. Sa critique reste néanmoins sur le plan de la psychologie, au contraire de celle de Richard Noll, principal détracteur de Jung, qui voit en lui un faussaire, ayant volé le concept d'inconscient collectif à son élève Honneger, et œuvrant pour le rétablissement des religions païennes.

La critique de la psychanalyse officielle de Freud

Du point de vue psychanalytique, nombre d'analystes continuateurs de Freud se sont prononcé sur le « cas de Jung ». Dominique Bourdin, agrégé de philosophie et docteur en psychopathologie et psychanalyse, stigmatise Jung dans La Psychanalyse, de Freud à aujourd'hui : « Renonçant aussi bien à l'importance de la sexualité infantile qu'au rôle organisateur de la crise œdipienne dans l'histoire singulière de chaque individu, Jung est sorti de la psychanalyse – même s'il continue à utiliser ce terme, désormais compris comme analyse de contenus psychiques généralement inconscients (...). Peut être est-ce un prophète du "retour du religieux", indépendamment des Églises traditionnelles, et en précurseur du courant spirituel du New Age, selon lequel nous entrons désormais dans "l'ère du Verseau", que nous pourrions le décrire le plus adéquatement. Ce faisant, il a délibérément quitté le terrain des sciences humaines et de la pensée rationnelle[97]. »

Notes et références

  1. Frieda Fordham, p. 107.
  2. Pacifica Graduate Institute - Graduate school offering programs in Jungian and post-Jungian studies
  3. [1]
  4. C. G. Jung-Gesellschaft und Institut Stuttgart
  5. C. G. Jung-Institut München
  6. C. G. Jung-Gesellschaft Köln
  7. C. G. Jung Institut im schweizerischen
  8. Übersicht "Gesammelte Werke C. G. Jung"
  9. Internationales Seminar für Analytische Psychologie (ISAP) Zürich
  10. [http://www.aipa.info/ Associazione Italiana di Psicologia Analitica
  11. SFPA
  12. Groupe d'Etudes CG Jung
  13. les Cahiers jungiens
  14. le Cefri de Paris
  15. l'EBPJ
  16. la SBPA
  17. l' OAJA
  18. l' AJB
  19. Amigos de Jung
  20. la FPARA
  21. le CJP
  22. la NIJS
  23. Ma vie, p.171
  24. Correspondace, lettre du 14 mai 1950 à Joseph Goldbrunner
  25. Correspondance, Lettre du 13 juin 1955 au Pasteur Walter Bernet
  26. in La psychanalyse jungienne, Collection Essentialis, ED. Bernet-Danilot, avril 2002
  27. in La psychanalyse jungienne, Collection Essentialis, ED. Bernet-Danilot, Avril 2002
  28. Psychologie et Alchimie, éd. Buchet/Chastel, 1970, p. 13.
  29. Ma Vie, p.160
  30. 'L'Homme et ses symboles, Robert Laffont, 1964p. 52
  31. C. G. Jung, Essai d’exploration de l’inconscient, p. 43 IN : L'Homme et ses symboles, Robert Laffont, 1964
  32. ibid p. 53
  33. édition MA Editions, 1985, p. 209 [2866761928]
  34. Ma Vie, p.273
  35. Symbolique de l'esprit, p.465
  36. Ma Vie, p.295
  37. Aïon, p.19
  38. L'énergétique psychique, p.99
  39. Réponse à Job, p.236
  40. Les Racines de la conscience, p.501
  41. Ma Vie, p.158
  42. Sur l’Interprétation des rêves, Albin Michel, 1998 p 218.
  43. Dialectique du moi et de l'inconscient, p.140
  44. Le symbole de la transsubstantiation dans la messe, in Les racines de la conscience, Paris, Buchet Chastel, 1971, p.281
  45. Un Mythe moderne, édition Robert Laffont, p.243
  46. Psychologie et Alchimie, éd. Buchet/Chastel, 1970, p. 291.
  47. Un Mythe moderne, édition Robert Laffont, p.242
  48. les Cahiers de Psychologie jungienne, n°28, 1er trimestre 1981, p.2
  49. Correspondance Pauli-Jung, Albin Michel, 2007, p.162
  50. opcit, p.248
  51. la psychanalyse jungienne, Collection Essentialis, ED. Bernet-Danilot, Avril 2002
  52. L’Âme et la vie page 154
  53. 'Psychologie et alchimie, page 97
  54. Dialectique du moi et de l’inconscient, page 214
  55. in C. G. Jung " Dialectique du moi et de l'inconscient ", Idées / Gallimard, 1973 p 187/188.
  56. Ma Vie, glossaire, p.460
  57. Correspondance 1950-1954, Paris, Albin Michel, 1994, pp.219-220.
  58. Ma Vie, p. 394
  59. "Sur l’Interprétation des rêves ", Albin Michel, 1998 p 120.
  60. Carl Gustav Jung " L'homme et ses symboles ", Robert Laffont, 1964 p 67
  61. Correspondance, lettre du 13 juin 1955 au Pasteur Walter Bernet
  62. Correspondance, lettre du 21 avril 1950 au professeur Gilles Quispel
  63. Correspondance, lettre du 13 juin 1955 au Pasteur Walter Bernet
  64. Dialectique du Moi et de l'Inconscient
  65. Dialectique du moi et de l'inconscient, Idées, Gallimard, 1973, p. 174
  66. Dialectique du moi et de l'inconscient, Idées, Gallimard, 1973 p 171/172.
  67. Ed. Le Souffle d'Or. Titre original : Embracing Our Selves
  68. voir l'article sur Psychologies. com
  69. De la page 194 à 195
  70. [2]
  71. La section française de la socionique
  72. édition Robert Laffont, p.220.
  73. L'homme et ses symboles, Robert Laffont, 1964, p 69
  74. L'homme et ses symboles, Robert Laffont, 1964, p 76
  75. la pratique de la psychothérapie, abstracts du site de la SFPA.
  76. François Richard et al. , préf. d'André Green : "Le travail du psychanalyste en psychothérapie", Dunod, 2002, isbn=2-10-006574-2.
  77. Manifeste de présentation de la Société française de psychologie analytique - Institut C. G. Jung.
  78. (fr) Barbara Hannah, Rencontres avec l'âme : L'imagination active selon C.G. Jung, Édition J.Renard, 2002, 275 p. (ISBN 2716312265).
    Marie-Louise von Franz (Préface), Georges Hude (traduction)
     
  79. Jung, Ma vie, p. 224.
  80. Commentaire sur le mystère de la Fleur d’Or, p.34
  81. [Voir à ce sujet : http://www.jung-erickson.com/page04n.html]
  82. David Lucas, Carl Gustav Jung et la révolution copernicienne de la pédagogie, Le Portique, Numéro 18 - 2006.
  83. Lettre intégrale sur [3]
  84. C. G. Jung L'homme et ses symboles, Robert Laffont, 1964, p 55.
  85. L'homme et ses symboles, Robert Laffont, 1964 p 64.
  86. Les Types psychologiques, page 473
  87. C. G. Jung, Métamorphoses de l’âme et ses symboles (La première édition de 1912 portait le titre Métamorphoses et symboles de la libido - 3° édition revue et remaniée par l’auteur, 1952) Genève, Georg, 1987
  88. Métamorphoses de l’âme et ses symboles p.591-592
  89. http://www.biblisem.net/historia/nolljung.htm Introduction du Le Christ Aryen de Noll et table des matières.
  90. site opcit.
  91. site opcit
  92. propos dans Libération, date inconnue : Intervention d'E. Roudinesco sur R. Noll.
  93. Ernest Jones, La Vie et l'œuvre de Sigmund Freud, vol. 3, trad. fr. p. 212-14.
  94. Dervy, 2004.
  95. Samuels, A., (1985). Jung and the PostJungians. London : Routledge and Kegan Paul., isbn= 0-7100-9958-4.
  96. édité chez Brunner Routledge, 2003.
  97. D. Bourdin, La Psychanalyse, de Freud à aujourd'hui, éditions Bréal, 2007, isbn=978-2-7495-0746-0, p. 68.

Voir aussi

Articles connexes à la Psychologie analytique

Bibliographie

Sur la psychologie analytique

  • (fr) Frieda Fordham, Introduction à la psychologie de Jung, Imago, 2003 (ISBN 2902702299) 
  • (fr) Carole Sédillot, ABC de la psychologie jungienne, Grancher, coll. « ABC », 2003 (ISBN 2733907956) 
  • (fr) Henri F. Ellenberger, Histoire de la découverte de l'inconscient, Fayard, Paris, 2008 (ISBN 2-213-61090-8).
    le chapitre IX est consacré à Jung et à la psychologie analytique
     
  • (fr) Christian Gaillard, Le Musée imaginaire de Carl Gustav Jung, Stock, Paris, 2008 (ISBN 2234050243) 
  • (fr) Charles Baudouin, L'Œuvre de Carl Jung et la psychologie complexe, Petite bibliothèque Payot, coll. « numéro 133 », 2002 (ISBN 2228895709) 
  • (fr) Georges Bertin et Véronique Liard, Les Grandes Images, lecture de CG Jung, Presses universitaires de Laval, coll. « Lectures », Québec, 2005 (ISBN 2-7637-8267-1).  
  • (fr) Kaj Noschis, Carl Gustav Jung. Vie et psychologie, Presses polytechniques et universitaires romandes, 2004.
    2880745829
     
  • (fr) Alain de Mijolla, Dictionnaire international de la psychanalyse, Hachette, 2005 (ISBN 201279145X).
    entrée « Carl Gustav Jung  »
     
  • (fr) Sophie Moreaux Carré, La Philosophie de l'imaginaire chez Carl Gustav Jung, Presses universitaires du Septentrion, 2002 (ISBN 2-284-02647-3).
    compte-rendu en ligne sur la question du symbolisme
     
  • (fr) Linda Donn, Freud et Jung. De l'amitié à la rupture, Presses Universitaires de France, Paris, 1995, 260 p. (ISBN 2-13045559X).
    traduction de Pierre-Emmanuel Dauzat
     
  • (fr) Franck C. Ferrier, Jung et la troisième hypothèse, Georg, coll. « Études jungiennes », Paris, 2002, 163 p. (ISBN 2-8257-0803-8).
    chercheur au centre de criminologie comparée de l'université de Montréal et psychothérapeuteF
     

Ouvrages de Carl Gustav Jung cités

  • Métamorphoses de l'âme et ses symboles, LGF, coll. « Livre de Poche », Paris, 1996, 770 p. (ISBN 978-2253904380) 
  • Dialectique du moi et de l'inconscient, Gallimard, coll. « Folio », Paris, 1986 (ISBN 978-2070323722).
    première publication en 1933
     
  • Aïon, études sur la phénoménologie du soi, Albin Michel, coll. « Bibliothèque jungienne », 1983, 334 p. (ISBN 978-2226016423).
    première publication en 1951
     
  • Ma vie.Souvenirs, rêves et pensées recueillis par Aniéla Jaffé, Gallimard, coll. « Folio », 1991 (ISBN 2-07-038407-1).
    trois éditions: 1961, 1966, 1973
     
  • L' Homme à la découverte de son âme, Albin Michel, coll. « Hors collection », Paris, 1987, 352 p. (ISBN 978-2226028211).
    première publication en 1963
     
  • L' Énergétique psychique, Georg, Genève, 1973.
    Psychologie et pathologie des phénomènes dits occultes. Un cas de somnambulisme chez une fille d'origine pauvre (médium spirite) (1902). Thèse de doctorat, en psychiatrie, pp. 118-134.
     
  • Types psychologiques, Georg, coll. « Jung », Paris, 1997, 505 p. (ISBN 978-2825704677).
    première publication en 1921
     

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