14 juillet 1789

Prise de la Bastille

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Prise de la Bastille
Prise de la Bastille.jpg
Informations générales
Date 14 juillet 1789
Lieu La Bastille, Paris
Issue Victoire des insurgés
Belligérants
Blason France moderne.svg Gouvernement français Flag of France.svg Insurgés parisiens
Commandants
Bernard-René Jordan de Launay Pierre-Augustin Hulin
Forces en présence
82 invalides
32 Gardes suisses
30 canons
~ 1 000 Sans-culottes
61 Gardes-Françaises
5 canons
Pertes
~ 10 ? (après la reddition) 98 morts
73 blessés

La prise de la Bastille est un évènement de la Révolution française survenu le 14 juillet 1789.

La reddition de la Bastille, symbole du despotisme, fit l’effet d’un séisme, en France comme en Europe, jusque dans la lointaine Russie impériale. « Forteresse du secret, et lieu sans justice, la Bastille fut le premier rendez-vous de la Révolution[1].» Le 14 juillet 1789, jour où la Bastille est prise d’assaut par les Parisiens est, par tradition, considéré comme marquant la fin de l’« Ancien Régime » et le début de la Révolution française. Le président de l'Assemblée Constituante le 14 juillet 1789 est l'abbé Grégoire.

La Fête de la Fédération fut organisée à la même date l’année suivante, pour coïncider avec le premier anniversaire de l’évènement. C'est ce premier anniversaire qui est commémoré chaque année depuis 1880, lors de la Fête nationale française du Quatorze Juillet, et non l'épisode sanglant de 1789.

Sommaire

Historiographie et légende

La Forteresse de la Bastille.

Le peuple avait imaginé que la Bastille renfermait beaucoup de victimes de l’arbitraire. On dut se rendre à l’évidence lors de sa chute, le 14 juillet 1789 : elle ne comptait que sept prisonniers : quatre faussaires, dont le procès était en cours d'instruction ; deux fous, Auguste Tavernier et de White ; un noble, criminel, enfermé à la demande de sa famille, le comte de Solages[2]. Les autres prisonniers, comme le marquis de Sade, avaient été transférés ailleurs peu avant.

Après la prise de la Bastille, des publicistes inventèrent de toutes pièces des supplices qu'auraient subis les détenus. Une vieille armure, et une imprimerie, furent présentées comme des instruments de torture. On retrouva des squelettes dans le remblai d'un bastion, et on prétendit qu'il s'agissait de ceux des victimes de la tyrannie. La légende raconte aussi que les révolutionnaires auraient trouvés le squelette du célèbre "Homme au masque de fer". « Quasi vide sans doute, mais surchargée : surchargée de la longue histoire entretenue entre la monarchie et sa justice[3] ». L’imagerie révolutionnaire, notamment par des gravures, a largement contribué à entretenir le mythe d’une Bastille abritant des cachots où pourrissaient les victimes de la monarchie. En fait, la Bastille avait perdu pour partie sa fonction de prison d’État qu'elle avait gardée pendant les siècles de la monarchie absolue, où furent emprisonnés sans jugement les adversaires ou désignés comme tel du monarque ou d'autres grands personnages. La Bastille était le symbole de la tyrannie monarchique. Elle était aussi la forteresse dominant Paris, en particulier le populaire faubourg Saint-Antoine, et dont l'ombre rappelait l'usage que pouvait en faire le pouvoir en période de troubles.

La Bastille fut ensuite démolie sous la direction de l'entrepreneur Palloy. Celui-ci monta un commerce annexe en transformant les chaînes de la Bastille en médailles patriotiques et en vendant des bagues serties d'une pierre de l'ancienne forteresse[4].

L’importance de la prise de la Bastille a été exaltée par les historiens romantiques, comme Jules Michelet, qui en ont fait un symbole fondateur de la République. Celle-ci n’était défendue que par une poignée d’hommes, mais qui firent près de cent morts parmi les assiégeants. Il y en eut six parmi les assiégés, dont le gouverneur M. de Launay.

Dès le 16 juillet, le duc de Dorset, ambassadeur d’Angleterre et familier du comte d’Artois, écrivait au Foreign Office : « Ainsi, mylord, s’est accomplie la plus grande révolution dont l’Histoire ait conservé le souvenir, et, relativement parlant, si l’on considère l’importance des résultats, elle n’a coûté que bien peu de sang. De ce moment, nous pouvons considérer la France comme un pays libre[5]. »

Les prémices de la prise de la Bastille

Article détaillé : Émeutes des 12 et 13 juillet 1789.

Le peuple de Paris était inquiet depuis plusieurs jours, craignant que les troupes étrangères stationnant autour de Paris ne finissent par être utilisées pour réprimer la révolution. Une milice de 48 000 hommes avait été constituée, mais sans armes.

Dimanche 12 juillet 1789

Camille Desmoulins et sans-culottes lors de la prise de la Bastille, par Jean Boucher, Cesson-Sévigné.

Le matin du dimanche 12 juillet 1789, les Parisiens sont informés du renvoi de Necker, la nouvelle se répand dans Paris. À midi, au Palais-Royal, un avocat et journaliste alors peu connu, Camille Desmoulins, monte sur une table du café de Foy et harangue la foule des promeneurs et l’appelle à prendre les armes contre le gouvernement du roi. Dans les rues de Paris et dans le jardin du Palais-Royal de nombreuses manifestations ont lieu, les bustes de Jacques Necker et de Philippe d’Orléans sont portés en tête des cortèges. Le régiment de cavalerie, le Royal-allemand charge la foule amassée aux Tuileries. On compte plusieurs blessés, peut-être un tué parmi les émeutiers.

En début de soirée, Pierre-Victor de Besenval à la tête des troupes installées à Paris, donne l’ordre aux régiments suisses cantonnés au Champ-de-Mars d’intervenir.

Lundi 13 juillet 1789

À une heure du matin, quarante des cinquante barrières (postes d’octroi) qui permettent l’entrée dans Paris sont incendiées. La foule des émeutiers exige la baisse du prix des grains et du pain - prix qu’ils n'avaient jamais atteint au cours du siècle.

Une rumeur circule dans Paris : au couvent Saint-Lazare seraient entreposés les grains ; le couvent est pillé à six heures. Deux heures plus tard, une réunion des "électeurs" de la capitale se tient à l’Hôtel de Ville (ceux qui, au deuxième degré, ont élu les députés des États généraux). À leur tête se trouve le prévôt des marchands de Paris, Jacques de Flesselles. Au milieu d’une foule déchaînée, ils décident de former un «comité permanent» et prennent la décision de créer une «milice bourgeoise» de 48 000 hommes, afin de limiter les désordres. Chaque homme portera comme marque distinctive une cocarde aux couleurs de Paris, rouge et bleu. Pour armer cette milice, les émeutiers mettent à sac le Garde-Meuble où sont entreposées des armes, mais aussi des collections anciennes. Sur ordre de Jacques de Flesselles 50 000 piques furent forgées. La foule obéissant aux ordres qui semblaient provenir du Palais-Royal, parlaient de prendre la Bastille.

À 17 heures, une délégation des électeurs parisiens se rend aux Invalides pour réclamer les armes de guerre qui y sont entreposées. Le gouverneur refuse. La Cour ne réagit pas. Les électeurs n’obtiennent pas les armes.

Chronologie détaillée de la prise de la Bastille le 14 juillet 1789

La Prise de la Bastille.

10 heures : Les émeutiers s’emparent des 30 000 à 40 000 fusils entreposés aux Invalides

Devant le refus du gouverneur des Invalides, une foule énorme (40 000 à 50 000 personnes) se présente devant les Invalides pour s’en emparer de force. Pour défendre l’Hôtel des Invalides il existe des canons servis par des invalides, mais ceux-ci ne paraissent pas disposés à ouvrir le feu sur les Parisiens. À quelques centaines de mètres de là, plusieurs régiments de cavalerie d’infanterie et d’artillerie campent sur l’esplanade du Champ-de-Mars, sous le commandement de Pierre-Victor de Besenval. Celui-ci réunit les chefs des corps pour savoir si leurs soldats marcheraient sur les émeutiers. Unanimement, ils répondent non. C’est l’évènement capital de la journée. La foule, que rien désormais ne peut arrêter, escalade les fossés des Invalides, défonce les grilles, descend dans les caves et s’empare des 30 000 à 40 000 fusils à poudre noire qui y sont stockés ainsi que 12 pièces de canons et d’un mortier. Les Parisiens sont désormais armés. Ils ne leur manquent que de la poudre à canon et des balles. Le bruit court qu’il y en a au château de la Bastille.

10 heures 30 : une délégation se rend à la Bastille pour demander des balles et de la poudre

Pressés par la foule des émeutiers, les électeurs de la ville de Paris en réunion à l’Hôtel de Ville, envoient une délégation au gouverneur de la Bastille, M. de Launay, avec pour mission de demander la distribution de la poudre et des balles aux Parisiens qui doivent former une « milice bourgeoise ». Cette délégation est reçue avec amabilité, elle est même invitée à déjeuner, mais repart bredouille.

11 heures 30 : une deuxième délégation repart pour la Bastille

À 11 heures 30 une seconde délégation conduite par Jacques Alexis Thuriot de la Rozière et Louis Ethis de Corny se rend au château de la Bastille. Elle ne peut rien obtenir. La foule des émeutiers armée des fusils pris aux Invalides s’agglutine devant la Bastille.

13 heures 30 : les défenseurs de la Bastille ouvrent le feu sur les assiégeants

Les quatre-vingt-deux invalides défenseurs de la Bastille et trente-deux gardes suisses détachés du régiment de Salis-Samade obéissant aux ordres de René-Bernard Jordan de Launay ouvrent le feu sur les émeutiers.

14 heures : Une troisième délégation se rend à la Bastille

Une troisième délégation se rend à la Bastille, dans cette députation se trouve l’abbé Claude Fauchet.

15 heures : Une quatrième délégation se rend à la Bastille

Une quatrième délégation se rend à la Bastille avec de nouveau Louis Ethis de Corny, elle se présente devant le marquis de Launay mais n’obtient toujours rien. Les soldats de la garnison de la Bastille et les assiégeants se tirent les uns sur les autres.

15 heures 30 : 61 Gardes Françaises se présentent devant la Bastille avec cinq canons

La Prise de la Bastille, Charles Thévenin, 1793, Musée Carnavalet.

Un détachement de soixante et un garde-française sous le commandement de Pierre-Augustin Hulin, ancien sergent aux Gardes-Suisses se présente devant la forteresse de la Bastille. Ils ont emmené avec eux cinq canons provenant des Invalides. Ces canons sont mis en batterie contre les portes et le pont-levis du château.

17 heures : capitulation de la Bastille

La garnison de la Bastille rend les armes, sur promesse des assiégeants qu’aucune exécution n’aura lieu s’il y a reddition. Les émeutiers envahissent la forteresse, s’emparent de la poudre et des balles, puis libèrent les sept captifs qui y étaient emprisonnés : deux fous (Tavernier et De Whyte qui seront transférés à l'Asile de Charenton), un débauché (le comte Hubert de Solages victime des lettres de cachet durant l'Affaire Barrau - Solages depuis 1765) et quatre faussaires (Béchade, Laroche, La Corrège et Pujade, qui avaient arnaqué deux banquiers parisiens et furent remis aussitôt en prison). La garnison de la Bastille, prisonnière, est emmenée à l’Hôtel de Ville. Sur le chemin, M. de Launay est massacré, sa tête sera dit-on, découpée au canif par un garçon cuisinier nommé Desnot, avant d'être promenée au bout d'une pique dans les rues de la capitale. Plusieurs des invalides trouvent aussi la mort pendant le trajet. Jacques de Flesselles est assassiné sur l’accusation de traîtrise. Les assiégeants eurent une centaine de tués et soixante-treize blessés.

Outre les prisonniers, la forteresse héberge les archives du lieutenant de police de Paris qui sont soumises à un pillage systématique. Ce n’est qu’au bout de deux jours que les mesures sont prises par les autorités afin de conserver ces traces de l’histoire. Même Beaumarchais, dont la maison est située juste en face, n’avait pas hésité à puiser dans les papiers. Dénoncé, il doit d’ailleurs les restituer.

18 heures : Louis XVI ordonne aux troupes d’évacuer Paris

Ignorant la chute de la Bastille, Louis XVI donne l’ordre aux troupes stationnées dans Paris d’évacuer la capitale. Cet ordre sera apporté à l’Hôtel de Ville à deux heures du matin.

Les têtes des victimes décapitées promenées dans Paris

Les têtes de M. de Launay et de Jacques de Flesselles, prévôt des marchands de Paris, ainsi que d’autres, furent promenées au bout d’une pique dans les rues de la capitale, et ce jusqu’au Palais-Royal.

Anecdote

La Bastille dans les premiers jours de sa démolition par Hubert Robert

Le 14 juillet 1789, en rédigeant son journal intime, le Roi qui revenait d'une partie de chasse, écrira pour cette même date : « Rien ».
Attention à ne pas s'y méprendre, puisque la matière ordinaire de son journal est composée de chasses, réceptions, cérémonies civiles ou religieuses, voyages, etc.[6]. De plus, les moyens de communications de l'époque étant fortement limités à cause des longues distances, le Roi n'a pas été tenu informé des événements parisiens le jour même, et pour cause : ce n'est qu'au lendemain, le 15 juillet, à Versailles, à 8 heures, au moment de son réveil, que le duc de La Rochefoucauld-Liancourt annonça à Louis XVI la prise de la Bastille.
Le dialogue suivant aurait eu lieu :

— « C’est une révolte ? » demande Louis XVI.

— « Non sire, ce n’est pas une révolte, c’est une révolution. » répond le duc de La Rochefoucauld[7].

La prise de la Bastille vue par Chateaubriand

"Le 14 juillet, prise de la Bastille. J'assistai, comme spectateur, à cet assaut contre quelques invalides et un timide gouverneur : si l'on eût tenu les portes fermées, jamais le peuple ne fût entré dans la forteresse. Je vis tirer deux ou trois coups de canon, non par les invalides, mais par des gardes-françaises, déjà montés sur les tours. De Launay, arraché de sa cachette, après avoir subi mille outrages, est assommé sur les marches de l'Hôtel de Ville ; le prévôt des marchands, Flesselles, a la tête cassée d'un coup de pistolet ; c'est ce spectacle que des béats sans coeur trouvaient si beau. Au milieu de ces meurtres, on se livrait à des orgies, comme dans les troubles de Rome, sous Othon et Vitellius. On promenait dans des fiacres les vainqueurs de la Bastille, ivrognes heureux, déclarés conquérants au cabaret ; des prostituées et des sans-culottes commençaient à régner, et leur faisaient escorte. Les passants se découvraient avec le respect de la peur, devant ces héros, dont quelques-uns moururent de fatigue au milieu de leur triomphe. Les clefs de la Bastille se multiplièrent ; on en envoya à tous les niais d'importance dans les quatre parties du monde. Que de fois j'ai manqué ma fortune ! Si moi, spectateur, je me fusse inscrit sur le registre des vainqueurs, j'aurais une pension aujourd'hui."

François-René de Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, 1848.

Notes et références

  1. Arlette Farge, « La Bastille, mythe et réalités », sous la direction de Michel Vovelle, L’État de la France pendant la Révolution, 1789 - 1799, La Découverte, 1988
  2. Frantz Funck-Brentano, Légendes et archives de la Bastille, Paris, Hachette.
  3. Arlette Farge, op. cit.
  4. Spire Blondel, L'art pendant la Révolution: Beaux-arts, Arts décoratifs, Adamant Media Corporation, 1888 (ISBN 0543961117) , p. 204
  5. Claude Quétel, L’Histoire véritable de la Bastille, Paris, Larousse, 2006.
  6. Rien
  7. Guy Chaussinand-Nogaret, La Bastille Est Prise, Paris, Éditions Complexe, 1988, p. 102.

Voir aussi

Filmographie

Bibliographie et sources

  • Monique Cottret, La Bastille à prendre : histoire et mythe de la forteresse royale, Paris, Presses universitaires de France, 1986.
  • Guy Chaussinand-Nogaret, 1789, Paris, Éditions Hervas, 1989.
  • Claude Quétel, L’histoire véritable de la Bastille, Paris, 2006.
  • Brigitte et Gilles Delluc : Jean-Baptiste de La Reynie (1759-1807), prêtre, écrivain, révolutionnaire, libertin, cambrioleur et soldat, Art et histoire en Périgord Noir, n° 111, p. 131-154, ill. (vainqueur de la Bastille).

Articles connexes

Liens externes

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