Alliances électorales du Front national
Logotype du Front national

Les alliances électorales du Front national ont majoritairement été constituées d'accords de désistements réciproques entre candidats de droite et du Front national ou de soutien de celui-ci à des investitures de candidats de droite. Ces accords ont pu également aboutir à des participations à des exécutifs régionaux en échange d'un soutien des élus FN lors de l'élection du président de région.

Ces accords ou inclusions de candidats du FN sont principalement datés de la période 1977 à 1992.

En 1991, le Parti républicain les condamnait tout comme le RPR en 1998. Les contrevenants ont cependant encore été quelques uns lors des élections régionales de 1998.

En avril 2002, au second tour de l'élection présidentielle, Jacques Chirac apparaît comme l'« ultime rempart » entre le candidat du Front national et la présidence de la République, après l'élimination au second tour du candidat socialiste[Note 1].

Sommaire

1973 – 1977

La première entente informelle entre le Front national et le représentant d'un parti politique a lieu en mars 1973 à Montpellier (Hérault). À l'époque, Georges Frêche est candidat du Parti socialiste pour la première fois aux élections législatives à Montpellier (Hérault). Arrivé second au premier tour derrière le candidat UDR, il se rapproche de André Troise, le candidat du Front national, par ailleurs ancien officier de l'OAS, qui vient d'obtenir 5 % des voix et est éliminé du second tour.

Le FN refuse d'appeler officiellement à voter pour le candidat de gauche. Il a en effet choisi, parmi ses thèmes de la campagne, la dénonciation virulente du nouveau « Front populaire »[1]. Cependant, Georges Frêche intervint personnellement pour plaider sa cause auprès d'une quinzaine de militants FN où il dénonça les « criminels gaullistes ». Frêche, donné perdant, est cependant élu contre le candidat UDR de quelques centaines de voix. L'attitude du candidat socialiste ne provoque à l'époque aucun commentaire offusqué de la direction du Parti socialiste[2].

1977 – 1998

1977 – 1983 : un Front national groupusculaire

Aux élections municipales de mars 1977 et de mars 1983, le FN est présent sur quelques listes RPR/UDF, notamment à Toulouse, où il obtient une élue. En Haute-Garonne, le FN remporte une mairie sur une liste commune avec le RPR et l'UDF[3].

1983, le tournant de Dreux

Lors de l'élection partielle de Dreux, en septembre 1983, la liste du FN, représenté par Jean-Pierre Stirbois, réalise au premier tour 17 % des voix, le meilleur score jamais obtenu par un candidat FN, lui permettant d'accéder au second tour contre le candidat sortant de la gauche unie et contre le candidat de la liste RPR/UDF. Pour le second tour, la liste RPR/UDF incorpore quatre représentants du FN en place éligible, dont Jean-Pierre Stirbois, secrétaire général du parti. Cette alliance est contractée pour éviter une triangulaire qui limiterait fortement les chances de la droite dans une ville que Françoise Gaspard, au nom de l'Union de la gauche, avait remporté lors des élections de mars 1977. En mars 1983, elle avait été réélue mais l'élection avait été invalidée pour irrégularité du scrutin.

Lors du second tour, la liste RPR/UDF/FN menée par Jean Hieaux gagne l'élection.

Mis à part Bernard Stasi et Simone Veil, qui font part de leur désapprobation, les autres dirigeants de droite restent en retrait ou approuvent cette alliance locale au nom du contexte national (présence de quatre ministres communistes au gouvernement, forte impopularité de celui-ci, tournant de la rigueur) et international (occupation communiste en Afghanistan, état d'urgence en Pologne, crise des missiles Pershing, destruction d'un Boeing 747 par un missile soviétique). Ils notent d'ailleurs que l'impopularité de la gauche au pouvoir est concomitante de la montée du FN et en rendent celle-ci responsable.

Ainsi, dans une tribune du magazine l'Express parue le 16 septembre 1983, Raymond Aron, ancien résistant, journaliste et philosophe refuse de « prendre au sérieux la menace fasciste brandie par la gauche » et proclame à propos de l'élection de Dreux, « la seule internationale de style fasciste dans les années 1980, elle est rouge et non pas brune ».

De son côté, Jacques Chirac déclare que « ceux qui ont fait alliance avec les communistes sont définitivement disqualifiés pour donner des leçons en matière de droit de l'homme et de règles de démocratie. » Il ajoute : « Je n'aurais pas du tout été gêné de voter pour la liste RPR-FN au second tour. Cela n'a aucune espèce d'importance d'avoir quatre pèlerins du FN à Dreux comparé aux quatre ministres communistes au conseil des ministres[4] ».

Pour Jean-Claude Gaudin, « les Drouais ne doivent pas se tromper de combat : il faut battre l'adversaire socialo-communiste. »

Bernard Pons déclare de son côté : « Il ne faut pas travestir les résultats : il n’y a pas à Dreux 17 % de partisans de l’extrême droite mais de nombreux habitants de toutes origines politiques et sociales, et qui ont tenu à faire connaître leur réaction. Il faut tenir compte des préoccupations de ces Français-là aussi. »

Pour Michel Poniatowski : « le danger fasciste en France ne vient pas de la droite, il vient de la gauche, dont c'est la vocation de système et de méthode. Il faut donc voter contre les fascistes de gauche. »

Enfin, Alain Juppé déclare, lors d'un dîner-débat à Royan : « La vérité, c’est qu’un simple gouvernement qui accepte en son sein des ministres communistes, solidaires d’une dictature qui asservit les peuples, n’a de leçon de morale à donner à personne. […] Seul l’échec de la coalition socialo-communiste peut permettre d’apaiser les passions et d’engager le redressement national. »

La cogestion municipale entre droite et FN a lieu jusqu'en 1989. Jean-Pierre Stirbois, numéro 2 du FN, est alors adjoint à la sécurité.

1985 – 1988 : le Front national, faiseur d'élections

En mars 1985, quelques désistements réciproques locaux ont lieu lors des élections cantonales, Jacques Chirac ayant laissé les fédérations RPR agir comme elles l'entendaient. Des candidats en Provence qui avaient l'investiture du RPR et de l'UDF, reçoivent également le soutien dès le premier tour du FN, la plupart du temps parce que celui-ci n'a pas encore suffisamment de candidats à présenter.

Le scrutin proportionnel et les élections législatives et régionales de 1986

De l'automne 1985 au printemps 1986, des personnalités comme Michel Poniatowski ou Édouard Frédéric-Dupont se font les avocats d'une « dédiabolisation » du Front national, demandant à la Droite de ne pas se tromper d'adversaire alors que le scrutin proportionnel a remplacé le scrutin majoritaire. Ce scrutin a d'ailleurs été choisi en mars 1985, au lendemain d'une sévère défaite socialiste aux élections cantonales, pour contenir la victoire de la Droite et protéger les futurs battus[5],[6].

Lors des Assises du libéralisme, la seule alliance planifiée pour un futur gouvernement rassemble l'UDF, le RPR et le CNI[Note 2].

Dans sa dernière édition précédant les élections du 16 mars 1986, le Figaro Magazine présente ses dernières estimations à partir des derniers sondages publiés donnant une majorité absolue de 30 sièges minimum à la droite[7].

Lors des élections législatives du 16 mars 1986, la droite obtient 291 députés (seulement trois députés de majorité absolue) et le FN en obtient 35. Le CNI a fait liste commune avec le FN dans trois départements (Paris, l'Essonne et le Val-d'Oise) : trois députés CNI sont apparentés FN (Édouard Frédéric-Dupont, Michel de Rostolan et Yvon Briant), et les deux autres au RPR.

Au même moment, les élections régionales sont remportées par l'Union RPR/UDF qui s'empare de 10 régions avec la majorité absolue contre 2 seulement pour le parti socialiste. Dans chaque région métropolitaine, l'alliance RPR-UDF obtient le plus grand nombre de conseillers régionaux sauf dans le Nord-Pas-de-Calais où elle est à égalité avec le groupe PS[8]. Neuf régions n'ont que des majorités relatives mais trois d'entre elles sont clairement dominées par la droite (Champagne-Ardenne, Île-de-France, Provence-Alpes-Côte d'Azur) tandis qu'en Midi-Pyrénées, les deux pôles gauche-droite hors FN sont à égalité absolue. Il n'y a finalement que dans cinq régions qu'aucune majorité absolue ne se dessine bien en dépit de la majorité relative détenue par l'inter-groupe RPR-UDF.

Au final, neuf présidents supplémentaires RPR ou UDF sont élus à la majorité absolue dont 5 le sont grâce à l'apport stratégique des voix du FN. Celles-ci n'ont en effet été déterminantes qu'en Languedoc-Roussillon, Haute-Normandie, Picardie, Aquitaine et Franche-Comté.

En Midi-Pyrénées, la gauche n'a pas de majorité de rechange et ne présente pas de candidat.

Il était par contre impossible mathématiquement pour la gauche, sans s'allier au FN, d'empêcher l'élection de Jean-Claude Gaudin en région PACA ou de Michel Giraud en Île-de-France.

Si les présidents de région appliquent bien le programme pour lequel ils ont été élus, un accord de cogestion signé par quatre, puis six d'entre eux accorde au FN une ou deux vice-présidences, ainsi que des postes moins importants. Ces alliances ont pu permettre de voter les budgets de l'Île-de-France et de la Corse en 1987[Note 3].

Plusieurs de ces nouveaux conseillers régionaux étaient issus de la droite à l'instar de Charles de Chambrun (conseiller régional et député FN de Languedoc-Roussillon, ancien député UDR de Lozère, ancien secrétaire d'État au Commerce extérieur de Georges Pompidou), Jacques Vaysse-Tempé (conseiller régional FN de Midi-Pyrénées, conseiller municipal anciennement RPR/UDF), Jean-Yves Le Gallou (président du groupe FN au conseil régional d'Île-de-France, ancien membre du bureau politique du Parti républicain), Serge Jeanneret (conseiller régional FN d'Île-de-France et conseiller municipal RPR depuis 1977), ou encore Jean Durieux (président du groupe FN au conseil régional de Nord-Pas-de-Calais, ancien député des Républicains indépendants et conseiller général ex-UDF).

Le 12 juillet 1987, Hervé de Fontmichel, maire (UDF) de Grasse, également conseiller général et conseiller régional, est réélu lors d'une élection partielle après avoir fait liste commune dès le premier tour avec le FN (six candidats en position éligible).

Le 23 septembre de cette année, Jean Lecanuet déclare sur Radio Monte-Carlo que rompre les alliances entre la droite et le FN dans les conseils régionaux « serait une absurdité » et « un piège tendu par les socialistes ».

1988 – 1998 : le casse-tête FN

À l'élection présidentielle de 1988, le journaliste Éric Zemmour rapporte que Jacques Chirac aurait eu une entrevue secrète avec Jean-Marie Le Pen entre les deux tours, ce qu'il a toujours nié. En fait, il y aurait eu deux rencontres. La première se serait déroulée un mois avant le premier tour par l'intermédiaire d'un ami commun, le général Pierre de Bénouville. Il s'agissait d'une prise de contact afin que les deux hommes puissent se jauger. Une seconde rencontre aurait eu lieu entre les deux tours. Cette fois, Charles Pasqua joue le rôle de l'intermédiaire et organise l'entrevue chez un ami armateur[Note 4]. Cependant, le rendez-vous se passe mal, Chirac faisant preuve d'une « inflexible intransigeance » à la grande stupéfaction de Jean-Marie Le Pen[9]. Opposant une fin de non-recevoir à son interlocuteur, il aurait demandé au chef du Front national de ne pas lancer le moindre appel en sa faveur[10]. Lors de son allocution du 1er mai 1988, Jean-Marie Le Pen ne pouvait plus que déclarer : « Pas une voix pour Mitterrand ! » laissant ses électeurs libres de choisir entre le vote blanc et le bulletin Chirac[Note 5]. Au soir du second tour perdu par Chirac, ce dernier s'en prenait à Charles Pasqua pour ses appels de pieds répétés aux électeurs du FN[11].

En juin 1988, lors des élections législatives, des accords locaux de désistement réciproque avec le FN ont lieu dans les Bouches-du-Rhône et le Var, les deux départements où des candidats FN ont devancé les candidats RPR/UDF. En échange, le FN appelle à voter pour la droite dans presque toutes les autres circonscriptions du pays. Au soir du second tour, tous les candidats FN sont battus à l'exception de Yann Piat, alors que ceux de droite visés par l'accord de désistement sont élus dans leur majorité. En Champagne-Ardenne, le successeur RPR de Bernard Stasi, démissionnaire, est élu président du conseil régional avec les voix des conseillers FN.

Dans son numéro daté du mois de juin, en pleine élection législative, l'hebdomadaire Le Choc du mois, favorable au Front national, publia cinq entretiens avec des députés sortants RPR (Jacques Boyon, Claude Labbé et Éric Raoult ou apparentés RPR (Jean Kiffer et Bernard-Claude Savy) proposant un modèle d'alliance électoral calqué sur celui existant entre le Parti communiste et le Parti socialiste. Claude Labbé déclarait : « Je suis partisan des accords électoraux avec le Front […]. Arrêtons le délire, Le Pen n’est ni raciste ni nazi. Ce qui est bien plus grave, c’est Simone Veil. Plus elle parle, plus elle développe l’antisémitisme en France. »

En septembre 1988, le nouveau dérapage verbal de Le Pen sur « Durafour crématoire » provoque les démissions de nombreux anciens élus de droite qui avaient rallié le FN, à l'instar de François Bachelot ou de Pascal Arrighi. Le CNI en accueille la majorité. Le député Yann Piat est exclue du mouvement en octobre et adhère à l'UDF.

Lors des élections municipales de mars 1989, la droite accueille des membres du FN sur ses listes dans au moins 28 villes de plus de 9 000 habitants. À Vitrolles, la liste de droite compte un membre du FN, présent sur la liste à titre individuel. Le RPR ne prononce que quelques sanctions, notamment à Béziers et Meyzieu, où les listes de droite sont battues. Avec un peu plus d'un tiers des voix exprimés, Charles de Chambrun (FN) est élu maire de Saint-Gilles dans le Gard sur une liste où figurent des dissidents du RPR et de l'UDF, face à une liste de droite et une liste de gauche. Lors de triangulaires avec le FN, l'UDF et le RPR perdent au profit du PS les villes de Mulhouse, Aix-en-Provence (où la gauche obtient la majorité absolue des suffrages exprimés en dépit d'un rapport de force bien moins favorable au premier tour) ou encore Strasbourg.

Fin 1991, les partis de droite condamnent officiellement toute alliance, nationale ou locale, avec le FN.

Lors des élections régionales de 1992[12], la droite remporte à la majorité absolue ou relative 19 des 22 régions métropolitaines (la gauche PS-PC n'ayant une majorité relative que dans deux régions). En Haute-Normandie, les deux pôles sont à égalité mais le président Antoine Rufenacht est réélu avec une partie des voix écologistes auxquelles se joignent celles du FN (qui obtient une vice-présidence).

En Franche-Comté, Pierre Chantelat, le président sortant du Conseil régional est réélu en sollicitant les voix des quatre élus du Front national, qui obtinrent ainsi une vice-présidence.

Dans le Nord-Pas-Calais, la droite ne peut prendre la région qu'avec l'appui du FN. Or, le ralliement des Verts de Marie-Christine Blandin à l'alliance PS-PC sauve la majorité de gauche.

En Alsace, aucune majorité de rechange ne peut contrer la réélection facile de Marcel Rudloff qui bénéficie même du ralliement de deux représentants régionalistes d'Alsace d'abord.

La Bourgogne néanmoins se distingue où Dominique Perben, le candidat de la majorité relative de droite, se voit souffler d'une voix la présidence par Jean-Pierre Soisson (alors l'un des 3 conseillers régionaux divers-gauche du Mouvement des Réformateurs), élu par une majorité alliant le PS, les Verts et le FN [Note 6].

Lors des élections municipales de 1995, des têtes de listes de droite sont exclues pour avoir incorporé des gens du FN à l'exception de Jean Valleix en Gironde, adjoint d'Alain Juppé à la communauté urbaine de Bordeaux. Sans l'avoir demandé, l'ancien président Valéry Giscard d'Estaing, tête de liste à Clermont-Ferrand, reçoit le soutien unilatéral de Jean-Marie Le Pen, qui ne lui oppose (ou ne peut lui opposer) aucune liste. Avec un peu plus d'un tiers des voix chaque fois, le FN remporte Toulon et Marignane, aux dépens de la droite, et Orange, aux dépens de la gauche.

En 1997, une douzaine de députés de droite reçoivent le soutien du FN, après avoir approuvé les dispositions d'un texte reprenant certains points du programme frontiste (préférence nationale et dénonciation du traité de Maastricht). Seul Christian Martin (député de Maine-et-Loire) est sanctionné par son exclusion de Force démocrate, mais non du groupe UDF. Le cas de Jacques Briat (UDF, Tarn), battu alors que le total des voix de droite et du Front national dépassait les 50 % au premier tour, et celui de Lucien Brenot (apparenté RPR, Côte-d'Or), lui aussi battu, alors que ses voix et celles du candidat FN frôlaient la majorité absolue, réfutent les additions automatiques. En revanche, de nombreuses triangulaires favorisent l'échec des députés sortants de droite au profit des candidats du PS, à l'instar de Pierre Bédier dans les Yvelines ou de Éric Raoult en Seine-Saint-Denis.

Lors des élections régionales[13] et cantonales de 1998, les présidents de région élus avec l'apport des voix du FN sont exclus de l'UDF et le président RPR du conseil général de l'Oise, Jean-François Mancel, qui avait lui aussi passé des accords avec le FN pour garder la direction du département, est exclu du RPR. Les régions où le RPR et l'UDF ont refusé la moindre cogestion avec le FN, passent sous une majorité de gauche plurielle représentée par la triple alliance des communistes, des socialistes et des écologistes (Midi-Pyrénées, Aquitaine, Haute-Normandie, Île-de-France, PACA, Centre).

En Rhône-Alpes, où la gauche et la droite ont le même nombre de sièges, l'ancien ministre Charles Millon est réélu président avec une majorité ralliant les élus du Front national et l'élu des chasseurs. En Picardie, en Bourgogne, et en Languedoc-Roussillon, Charles Baur, l'ancien ministre Jean-Pierre Soisson ou le président sortant Jacques Blanc défient ouvertement les consignes nationales pour continuer à gérer ces régions avec une majorité absolue des sièges comprenant le FN.

Exclu de l'UDF, Jacques Blanc resta membre de Démocratie libérale. En 1999, Charles Millon perdra sa présidence au profit d'Anne-Marie Comparini (UDF), soutenue par un groupe dissident de la majorité régionale et par les socialistes.

La raréfaction des alliances depuis 1998

Depuis, les alliances avec la droite se sont raréfiées. Aux élections municipales de 2001, dans quelques villes, le FN appelle à voter à droite au second tour, et parfois (comme à Dijon) ne présente même pas de listes. Pour les élections législatives de 2002, Jean-Marie Le Pen dresse une liste noire de députés de gauche à faire battre par tous les moyens, y compris en votant pour l'UMP.

Depuis, les hommes politiques de droite ont en général préféré ne pas s'allier avec le Front national ce qui amenait à laisser la victoire à la gauche, même minoritaire, plutôt que de passer avec le FN des alliances de circonstances pour gagner les élections.

De ce fait, un certain nombre de personnalités de droite[Qui ?] — y compris ceux qui ont négocié avec lui dans les années 1980, comme Charles Pasqua — accusent le Front national d'être l'« allié objectif de la gauche », puisque des députés de gauche ont été élus en 1997 lors de « triangulaires », ainsi que des conseillers généraux, et de nombreux conseils régionaux, sont tenus par la gauche, alors que celle-ci n'a pas obtenu de majorité absolue dans les urnes en 1998. Ils reprochent aux sociaux-démocrates et aux Verts de ne pas appliquer ce même ostracisme envers les autres partis radicaux, comme le Parti communiste et les mouvements d'extrême gauche, bien que ces derniers n'aient jamais été alliés au PS lors d'élections nationales, régionales ou cantonales.

Le retournement du 21 avril 2002

Le 21 avril 2002, Lionel Jospin, candidat du parti socialiste, était éliminé du second tour de l'élection présidentielle, devancé par Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen.

Au second tour, Jacques Chirac devenait « le seul rempart » face au chef du FN pour lequel les électeurs de gauche devaient alors voter[14],[Note 7],[Note 8].

Après 2002

Jean-Marie Le Pen déposant son bulletin dans l'urne, lors du premier tour de la présidentielle de 2007.

Lors des élections régionales de mars 2004[15], un nouveau scrutin proportionnel à deux tours avec prime majoritaire était innové afin de permettre de constituer des majorités stables dans les régions (la liste arrivant en tête bénéficiant automatiquement d'un bonus de sièges lui accordant la majorité absolue quel que soit son score). Au soir du premier tour, la droite n'était potentiellement majoritaire que dans 6 régions (Île-de-France, Champagne-Ardenne, Alsace, Pays de Loire, Basse-Normandie). Le Front national dépassait le seuil fatidique de 10% des suffrages exprimés dans 17 régions et se maintenait au second tour, imposant des triangulaires. La gauche (PS-PC-Verts) remportait finalement 20 régions de métropole sur 22 au second tour dont 11 avec la majorité absolue. La droite ne remporta que l'Alsace, puis la Corse au soir de l'élection des présidents de région. Le Front national n'avait été associé à aucune alliance électorale et quand il avait été éliminé du second tour comme dans les pays de la Loire, n'avait donné aucune consigne de vote.

Depuis 2011 : les positions de Marine Le Pen

Marine Le Pen, présidente du Front national depuis janvier 2011, refuse l'idée d'une alliance avec l'UMP, estimant que « nous ne pouvons pas faire d'accords électoraux, d'alliances politiciennes, alors que nous avons des divergences si profondes avec l'UMP. Ce n'est pas une différence de degré que nous avons avec l'UMP, c'est une différence de nature »[16].

Principales sources

  • Ouvrages
    • Pierre Favier et Michel Martin-Roland, La Décennie Mitterrand, éd. du Seuil, coll. « Points », tome 2, 1995, p. 505 ; tome 4, 2001, p. 162
    • Dominique et Michèle Frémy, Quid, éd. Robert Laffont
    • Franz-Olivier Giesbert, Jacques Chirac, éd. du Seuil, « Points », 1995, pp. 420/421, La tragédie du président, p 38, 2006, Flammarion
    • René Rémond, Notre siècle, Fayard, 1988
    • Michel Winock (dir.), Histoire de l'extrême droite en France, éd. du Seuil, coll. « Points »-histoire, 1994
    • Jean-Pierre Rissoan, Traditionalisme et révolution : les poussées d'extrémisme des origines à nos jours, volume 2, Du fascisme au 21 avril 2002, 2007, 416 pages, (ISBN 978-1-4092-7757-6).
  • Articles
    • Sur l'élection partielle de Dreux : « Dreux, 1983 : la droite s’allie au FN », Libération, 27 avril 2002.
    • Sur les élections cantonales de 1985
      • « Bouches-du-Rhône : consensus entre le FN et la droite à Martigues », Le Monde, 2 septembre 1988 ;
      • « Accord entre le Front national et la droite à Vitrolles », Le Monde, 7 septembre 1988 ;
      • « Des relations pragmatiques avec le FN sur la Côte d’Azur », Le Monde, 30 juin 1995
    • Sur les élections régionales de 1986
      • « Le précédent de 1986. La droite a présidé cinq régions grâce au FN », Libération, 18 mars 1998 ;
      • « De la Normandie à la Côte d’Azur », Le Monde, 17 septembre 1987 ;
      • « Au conseil régional de Franche-Comté — M. Chantelat admet que la majorité a passé un “accord programme” avec le Front national », Le Monde, 20 avril 1988 ;
      • « Les élections dans les conseils régionaux — Les succès du RPR en Aquitaine et en Champagne-Ardenne relancent le débat sur les alliances avec l’extrême droite », Le Monde, 14 juillet 1988
    • Sur les élections législatives de 1988
      • « Les élections législatives dans les Bouches-du-Rhône — Retraits réciproques des candidats de droite et d’extrême droite » et « L’URC a laissé M. Gaudin conduire la négociation avec M. Le Pen », Le Monde, 8 juin 1988 ;
      • « Les “hommes de circonstances” l’emportent au centre », Le Monde, 9 juin 1988 ;
      • « Dans les Bouches-du-Rhône — Une honnête journée de campagne », Le Monde, 11 juin 1988
    • Sur les élections municipales de 1989
      • « Les arrangements avec le FN sont devenus monnaie courante dans le Midi », Le Monde, 10 février 1989
      • « Le Front national présent dans la moitié des grandes villes », Le Monde, 12 mars 1989
    • Sur les élections régionales de 1992
      • « L’installation des conseils régionaux Nord-Pas-de-Calais : la droite a tenté en vain de bloquer l’assemblée », Le Monde, 8 avril 1992 ;
      • « La mise en place des exécutifs régionaux —« Haute-Normandie : élection de cinq vice-présidents UPF et d'un Front national », Le Monde, 11 avril 1992
    • Sur les élections législatives de 1997
      • « Au RPR et à l'UDF, douze hommes adoubés par Jean-Marie Le Pen », Libération, 19 juin 1997
    • Sur la position de Démocratie libérale entre 1997 et 2002 :
      • « La direction de Démocratie libérale récuse l'intransigeance vis-à-vis du FN », Le Monde, 9 décembre 1997 ;
      • « L'attitude de ses élus provoque une cassure au sein de l'UDF », Le Monde, 22 mars 1998 ;
      • « Démocratie libérale : Hervé Novelli refuse le “politiquement correct” », Le Monde, 16 mai 1998.

Notes et références

Notes
  1. La presse nationale est alors unanime à l'image de Libération qui barre sa une d'un immense « NON » à Le Pen et appelle à voter pour Jacques Chirac. Pour le magazine L'Express, Chirac « n'a pas d'autre choix que d'endosser les habits du “père de la nation”, dernier rempart contre le danger extrémiste » (« Chirac, patron d'une droite émiettée », L'Express, 25 avril 2002.
  2. Selon Pierre Favier et Michel Martin-Roland, des « contacts » non identifiés auraient eu lieu entre des responsables de la droite et du FN. Bruno Mégret et Jean-Marie Le Pen confirment aux deux journalistes l'existence de tractations, indiquant qu'elles ont échoué à cause de la préférence nationale.
  3. Pour Jean-Claude Gaudin, président du conseil régional de PACA de 1986 à 1998, l'accord avait pu se faire du fait que les conseillers FN de l'époque étaient d'anciens militants ou élus de la droite qu'il connaissait bien, comme Pascal Arrighi en région PACA, un ancien gaulliste, ou Gabriel Domenech, membre du CDS jusqu'en 1985. Interview au Monde en avril 2003.
  4. Pour Charles Pasqua, Le Pen était un potache attardé mais il ne le voyait pas s'entêter dans une opposition systématique. « Je ne comprenais pas qu'il voulait juste des députés et le fric qui vient avec. » Interview de Charles Pasqua à Franz-Olivier Giesbert le 10 juin 2003, La Tragédie du Président.
  5. Lors d'un entretien avec l'auteur le 14 octobre 2005, Jean-Marie Le Pen déclare à Franz-Olivier Giesbert : « Toute cette histoire est étrange. Alors que je ne lui avais rien demandé, il est venu me signifier une fin de non recevoir (...). Il a tout de suite fermé la discussion en affirmant qu'il n'y avait pas d'accords possibles entre nous. Avec le temps, j'ai acquis la conviction qu'il est venu à ce rendez-vous pour s'assurer que je ne ferais pas voter pour lui. Ou si j'en avais l'intention de me dissuader ». Jean-Marie Le Pen déclare à Giesbert croire encore à un pacte secret liant le président Mitterrand à Jacques Chirac, fondé sur un septennat écourté pour cause de cancer.
  6. Soisson ne tient qu’une année dans cette position et il est remplacé l'année suivante par Jean-François Bazin.
  7. Une partie de l'extrême gauche, dont Lutte ouvrière, n'a pas appelé à voter, ou a appelé à voter blanc.
  8. L'expression fut néanmoins encore reprise en avril 2003 pour un appel d'union de la gauche de la gauche par Philippe Sanmarco selon lequel « le 21 avril 2002, les millions de citoyens de notre pays qui se reconnaissent dans les idéaux et dans l'histoire de la gauche se sont retrouvés contraints de voter pour un candidat de droite devenu seul rempart contre le Front national. »
Références
  1. Joseph Alazy, L'Extrême droite en France, de 1965 à 1984, éd. de L'Harmattan, 1989, p. 120
  2. « Quand Frêche flirtait avec les ex de l'OAS », Libération, 19 mai 2006.
  3. Quid 2006, p. 965, 1re colonne
  4. Franz-Olivier Giesbert, La Tragédie du Président, 2006, p. 37-38
  5. Franz-Olivier Giesbert, Le Président, p. 236-237 rappelle que devant Pierre Mauroy, François Mitterrand avouait que la proportionnelle est « un mode de scrutin contre le RPR ». Pour rassurer, il dit également que Le Pen n'aura aucun député.
  6. René Rémond rappelle dans Notre Siècle, 1988, Fayard, p. 883, qu'aux élections cantonales de mars 1985, la gauche avait perdu 7 présidences de département et n'en dirigeait plus que 28 contre 71 à la droite, soit son plus mauvais score depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
  7. Franz-Olivier Giesbert, dans Le Président, rappelle que même pour l'Élysée, en avril 1985, la déroute de la gauche est prévisible et que, selon le témoignage de Jean-Louis Bianco, François Mitterrand, dès décembre 1985, avait prévu de nommer Jacques Chirac, et pas un autre, à Matignon (p. 277). Il constate également que, au-delà des espérances, la proportionnelle fonctionna comme prévu en limitant la majorité de la droite.
  8. Résultats
  9. Selon les mots de Franz-Olivier Giesbert, La Tragédie du Président, p. 39. Celui-ci décrit d'ailleurs un Chirac nerveux avant la rencontre, brûlant cigarettes sur cigarettes.
  10. Franz-Olivier Giesbert (La Tragédie du Président, 2006, p. 39), donne là une version différente d'Éric Zemmour selon lequel dans, L’Homme qui ne s'aimait pas (éd. Balland, 2002), Jacques Chirac aurait demandé à Jean-Marie Le Pen de le soutenir, ce qu'infirme Jean-Marie Le Pen à Franz-Olivier Giesbert.
  11. Franz-Olivier Giesbert, La Tragédie du Président, Flammarion, 2006, p. 40-41.
  12. Élections régionales de 1992
  13. Élections régionales de 1998
  14. « Jacques Chirac termine sa campagne en célébrant la République », Le Monde, 4 mai 2002.
  15. Élections régionales de 2004
  16. « Marine Le Pen veut en finir avec “la diabolisation” », France 2, 10 décembre 2010.

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