Alignements de carnac

Alignements de Carnac

Alignement de Kermario à Carnac
Alignement de Kermario à Carnac, vue de l'autre partie

Les alignements de Carnac sont situés sur la commune de Carnac dans le département du Morbihan en Bretagne. Il s'agit d'un site d'alignements mégalithiques exceptionnel constitué d'alignements de menhirs, de dolmens et d'allées couvertes et réparti sur plus de quatre kilomètres. Les alignements de Carnac sont les ensembles mégalithiques les plus célèbres et les plus impressionnants de cette période avec près de 4 000 pierres levées.

Depuis 1991, le site est fermé au public en été et libre d'accès en hiver afin de préserver et de conserver le site. En effet, le libre accès provoquait surtout en période estivale de nombreuses dégradations des menhirs (chutes) et de la lande.

Le site est géré par le Centre des monuments nationaux.

Sommaire

Découverte

Nombreuses sont les légendes qui tentent d'expliquer les alignements, car pendant longtemps l'origine de ces structures était inconnue. La plupart des légendes lie la fertilité et les menhirs car elle perpétue le souvenir de cultes sacrés.

La légende de saint-Cornély raconte la mésaventure des soldats romains pétrifiés et transformés en menhirs. Ce n'est qu'à partir de 1750 que l'on s'intéresse aux alignements de Carnac et que les premières hypothèses sont émises. Le comte de Caylus en 1764 pense que les mégalithes datent d'avant l'époque des gaulois et des romains. F. de Pommereul en 1790 émet l'hypothèse d'une origine celte qui va pendant de nombreuses années envaser les réflexions archéologiques sur les mégalithes.

Des publications autour de Carnac ont inspirés de nombreux hommes célèbres à cette époque :

  • Le chevalier de Fréminville et ses Antiquités du Morbihan en 1829,
  • Prosper Mérimée et ses Notes de voyage de jeune inspecteur des Monuments historiques en 1835,
  • Gustave Flaubert et Maxime du Camp en 1847,
  • les lithographies de Jorand en 1823, éditées par Bottin en 1831,
  • le premier plan-masse des monuments de la région levé par Murray Vicars en 1832.

Mais, au début du XXe siècle, James Miln et Zacharie Le Rouzic, à l'origine du musée de la préhistoire de Carnac, à la suite des fouilles du site, introduisent de nouvelles interprétations fondées sur l'archéologie. Ils tentent de vérifier les origines de ces pratiques liés aux cultes, c’est-à-dire à la vénération de quelqu'un ou de quelque chose.

Pendant l'Occupation l'archéologie nazie s'intéresse aux alignements de Carnac y voyant un signe de l'« indo-germanisation » de la région par des populations extérieures venues du Nord par la mer. Une mission est envoyée sur place en automne 1940 et réalise avec l'aide de la Luftwaffe des relevés topographiques du secteur. Ces recherches sont directement chapeautées par Alfred Rosenberg un des idéologues du parti nazi. À la suite de ces études le tumulus associé aux menhirs de Kerlescan est fouillé entre 1941 et 1942. Le cours de la guerre interrompt ensuite les recherches[1].

Contexte historique

Les alignements ont été érigés au Néolithique par des communautés sédentarisées entre le Ve millénaire av. J.-C. et le IIe millénaire av. J.-C.. Ces tribus étaient installées dans de grandes maisons en bois et en argile pratiquant l'élevage et l'agriculture. La sédentarisation les amena à créer un culte de morts en construisant d'immenses tombeaux collectifs, des stèles géantes, des dolmens et des files de menhirs. Les hommes savaient manœuvrer les lourdes pierres grâce à des rondins et des cordes. De nombreuses expériences ont montré qu'avec peu d'hommes la manutention de lourdes pierres était faisable. Le grand menhir de Locmariaquer, lourd de 300 tonnes et constitué de 20 mètres de granit, est un exemple parfait de transport et de levage de pierre.

Une partie des alignements du Ménec. Ici, chaque menhir mesure entre 1 et 2 mètres.

Composition des alignements

La maison des mégalithes à Carnac (l'archéoscope)

Le site est découpé en plusieurs ensembles de menhirs. Dans chaque alignement, les menhirs sont placés par ordre décroissant et chaque série forme un angle précis avec la précédente. En moyenne, les pierres pèsent entre 1 et 2 tonnes mais beaucoup sont nettement plus lourdes. Chaque alignement se termine sur une enceinte mégalithique plus ou moins visible.

On constate une certaine organisation entre la taille des blocs et la nature du terrain. En effet, la pente du terrain et la fracturation du granite sous-jacent a influé sur cette organisation. Les interruptions dans les alignements sont dus à des détériorations au cours des siècles, notamment pour la construction des bâtiments voisins aux alignements.

D'ouest en est, on trouve :

  • L'alignement du Ménec et le Toul-chigan.
  • L'alignement de Kermario et le Manio.
  • L'alignement de Kerlescan et le petit Ménec qui se trouve sur la commune de la Trinité-sur-Mer.

La Maison des mégalithes, au Ménec, présente au public les enjeux de la restauration du monument et permet de découvrir le site dans toute son ampleur.

Les alignements du Menec

Alignement du Ménec

Ces alignements constituent l'ensemble de menhirs le plus représentatif : 1165 mètres de long sur 100 mètres de large pour 1099 menhirs répartis sur 11 files. Les plus hautes pierres qui les composent atteignent 4 mètres. Les alignements du Ménec commencent au sud-ouest par un cromlech comprenant encore 71 blocs rescapés donc certains se faufilent entre les bâtiments du village du Ménec. Un cromlech très ruiné existe encore à l'Est.

L'alignement de Kermario et le Manio

Le géant du Manio

Cet alignement est le plus connu et le plus fréquenté des alignements de Carnac. En effet, c'est ici que l'on trouve les plus gros menhirs. Il compte 10 lignes représentant un total de 982 menhirs. La route forme un tournant qui correspond vraisemblablement à l'enceinte mégalithique.

Cet alignement est marqué par l'existence du moulin de Kermaux qui offre un point de vue sur les alignements. Enfin, l'étang de Kerloquet creusé au XIXe siècle a détruit une partie des alignements. Il sépare en deux l'alignement avec le Kermario d'un côté et le Manio de l'autre.

Non loin de cet alignement se trouve le quadrilatère du Manio qui est constitué de plusieurs blocs de granit de 1 mètre de hauteur placés jointivement. Ils délimitaient un tertre tumulaire. On trouve aussi le Géant du Manio qui se dresse à une hauteur de 6 mètres.

L'alignement de Kerlescan et le petit Ménec

Cet alignement contient 540 menhirs répartis sur 13 lignes et sur 3,50 hectares de surface. A son extrémité, se trouve un cromlech de 39 menhirs. C'est l'alignement le mieux conservé.

L'alignement de Kerlescan se prolonge avec le Petit Ménec aujourd'hui restauré dans un bois situé au-delà de la route menant à La Trinité sur Mer.

Préservation du site

En saison estivale, le site est fermé au public afin de prévenir les risques de dégradations humaines. Cette protection permet d'éviter les déchaussements des menhirs (bloqués dans des fosses de callage de petites pierres sur une quarantaine de centimètres depuis le niveau du sol) et permet la restauration de la végétation. La pose de grillage tout autour des alignements a permis de restaurer la végétation et de faire disparaitre les traces de piétinement des visiteurs.

Des moutons jouent leur rôle de désherbeur en assurant un entretien écologique du site et à la repousse des espèces végétales. Cependant, le site est libre d'accès en hiver en raison du climat sec et du nombre limité de visiteurs.

Menhirland

En 1991 émergea le projet de construire une zone commerciale autour du site de Carnac, via des travaux qui prévoyaient de dévier une route et de détruire des habitations[2]. Cependant, cette idée d'exploitation économique du site historique connut une forte opposition de la part des riverains[3] du fait de l'expropriation d'une dizaine de familles d'agriculteurs habitant à proximité du site. Le local commercial installé en bordure des alignements de Kermario fut occupé 41 jours par le collectif "Holl-A-Gevret", dont Menhirs Libres fut membre. Le jour suivant leur expulsion du lieu, les militants organisèrent une manifestation de soutien à la dernière famille d'agriculteurs encore présente sur le site, bien qu'expropriée. Celle-ci fut réprimée dans le sang, par une compagnie de gardes mobiles. Il y eut plusieurs blessés graves, dont une personne déchirée au visage à vie. Finalement, du fait de son illégalité reconnue par le tribunal administratif de Nantes, le projet fut officiellement abandonné par Jean-Jacques Aillagon, alors Ministre de la Culture, en 2003.

Menhirs libres

Menhirs libres est une association s'étant opposée au projet de Menhirland à Carnac. L'association réunit des individus et des réseaux associatifs s'opposant à ce que les alignements de Carnac soient le prétexte d'une exploitation commerciale et touristique du site. Fondée en 1993 par Yannig Baron et Guy Mary l'association Menhirs libres est prise en charge par Skoazell Vreizh.
L'association publie un bulletin (Le Menhir Libre) où dans le numéro 19, daté d'octobre 2000, on pouvait lire, entre autres, le témoignage de Jean N., un habitant de Carnac, interpellé sur commission rogatoire du juge Gilbert Thiel du parquet antiterroriste de Paris. Cette association s'est jointe à l'appel du CARB et exigea en 2003 la libération immédiate des six prisonniers politiques bretons, dénonçant une « justice d'exception ».

Le bureau de Menhirs libres est composé d'Eugène Riguidel (vice-président), de Christian Obeltz (vice-président), de Yannick Baron (vice-président), de Martine Chadaigne (trésorière) et de Catherine Pasco (trésorière adjointe).

Autres monuments autour de Carnac

Proches de Carnac, de nombreux autres monuments de cette période se distinguent par une topographie, une géographie ou une géologie différentes :

Tous ces sites avaient un usage strictement funéraires.

Notes et références

  1. Jean-Pierre Legendre, Laurent Olivier, Bernadette Schnitzler, Des archéologues nazis en France occupée, La Recherche, n°409, p.54-57.
  2. (fr)D'après le site du Routard
  3. (fr)D'après cet article de L'Humanité du 18 août 1997

Voir aussi

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