Alfred Archambeault

Joseph-Alfred Archambeault

Mgr Joseph-Alfred Archambeault (1859-1913), le premier évêque de Joliette, mort en pleine maturité, à 53 ans, tué peut-être par son zèle excessif, est né, d'une famille qui s'est hautement distinguée, le 23 mai 1859, au village de l'Assomption.

Son père, le notaire Louis Archambeault, député et ministre à Québec, avait fini sa carrière conseiller législatif. Sa mère, Elisabeth Dugal, qui vécut jusqu'à un âge avancé, eut la joie de le voir évêque. Comme ses frères aînés, Henri et Horace, tous les deux dans la suite avocats au barreau de Montréal, et qui ont fait honneur à leur profession — Horace a été ministre à Québec et il est mort juge de la cour d'appel. Joseph-Alfred suivit les classes du cours classique au collège-séminaire de son village natal, ce beau collège de l'Assomption à qui l'Église et l'État doivent tant d'hommes de valeur.

Comme ses frères également, Joseph-Alfred se distingua par sa bonne conduite, son application, ses talents supérieurs et ses succès brillants. Il prit la soutane à l'Assomption, y enseigna deux ans et alla terminer sa cléricature au grand séminaire de Montréal. Il fut ordonné prêtre, par Mgr Édouard-Charles Fabre, à l'église Saint-Pierre à Montréal, le 29 juin 1882. Entre temps, il avait pensé à étudier le droit et s'était inscrit aux cours de l'Université Laval. Mais ce n'avait été qu'une épreuve du monde de courte durée.

Prêtre et professeur

Devenu prêtre à 23 ans, l'abbé Archambeault partit aussitôt pour Rome à l'automne de 1882, et il étudia trois ans, élève du séminaire français de Santa Chiara, aux grandes universités du Collège Romain et de l'Apollinaire. Ses heureuses aptitudes et son application au travail lui assurèrent, là encore, d'éclatants succès. Il sortit le premier des concours, remporta les médailles d'or et se vit conférer cum maxima laude les titres de docteur en théologie et en droit canonique. Dix ans plus tard, les prêtres-étudiants du collège canadien entendaient citer son nom, avec celui de Mgr Louis-Adolphe Paquet, comme étant ceux des plus méritants et des plus brillants parmi leurs prédécesseurs.

Revenu au pays, l'abbé Archambeault fut professeur de philosophie au collège de sa jeunesse, à l'Assomption, pendant trois ans, de 1885 à 1888. Mgr Fabre, qui aimait à s'entourer de jeunes prêtres de talents, l'appela en 1888 à l'archevêché, où il devait tenir des postes de confiance jusqu'en 1904. Il y devint, tour à tour, ou en même temps, vice-chancelier ou chancelier diocésain, chanoine titulaire, vice-gérant du diocèse, supérieur des Sœurs de la Providence, professeur et vice-recteur à l'Université Laval, protonotaire apostolique de Rome. Enfin, le 23 juin 1904, il était préconisé premier évêque de Joliette, par le pape Pie X, et, le 24 août suivant, il était sacré, dans sa cathédrale, à Joliette, par son archevêque et son ami, Mgr Louis-Joseph-Napoléon-Paul Bruchési.

Évêque de Joliette

Il organisa et administra le diocèse de Joliette, dont il était l'évêque-fondateur, avec un zèle et une clairvoyance qu'on a justement loués. Mais hélas ! son règne épiscopal ne fut pas de longue durée, à peine neuf ans, d'août 1904 à avril 1913. Il mourut, soudainement foudroyé par une hémorragie cérébrale, en pleine visite pastorale, le 25 avril 1913, à 53 ans, au midi de sa vie, semblait-il. Mais il mourait, on peut l'écrire, riche d'œuvres et de mérites. Petit de taille, comme le Zachée de l'évangile, mais de jolie figure, ouverte et franche, toute ronde et rose de sang à fleur de peau, avec de beaux yeux un peu gros, clairs et brillants, où l'émotion allumait vite l'éclair, un nez court mais bien tourné, une belle bouche aux lèvres minces et aux dents éclatantes de blancheur, Mgr Archambeault était un homme au physique attrayant et à la mine engageante.

D'esprit puissant et d'intelligence vive, abondamment nourri d'ailleurs et cultivé par un travail méthodique et soutenu, de cœur sensible et profondément affectueux, que la soif des âmes et le zèle pour les œuvres dévoraient sans cesse, de sang chaud, ardent et impétueux, sympathique au possible, il prenait tout de suite sur ceux qui l'approchaient, petits et grands, une irrésistible emprise. Il n'y avait pas moyen de ne pas l'aimer, en dépit des saillies d'humeur qui échappaient parfois à sa riche nature. Aussi était-il aimé, tout autant, et plus encore, qu'il était estimé et admiré pour ses qualités et ses riches talents. De même qu'il était plutôt petit, bien au-dessous de la moyenne, ainsi il avait la voix couverte et pas toujours juste. C'étaient ses deux ennuis, qu'il supportait cependant assez joyeusement. Il aurait voulu, semblait-il parfois, se grandir un peu et trouver des tons plus flexibles pour parler de plus haut et chanter mieux les magnificences de Dieu. Mais, tel qu'il était, grâce à son bel esprit et à son grand cœur, à son insu peut-être et plus qu'il ne le pensait lui-même, du haut de la chaire sacrée ou du trône épiscopal, il arrivait souvent à la véritable éloquence et prenait toujours le chemin des âmes pour ne s'en écarter jamais.

Mieux que personne, il savait toucher, convaincre, persuader et convertir. De sa plume savante et alerte, dans un style un peu chargé peut-être, mais si net, si clair, si ami des divisions et des subdivisions par trois, il a écrit nombre de pages remarquables de substance et de méthode. En neuf ans, il a produit trois gros volumes de lettres et mandements. Ses "pastorales" sur la communion fréquente (1906), sur les Quarante-Heures (1907,) sur la ligue sacerdotale (1909), sur l'Eucharistie (1910), sur le centenaire de Mgr de Laval (1908), sur le premier concile plénier du Canada (1909), sur les Écoles normales (1912) et sur les retraites fermées (1912), pour n'en citer que quelques-unes, sont d'un penseur, d'un théologien, d'un docteur et, pour tout dire, d'un grand évêque.

Homme de doctrine, Mgr Archambeault était pareillement homme d'action. À Joliette, dans sa ville et dans son diocèse, il a multiplié, avec mesure et sagesse toutefois, les œuvres et les instituts d'éducation, de chanté ou de piété. On lui doit, dans la ville épiscopale, le parachèvement de la cathédrale et de l'évêché, l'agrandissement considérable du collège devenu séminaire diocésain, la fondation d'un orphelinat pour les garçons, d'un jardin de l'enfance et d'une école normale, l'établissement de la maison provinciale des Sœurs des Saints Cœurs, du noviciat de la Providence, du monastère du Précieux-Sang; et ailleurs, dans le diocèse, la fondation de l'hospice des vieillards de Saint-Lin, les agrandissements du collège de Berthier, du couvent de l'Epiphanie, de l'académie anglaise de Rawdon.

Ajoutons que, apôtre dans l'âme, il animait toutes ces œuvres et les vivifiait de sa parole ardente et de son action persévérante, avec une vigilance de tous les instants et un zèle qui ne se lassait pas. Sa science et sa puissance d'action furent particulièrement mises en lumière au concile plénier de Québec en 1909. Il y remplissait les hautes fonctions de secrétaire des "congrégations" des évêques. Ses distingués collègues ont été unanimes à proclamer qu'il fut, en cette qualité, l'un des plus actifs et des plus brillants ouvriers de ce grand œuvre du premier concile national canadien. Déjà, étant chanoine, il avait été, en 1895, l'un des plus distingués théologiens du concile de Montréal.

En deux mots, la vie de Mgr Archambeault, le premier évêque de Joliette, a été, dans toute la force du terme, celle d'un homme de Dieu, fidèle à son double mandat d'apôtre et de chef. Il parlait vraiment à ses fidèles, et il agissait pour eux, au nom de Dieu, comme il parlait à Dieu, au nom de ses fidèles, et intercédait sans cesse pour eux. Cet évêque était avant tout surnaturel dans ses vues et dans son désir du bien.

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