Alevi

Alévisme

L'alévisme (alevilik en turc, aleviyye/alawiyya en arabe, itiqate ma en zazaki) (Dersim) Le vrai noms des alevis est « kizilbas » (à ne pas confondre avec les qizilbas d‘Iran). L’alevisme-kizilbas des campagnes anatoliennes est en fait un syncrétisme (un mélange de plusieurs croyances et religions) qui découle des croyance anciennes chamanistes turkmènes, mêlées aux croyances des populations plus anciennes qui provenaient d’une mosaïques de religions dont le mazdéïsme (chez les Perses), le zoroastroïsme (chez les Kurdes, Perses), le nestorianisme, le paulicianisme (manichéisme), le christianisme orthodoxe. Populations nouvelles et anciennes s’imprègnent ainsi de leurs croyance réciproques. La culture des kizilbas a était offensée et blessée dans l ‘empire ottoman. Les leaders kizilbas, au XIXe siècle, ont décidé de changer leur nom en s’appropriant le nom « alevi », car le nom « kizilbas » était péjoratif et détesté. Les droits des kizilbas n’existaient pas au sein de l‘empire, leur existence était niée, ils ont été victimes de nombreux massacres (40 000 kizilbas ont eté massacrés par les seules consignes de Selim 1er, le 9ème sultan de l’empire ottoman , dit « Le Cruel »). Deux choix se présentaient à eux : le premier était de se convertir à l'islam sunnite, le second de mourir. Les conversion ont donc été très nombreuses. Les alevis d’aujourd’hui sont les kizilbas qui ont échappé aux massacres et aux conversions. La question que se posaient les kizilbas était : « Qui pourrait nous représenter ? » Les kizilbas vivant dans l'injustice en étant opprimé se sont vus à travers un leader dont le califat a été volé, qui s’est fait assassiner lorsqu‘il faisait sa prière, c’est-à-dire en Ali et en ses 12 descendant, dont (Hasan, Hüseyin ...) qui sont mort au martyre à Kerbela. C’est dans les années 1850 que le nom alevi s’est écoulé sur les langues en remplaçant le nom kizilbas. Avec un personnage de l’islam comme Ali, ils ont réussi a dissimuler leur croyance mystiques. L’alevisme peut en faite être comparé à une philosophie, une manière de vivre, un état d’esprit établit par un mélange de beaucoup de croyances et relgions. Bien qu'il soit de tradition très ancienne, certains voient en l'alévisme l'exemple d'une tradition moderne. Par exemple l'alévisme considère que « la femme est égale à l’homme, et en tant que telle. Elle est une composante essentielle de la société ».

L'alévisme constitue la seconde religion en Turquie après le sunnisme. Il représente entre 20 à 25 % de la population nationale[1].

Il est resté théologiquement proche du chiisme, lequel a évidemment aussi évolué. Cependant, l'alevisme est à l'origine de beaucoup de débat sur son appartenance à l'islam, les façon de pratiquer et de croire de l'alevisme sont trés différentes à celles de l'islam, par exemple les alevis voient Dieu comme une omnipresence sur terre dans la matière, en l'etre humain, et non pas comme les musulmans le voit dans les cieux, le paradis et l'enfer est sur terre, et ils croient en la réincarnation, contrairement à la croyance musulmane.

Sommaire

Introduction

Répartition géographique des Alévis en Turquie.

L’alévisme a eu un impact fondamental dans l’histoire, la religion et la culture des peuples turcs du Turkestan aux Balkans, y compris en Anatolie et en Azerbaïdjan.

Cette croyance était considérée comme hérétique par le pouvoir central sunnite ottoman. Néanmoins, les bektachis jouaient un rôle important au sein du corps militaire d'élite, les Janissaires. Oppressions, révoltes, persécutions furent le lot des alévis. Les alévis se plaignent d’être l’objet de pressions plus ou moins violentes de la part d’une mouvance sunnite radicale.

Les alévis vivaient en milieu rural. Les pressions ottomanes sunnites les ont contraints à y rester et/ou s'y cacher.

Dans les années 1960, avec l’exode rural, ils ont commencé à émigrer dans les grandes villes comme İstanbul, Ankara, İzmir, etc.

Aujourd’hui, les alévis seraient entre quinze et vingts millions en Turquie. La majorité des alévis sont d’origine turque et turkmène mais il y a aussi des alevis zazas ou kurdes kurmandji. Dans les Balkans une partie importante des albanais et de petits groupes bosniaques sont bektachis. Il existe également des communautés alévies en Bulgarie...

Les Mevlevi-Shemsis, en Turquie, font aussi partie de l’islam alévi. Il existe aussi en Azerbaïdjan, en Iran et en Irak, d'autres groupes chiites hétérodoxes (ghulat) apparentés aux Alevis et Bektachis tels les Ehl-i Hakk (Kurdes/Turkmens) dits aussi Ali-Ilahi, les Kakaiyya (Kurdes/Turkmen), Shabak (Kurdes), Sarliyya (Kurdes), Ibrahimiyya, Kirklar ou Jahaltan (Turkmen)... Ils reconnaissent tous notamment Hadji Bektash mais à différents degrés... Les Nusayris (ou Alaouites) arabes dans le sud de la Turquie et en Syrie sont théologiquement assez proches des alévis.

Histoire

Aux premiers siècles de l’ère islamique l’alévisme et le chiisme ne faisaient qu’un[2]. La divergence est intervenue quand les Turcs se sont islamisés. Il faut dire aussi que les Turcs ont combattu, du VIIe au IXe siècle, les empires omeyyade et abbasside sunnites[3].

L’islam alévi est né en Asie centrale mais a pris sa forme finale en Anatolie, avec les influences des anciennes religions anatoliennes, ainsi que des courants tels que le paulicianisme ou le bogomilisme.

Vers les années 800, le 8e des 12 imams de l’Ehlibeyt (la famille du Prophète), Imam Riza, est arrivé au Khorasan (l’actuel Turkménistan et le nord-est de l’Iran) en raison des persécutions que lui faisait subir les dignitaires sunnites[4]. Quelque temps après, il a commencé à former des disciples et à les envoyer dans les populations turcophones du Khorasan et du Turkestan. Les Turcs se sont convertis via ces élèves car ils servaient la cause de l’Ehlibeyt donc des non-sunnites.

En même temps, de 860 à 931 un état alévi avait été fondé au sud de la mer Caspienne par Hasan bin Zeyd, descendant de l’imam Hassan. Ce fait montre l'importance des partisans d'Ali dans la région. Vers les années 941-942 le voyageur arabe Abu Dulaf, qui se trouvait en Asie Centrale, parle pour la première fois des Turcs alévis (alawi en arabe).

Hünkar Hajji Bektash Wali (Veli) est à l'origine de la confrérie bektachi(Babagan) fondée 3 siècles après sa mort par Balim Sultan ; les Tchelebi (Çelebi), quant à eux, revendiquent leur lignée directement de la descendance du Saint.

Vers les années 1500, l’oppression ottomane envers les alévis devient insupportable et ces derniers soutiennent le Chah Ismail Ier. Ses partisans se font appeler Qizilbash. En 1514 le Chah Ismail perd la bataille contre le sultan Sélim. Les Ottomans qui s’étaient persanisés et arabisés (eux-mêmes ne se considéraient pas comme turc) détestaient les KizilBash (alévis) d'origine turkmène...

Durant tout le XVIe siècle et la première moitié du XVIIe siècle il y eut des dizaines de soulèvements. Les alévis avaient deux possibilités, se convertir au sunnisme ou mourir. Les uns se sont convertis et les autres se sont retirés dans les montagnes.

En 1923 beaucoup d'alevis ont soutenu Atatürk dans ses réformes, croyant pouvoir accéder à la laïcité et ainsi pouvoir pratiquer leur culture en liberté. Mais durant les années 50-90, la mainmise des sunnites dans les structures religieuses de l'État n'a pas permis d'évoluer vers une reconnaissance officielle.

Aujourd'hui en Turquie

En conséquence les alevis d'aujourd'hui sont confrontés à deux types de discrimination :

Discrimination religieuse

Le problème principal des alévis est que le directorat des cultes (diyanet) est sous le contrôle des sunnites, et les alévis, qui paient leurs impôts comme tous les citoyens turcs, ne profitent pas des services de ce directorat, comme, par exemple, la construction de Cem evis, la formation des Dede, etc. Les alévis attendent toujours une reconnaissance du gouvernement.

Discrimination culturelle

Dans les livres d'écoles il n'y a aucune référence à l'alevisme tant pour la croyance que pour l'histoire ou la littérature. Actuellement, le gouvernement au pouvoir continue à nier l'alevisme (et donc un élément important de la culture turque et kurde) et cette situation devient de plus en plus préoccupante et crée un malaise dans la société turque.

Le 19 août la réponse du gouvernement sunnite aux associations alevis était la suivante (on peut la résumer ainsi) : l'alevisme n’existe pas.

Croyance proche de l'islam

Bilmeyen ne bilsin bizi,
Bilenlere selam olsun

Yunus Emre

(Comment ceux qui ne nous connaissent pas peuvent nous comprendre,
Mais ceux qui (nous) connaissent, nous les saluons.)



La croyance alévie est basée sur la foi en la « trinité » Allah, Mahomet (Prophétie) et Ali (Sainteté). Ils sont appelés « Uçler », (les Trois). En fait c'est la simplification de la chahada islamique avec en plus Ali : il n'y a qu'un seul Dieu, Mahomet est son prophète, Ali est son saint. (Les alévis pensent que la succession du prophète devait revenir à Ali.) Mais il y a aussi d’autres hiérarchies célestes :

  • « Beşler », (les Cinq), Mahomet, Ali, Fatima, Hasan et Husayn dits aussi khamsa al-i aba ou pençe al-i aba
  • « Onikiler », (les Douze), les Douze Imams.
  • « On dört masum-u paklar », les Quatorze Purs Innocents : ils sont les quatorze enfants des Imams, tués en bas âge.
  • « Kirklar », les Quarante : ils font partie de la hiérarchie cosmique, ils ordonnent le monde et demeurent cachés. Ils sont en nombre constant dans le temps. Quand l'un d'eux meurt, un membre des "Trois Cents" le remplace.

Les Douze Imams sont très vénérés dans l’alévisme ainsi que dans le chiisme.

La prière est nommée le cem (prononcé djème de l'arabe jam qui signifie rassemblement, communion). Le cem est basé sur la visite de celui-ci parmi les kırklar, « les Quarante » après son ascension céleste (miradj). Les alévis l’appellent kırklar cemi, l'assemblée des quarante, car il y aurait eu quarante personnes dans l’assemblée. En fait, c'est un rituel dans lequel il y a la prière, le samâ' et la commémoration du martyr de Husayn ben Ali.

Le chef spirituel est le dede, descendant de Mahomet, dont le rôle est de faire appliquer le droit religieux, de conduire les cérémonies et de prêcher.

Les alévis n'ont pas de livre sacré, ils considèrent l'être humain comme leur livre sacré, la vertié est au fond de chaque être humain. Cependant ils ont aussi des livres saints en langue turque parmi lesquels il ya le « catéchisme » alévi, et autres recueils de Saints. Le lieu de culte des alévis est le cemevi ou maison de jam, une maison adaptée à la communion. Les alévis ne vont pas à la mosquée.

Les différents Jeûnes  :

  • 10/12 jours de jeûne de Muharrem, pour commémorer pour le martyr de Hussein.
  • 3 jours de Masum-u Pak
  • 3 jours de Madad Muruwwat (medet muruvvet)
  • 0/3/9 jours pendant le Ramadan pour commémorer le martyr de Ali, cousin et gendre du Prophète et la descente du Coran.
  • 3 jours de jeûne de Hizir (En arabe : khiḍr, vert) en l'honneur du Prophète Hizir
  • jeûne des 48 jeudis de l'année lunaire

Hizir est très présent dans l' alévisme et la mystique musulmane, le « tasavvuf ».

Chez les alévis le hadj formel (pèlerinage à la Mecque) n'est pas présent, car leur croyance et conception sont differentes de celle de l'islam car ils pensent que Dieu est présent dans chaque homme. Cependant, le culte des saints (nommés veli) existe et les visites aux tombeaux des saints sont fréquentes.

La principale confrérie de l'alévisme est le bektachisme. L'enseignement majeur de Hünkar Bektaş Veli est Dört kapı kırk makam, chemin initiatique du bektachisme et de l'alévisme.

On peut noter également beaucoup de mélanges avec mouvements religieux comme le zoroastroisme pratiqués en perse et en Mesopotamie et d'autre croyance originaires de l'Asie mineure, notamment le paulicianisme qui, à son tour a nourri la foi des bogomiles et des cathares.

Littérature

On peut dire sans crainte que la littérature alévie a influencé profondément la littérature turque en générale ainsi que la littérature chiite.

Les hymnes chantés avec ou sans accompagnement de bağlama (saz) sont appelés nefes (souffle). Les chants religieux et spirituels chantés avec le bağlama sont appelés deyiş (dit). Les cantiques traitant du martyr de Husayn sont appelés mersiye. Les cantiques qui racontent l'ascension céleste du prophète sont appelés miraçlama. Les cantiques adressés aux 12 imams sont appelés duvaz-imam (12 Imams en persan). Les cantiques traitant des cycles d'incarnation de prophétie et de sainteté sont appelés devriye (en arabe, dawr, révolution/cycle). Les cantiques psalmodiés le jour du Nevruz (Newroz) (21 mars) rappelant la naissance de Ali dans la Kaaba, du jour de la révélation prophétique, du mariage d'Ali et Fatima, sont appelés nevruziye.

Comme c'est une littérature très étendue dans l'espace et dans le temps, du Turkestan au Balkans, il faut la diviser par région et par siècle. La grande littérature alévie est née au XIIe siècle.

Au Turkestan son premier représentant est Ahmed Yesevi (XIIe siècle).

En Azerbaïdjan ses représentants sont :

En Anatolie nous avons :

Dans les Balkans les représentants sont :

Fuzuli était aussi un poète chiite. Nesimi, Yemini étaient en même temps des poètes Houroufis. Virani se considérait aussi poète Nusayri. Il y a aussi d'autres poètes alévis appelés halk ozanı c’est-à-dire « bardes du peuple » car ils n'ont pas été derviches ou abdals ; parmi eux, citons Köroğlu, Karacaoğlan, Kerem, Garip, Gevheri, Dadaloğlu.

Notes

  1. Ali Kazancigil, Idées reçues [« La Turquie »], vol. 156, Le Cavalier Bleu, 2008, 126 p. (ISBN 2846701954), p. 49 
  2. Au début de l’ère islamique, il n’y avait pas de chiisme ou d’alévisme, mais simplement un parti d’Ali, c’est-à-dire les partisans d’Ali pour la succession du Prophète.
  3. Les Köktürks, les Khazars, les Bulgares, les Shahis d’Afghanistan (descendants des Turcs Kushans), etc. Tous ces peuples ont été en conflit avec les Omeyyades et les Abbassides. On peut dire que ces guerres ont fortement influencé les populations turcophones.
  4. De nombreux descendants du Prophète se sont exilés au Turkestan et au Khorasan. Imam Riza est un symbole.

Bibliographie

  • Kitsikis, Dimitri (1999). Multiculturalism in the Ottoman Empire : The Alevi Religious and Cultural Community, dans P. Savard & B. Vigezzi eds.,Le multiculturalisme et l'histoire des relations internationales, Ottawa, Les Presses de l'Université d'Ottawa, 1999.
  • Jérôme CLER et Jean DURING, Cérémonie du djem Alevi.
  • Claude CAHEN, Baba Ilyas, Hadji Bektash et quelques autres
  • Irène MELIKOFF, Sur les traces du soufisme turc : recherches sur l'Islam populaire en Anatolie, Istanbul, Editions Isis, 1992
  • Irène MELIKOFF, Hadji Bektach : un mythe et ses avatars. Genèse et évolution du soufisme populaire en Turquie, Leiden, Pays Bas, Brill, 1998
  • Irène MELIKOFF, La communauté kizilbash du Deli Orman, en Bulgarie, Revue des études islamiques, 60, 1992.
  • Elise MASSICARD,L'autre Turquie - Le mouvement aléviste et ses territoires, PUF, 2005.

Liens externes

Voir aussi

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