Alexandra Kollontaï
Alexandra Kollontaï
AlexandraKollontai.jpg
Mandats
Ambassadrice de l'Union soviétique en Suède
19301945
Ambassadrice de l'Union soviétique au Mexique
19261927
Ambassadrice de l'Union soviétique en Norvège
19231924
19271930
Commissaire du peuple à l'Assistance publique
novembre 1917 – mars 1918
Biographie
Nom de naissance Alexandra Mikhaïlovna Kollontaï
Date de naissance 1872
Lieu de naissance Flag of Russia.svg Saint-Pétersbourg (Empire russe)
Date de décès 9 mars 1952 (à 80 ans)
Lieu de décès Drapeau de l'URSS Moscou (URSS)
Nationalité Soviétique
Profession Diplomate

Alexandra Mikhaïlovna Kollontaï (en russe : Александра Михайловна Коллонтай), née en 1872 à Saint-Pétersbourg et morte le 9 mars 1952 à Moscou, est une femme politique communiste et féministe russe puis soviétique. Elle est la première femme de l'Histoire contemporaine à avoir été membre d'un gouvernement[1] et ambassadrice dans un pays étranger.

Sommaire

Biographie

Enfance et études

Fille unique d'un général de l'armée tsariste, issue de l'aristocratie, Alexandra Domontovitch reçoit une éducation soignée et polyglotte. Ses origines partiellement caréliennes lui permettent d'acquérir une bonne connaissance de la culture et de la langue finnoises, ce qui orientera sa carrière à partir de 1939.

Après avoir refusé, à l'âge de 17 ans, un mariage arrangé, elle épouse à l'âge de 20 ans un jeune officier dont elle est éprise, qui lui donnera un enfant et son nom en 1893. En 1896, lassée de la vie de couple, elle rompt avec son milieu d'origine et part étudier l'économie politique à l'Université de Zurich, où elle devient progressivement marxiste. Appréciant les voyages, elle parcourt l'Europe, notamment la France, l'Allemagne et l'Italie. Elle se lie avec Lénine et Gueorgui Plekhanov, en exil en Suisse, ainsi qu'avec d'autres figures révolutionnaires, à l'instar de Rosa Luxembourg en Allemagne ou Paul Lafargue en France, dont elle prononce par ailleurs l'éloge funèbre en 1911[2].

Premiers engagements politiques

Alexandra Kollontaï adhère au marxisme et au POSDR en 1898. En 1903, c'est la scission entre bolcheviks et mencheviks : rejetant dans un premier temps l'organisation militarisée[réf. nécessaire] des bolcheviks, elle rejoint les mencheviks. Elle revient un temps en Russie pendant la révolution de 1905.

Commissaire du peuple et critiques du léninisme

Alexandra Kollontaï, au centre, assise à gauche de Lénine lors d'une session du conseil des commissaires du peuple entre décembre 1917 et janvier 1918.

En 1914, elle s'oppose à la Première Guerre mondiale, et pour cette raison rejoint les bolcheviks, en 1915. Elle déclarait ainsi en 1912 : « Le prolétariat russe, aux côtés de celui du monde entier, proteste contre toutes les guerres. C’est un fait bien connu que le prolétariat ne connaît aucune frontière nationale. Il ne reconnaît que deux "nations" dans le monde civilisé : les exploiteurs et les exploités[3]. »

Elle se réfugie quelque temps en Europe du Nord puis aux États-Unis. Elle participe à la révolution de 1917 et devient Commissaire du peuple à l’Assistance publique (qui correspond aux actuels ministères de la Santé) dans le gouvernement des soviets, de novembre 1917 à mars 1918, ce qui lui vaut d'être la première femme au monde à faire partie d'un gouvernement.

Alexandra Kollontaï est rapidement en désaccord avec la politique du parti bolchevik, d'abord avec l'étatisation de la production au lieu de la collectivisation, puis avec la réduction des libertés politiques, les conditions du traité de Brest-Litovsk et la répression contre les autres révolutionnaires. En 1918, elle fait partie de la tendance « communiste de gauche », qui publie la revue Kommunist. Elle fonde en 1920 une fraction interne au Parti, « l'Opposition ouvrière » qu'elle dirige avec Alexandre Chliapnikov et qui réclame plus de démocratie et l'autonomie des syndicats. En 1921, lors du passage à la NEP, elle accuse Lénine d'être devenu un défenseur du capitalisme.

Le droit de fraction est supprimé en 1921 dans le parti bolchevik, qui est devenu le parti unique de Russie, et l'Opposition ouvrière est dissoute. Alexandra Kollontaï fait cependant partie des signataires d'une lettre ouverte écrite par Alexandre Chliapnikov en 1922.

Ambassadrice de l'URSS : un exil diplomatique

Alexandra Kollontaï devient ambassadrice de l'Union soviétique en Norvège en 1923 — elle y était représentante depuis 1922, mais ce n'était pas encore une ambassade à proprement parler —, ce qui revient à un exil de fait et lui interdit toute action dans la vie politique soviétique. Cela fait néanmoins d'elle la première femme ambassadrice. Elle n'est pas formellement inquiétée, mais les journaux de l'époque l'attaquent avec virulence en mettant l'accent sur sa vie sentimentale sulfureuse, n'hésitant pas à la surnommer : « la scandaleuse » ou « l'immorale ». Alors qu'elle effectue un voyage aux États-Unis en qualité de représentante du Parti, les journaux soviétiques titrent : « La Kollontaïnette part pour l’étranger ; si ça pouvait être pour toujours ! »[4]. Cet éloignement lui permet cependant d'échapper aux purges staliniennes, qui frappent notamment les anciens de l'Opposition ouvrière, entre 1927 et 1929, entraînant des déportations au Goulag et des assassinats. Elle marque son mandat en récupérant l'or que l'ancien chef du gouvernement provisoire de la Russie Alexandre Kerensky avait transféré en Finlande.

Après des missions diplomatiques saluées — en tant qu'ambassadrice et « représentante commerciale » — au Mexique (1926-1927) et à nouveau en Norvège (1927-1930), Alexandra Kollontaï est nommée ambassadrice en Suède en 1930 et mène la négociation pour les deux armistices entre l'URSS et la Finlande, en 1940 et en 1944. Des hommes politiques finlandais proposeront sa candidature pour le Prix Nobel de la paix, en 1946.

Fin de vie

Photographie d'Alexandra Kollontaï.

Alexandra Kollontaï renonce en mars 1945 à ses fonctions et termine sa vie à Moscou, où elle décède en 1952.

Féminisme

Comme beaucoup de socialistes ou de communistes, Alexandra Kollontaï condamne le féminisme, le considérant comme « bourgeois », puisqu'il détourne la lutte des classes en affirmant qu'il n'y a pas qu'une domination économique, mais aussi une domination des genres. Mais elle vise cependant à l'émancipation de la femme dans le combat communiste ; elle déclare ainsi : « La dictature du prolétariat ne peut être réalisée et maintenue qu’avec la participation énergique et active des travailleuses[5]. »

Elle participe à la première conférence de l'Internationale socialiste des femmes, le 17 août 1907, à Stuttgart (Allemagne). En 1910, elle accompagne la femme politique allemande Clara Zetkin (qu'elle aide à créer la Journée internationale des droits de la femme, le 8 mars) à la deuxième conférence qui se tient à Copenhague ; elle y représente les ouvrières du textile de Saint-Petersbourg[4]. Lors de la conférence qui a lieu deux ans plus tard à Bâle, elle est qualifiée de « Jaurès en jupons »)[2]. Elle est membre honoraire de la British Society for the Study of Sex Psychology[2]. Elle est membre en 1921-1922 du secrétariat international des femmes au Komintern, en tant que secrétaire générale.

Elle sera cependant au cœur de nombreuses polémiques sur la place des femmes dans la société soviétique. En effet, elle pose la question de ce que sera la famille une fois que celle-ci ne reposera plus sur les liens économiques. Elle estime que le mariage et la fidélité sont appelés à disparaître et veut éviter ce qu'elle appelle la « captivité amoureuse », qui crée la jalousie pour atteindre une « monogamie successive ». Les liaisons hommes-femmes devront être axées autour d'une attirance sexuelle naturelle. Elle est critiquée par Lénine comme par Trotski, plus prudes, qui estiment le couple fidèle comme la forme naturelle de famille. Au courant de ses nombreuses liaisons amoureuses, Lénine qualifie la vision de Kollontaï de « décadente »[réf. nécessaire].

L'action d'Alexandra Kollontaï, en tant que commissaire du peuple, et de ses consœurs leur permet d'obtenir le droit de vote et d'être élues, le droit au divorce par consentement mutuel, l'accès à l'éducation, un salaire égal à celui des hommes, des congés de maternité et l'égalité de reconnaissance entre enfants légitimes et naturels. Le droit à l'avortement est obtenu en 1920 — il sera supprimé en 1936 par Staline, puis à nouveau autorisé après la mort de ce dernier.

Postérité

Alexandra Kollontaï a inspiré la création d'une marque de vêtements québécoise « Kollontaï »[6],[7].

Citations

  • « Lors des conflits et des grèves, la femme prolétaire, opprimée, timide et sans droits, d’un coup apprend à se tenir debout et droite... la participation au mouvement ouvrier rapproche l’ouvrière de sa libération » ;
  • « Il ne peut y avoir d'activité en soi sans liberté de pensée et d'expression, pour qu'elle se manifeste non seulement dans l'initiative, l'action et le travail, mais aussi dans la pensée indépendante » (L'Opposition Ouvrière, Les Itinéraires de citoyenneté, 1921) ;
  • « Pour supprimer la bureaucratie nichée dans les institutions soviétiques, nous devons d'abord nous débarrasser de la bureaucratie dans le parti lui-même » (L'Opposition Ouvrière, Les Itinéraires de citoyenneté, 1921).

Notes et références

Bibliographie

  • Alexandra Kollontaï, L'Opposition ouvrière, Le Seuil, 1974.
  • Alexandra Kollontaï, Marxisme et révolution sexuelle, La Découverte, 2001.
  • Arkadi Vaksberg, Alexandra Kollontaï, Fayard, 1998.
  • Georges Duby et Michelle Perrot, Histoire des femmes au XXe siècle

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