La Rose Blanche

La Rose blanche

Mémorial Scholl devant l'Université Louis-et-Maximilien de Munich

La Rose blanche (en allemand Die Weiße Rose) est le nom d'un groupe de résistants allemands pendant la Seconde Guerre mondiale composé de cinq étudiants et d'un de leurs professeurs.

Sommaire

Contexte historique

Au cours du Troisième Reich, le régime nazi cherche à rallier à sa cause la jeunesse allemande en créant des organisations réservées à celle-ci. Parmi ces organisations, on peut citer en particulier le Deutsches Jungvolk pour les 10-14 ans et les jeunesses hitlériennes pour les 14-18 ans. L’adhésion à ces organisations est obligatoire en Allemagne à partir de 1936. Inge Scholl, témoin privilégiée de la résistance, car sœur cadette de l'un des fondateurs du mouvement, montre dans son livre la Rose Blanche, la fascination que pouvaient générer ces communautés sur les jeunes Allemands :

« Autre chose nous séduisit, qui revêtait pour nous une puissance mystérieuse : la jeunesse défilant en rangs serrés, drapeaux flottants, au son des roulements de tambour et des chants. Cette communauté n’avait-elle pas quelque chose d’invincible ? »

Malgré un important mouvement d'exil dans les années 1930, des intellectuels anti-nazis continuent d'exprimer clandestinement leurs convictions sous le Troisième Reich. Dans le milieu universitaire, la subsistance de l'esprit critique incite les étudiants à remettre en cause les principes autoritairement inculqués dans les organisations de jeunesse officielles. Tout en participant aux jeunesses hitlériennes, Hans et Sophie Scholl sont membres d'une autre organisation, la Bündische Jugend, interdite par le régime[a 1]. A mesure que l'autoritarisme se renforce, la jeunesse étudiante de Munich, dont les futurs membres de la Rose Blanche, prennent conscience de la nécessité de réagir. Ils réfutent l'idée d'obéissance aveugle et mettent en avant la conscience morale des individus responsables. « Tout peut être sacrifié au plus grand bien de l'État, tout, sauf ce que l'État doit servir », peut-on lire dans le premier tract. La philosophie du mouvement se place résolument à l'opposé du nazisme en proclamant la primauté de l'être humain sur l'entité collective abstraite[a 2].

Activités

Fondation

La Rose blanche est fondé au printemps 1942 dans un atelier de peinture de Munich, par Hans Scholl et Alexander Schmorell. Les jeunes étudiants refusent d’accepter le totalitarisme sous la coupe duquel lequel se trouve alors l’Allemagne du Troisième Reich et veulent sauvegarder leur indépendance face à la menace nazie. La majorité des étudiants sont catholiques. Hans Scholl a en particulier été inspiré par des sermons de Mgr Von Galen, évêque de Münster[1].

Ils discutent de la situation politique avec Kurt Huber, professeur à l’université de Munich, réputé pour ses cours de philosophie qui influencent beaucoup d’étudiants. Kurt Huber, d'abord opposé à l'idée de révolte envers un pays qu'il aime, finit par appuyer totalement ses élèves qui ont fondé la Rose blanche. Révoltés par la dictature hitlérienne et les souffrances causées par la guerre, les étudiants décident d’agir pendant l’été 1942.

Développement

Hans Scholl et Alexander Schmorell rédigent les quatre premiers tracts. Ils les envoient par la poste à des intellectuels (écrivains, professeurs, médecins) choisis à Munich, qui sont chargés de reproduire ces tracts et de les renvoyer au plus grand nombre de personnes possible. Inspirés de penseurs comme Goethe et Aristote, leurs écrits contiennent aussi des passages bibliques. Le second tract comprend également une dénonciation explicite de la Shoah: « Depuis la mainmise sur la Pologne, trois cent mille Juifs de ce pays ont été abattus comme des bêtes. C'est là le crime le plus abominable perpétré contre la dignité humaine, et aucun autre dans l'Histoire ne saurait lui être comparé »[a 3]. Ainsi, le refus du totalitarisme hitlérien est d'abord fondé sur une profonde culture humaniste.

Hans Scholl, Willi Graf et Alexander Schmorell sont envoyés sur le front de l'Est en juillet 1942 comme infirmiers de la Wehrmacht. À leur retour en fin d'année, ils prennent contact avec l'Orchestre rouge.

Le cinquième tract, intitulé « Appel à tous les Allemands », est rédigé pendant l'hiver 42-43, au paroxysme de la bataille de Stalingrad. Il est distribué à des milliers d'exemplaires dans plusieurs grandes villes Munich, Augsbourg, Stuttgart, Francfort, Salzbourg et Vienne). Adoptant un ton moins littéraire que les précédents[2], il constitue un appel vibrant à la conscience collective : « Prouvez par l'action que vous pensez autrement ! Déchirez le manteau d'indifférence dont vous avez recouvert votre coeur ! Décidez-vous avant qu'il ne soit trop tard...»[3]. Ce tract prône le fédéralisme en Allemagne, rejette « l'idée impérialiste de puissance » et affirme que « seule une coopération généreuse entre les peuples européens permettra de jeter les fondements d'un nouvel ordre »[3],[4]. Après l'anéantissement de La Rose Blanche, des millions d'exemplaires de ce tract seront lâchés sur le territoire allemand par l'aviation anglaise[3], perpétuant ainsi l'œuvre de résistance éthique des étudiants munichois. Des slogans pacifistes et antifascistes sur les murs, et des collectes de pain pour les détenus des camps de concentration s'ajoutent aux actions du groupe, soutenu à partir de 1943 par des intellectuels du sud de l'Allemagne ou de Berlin.

Le sixième tract, rédigé par Kurt Huber après la défaite de Stalingrad, dont les militants de la Rose blanche pensaient qu'elle sonnerait le glas du Troisième Reich, en février 1943, est diffusé à plus de 2 000 exemplaires. Le 18 février 1943, Hans Scholl et sa sœur Sophie, également très engagée dans le mouvement, et qui avait comme son frère accordé une confiance aveugle au chancelier Hitler, avant de partager sa déception, lancent des centaines de tracts dans la cour intérieure de l’université de Munich. Mais ils sont dénoncés par le concierge et arrêtés par la Gestapo.

Le procès

Hans et Sophie Scholl, ainsi qu'un autre membre du réseau, Christoph Probst, sont jugés par le Volksgerichtshof (« Tribunal du Peuple[5] ») présidé par Roland Freisler, venu spécialement de Berlin, qui cherche à les humilier profondément. Ils sont tous les trois condamnés à mort, leur action étant considérée par les nazis comme un crime de haute trahison et de soutien à l'ennemi en temps de guerre. Au cours du procès, Sophie Scholl dont la défense touchante sonne comme un appel au courage civil "Zivilcourage" en allemand (sans argumentaire politique ou militaire [1]), lui fait face avec un courage inébranlable et déclare :

« Ce que nous avons dit et écrit, beaucoup le pensent. Mais ils n’osent pas l’exprimer. »

Hans Scholl lui aussi résistera jusqu'à la fin en déclarant :

« Dans quelque temps, c'est vous qui serez à notre place »

Le procès dure à peine 3 heures. Ils sont guillotinés[6] dans la prison de Stadelheim, près de Munich, le jour même de leur condamnation, le 22 février 1943, malgré la législation allemande qui impose un délai de 99 jours avant l'exécution d'un condamné. D’autres résistants, Alexander Schmorell, Willi Graf et le professeur Huber sont décapités quelques mois plus tard. Au total, 16 résistants du mouvement paient de leur vie, soit par exécution, soit par mauvais traitements dans les camps.

Tombe de Sophie et Hans Scholl, ainsi que de Christoph Probst

Aujourd'hui

  • La place de l'université de Munich a pris leur nom (Geschwister-Scholl-Platz), et il s'y trouve un mémorial.
  • Un prix littéraire, le Prix frère et sœur Scholl, a été créé en 1980.

Notes

  • Inge Jens, Hans et Sophie Scholl, Lettres et Carnets, Paris, Tallandier, 2008
  1. p. 18
  2. p. 23
  3. p. 28.
  • Autres sources
  1. Inge Scholl, La rose blanche, éditions de Minuit, p. 39
  2. Krebs G., Schneilin G. (dir.), Exil et résistance au national-socialisme, 1933-1945, Paris, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 1997, page 130.
  3. a , b  et c Geiss P., Henri D., Le Quintrec G. (dir), L'Europe et le monde du Congrès de Vienne à 1945, Manuel d'histoire franco-allemand, Paris, Nathan/Klett, 2008, page 328.
  4. Dossier La Rose Blanche sur le site gouvernemental de la Direction de la mémoire, du patrimone et des archives.
  5. Tribunal politique réservé aux « ennemis de l'État » suspects de trahison, mis en place par Hitler après l'épisode de l'incendie du Reichstag. Il fut marqué du sceau de l'infamie du fait du nombre énorme de condamnations à mort prononcées lorsque Roland Freisler le présida.
  6. Marie-Noëlle Tranchant, « La vraie mort de Sophie Scholl », Le Figaro, 15 octobre 2007, sur le site lefigaro.fr.

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

  • (de) Inge Scholl, Die Weiße Rose, Fischer Verlag, Francfort sur le Main, 1993 (1re éd. 1955) (ISBN 3-596-11802-6).
  • Inge Scholl, La Rose blanche, éditions de Minuit, Paris, 1955-2006, 156 pages (ISBN 2-7073-0260-0).
  • (de) Detlef Bald, Die Weiße Rose, Taschenbuch, 2004 (1re éd. 2003) (ISBN 3-7466-8116-2).
  • Didier Chauvet, Sophie Scholl, une résistante allemande face au nazisme, L'Harmattan, décembre 2004, 114 pages (ISBN 2-7475-7507-1).
  • Inge Scholl : La Rose Blanche, six allemands contre le nazisme, traduit de l'allemand par Jacques Delpeyrou, collection double Minuit 2008 (160p 6,80€)
  • Inge Jens, Hans et Sophie Scholl, Lettres et Carnets, Paris, Tallandier, 2008, 368 pages (ISBN 9782847344363).

Filmographie


Musicographie

Lien externe

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