Albertine Sarrazin
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Albertine Sarrazin (17 septembre 1937, Alger10 juillet 1967, Montpellier) est un écrivain, première femme française à raconter sa vie de prostituée et de délinquante, et son expérience en prison pour femmes. Elle meurt à 29 ans, après avoir passé huit années en prison.

Sommaire

Vie

L'enfance

Déposée à sa naissance, le 17 septembre 1937 à l’Assistance Publique d’Alger (Algérie) (source familiale), elle est baptisée Albertine Damien le 23 septembre : en effet, on donne aux enfants de l'Assistance le nom du saint du jour où l'enfant est trouvé. Elle est adoptée en février 1939 par un couple sans enfant. Le père, 58 ans est médecin militaire en poste à Alger. La mère, Thérèse, - « mother » dans les lettres d’Albertine - a 55 ans. Elle est sans profession et sera infirmière bénévole pendant la guerre. L’acte d’adoption définitif est rédigé au 17 novembre 1941. A deux ans, l'enfant est victime d’un accès de paludisme, début d’une longue série de crises. Elle fréquente les établissements religieux de la colonie : en 1947, elle est diplômée d’éducation religieuse, possède le certificat élémentaire signé par l’archevêque d’Alger.

Son père cessant de faire partie des corps de réserve depuis le 15 avril 1941, la famille quitte Alger en 1947 et emménage en métropole, à Aix-en-Provence, dans un logement meublé au 28 rue de la Paix.

Albertine suit l'apprentissage rigoureux d'une enfant élevée dans un milieu bourgeois, inscrite au collège Sainte-Catherine-de-Sienne d’Aix-en-Provence, et obtient au fil des ans de nombreux premiers prix d'excellence, malgré un viol subi à l'âge de dix ans par son oncle.

En 1949, elle commence à écrire dans des carnets à spirales Les aventures de trois guides indisciplinées. En 1952, elle devient interne au lycée. Mais complètement indisciplinée aux yeux de son père, ce dernier l’oblige à voir un psychiatre qui la juge normale mais qui recommande un éloignement familial. Le juge accorde alors « la correction paternelle » qui autorise le père à mettre son enfant en prison.

Elle est donc envoyée de force dans l’établissement Bon Pasteur à Marseille. A son entrée elle est rebaptisée Anick (à l'instar de toutes les pensionnaires arrivant dans cet établissement). La durée du séjour est de 6 ans, jusqu'à sa majorité (21 ans). Parallèlement le colonel tente de révoquer l’adoption et une enquête sociale débute.

Le procès

En 1953, elle passe la première partie de son baccalauréat, qu'elle obtient avec mention bien, elle s'enfuit à Paris. Avec une camarade du Bon Pasteur retrouvée à Paris, elle a de nombreuses aventures, se prostitue, chaparde dans les voitures, les magasins. Fin 1953, elle retourne à Marseille voir son père, lui vole son pistolet et repart à Paris. Elle tente un hold-up où son amie blesse la vendeuse d'un coup de revolver à l'épaule droite.

Les deux filles, en fuite, sont arrêtées le 20 août, boulevard Saint-Michel. Le 24 elles sont présentées au juge Bertin, et sont alors séparées. C'est à ce moment-là qu'elle commence à rédiger les carnets verts. Quelques jours plus tard, elle est déférée au parquet et envoyée à Fresnes. En 1954 elle commence à écrire des poèmes et un an plus tard, elle passe son bac de Terminale à Vanves.

En novembre 1955, les deux amies comparaissent aux assises des mineures de la Seine ; le procès est à huis clos. Anick nargue les juges et les jurés de la cour d'assises : « Je n'ai aucun remords. Quand j'en aurai, je vous préviendrai », dit-elle au procès. Elles sont condamnées. Anick est jugée comme cerveau du braquage. Elle est condamnée à sept ans de prison (sa comparse « ne prend que cinq ans »), d'abord à Fresnes puis à la prison-école de Doullens dans le Nord de la France (aujourd'hui désaffectée), en 1956. Elle a le matricule 504, et est regroupée dans la division Béarn. Parallèlement, ses parents, auxquels elle venait de demander un avocat, pour toute réponse se contentent de révoquer l'adoption plénière (procédure rarissime en France).

En octobre elle s’inscrit au certificat d’études littéraires générales classiques, session juin 1957.

La même année, elle est mise au cachot pendant dix jours pour avoir embrassé une autre détenue sur la bouche. Le 19 avril 1957, elle s'évade en sautant d'une hauteur de dix mètres et se brise l'astragale (un petit os du pied), ce qui la fera extrêmement souffrir et l'empêchera même de marcher. En rampant, elle se traîne jusqu'à la route nationale.

Le grand amour

Là, Julien Sarrazin, petit malfrat, la ramasse sur le bord de la route, la cache chez sa mère, la soigne, et tombe amoureux d'elle. Il la cache ensuite dans une guinguette de Créteil, « la petite Venise », puis chez une fille de joie. Anick s’attache à lui. Elle est alors hospitalisée à Créteil et opérée de l’astragale.

En mars 1958, Julien est arrêté et incarcéré à Boulogne. Anick se retrouve seule à Paris et se prostitue pour survivre. Elle rencontre alors un mécanicien, Maurice Bouvier, dit l’oncle, qui devient son régulier et lui verse des compensations financières. Quelques mois plus tard, Julien est libéré, et ils partent vivre à Calais.

Le 8 septembre 1958, Julien est arrêté à Abbeville pour vol et Anick pour usage de faux papiers. Julien est relaxé et relâché le 17 septembre, mais Anick doit finir la peine de Doullens, puis est transférée à Amiens. Elle est enfermée dans le quartier des femmes, matricule 2091. Elle s’occupe alors de l’entretien, de la couture et nomme sa machine à coudre Cornélie. Elle étudie la philosophie et l’anglais, écrit des poèmes. Elle débute Times, journal de prison 59.

Le 7 février 1959, Julien et Anick (21 ans) se marient à la mairie du Xe arrondissement, entre deux gendarmes. Anick commence l'écriture de La Cavale. Elle est transférée à Soissons, pour que Julien puisse la voir plus souvent. Mais il est arrêté pour cambriolage et condamné à 15 mois de prison. Il est libéré le 23 septembre 1960.

En octobre, Anick obtient une grâce de sept mois. En 1961, elle a un accident de voiture, avec Julien et la mère de celui-ci. Cette dernière décède. Julien est de nouveau incarcéré, cette fois-ci à Pontoise, pour avoir volé des bijoux et Anick pour les avoir portés. Elle est libérée le 6 juin 1963. En janvier 1964 Anick s’installe à Alès pour se rapprocher de Nîmes où est incarcéré Julien. Elle devient pigiste au Méridional.

Le 7 avril, elle se fait prendre à voler une bouteille de whisky au Prisunic. Elle est condamnée à quatre mois de prison, à Alès. Elle écrit Les soleils noirs qui deviendront l’Astragale : “petit roman d’amour pour Julien”. En mai Julien est libéré. Le 9 août, c'est au tour d'Anick d'être libérée.

En 1964, ils s'installent à la Tanière dans les Cévennes (Hameau de Camias, commune de Saint-André-de-Majencoules), dans une vieille maison achetée par Maurice, un ancien client d'Albertine, qui vient d'y prendre sa retraite et poursuit la jeune femme d'un amour tout platonique.

Mort

Le 27 avril 1964, le directeur d’édition Jean-Pierre Castelnau accepte les manuscrits de L’Astragale et La Cavale. Anick part alors pour Montpellier, pour corriger les dernières épreuves. En 1966, elle est enfin reconnue et célébrée. La même année, elle reçoit le prix des quatre-jurys 1966. Elle achève La Traversière et l'ouvrage est publié le 25 novembre.

Parallèlement, L’Astragale est traduit en espagnol El Astragalo. Début 1967, elle cumule plusieurs opérations de l’astragale,... ce qui ne l'empêche pas de travailler sur l’adaptation au cinéma de L’Astragale par Norbert Carbonnaux.

En 1967, elle meurt à 29 ans des suites d'une opération du rein mal préparée, fatiguée par l'alcool, le tabac, deux autres opérations récentes et sa vie chaotique. L'anesthésiste (non diplômé) ne l'a jamais vue et ne connaît ni son groupe sanguin, ni son poids (le minimum pour opérer) ; de plus, elle n'est pas surveillée en salle de réveil. D'ailleurs, il n'y avait pas de sang de réserve dans cette clinique de Montpellier. La presse dira : « Albertine Sarrazin termine son étrange destin. »

Son mari ne l'entend pas de cette oreille. Il attaque l'équipe chirurgicale en justice : le parquet s'empresse d'abord de classer cette mort sans suite. Julien fait appel et gagne son procès : le chirurgien et l'anesthésiste de la clinique Saint-Roch sont condamnés à deux mois de prison avec sursis et 90 000 francs (13720 euro) d'amende pour homicide involontaire. Peine légère, mais amende lourde pour l'époque. Cette affaire (ajoutée à d'autres semblables) incitera fortement les autorités sanitaires à modifier les règlements concernant l'anesthésie et les procédures pré et post-opératoires.

Œuvres

  • L'Astragale (Jean-Jacques Pauvert, 1965) adapté au cinéma par Guy Casaril en 1969
  • La Cavale (Jean-Jacques Pauvert, 1965) adapté au cinéma par Michel Mitrani en 1971
  • La Traversière (Jean-Jacques Pauvert, 1966)
  • Romans, lettres et poèmes (Jean-Jacques Pauvert, 1969)
  • Poèmes (Jean-Jacques Pauvert, 1969)
  • Lettres à Julien (Pauvert, 1971)
  • Journal de prison 1959 (éditions Sarrazin, 1972)
  • la Crèche, Bibiche, l'Affaire Saint-Jus, le Laveur (nouvelles, éditions Sarrazin, 1973)
  • Lettres de la vie littéraire (Pauvert, 1974)
  • Le Passe-Peine (Julliard, 1976)
  • Biftons de prison (1976)
  • Journal de Fresnes

L'ensemble de ces livres a été tiré à plus de 3 millions d'exemplaires.

Biographie

Liens externes


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