Amenophis IV

Akhénaton

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Buste d'Akhénaton, musée égyptien du Caire.

Amenhotep IV (Aménophis IV en grec ancien, Akhénaton ou, plus rarement, Khounaton) est le neuvième pharaon de la XVIIIe dynastie (période du Nouvel Empire). Manéthon l’appelle Aménophis. On situe son règne de -1355 / -1353 à -1338 / -1337[1].

Il est le fils de la reine Tiyi et du roi Amenhotep III. Figure controversée, considéré parfois comme l’un des plus grands mystiques de l’Histoire, il bouleverse, pour le temps d'un règne, l’histoire de l’Égypte en accélérant l'évolution théologique commencée par son prédécesseur et en voulant imposer le culte exclusif de Rê-Horakhty « qui est dans Aton »[2], dont il est à la fois le prophète et l’incarnation.

Au niveau artistique, parallèlement (et en rapport étroit) avec la réforme religieuse, son règne voit aussi l'émergence d'une nouvelle esthétique, à la fois baroque et naturaliste, l’art amarnien (voir ci-dessous). L'imagerie royale est la première concernée par ce mouvement, qui rompt totalement avec la tradition, représentant le pharaon et sa famille dans leur intimité. Cette rupture avec l'élégance du classicisme aboutit, dans les cas les plus extrêmes, aux représentations de ces corps androgynes, aux proportions exagérées qui ont de quoi surprendre.

Sur le plan politique enfin, les choix - ou l'inertie - d'Akhénaton conduiront à la première véritable crise du Nouvel Empire, tant sur le plan économique qu'international. Avec le pharaon hérétique, la XVIIIe dynastie touche bientôt à sa fin.

Sommaire

Généalogie

Amenhotep IV / Akhénaton
Naissance date inconnue Décès date inconnue
Père Amenhotep III Grands-parents paternels
Thoutmôsis IV
Moutemouia
Mère Tiyi Grands-parents maternels
Youya (ou Iouiya)
Touya (ou Tyouyou)
Fratrie Satamon
Iset
Thoutmôsis
Henouttaneb
Nebetâh
Baketaton
Smenkhkarê ?
1re épouse Néfertiti[3] Enfant(s) Filles d'Akhénaton :
* Mérytaton (ou Méritaton), L'aimée d'Aton
* Mâkhétaton, La protégée d'Aton
* Ânkhésenpaaton, Elle vit pour Aton
* Néfernéferouaton Tasherit, Belle est la perfection d'Aton (ou Parfaite est la beauté d'Aton)
* Néfernéferourê, Belle est la perfection de Rê (ou Parfaite est la beauté de Rê)
* Sétepenrê, L'élue de Rê
2e épouse Kiya (Tadukhepa [4]?) Enfant(s) Toutânkhaton ?
3e épouse Tadukhepa ? Enfant(s) pas d'enfant connu
4e épouse Mérytaton (ou Méritaton) Enfant(s) Mérytaton Tasherit ?
5e épouse Ânkhésenpaaton Enfant(s) Ânkhésenpaaton Tasherit ?
6e épouse inconnue Enfant(s) pas d'enfant connu
7e épouse inconnue Enfant(s) pas d'enfant connu
8e épouse inconnue Enfant(s) pas d'enfant connu
Mari inconnu Enfant(s) pas d'enfant connu
2e mari inconnu Enfant(s) pas d'enfant connu
3e mari inconnu Enfant(s) pas d'enfant connu
4e mari inconnu Enfant(s) pas d'enfant connu

Première Titulature

Relief trouvé à Karnak représentant Aménophis IV au début de son règne - Ägyptisches Museum


Nom d'Horus
Hiéroglyphe
G5
E2
D40
X7 A28 S9
Srxtail.jpg
Codage E2:D40 X7 A28 S9
Translittération (Unicode) kȝ nḫt ḳȝ šwty
Translittération (ASCII) kA-nxt qA-Swty
Transcription Kanakht Qashouti
Traduction « Taureau puissant, aux deux hautes plumes »
Nom de Nebty
Hiéroglyphe
G16
G36
D21
M23 X1
N35
M17 M17 G17 M17 Q3
X1
Q1 X1
Z2ss
Codage G36:D21 M23 X1:N35 M17 M17 G17 M17 Q3:X1 Q1 X1:Z2ss
Translittération (Unicode) wr nsit m jpt.śwt
Translittération (ASCII) wr nsyt m iptswt
Transcription Ournésytemipetsout
Traduction « A la grande royauté dans Karnak »
Nom d'Horus d'or
Hiéroglyphe
G8
U39 M40 N28
Z2ss
G17 O28 W24
O49
M27
Codage U39 M40 N28:Z2ss G17 O28 W24:O49 M27
Translittération (Unicode) wtś ḫˁw m jwnw śmˁ
Translittération (ASCII) wts xaw m iwnw sma
Transcription Outeskhâoumiounousémâ
Traduction « Lui qui apparaît en majesté dans l'Héliopolis du sud (Hermonthis) »
Nom de Nesout-bity
Hiéroglyphe
M23
X1
L2
X1
Hiero Ca1.svg
ra nfr xpr
Z2ss
ra wa
n
Hiero Ca2.svg
Codage ( N5 F35 L1:Z2 N5 T21:N35 )
Translittération (Unicode) nfr ḫprw Rˁ wˁ n Rˁ
Translittération (ASCII) nfr-xprw-ra wa-n-ra
Transcription Néferkhéperouré Ouâenrê
Traduction « Les manifestations de Rê sont parfaites, l'Unique de Rê »


Nom de Sa-Rê
Hiéroglyphe
G39 N5
Z1
Hiero Ca1.svg
M17 Y5
N35
R4
X1 Q3
R8 S38 O28
Hiero Ca2.svg
Codage ( M17 Y5:N35 R4:X1*Q3 R8 S38 O28 )
Translittération (Unicode) Jmn ḥtp(w) nṯr ḥḳȝ jwnw
Translittération (ASCII) imn-Htp(.w) nTr-HqA-iwnw
Transcription Amenhotep Netjer Heqa Iounou
Traduction « Amon est satisfait, (le) dieu régent d’Héliopolis »


Deuxième Titulature

Relief représentant Akhénaton après l'an 5 de son règne - Ägyptisches Museum


Nom d'Horus
Hiéroglyphe
G5
M17 X1
N35
N5
U6
Srxtail.jpg
Codage M17 X1:N35:N5 U6
Translittération (Unicode) mrj Jtn
Translittération (ASCII) mry-itn
Transcription Méryaton
Traduction « Aimé d'Aton »
Nom de Nebty
Hiéroglyphe
G16
G36
D21
M23 M17 M17 X1
Z2ss
Aa15
N27
M17 X1
N35
N5
Codage G36:D21 M23 M17 M17 X1:Z2ss Aa15:N27 M17 X1:N35:N5
Translittération (Unicode) wr nsyt m ȝḫt Jtn
Translittération (ASCII) wr nsyt m axt Itn
Transcription Ournésytemakhetaton
Traduction « A la grande royauté dans Akhetaton »
Nom d'Horus d'or
Hiéroglyphe
G8
U39 D21
N35
V10 M17 X1
N35
N5
Codage U39 D21:N35 V10 M17 X1:N35:N5
Translittération (Unicode) wṯś rn n Jtn
Translittération (ASCII) wTs rn n Itn
Transcription Outesrenenaton
Traduction « Qui exalte le nom d'Aton »
Nom de Nesout-bity
Hiéroglyphe
M23
X1
L2
X1
Hiero Ca1.svg
N5 F35 L1 Z3 N5
T21
N35
Hiero Ca2.svg
Codage ( N5-F35-L1-Z3-N5:T21:N35 )
Translittération (Unicode) nfr ḫprw Rˁ wˁ n Rˁ
Translittération (ASCII) nfr-xprw-ra wa-n-ra
Transcription Néferkhéperouré Ouâenrê
Traduction « Les manifestations de Rê sont parfaites, l'Unique de Rê »


Nom de Sa-Rê
Hiéroglyphe
G39 N5
Z1
Hiero Ca1.svg
i t
n
ra
G25 x
n
Hiero Ca2.svg
Codage ( M17 X1:N35:N5 G25 Aa1:N35 )
Translittération (Unicode) ȝḫ n Jtn
Translittération (ASCII) Ax-n-itn
Transcription Akhénaton
Traduction « Bienfaiteur d'Aton »


Règne

Amenhotep IV / Akhénaton
Période Nouvel Empire
Dynastie XVIIIe dynastie
Fonction 9e pharaon de la dynastie
Prédécesseur Amenhotep III
Prise du pouvoir Mort naturelle du précédent
Dates de règne -1397 à -1387 (selon Vandersleyen)
-1392 à -1354 (selon J. von Beckerath)
-1372 à -1355 (selon D. B. Redford)
-1367 à -1350 (selon A. H. Gardiner)
-1366 à -1349 (selon R. A. Parker)
-1364 à -1348 (selon D. Arnold)
-1364 à -1347 (selon E. Hornung)
-1360 à -1343 (selon A. D. Dodson)
-1358 à -1340 (selon C. Aldred)
-1356 à -1340 (selon K. A. Kitchen)
-1355 / -1353 à -1338 / -1337 (selon J. Málek, N. Grimal, R. Krauss, Murnane)
-1352 à -1336 (selon I. Shaw)
-1350 à -1336 (selon E. F. Wente)
-1340 à -1324 (selon H. W. Helck)
Durée du règne Inconnue
Successeur Ânkh-Khéperourê et Smenkhkaré
Passation du pouvoir Mort naturelle
Sépulture Non trouvé
Date de découverte Inconnue
Découvreur Inconnu
Fouillée par ?

La possible corégence et les premières années

La possibilité d'une corégence du jeune Amenhotep IV avec son père reste incertaine. Certains spécialistes la font débuter vers l'an XXVIII / XXIX d'Amenhotep III, d'autres en XXXVII / XXXIX[5]. Un bas-relief du troisième pylône du temple d'Amon-Rê représente le père et fils couronnés, participant aux fêtes jubilaires.

Les distances prises entre le roi et le clergé d'Amon sont déjà attestées sous Amenhotep III, la place de Rê, l'influence de la théologie solaire héliopolitaine et les mentions à Aton sont plus présentes dans les hymnes et les titulatures royales.

C'est vers -1355 / -1353 qu'Amenhotep IV, couronné sous le nom de Néferkhéperouré, « Les manifestations de Rê sont parfaites », Ouâenrê, « L'Unique de Rê », alors âgé de moins de seize ans[6], monte sur le trône d'Égypte. Avant l'an IV, il est déjà marié à la belle Néfertiti (La Belle est venue), aux origines incertaines.

Durant les trois premières années de son règne, Amenhotep IV s'inscrit en continuateur, bien que modéré et déjà novateur, de l'œuvre de ses pères. Ses constructions à Karnak attestent de cette tendance double. Il adjoint au troisième pylone de Karnak un « vestibule », sur la paroi duquel apparaît une scène de l'imagerie traditionnelle.

Mais dans le même temps, il fait construire, en dehors de l'enceinte du temple, un sanctuaire dédié à Aton, le Gempaaten ou Gematon (Aton est trouvé). Sur les murs de ses constructions, il continue à inscrire son nom, Amenhotep. Mais dans le domaine artistique, ces portraits évoluent déjà vers les canons amarniens si particuliers[7].

Dès l'an IV, Akhénaton prend une décision surprenante : il fait célébrer sa première fête-sed, rituel jubilaire de régénération, qui marque traditionnellement les trente ans de règne d'un souverain. Le roi était-il faible ou souffrant ? Il est plus concevable d'y voir plutôt une étape de sa réforme religieuse : les célébrations ont lieu dans le temple d'Aton à l'est de Karnak, le Gematon, et Néfertiti en occupe, avec son époux, le rôle central.

On connait peu le contexte dans lequel le roi marque sa véritable « rupture », entre l'an IV et l'an VI.

Révolution religieuse

Article détaillé : Culte d'Aton.

Le jeune souverain va progressivement d'abord, puis plus brutalement ensuite, imposer la première religion hénothéiste connue de l'histoire, privilégiant le culte du disque solaire Aton. Pour des raisons encore mal connues, mais vraisemblablement en butte au conservatisme et à l'hostilité du clergé thébain, Akhénaton décide d'abandonner le culte du dieu dynastique Amon, le « dieu caché ».

En l'an IV du règne, il fait sa première visite à l'endroit où sera fondée sa future capitale, une cité vierge de la présence du dieu thébain. Il choisit comme emplacement un lieu désertique en Moyenne-Égypte, sur la rive orientale du Nil, où, il fait construire la cité d'Akhetaton (« L'horizon d'Aton »), l'actuelle Tell el-Amarna, à quelque 300 km au nord de Thèbes. Il entame des travaux qui draineront une grande partie des revenus affectés à Thèbes.

En l'an VI, il change de titulature, prend le nom d'Akhénaton, « Celui qui est bénéfique (ou utile) à Aton », et quitte enfin la ville d’Amon, Thèbes. La grande épouse Néfertiti porte le nom de Néfernéferouaton (Belle est la perfection d'Aton). Toute la cour et l'administration royales déménagent pour la nouvelle résidence encore inachevée, dont les temples, dédiés au dieu unique Aton, sont construits à ciel ouvert pour permettre à ses rayons bienfaisants d'y pénétrer.

On attribue souvent cette révolution culturelle et religieuse au seul Akhénaton, mais il semble qu'il n'ait fait qu'imposer une tendance née durant le règne de son père, Amenhotep III. Nicolas Grimal parle d'une « solarisation » des principaux dieux sous ce roi et le culte exclusif du Disque solaire en serait l'aboutissement logique[8].

Avant Akhénaton, Aton était un dieu mineur dont l'existence est attestée dès le Moyen Empire. Au Nouvel Empire, Thoutmôsis III s'était placé sous sa protection et Amenhotep III, dont l'une des épithètes était « Rayonnement d'Aton », avait encouragé le culte du dieu.

En l'an IX de son règne, Akhénaton ira plus loin, dans une apparente radicalisation de sa réforme atonienne : il ordonne de détruire, dans les principales régions névralgiques du royaume, les images de culte des anciennes divinités[9], à l'exception notable de Rê, afin de mener à bien son "opération" magique, effaçant l'expression des principes anciens pour faire place à la fonction nouvelle qu'il incarnait. En martelant les noms des dieux, dans un système de croyances où le Verbe est créateur, il annule leur faculté de s'incarner et occulte leur influence. Il fait ainsi du Disque solaire le dieu universel, l'Unique « qui n'a pas son pareil », le démiurge qui répète son acte créateur à chaque lever du soleil. Pour souligner la royauté céleste d'Aton, le nom du dieu est inscrit dans des cartouches : il est « Rê-Horakhty qui se réjouit dans l'horizon », « Le Souverain (heka) des deux horizons ». On se trouve désormais en présence d'un monothéisme, véritable révolution religieuse dans l'Antiquité.

Le roi est l'image terrestre d'Aton, son « enfant parfait » ; avec la grande épouse royale, Néfertiti, il est le seul intermédiaire entre la divinité et les humains. À l'instar de la triade AmonMoutKhonsou, le couple royal forme avec Aton une triade divine adorée dans les demeures des hauts dignitaires. Le peuple quant à lui, perpétue dans une grande majorité les cultes privés traditionnels.

Révolution artistique

L'art amarnien se caractérise par un style naturaliste où abondent les plantes, les fleurs et les oiseaux, mais aussi, dans les cas les plus extrêmes, par un « académisme de cauchemar » (J. Leclant) poussant jusqu'à la caricature apparente. Ainsi, les statues colossales découvertes dans le temple d’Aton à Karnak sont à l’opposé de l’art classique idéalisant : elles montrent le roi avec un corps d’androgyne aux hanches exagérément larges, le ventre proéminent, la tête allongée et les lèvres charnues. D’autres statues le montrent apparemment nu mais asexué. Sur un bas-relief, aujourd’hui conservé à l'Ägyptisches Museum, Néfertiti et les petites princesses sont représentées avec le même visage étiré en longueur, en tout point identique à celui d’Akhénaton qui leur fait face.

Certains archéologues estiment par conséquent que l’iconographie d'Amarna ne faisait que suivre une exigence de pharaon qui voulait que fût mis en évidence le lien exclusif qui unissait la famille royale au Dieu unique créateur de toute vie. En effet, il ne faut pas oublier que l'art amarnien fut un art de cour qui, tout comme l'art traditionnel et ses conventions figuratives, devait respecter les normes qu’imposait une perspective hiérarchique.

Il se peut toutefois qu’Akhénaton ait eu un physique très ingrat, voire un handicap. On a ainsi avancé l'hypothèse selon laquelle le roi aurait été atteint d'une maladie génétique rare et transmissible à sa descendance : le syndrome de Marfan, à moins que ce ne soit le syndrome de Froehlich. La représentation artistique de certains membres de la cour amarnienne disposant, dans de moindres mesures, des mêmes déformations rend cette théorie peu plausible. On a encore dit que le roi aurait été atteint d'épilepsie, provoquant chez lui de longues crises hallucinatoires et douloureuses.

On prête aussi à ce mystique des talents de poète, s'il est vrai qu'il a lui-même composé le Grand Hymne à Aton gravé dans la tombe d'Aÿ.

Le cœur du règne

Akhénaton perpétue la tradition de rois bâtisseurs de ses prédécesseurs. Il élève des temples, qu'il appelle Gematon, comme à Karnak, à Kawa et à Sesebi, ainsi qu'une ville fortifiée en aval de la troisième cataracte[10].

L’an XII semble être l’apogée du règne. Une fête grandiose est célébrée dans la cité où les envoyés des roitelets palestiniens et de Nubie, du pays de Koush et du pays de Pount, apportent leurs présents au roi et à la grande épouse royale, possiblement en présence de la reine mère Tiyi.

Cette dernière, dont l'importance en matière de politique, intérieure comme internationale, fut avérée à Thèbes sous le règne précédent, fit, selon certaines représentations, plusieurs séjours dans la nouvelle capitale, et y résida peut-être. Elle semble avoir conservé une certaine influence sur son fils[11]. Quelle rôle a-t-elle joué dans les bouleversements imposés par son fils ? Il est encore impossible de le déterminer. Elle est souvent accompagnée par sa plus jeune fille Baketaton, dont l'âge se rapproche de celui de ses nièces, les filles d'Akhénaton. Quoi qu'il en soit, la reine mère et sa fille cadette meurent toutes deux, au plus tard en la fin de l'an XII.

Les décès qui frappent le roi, dont toute l'imagerie montre - outre son sens rituel - le profond attachement à sa famille, ne s'arrêtent pas là. La petite princesse Mâkhétaton, seconde fille du roi, meurt en l'an XIV. Les scènes rituelles de deuil sont représentées, sans cacher le chagrin du couple royal.

À partir de cette date, la documentation se raréfie, et il devient extrêmement complexe de déchiffrer la succession des événements qui marque la dernière partie du règne.

Période noire ?

Loin de l'image idyllique d'un pharaon poète et rêveur mystique, image peut-être exagérée par l'imaginaire collectif, le règne d'Akhénaton est aussi considéré par beaucoup d'égyptologues comme une période sombre dans l'histoire de l'Égypte antique. La réforme religieuse d'Akhénaton entraîna une perte d'influence importante des dieux du panthéon traditionnel : suppression de certains cultes, fermeture de temples, perte de biens du clergé, dégradation des effigies divines, ce qui vaudra au roi d'être surnommé - de manière discutable - le pharaon hérétique.

Yoyotte et Vernus ne croient pas en un Aton fanatique et intolérant[12]. Le martelage des noms ne touche pas le royaume dans son entier, et le nom de certains dieux est laissé intact[13]. Le Fayoum semble même avoir presque complétement échappé au martelage[14].

Si le roi s'attaque aux cultes des divinités traditionnelles du royaume, il n'y a aucune persécution du peuple d'Égypte, qui continue à préserver ses croyances. Les noms théophores au sein du peuple restent inchangés, et à Akhetaton même, la découverte de petites idoles traditionnelles dans certaines habitations plaident pour la continuité des croyances polythéistes habituelles[12].

Les plus grands spécialistes étant encore très partagés sur la question, il convient donc de prendre tous les faits en considération afin de se faire une idée synthétique des bouleversements apportés par Akhénaton.

Il est cependant évident aussi que, en raison d'une centralisation excessive, et apparemment inefficace, ainsi qu'à l'amoindrissement des actifs et la confiscation des domaines des temples, l'Égypte connut une crise économique. En effet, en l'absence de tout numéraire, le système économique et social était basé sur le troc et sur la distribution des ressources stockées dans les greniers de l'État et des temples, de sorte que la confiscation des « domaines divins » par la couronne ruinait « tout un système de production et de redistribution qu'aucune structure nouvelle ne vient remplacer[15]».

Politique extérieure

Fragment d'un colosse d'Amenhotep IV-Akhénaton

En Syrie et en pays de Canaan, les Hittites et les Amorrites grignotent petit à petit les conquêtes de Thoutmôsis III. Ainsi, le roi de Qadesh, entré dans l’alliance hittite, conquiert la Syrie du Nord, tandis que Suppiluliuma (-1382 / -1342) et Assur-uballit Ier s’attaquent au Mitanni, allié de l’Égypte. De son côté, le roi d’Amourrou se rend maître de plusieurs places fortes de la côte phénicienne.

Akhénaton omet de venir en aide à ses vassaux, malgré leurs appels pressants, de sorte que son inertie cause la perte de Sidon, de Tyr et de Byblos. Pendant ce temps, des bandes de nomades pillards, les Apirou, s’emparent de Megiddo et de Jérusalem.

La correspondance diplomatique retrouvée entre les différents grands états d'Orient souligne encore davantage la négligence (ou la maladresse ?) du pharaon, qui aggravent l'affaiblissement de l'Égypte dans ses possessions asiatiques et son influence dans les cours étrangères. L'or est alors un élément de première importance dans la politique internationale, et l'Égypte, prospère, est réputée en posséder à profusion. Alors qu'une grande partie du prestige moral du royaume, et de son influence à l'extérieur, repose sur sa prodigalité (ce qu'avait parfaitement compris Amenhotep III), Akhénaton est beaucoup moins généreux que son père, et les envois d'or s'amaigrissent considérablement. Les rois d'Assyrie, de Babylone et du Mitanni s'en plaignent dans les lettres qu'ils adressent à leur « frère » d'Égypte, sur des tons de moins en moins amicaux.

À la fin du règne, il ne subsiste presque rien de l’empire asiatique des premiers Thoutmosides.

La fin du règne

La mort d'Akhénaton est entourée de mystère. On ne sait ni quand ni comment il décède, ses successeurs ayant tout fait pour effacer les traces du roi hérétique. Tout au plus peut-on dater de l’an XVII / XVIII la dernière inscription qui le mentionne. Cependant, certains suggèrent que l'éclipse totale de soleil du 14 mai -1337 pourrait être concomitante avec sa mort[16].

Smenkhkarê[17], gendre et successeur d’Akhénaton après une probable corégence[18], meurt après un règne éphémère. Le pouvoir revient alors à un enfant de neuf ans, Toutânkhaton, qui avait épousé la troisième fille d’Akhénaton. Nous ne savons rien de précis sur l’ascendance du jeune souverain. Il existe cependant une hypothèse qui affirme que Kiya, la « Grande Épouse, aimée du Roi », serait sa mère, après la disgrâce ou la mort de Néfertiti, étant donné qu'une autre femme que Néfertiti est représentée sur une peinture murale dans un palais d'Akhetaton, dans la chambre de pharaon plus précisément. Ce qui est sûr en revanche, c'est que le culte d'Aton s'éteint pratiquement avec la disparition d'Akhénaton. Au bout de trois ans, Toutânkhaton quitte Tell el-Amarna ; il adopte le nom de Toutânkhamon, restaure le culte des dieux traditionnels et rétablit le clergé dans les biens dont l’avait dépouillé le « misérable d'Akhétaton ».

Sépulture

Amenhotep IV / Akhénaton
Type hypogée
Emplacement Tell el-Amarna
Date de découverte
Découvreur
Fouilles
Objets découverts Sarcophage (brisé et reconstitué au musée du caire)
Coffre à canopes (brisé et reconstitué au musée du Caire)
Oushebtis

Les influences aux époques ultérieures

La redécouverte d'Akhénaton et l'Atonisme a contribué à l'émergence de théories originales ou spéculatives au sujet du pharaon à partir du XXe siècle. Freud est l'auteur le plus connu qui s'y soit intéressé dans L’homme Moïse et la religion monothéiste[19], mais même ses disciples ont préféré classer dans le genre romanesque ou ésotérique[20],[21] cet ouvrage à la rédaction duquel il travailla longtemps (débuté vers 1910 et publié à sa mort). Un des auteurs les plus inspirés par l'Atonisme fut l'écrivain ésotérique nazi Savitri Devi, (Akhnaton Fils du Soleil). Le psychiatre Immanuel Velikovsky, auteur de théories catastrophistes controversées, soutint dans Œdipe et Akhnaton retrouver l'histoire d'Akhénaton sous les traits d'Œdipe.

En littérature

Agatha Christie en a fait le thème d'une de ses pièces de théâtre, Akhnaton[22].

Akhénaton est un des principaux personnages de Sinouhé l'Égyptien, le roman de Mika Waltari.

Il est aussi le héros d'un roman de Naguib Mahfouz, Akhénaton le renégat, où il est décrit par le biais de confessions imaginaires de membres de sa cour.

Edgar P. Jacobs évoque l'histoire et le culte d'Akhénaton dans la bande dessinée Le Mystère de la Grande Pyramide.

Photos

Notes

  1. Selon Malek, von Beckerath, Grimal, Krauss, Murnane. La date de son avènement ne fait cependant pas l'unanimité : y a-t-il ou n’y a-t-il pas eu de corégence avec son père ?
    Autres avis de spécialistes : -1397 à -1387 (Vandersleyen), -1372 à -1355 (Redford), -1367 à -1350 (Gardiner), -1366 à -1349 (Parker), -1364 à -1348 (Arnold), -1364 à -1347 (Hornung), -1360 à -1343 (Dodson), -1358 à -1340 (Aldred), -1356 à -1340 (Kitchen), -1392 à -1354 (von Beckerath), -1352 à -1336 (Shaw), -1350 à -1336 (Wente), -1340 à -1324 (Helck).
  2. Le nom du disque solaire, itn, figure déjà dans les textes des pyramides (Ve dynastie), mais sans connotation religieuse. Au Moyen Empire, dans le Conte de Sinouhé, il est attesté avec le déterminatif des divinités : il s'agit ici du dieu Aton.
  3. parfois identifiée à la princesse mitannienne Tadukhepa du harem d'Amenhotep III, mais très probablement d'ascendance égyptienne d'après Ch. Desroches Noblecourt, p. 62 ; cf. aussi N. Reeves, p. 102
  4. E. Hornung, p. 117
  5. N. Grimal, page 291
  6. de dix ans au plus, selon Marc Gabolde
  7. C. Lalouette, pages 506-507
  8. N. Grimal, page 272
  9. C. Lalouette, page 508
  10. C. Lalouette, page 544
  11. Le roi du Mitanni lui écrira, notamment, afin qu'elle serve d'intermédiaire auprès du roi
  12. a  et b P. Vernus & J. Yoyotte
  13. Dans la tombe du vizir Ramosé, le nom Amen-hotep n'est pas détruit ; dans celle de Kerhouef, intendant de la reine Tiyi, le nom d'Amon est partout martelé sauf dans les cartouches d'Amenhotep III et de son fils ; sur une stèle de l'intendant Amenhemat, celui d'Osiris, pourtant décrit comme le premier des dieux, est intact ; on voit même apparaître, sur une stèle amarnienne, au côté de l'Aton unique, Osiris-Sokaris et Khnoum ; et d'autres encore.
  14. Ch. Jacq, page 93
  15. N. Grimal, page 275
  16. Timing Akhenaten par Léo Dubal du VLA (virtual laboratory for archaeometry)
  17. un frère ou un fils d’Akhénaton, à moins qu’il ne s’agisse d’une femme-roi, Néfertiti ou Mérytaton : cf. The Oxford History of Ancient Egypt, page 272
  18. N. Grimal, page 282
  19. J. Le Rider
  20. M. P. Carrol, p. 15-35
  21. R. J. Bernstein
  22. Agatha Christie

Voir aussi

Bibliographie

Ouvrages cités dans le texte

  • Christiane Desroches Noblecourt, La femme au temps des pharaons, Éditions Stock, 1986 
  • (en) Carl Nicholas Reeves, Echnaton, valse profeet en gewelddadige farao, Éditeur Philipp von Zabern, 2002 (ISBN 90-4390-235-7) 
  • (de) Erik Hornung, Echnaton - Die Religion des Lichts, Artemis & Winkler, 1995 
  • Nicolas Grimal, Histoire de l'Égypte ancienne 
  • Claire Lalouette, Thèbes ou la naissance d'un empire, Flammarion, 1995 
  • Pascal Vernus et Jean Yoyotte, Dictionnaire des pharaons 
  • Christian Jacq, Néfertiti et Akhénaton, Perrin 
  • (en) The Oxford History of Ancient Egypt, Oxford University Press, 2000 
  • Jacques Le Rider, « Joseph et Moïse égyptiens : Sigmund Freud et Thomas Mann », dans Savoirs et clinique, no 6, 2005 [résumé]
    « Freud tente de montrer que les Hébreux n’ont pas été les "inventeurs du monothéisme", puisqu’il existait un autre monothéisme, celui du culte solaire du pharaon Akhénaton à Héliopolis, mais que leur "invention" consista à établir un lien d’identité entre monothéisme, rationalisme scientifique et éthique ».
     
  • Michaël P. Carroll, « "Moses and Monotheism" Revisited. Freud's "Personal Myth" », dans American imago, vol. 44, no 1, 1987 [résumé]
    Présentation sur Psychoanalytic electronic publishing : http://www.pep-web.org/document.php
     
  • Richard J. Bernstein, Freud And The Legacy Of Moses, Cambridge University Press, 1998 
  • Agatha Christie, Akhnaton, Collins, 1973 (ISBN 0-00-211038-5).
    La pièce écrite en 1937, à la même époque que Mort sur le Nil, ne sera publiée qu'en 1973 et peu montée, nécessitant onze changements de décors et une vingtaine d'intervenants. L'ouvrage n'a pas été réédité depuis cette époque.
     
  • Naguib Mahfouz, Al' A'Ish Fil-Haqiqa « Akhénaton le renégat », Maktabat Misr, Le Caire, 1985 (ISBN 2-07-041422-1).
    Roman policier qui met en scène des protagonistes du règne d'Akhénaton. Permet éventuellement une nouvelle approche des talatates et des statues d'Akhénaton au musée de Louxor, mais le roman ne remplace pas la lecture du catalogue
     

Autres ouvrages

  • Mubabinge Bilolo, Le Créateur et la Création dans la pensée memphite et amarnienne. Approche synoptique du « Document Philosophique de Memphis » et du « Grand Hymne Théologique » d’Echnaton, Paris, 1988;, Menaibuc, Paris, 2005 (ISBN 2-911372-34-4).
    L'auteur fait une lecture philosophique de la notion de Dieu-Unique et de la conception de la création d'Achénaton. Il souligne aussi la continuité thématique non seulement entre la théologie memphite et la théologie amarnienne, mais aussi entre Achénaton et la pensée de l'Un dans les hymnes thébains du Nouvel Empire
     
  • Alain Darne, Akhénaton l'hérétique, éditions Anne Carrière, Paris, 1999 (ISBN 2-7028-3118-4) 
  • Francis Fèvre, Akhénaton et Néfertiti. L'Amour et la Lumière, éd. Hazan, 1998 (ISBN 2-7028-1169-8) 
  • Sigmund Freud, L'homme Moïse et la religion monothéiste, 1934-1938.
    C'est une historicisation du Pentateuque, créé pour justifier la haine antisémite dans la période de la deuxième guerre mondiale. Ce livre, sans le vouloir, a créé un courant ésotérique dont on a un exemple ci-dessous
     
  • Marc Gabolde, Akhénaton. Du mystère à la lumière, Gallimard, 2005, 128 p. 
  • Pauline Gedge, Les enfants du soleil, Éd. Balland, 1984 (ISBN 2-7242-2818-9).
    Roman fiction retraçant l'histoire de la fin du règne d'Amenhotep III jusqu'au règne de Toutânkhamon
     
  • Carl Nicholas Reeves, Akhénaton et son Dieu : pharaon et faux prophète.
    L'historien anglais retrace de manière concise l'histoire de la XVIIIe dynastie, depuis la chute des Hyksôs jusqu'à Horemheb, en mettant bien sûr l'accent sur le règne d'Amenhotep IV - Akhénaton. L'auteur nous fait part de ses réflexions sur les causes et les conséquences des réformes de ce pharaon décidément hors du commun.
     
  • Messod et Roger Sabah, Les secrets de l'Exode.
    Livre ésotérique qui s'inspire de la thèse de Freud. D'après les auteurs, les Hébreux seraient les prêtres monothéistes exilés après la mort d'Akhénaton. Le livre fait aussi le rapprochement entre l'écriture cunéiforme et l'hébreu, et propose un décryptage de la bible à partir de ses prétendues origines atoniennes.
     

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