Grammaire Du Sanskrit

Grammaire du sanskrit

La grammaire du sanskrit décrit les sons de la langue sanskrite (phonétique), la formation des mots de cette langue (morphologie), et la composition de ces mots en phrases (syntaxe). Son étude permet de mieux comprendre les citations en sanskrit que présentent les articles relatifs à la culture indienne, et prépare la lecture d'une vaste littérature rédigée en sanskrit. Un survol de l'évolution de la langue qui se figea dans le sanskrit classique, la découverte de ses systèmes d'écriture, et un hommage rendu aux grammairiens qui transmirent ce savoir de l'antiquité à nos jours, préparent l'exposé de cette grammaire[1].

Sommaire

Sanskrit

Suivre l’évolution de la langue du proto-hittite jusqu'au hindi contemporain, se tourner ensuite vers les écritures du sanskrit et ses transcriptions, se souvenir enfin de quelques érudits anciens et modernes, permet d'aborder avec fruit la grammaire du sanskrit.

Évolution de la langue

Paléo-indien : du hittite au védique

Une langue proto-indo-hittite, parlée depuis la plus haute Antiquité sur les rivages méridionaux de la mer d'Aral, émigra ensuite dans trois directions : vers l'empire hourrite du Mitanni au nord de l'actuelle Syrie (qui utilisait déjà, au XIVe siècle av. J.-C., quelques mots proto-sanskrits toujours en usage dans l'Inde d'aujourd'hui : tels les noms de deva- Indra- et Nâsatya-, parmi d'autres exemples), vers la Bactriane ensuite (actuel Afghanistan), et vers le Pendjab enfin, terre des cinq rivières (ce pañjâb- que se partagent l'Inde et le Pakistan depuis 1947) où l'ancienne civilisation — peut-être d'origine sumérienne ? — de Mohenjo-Daro et Harappa avait disparu depuis de nombreux siècles déjà.

L'évolution de cette langue indo-européenne entre l'Iran et l'Inde prépara l'avènement d'un indo-iranien d'où naquirent l'avestique (langue de l'avesta perse) et le védique (langue du veda- aryen). Ces langues purement orales véhiculèrent deux grandes cultures dont les textes sacrés commencèrent à s'écrire à partir du XVe siècle av. J.-C.

Cette langue indo-aryenne, qui évolua vers le védique hiératique (qui tendait à la figer), restait pourtant une langue vivante, diffusée au fil du temps par un védique grammaticalement différent qui mènera à la langue épique, celle des Mahabharata (mahâbhârata-) et Ramayana (râmâyan.a-), des Puranas (purân.a-), et des diverses langues vernaculaires dites prakrits (prâkr.ta-) entachées d'expressions non indo-européennes (ainsi le mot ulûka- hibou « hululant » n'est-il pas d'origine aryenne). De ces prakrits naîtront l'ardhamagadi (ardhamâgadhî-) des jaïnistes, le pali (pâlî-) des bouddhistes, et les différents dialectes du moyen-indien qui aboutiront aux parlers de l'Inde moderne, tels le goujarati (gujarâtî-), le hindi (hindî-), le bengalî (ban'gâlî-)[2], etc.

Méso-indien : du préclassique au classique

Au VIe siècle av. J.-C. : l'essor du bouddhisme et du jaïnisme, la prolifération des prakrits (prâkr.ta-), et l'évolution vernaculaire de l'indo-aryen semblaient une grave menace aux brahmanes chargés de transmettre un védique rituel pur.

Au IVe siècle av. J.-C. : Pāṇini rédige la première grammaire normative d'un sanskrit préclassique en huit chapitres (as.ta- adhyâyin-) chargés de protéger la liturgie des parlers profanes qui évoluaient hors de l'aire sacrée des sacrifices védiques (yajña-).


Au IIe siècle av. J.-C. : Patanjali (Patañjali-), grammairien homonyme du célèbre yogi (yogin-), commente les Huit Chapitres de Pāṇini. Ce réformateur zélé fait œuvre de puriste exigeant et critique. Après lui, sa langue sera qualifiée de sam.skr.ta- (lingua confecta, parfaite, immuable). Tellement parfaite que les bouddhistes traduiront leurs textes canoniques du pali (pâlî-) en sanskrit.

À partir du Ier siècle de notre ère : le Ramayana (râmâyan.a-), certains Puranas (purân.a-), et d'autres traditions orales anciennes furent aussi traduites, puis écrites, selon les canons de la norme grammaticale "définitive".

L'âge d'or de la dynastie Gupta (gupta-, secrète), au Ve siècle, se délectait à l'écoute de l'œuvre du poète Kalidasa (kâlidâsa-) datant du siècle précédent, le IVe, qui nous légua des pièces de théâtre dramatiques telles Shakuntala (s'âkuntalâ-), mère de Bharata- éponyme du peuple indien, les bhârata-) et Raghuvamça (raghu-vams'a-) la lignée de raghu- dans laquelle naquit le râghava- râmcandra-, Rāma le Lunaire, septième avatar (avatâra-) de Vishnou (vis.n.u-).

Néo-indien : du sanskrit aux langues indiennes contemporaines

Deux guerriers étrangers secouèrent la culture indienne, le Hun Toramana, et l'Afghan Mahmud de Ghazni.

En 510 Toramana défait le dernier Gupta, l'Inde éclate en une mosaïque de petits royaumes. Dans les états méridionaux se développent les cultures dravidiennes chaloukya (calukya-), pallava et chola (cola-). Au nord la grammaire du sanskrit se fige, la langue se confine à des cercles étroits de pandits érudits (pan.d.ita-) qui délaissent la richesse verbale de la langue ancienne pour l'usage de phrases nominales de plus en plus complexes. Les sectes hindouistes perpétuent l'usage du sanskrit en l'utilisant comme langue philosophique et religieuse, comme le fit Shankara (s'an'kara-) au VIIIe siècle, par exemple.

L'an 1000 marque un autre tournant historique. Mahmud descend de Ghazni (en Afghanistan), tue les soixante-dix mille hindous "idolâtres" qui défendaient le temple de Shiva (s'iva- le Bienfaisant) à Somnath au Goujerat, puis mène dix-sept razzias dans le nord de l'Inde. La culture islamique ne quittera plus le sous-continent jusqu'à nos jours, et l'hindouisme émigrera vers le sud, sans délaisser l'usage du sanskrit malgré la vivacité des langues indigènes tels l'oriya de l'Orissa, le télougou (telugu-) du Karnataka, le tamoul (tamil-) du Tamil Nadu, et tant d'autres encore. Ainsi Ramanuja (anuja- "petit frère" de râma- le Réjouissant), qui vécut vers 1137 à Shrirangam (s'rîrangam) sur la rivière Cauvery (kâveri-) en terre tamoule, écrivit à cette époque en sanskrit ses commentaires des Brahmasoutras (sûtra- aphorismes, au sujet du brahman-).

En 1526 Babur Shah inaugure le règne des Moghols à Delhi. Son petit-fils Akbar, despote éclairé, protégeait les arts et les lettres. Les pandits (pan.d.ita-) hindous utilisaient toujours le sanskrit mais les prakrits (prâkr.ta-) évoluèrent et peu à peu naquit la langue hindoustani (hindustânî-), que la partition du sous-continent entre l'Inde et le Pakistan, en 1947, scinda entre le ourdou (urdû-) et le hindi (hindî-). Des raisons religieuses et politiques menèrent à "désanscritiser" le ourdou musulman, et à "sanscritiser" le hindi hindouiste. Aujourd'hui la langue sanskrite est vernaculaire pour 6.000 locuteurs seulement, mais elle fleurit dans le lexique du hindi. Et le sanskrit littéraire, apanage de tout indien cultivé, est enseigné dans nombre d'universités indiennes ou étrangères.

  • Voir aussi : Sanskrit, section Histoire : cet article indique quelques différences linguistiques notoires entre les états védique et classique du sanskrit.

Écritures du sanskrit (graphies)

Calligraphies indiennes

L'écriture cunéiforme s'efface au Moyen-Orient, vers le Ve siècle av. J.-C., devant l'écriture et la numération araméennes qui se diffusent vers le soleil levant jusque dans l'immense vallée de l'Indus[3]. À cette époque seize royaumes s'amalgament, en Inde orientale, en quatre états puissants dont l'hégémonique Magadha.

En 364 av. J.-C. la dynastie des Nandas s'impose (nanda- la joie d'avoir un fils), lorsque paraît en Inde une écriture cursive dérivée de l'araméenne, la kharos.tî- qu'utilisent ensuite les Mauryas (maurya-), de Chandragupta l'ancien (candragupta-) qui renverse les Nandas en 321 av. J.-C. jusqu'au règne du puissant Açoka (as'oka- sans souci), mort en 232 av. J.-C., durant lequel nait la première écriture vraiment indienne, la brâhmî-, utilisée conjointement avec la kharos.tî- pour graver les édits du grand monarque sur des stèles de pierre.

Parmi les écritures utilisées à l'époque (supposée) de Patanjali (patañjali-) au IIe siècle av. J.-C., la brâhmî-, lettres et chiffres, fut utilisée pour des inscriptions bouddhistes dans les grottes de Nana Ghat, qui montrent aussi une nouvelle écriture, dérivée de la brâhmî-. Un siècle plus tard, la même écriture dérivée est gravée dans les grottes de Nasik-sur-Godavari, qui utilise les chiffres de 1 à 9 non encore régis par une règle numérale de position[4].

Au millénaire suivant, la dynastie Gupta atteint son apogée sous Candragupta II (375-413), (candra- le Lunaire, gupta- caché). Sous son règne fleurit une écriture gupta- dont dérivent les écritures successives de l'Asie centrale et de l'Inde du nord. Des inscriptions en pallava (pallava- une fleur, un rameau), chaloukya (câlukya-), et vallabhi (vallabhî- bien-aimée) datent de la même époque, en graphies dont dériveront les systèmes d'écriture méridionaux. En 458 parait, dans une cosmologie jaïniste écrite en sanskrit (la lokavibhâga-, vibhâga- partage, loka- du monde), la règle numérale de position selon la base 10, reprise par les astronomes Âryabhata- en 510 et Varâhamihirya- en 575 (varâha- sanglier, mihiriya- fils du soleil ; perses, grecs et romains influencèrent ce grand savant). De 598 date la plus ancienne inscription sanskrite du… Cambodge (une date : an 520 de l'ère s'aka- scythe).

De la brâhmî- dérivent donc les nombreuses calligraphies utilisées en Inde jusqu'à ce jour. L'une d'elles, parrainée par les britanniques durant leur Empire des Indes, est la devanâgarî- qui, légèrement transformée, permet d'écrire la langue hindî- contemporaine. Le sanskrit peut s'écrire en devanâgarî-, préférée par l'Université, mais aussi dans toute autre écriture indienne, tamoul (tamil-), télougou (telugu-), malayalam (malayâlam- la plus méridionale de toutes), etc.

  • Voir aussi : Sanskrit (article de qualité), un exemple de ces calligraphies est donné dans la section : Les écritures du sanskrit.

Chaque caractère consonantique de la devanâgarî- note une demi-syllabe : une consonne suivie de la voyelle neutre /a/. Exemple : lire K se prononce KA. Cette écriture (comme la brâhmî- dont elle dérive) est demi-syllabique, et l'alphabet de ses caractères, qui contient aussi des voyelles, est dit demi-syllabaire.

Voici la notation des caractères :

  • (un TABLEAU à compléter en calligraphie devanâgarî- suivra ici…)

Les signes orthographiques traditionnellement utilisés, mais non retenus dans l'alphabet sont : visarga- (ः) anusvâra- (ं) anunâsika- () avagraha- () virâma- (्) et les 10 chiffres indiens (० १ २ ३ ४ ५ ६ ७ ८ ९). L'usage de ces signes sera expliqué dans la section phonétique ci-après.

Les signes de ponctuation sont : le dan.d.a | (barre de demi-pause), et le double dan.d.a || (double barre de pause).

La Chrestomathie sanskrite de Nadine Stchoupak permet d'exercer la lecture de la nâgarî- ancienne. Les nouvelles de Kris.n.a Baldev Vaid : Histoire de renaissances en édition bilingue hindi-français, permet de lire la nâgarî- moderne.(Ces livres sont cités dans la bibliographie en fin d'article).

Translittération genevoise

La difficulté d'imprimer les caractères nâgarî- en Occident imposa aux érudits européens l'usage de diverses transcriptions utilisant les particularités de leurs langues d'origine. Au XIXe siècle fleurirent des transcriptions allemandes, anglaises, françaises… La traduction française du r.gveda- par Alexandre Langlois (1788 - 1854), rééditée en 1872, offre un exemple pertinent de cette diversité (voir bibliographie en fin d'article).

Le Xe Congrès des Orientalistes, réuni à Genève en 1894, codifia une translittération de l'écriture devanâgarî- qui fait depuis lors autorité pour les ouvrages didactiques édités par les universités. Cette translittération utilise des caractères empruntés à l'alphabet latin, et les signes diacritiques suivants : petit cercle (°) et point (.) souscrits, accent aigu (´) et tilde (~).

1. Voici le tableau des caractères de l'alphabet (aks.arasamâmnâya-) classés selon l'ordre traditionnel utilisé par les dictionnaires, en transcription dactylographique :

  • a â i î u û (r.) (rr.) (l.)
  • e ai o au
  • h. m. k kh g gh n’
  • c ch j jh ñ
  • t. th. d. dh. n.
  • t th d dh n
  • p ph b bh m
  • y r l v
  • s’ s. s h

2. L'orthographe correcte de la translittération genevoise des caractères figurant entre parenthèses dans la liste ci-dessus se décrit comme suit :

  • (r.) (rr.) (l.) remplacer le point qui suit ces lettres par un point souscrit ;
  • (rr.) réduire ces deux caractères à un ;
  • (h.) (m.) (t.) ( th.) (d.) (dh.) (n.) (s.) le point ne suit pas ces lettres, il est souscrit ;
  • (s’) s'écrit s surmonté d'un accent aigu, et non s suivi du signe d'apostrophe ;
  • (n’) s'écrit n surmonté d'un point, et non n suivi du signe d'apostrophe.

3. Et voici le tableau des caractères de l'alphabet sanskrit en translittération genevoise : (Une page d'aide Unicode permet de traiter correctement l'orthographe des caractères spéciaux munis de signes diacritiques).

Transcription dactylographique

À défaut de moyens dactylographiques capables d'écrire correctement ce qui précède, certains textes omettent les signes diacritiques (tels petits cercles (°) et points (.) souscrits), et utilisent franchement ç et sh pour noter les deux caractères originaux correspondant à (s' ) et à (s.), et ri pour noter la voyelle r. (çiva ou shiva pour s'iva-, ashta pour as.t.a-, et rishi pour r.s.i-, par exemple). L'usage du ç s'explique : ç est le caractère de l'alphabet phonétique international (de l'Association phonétique internationale, sigle : API, fondée en 1886 par Paul Passy) qui correspond le mieux à la prononciation de la fricative s’ du sanskrit.

Le Petit Larousse grand format 2006 transcrit les mots sanskrits sans utiliser aucun signe diacritique (ainsi lit-on Mahabharata pour mahâbhârata-), et fournit toujours une orthographe la plus proche du français (il donne télougou pour telugu-) ; cet article s'adressant à des francophones il suivra cet usage qui facilite l'emploi de liens internes et externes, mais complètera chaque citation francisée par le mot sanskrit en transcription dactylographique, permettant ainsi au lecteur de s'approcher au plus près de la prononciation classique indienne de cette langue éminemment orale.

Une consultation rapide de l'écran sans l'aide d' Unicode rend les mots translittérés illisibles : cet article utilisera donc une transcription dactylographique utilisant les caractères notés ci-dessus entre parenthèses qui, dans une version ultérieure, sera suivie d'une brève traduction française, de la calligraphie devanâgarî-, et de sa translittération genevoise à traiter par Unicode pour être lisible.

  • Exemple : / as.t.a- / (en français : huit) / (en devanâgarî- : OOOO) / (translittération : a??a) /

Grammairiens et philologues

Érudits indiens anciens et modernes

Anciens :

Comme pour tous les documents de l'histoire indienne, les dates restent sujettes à caution, et vives sont les controverses. Il est communément admis de situer L’Œuvre en huit chapitres (अष्ताध्यायिन Aṣtādhyāyin) de Pāṇini au IVe siècle av. J.-C., à l'époque de la floraison des royaumes de Kosala et de Magadha qui sépara la tentative de conquête du Perse Darius (521-486 av. J.-C.) de celle du Macédonien Alexandre le Grand (326 av. J.-C.). Bouddhisme et jaïnisme créaient une gêne grandissante pour la suprématie du brahmanisme post-védique… et de sa langue.

Deux siècles plus tard le grammairien Patanjali (Patañjali-) écrivit son mahâ- bhâs.ya-, Grand Commentaire du as.tâdhyâyin-, durant le règne des maurya- bouddhistes qui rayonnaient de leur capitale Pataliputra- (actuelle Patna) jusqu'à l'Indus, le S'rî Lan'kâ, et l'Extrême-Orient. Un puriste s'avérait bien nécessaire pour éviter l'intrusion de barbarismes dans la vieille langue sacrée…

Modernes :

(à développer ici : autres érudits indiens)

Érudits occidentaux hormis les Français

L'étude de la grammaire du sanskrit dépasse largement les frontières de la France. Allemands, Anglais, Hollandais, Américains, y participent activement. Il conviendrait de citer les indianistes suivants :

  • Diogo do Couto (Lisbonne 1542 - Goa 1616), portugais ;
  • João de Lucena (1548 - 1600), portugais, professeur à Evora, jésuite ;
  • A. Rogerius (1651), hollandais ;
  • P. Baldaeus (1672), hollandais ;
  • Henry Thomas Colebrooke (Londres 1765 - Londres 1837), anglais ;
  • Holwell (1771), danois ;
  • Franz Felix Adalbert Kuhn (Koenigsberg 1812 - Berlin 1881), allemand ;
  • Robert Caldwell (1814 - 1891),
  • Rudolf De Roth (Stuttgart 1821 - Tubingue 1895), allemand, professeur et bibliothécaire à l'université de Tubingue ;
  • Friedrich-Max Müller (Dessau 1823 - Oxford 1900), allemand, enseigna à Oxford ;
  • Albrecht Weber (Breslau 1825 - 1901), allemand, professeur à Berlin ;
  • Richard Pischel (1849 - 1908), allemand, professeur à Berlin ;
  • CH. R. Lanman (1850 - 1914), américain, professeur à Harvard ;
  • Karl Geldner (1852 - 1929), allemand, Marburg ;
  • Boehtlingk (1853-1876, années de collaboration avec Roth au dictionnaire sanskrit) ;
  • Alfred Hillebrandt (1853 - 1927), allemand, Breslau ;
  • Hermann Oldenberg (Hambourg 1854 - 1920), allemand, professeur extraordinaire à Berlin ;
  • Maurice Bloomfield (1855 - 1928), américain ;
  • Willelm Caland (1859 - 1932), hollandais, Utrecht ;
  • Sten Konow (1867 - 1948), suédois, Oslo ;
  • Rudolf Otto (1869 - 1937), allemand, Marburg ;
  • Johannes Hertel (1872 - 1943), allemand ?, Lipsia ;
  • Jean Przyluski (1875 - 1944), polonais ;
  • William Jones (1880 - 1953),
  • Monier Monier-Williams (1880 - 1953),
  • Hermann Lommel (1885- ?), allemand, Francfort ;
  • Paul Thieme (1905 - ?), allemand, Tubingue ;
  • Jan Gonda (1905 - ?), hollandais, professeur à Utrecht, (voir bibliographie en fin d'article) ;
  • Mircéa Eliade (Bucarest 1907 - Chicago 1986), né roumain, naturalisé américain ;

Érudits français

François Bernier (Joué-Étiau 1620 - Paris 1688), né en Maine-et-Loire, devint durant douze ans médecin d'Aurangzeb. Surnommé Joli Philosophe, ce docteur épicurien collabora à l’Arrêt burlesque de Boileau, publia un Abrégé de la philosophie de Gassendi en 1678, visita l'Angleterre en 1685, publia un Traité du libre et du volontaire (1685), puis ses Voyages de Bernier contenant la description des États du Grand Moghol et de l'Hindoustan (réédité à Amsterdam en 1699).

Gaston-Laurent Cœurdoux, jésuite (Bourges 1691 - Pondichéry 1779) aborda l'Inde en 1732. Missionnaire à Bukkapuram(Andhra Pradesh) en 1736, puis supérieur de la mission du Maduré de 1744 à 1751, ce disciple du philologue Jean Calmette (jésuite), compara le sanskrit au grec et au latin. Ses observations linguistiques, abrégées en 1776 par l'officier Desvaulx, intéresseront vivement Anquetil-Duperron, l'Abbé Dubois, et Max Müller qui le nommera "père de la philologie comparée".

Abraham Hyacinthe Anquetil-Duperron (Paris 1731 - Paris 1805) marcha de 1755 à 1758 de Pondichéry à Surat, où Darab l'initia au parsi. En 1762, il déposa 180 manuscrits à la bibliothèque de Louis XVI ; l'Académie des inscriptions et belles-lettres, dont les Mémoires contiennent ses travaux, l'appela. Il traduisit l’Avesta en 1771, fonda l'Ecole Orientaliste, et publia : Législation orientale (1778), Recherches historiques et géographiques de l'Inde (1786), Oupanishads traduits en latin (1804) qui enthousiasmeront Arthur Schopenhauer (1788 - 1860).

Joseph Héliodore Garcin de Tassy (1794 - 1878) traduisit le poète Mir Taki (1826), rédigea un Mémoire sur les particularités de la religion musulmane en Inde (1831), puis une Notice sur les fêtes populaires des hindous (1834), Les femmes poètes dans l'Inde (1854), Les auteurs hindoustanis et leurs ouvrages (1868), Histoire de la littérature hindouie et hindoustani (1870,71).

  • La première chaire de sanskrit en Occident fut occupée par Antoine-Léonard Chézy au Collège de France en 1814.
  • Son compatriote Eugène Burnouf (1801-1851) donna aussi ses leçons de védisme à Paris.
  • Abel Bergaigne (1838-1888) tenta ensuite une interprétation philologique rigoureuse du r.gveda-.
  • Alexandre Langlois (1788-1854) en donna une traduction plus "littéraire" que précise (éditée en 1872, voir bibliographie ci-dessous).
  • V.Henry (1850-1907) enseigna à Paris lui aussi, fortement influencé par les Vedische Studïen de l'Allemand Karl Geldner.
  • Au XXe siècle se détache l'œuvre de Louis Renou (1896-1966), sa Grammaire sanskrite datant de 1935, et sa Grammaire védique de 1952, sont magistrales.
  • Les études éclectiques et grammaticales de Jean Varenne méritent aussi de retenir l'attention.
  • Quant aux ouvrages de Madeleine Biardeau, ils dépassent les cadres étroits de la linguistique pour offrir des points de vue originaux sur la culture classique indienne.

Phonétique

La phonétique du sanskrit est l'étude des sons élémentaires de cette langue. Avant d'aborder la théorie phonologique du système sonore, il convient de pratiquer la prononciation correcte de ces sons, parfois étranges pour un locuteur français. L'extrême importance religieuse et magique portée successivement par le védisme, le brahmanisme et l'hindouisme à la prononciation rituelle des versets sacrés est à souligner.

Et pourtant, en Inde, l'usage des langues contemporaines influence souvent la prononciation classique du sanskrit. Ainsi le mot sam.skr.ta- lui-même, qui s'énonce "sanskrout" en amont du Gange, devient-il "sanskrit" en aval du fleuve sacré (mais la langue classique prononçait la voyelle r. roulée, sans i ni ou ajoutés).

Phonèmes élémentaires (sons)

L’akṣarasamāmnāya est le "fruit du rassemblement mental" (samāmnāya) des sons "indécomposables" (impérissables : akṣara-) de la langue sacrée.

Orthophonie (bonne prononciation)

Avant d'étudier la phonologie, le locuteur français doit former son oreille (et sa bouche) à la prononciation rigoureuse des voyelles et demi-syllabes consonantiques du sanskrit classique :

  • a : comme « peur »
  • ā : comme « âtre »
  • i : comme « il »
  • ī : comme « île »
  • u : comme « roux »
  • ū : comme « roue »
  •  : comme « r » roulé ( est extrêmement rare)
  •  : comme l'anglais « bottle » ( se rencontre (très rarement) dans de vieux textes védiques, mais n'est plus utilisée en sanskrit.)
  • e : comme « était »
  • ai : comme « ayant »
  • o : comme « tôt »
  • au : comme « o + ou »
  •  : comme « aha »
  •  : comme dans « à Antibes »
  • k : comme « cadre »
  • kh : comme l'anglais « cat »
  • g : comme « garçon »
  • gh : comme l'anglais « goal »
  •  : comme le grec classique « aggelia »
  • c : comme « tchador »
  • ch : comme « atchoum »
  • j  : comme « adjectif »
  • jh : comme l'anglais « joker »
  • ñ : comme « bagne »
  •  : dérouler sa langue qui claque d'un coup sec, comme celle d'un caméléon qui attrape une mouche.
  • ṭh : comme l'anglais « table »
  •  : comme l'anglais « do you »
  • ḍh : comme l'anglais « daddy »
  •  : poser la pointe de la langue sur le même point d'articulation
  • t : comme « tiroir »
  • th : comme l'anglais « terrific »
  • d : comme « douceur »
  • dh : comme l'anglais « date »
  • n : comme dans « Nicolas »
  • p : comme « pur »
  • ph : comme l'anglais « pub »
  • b : comme « batterie »
  • bh : comme l'anglais « butter »
  • m : comme « maman »
  • y : comme « yole »
  • r : comme « rural »
  • l : comme « laver »
  • v : comme « ouïr »
  •  : comme « chaton »
  • ś : porter sa langue à l'arrière de la bouche
  • s
  • h : comme « rasta »

Phonologie (système sonore)

La phonologie est la science qui élabore une théorie des phonèmes. Elle nomme phonèmes les sons élémentaires, abstraits d'une langue (ici, du sanskrit), étudiés en fonction de leurs points d'articulation, de leurs modes d'émission, de leurs durées, et cela sans tenir compte de leurs valeurs grammaticales ou sémantiques.

Phonologie de Pāṇini

Le premier phonologue (connu) du sanskrit fut le grammairien Pāṇini, qui discrimina dans l'ensemble des 46 sons fondamentaux de sa langue (décrits dans la section Orthophonie ci-dessus) deux groupes de phonèmes : les vocaliques et les consonantiques.

Son alphabet (अक्षरसमाम्नाय akṣarasamāmnāya) est conçu comme un rassemblement mental des akṣara, ces formes littéralement indestructibles (c’est-à-dire indécomposables) des varṇa (nuances sonores). Il écouta parler le sanskrit, il reconnut dans ce qu'il entendait certaines nuances sonores, il analysa ces nuances en formes élémentaires qu'il qualifia d'indécomposables, il étudia les caractéristiques phonétiques de ces varṇākṣara (formes indécomposables des nuances sonores), il opéra ensuite un tri qui nous offre bien plus une synthèse phonétique qu'un simple alphabet.

Cette collection mentale (samāmnāya) présente d'abord 13 phonèmes vocaliques : neuf svaravarṇa (nuances vocaliques) et quatre saṃdhyakṣara (ensembles vocaliques indécomposables) ce que le français traduit par neuf voyelles et quatre diphtongues.

Les neuf voyelles sont : a ā i ī u ū ṛ ṝ ḷ. Les quatre diphtongues sont e ai o au. L'orthophonie ci-avant présentée permet de prononcer correctement ces phonèmes, dont la durée varie du simple pour les brèves (हरस्व hrasva) au double pour les longues ( dīrgha). Les diphtongues sont phonologiquement considérées comme des nuances longues (दीर्घवर्ण dīrghavarṇa).

La première voyelle présentée, a, est la plus basse (position basse de la langue) et la plus neutre (la langue ne se porte ni vers l'avant ni vers l'arrière de la bouche). La seconde, ā, est moins basse, plus longue, mais aussi neutre que la première.

Suivent i ī u ū. Les phonèmes i et ī ne se distinguent que par leurs durées, leurs timbres sont homophones. Cette remarque vaut aussi pour u et ū. Les voyelles homophones i et ī sont prononcées à l'avant de la bouche, les homophones u et ū sont prononcés à l'arrière de la bouche.

Les vibrantes roulées et et liquides sont considérées ici en tant que nuances vocaliques (svaravarṇa-). Aux voyelles brèves i u ṛ ḷ et leurs homophones longues ī ū ṝ ḹ (cette dernière purement théorique) correspondent quatre consonnes y v r l qui seront classées plus loin dans l'alphabet. Elles se prononcent ya wa ra la et sont utilisées en position intervocalique par la langue sanskrite qui les nomment antaḥsthā-, c’est-à-dire interposées.

Pour clore l'ensemble des phonèmes vocaliques, Pāṇini nous présente quatre समंध्यक्षर (saṃdhyakṣara), couples indécomposables de voyelles que le français traduit plutôt mal par diphtongues, car aussi bien e que o s'émettent longues mais monophtonguées (é, ō), les phonèmes ai et au étant seuls prononcés comme de vraies diphtongues (ay, aw). Mais Pāṇini envisage moins la prononciation de ces phonèmes que leur structure intime. Il les considère comme une voyelle i (ou ī) et u (ou ū) renforcées par la présence d'une voyelle initiale a qui fusionne avec elles : a + i ou a + ī devient e, a + u ou a + ū devient o. Ces phonèmes sont longs (दीर्घ dīrgha) car ils additionnent les durées de leurs composantes. Ils sont renforcés (गुण guṇa) par la voyelle neutre a qu'ils intègrent. De même, les phonèmes ai et au sont entendus comme une voyelle i (ou ī') et u (ou ū) fusionnant avec une initiale longue ā neutre qui les accroît en vṛddhi- (accroissement) : ā + i ou ā + ī donnent ai, ā + u ou ā + ū donnent au, diphtongues véritables.

Le samāmnāya (समाम्नाय ensemble mental) de phonèmes classe ensuite toutes les consonnes (vyañjana- littéralement les démaquillées car détachées de leurs ornements vocaliques). Faut-il néanmoins rappeler ici que ces consonnes sont demi-syllabiques (c’est-à-dire qu'un a neutre s'appuie sur chacune d'elles : t se prononce ta, p se prononce pa, etc.) ?

La phonologie de Pāṇini distingue trois groupes de व्यञ्जन (vyañjana) (sans ornements) : les स्पर्श (sparśa) (contactantes) qui mettent la langue en contact avec différents points d'articulation (ce que le français traduit par occlusives), les अन्तःस्थ (antaḥstha) (interposées) déjà mentionnées ci-dessus (les ya ra la va nommées semi-voyelles ou semi-consonnes en français), enfin les ūṣman- (les chauffantes : les chuintantes et la sifflante qui accompagnent, dans toutes les langues du monde, une boisson trop bouillante…) ūṣman- qui englobent quatre phonèmes (une chuintante arrière ś, une chuintante neutre , une sifflante s, et une laryngale sonore h) dont la section Orthophonie a tenté de décrire la prononciation.

Poussant plus loin sa rigueur phonologique, Pāṇini aligne d'abord les स्पर्शव्यञ्जन (sparśavyañjana) (contactantes "décolorées" de leurs nuances vocaliques) analysées en fonction de leurs points d'articulation (littéralement leurs points de contact, (स्पर्श) (sparśa) et classées en quatre वर्ग (varga) (carrés, ou classes). Chaque carré regroupe, par point de contact, une अघोष (aghoṣa) (non-sonnante) non-aspirée, une aghoṣa (non-sonnante) aspirée, une घोषवन्त (ghoṣavant) (sonnante) non-aspirée, et une ghoṣavant aspirée. À titre d'exemple, pour le point de contact दन्त्य (dantya) (dental), le varga(carré) énumère un t sourd non-aspiré, un th sourd aspiré, un d sonore non-aspiré, un dh sonore aspiré. Le phonologue antique ajoute une classe à cette quadrille : les नासिक (nāsika) (nasales) ; dans l'exemple ci-dessus la nasale dentale est n. Chaque point d'articulation soutiendra donc cinq qualités de consonnes.

Les points de contact sont nommés de l'arrière vers l'avant de la bouche : les कण्थ्य (kaṇthya) (nées de la gorge, ou gutturales), les तालव्य (tālavya) (nées du palais, ou palatales), les मूर्धन्य (mūrdhanya) (nées de la tête, ou cérébrales, ou cacuminales), les दन्त्य (dantya) (nées des dents, ou dentales), et les ओष्ठय (oṣtḥya) (nées des lèvres, ou labiales). La combinaison des cinq points d'articulation et des cinq modes de prononciation donne 25 consonnes classées comme suit :

  • de la gorge : k kh g gh
  • du palais : c ch j jh n
  • de la tête : t ṭh ḍ ḍh ṇ
  • des dents : t th d dh n
  • des lèvres : p ph b bh m

Les अन्त्स्थाव्यञ्जन (antatḥsthāvyañjana) (les interposées dévoisées) sont, pour mémoire :

  • y r l v

Les उष्मनव्यञ्जन (ūṣmanvyañjana) (les chauffantes dévoisées) sont :

  • ś ṣ s h

Pāninī considère hors collection (hors samâmnâya-) les nasalisations anusvâra- et anunâsika-, ainsi que le manque d'émission (visarga-) qui remplace certaines consonnes en fin de mot. Ces modificateurs de sonorité sont notés, en écriture devanāgarī-, par des signes diacritiques et non par des caractères indépendants (le visarga- est noté par un double point () remplaçant la consonne qu'il substitue, translittérée  ; l’anusvāra- surmonte d'un point (bindu-) () la voyelle qu'il nasalise ; ce diacritique est translittéré par un qui suit la voyelle nasalisée ; l’anunāsika- surmonte d'un candrabindu () (point-lune) la voyelle suivie de l qu'il nasalise ; ce diacritique est translittéré par m’, le signe d'apostrophe remplaçant ici le "point-lune" qui surmonte ce m).

La lexicographie classera plus tard les voyelles affectées de ces diacritiques avant ces mêmes voyelles suivies de k. (Dans les dictionnaires, on trouvera le mot समंख्य (saṃkhya) - loin avant le mot सकाम (sakāma) -, qui lui-même précède de loin le mot सम्कक्ष (samkakṣa) -, le m dans ce dernier mot représentant vraiment la consonne nasale m), (traduction de ces mots : समंख्य (saṃkhya) - un nombre ; सकाम (sakāma) - lascif ; सम्कक्ष (samkakṣa) - ayant même catégorie).

Telle était la nomenclature élaborée par un grammairien indien né 24 siècles avant Wikipédia.

Phonologie contemporaine

En parlant, le locuteur utilise son appareil phonatoire, composé des organes de phonation que décrit la physiologie (poumons qui expirent, gorge qui contient les cordes vocales, le nez aussi et ses fosses nasales, et la bouche qui abrite cet organe essentiel, la langue, un palais dur et son voile mou, des dents, des lèvres). Les sons, considérés comme unités élémentaires de la phonation produite par cet ensemble d'organes, se nomment phonèmes. La phonologie analyse les phonèmes d'une langue, elle décrit les contrastes qui permettent de discriminer ces phonèmes par oppositions réciproques, elle établit le système phonétique de cette langue. La phonologie du sanskrit se donne pour objet la description du système phonétique de la langue sacrée héritée des veda-.

Un premier contraste remarquable entre les phonèmes provient de l'opposition de leurs fonctions vocalique et consonantique. En sanskrit, par exemple, le phonème â ne fonctionne qu'en tant que voyelle, et le phonème k ne se présente qu'en fonction de consonne, mais certains phonèmes (Y R L V) peuvent fonctionner et comme voyelles (sous les formes i/î r./rr. l./ll. u/û) et comme consonnes (sous les formes y r l v). La phonologie appelle communément voyelles les phonèmes rencontrés exclusivement en fonction vocalique dans la langue, elle nomme de même consonnes les phonèmes qui se montrent seulement en fonction consonantique, quant aux phonèmes qui se trouvent dans l'une et l'autre fonction, elle les qualifie de semi-voyelles (ou semi-consonnes) et les nomment sonnantes.

1. Système vocalique du sanskrit

L'alphabet -aks.arasamâmnâya- présente d'abord des voyelles, des semi-voyelles, et des diphtongues dont l'ensemble constitue le système vocalique du sanskrit. La phonologie distingue les phonèmes participants à ce système selon leur timbre et leur durée.

  • Timbres vocaliques :

La position de la langue qui s'approche de la gorge ou des alvéoles dentaires, son élévation par rapport au palais, et l’ouverture de la bouche que forment les lèvres, modulent le timbre de chaque voyelle.

En reculant vers la gorge, la langue module des voyelles dites d'arrière (le u prononcé "ou" du sanskrit par exemple). En avançant vers les alvéoles dentaires, elle produit des voyelles d'avant (tel le i du français et du sanskrit). Lorsque la langue ne se porte ni vers l'avant ni vers l'arrière, la phonologie dit que cette troisième position neutralise la voyelle qu'elle permet d'énoncer (le a du sanskrit est donc une voyelle neutre).

En s'élevant vers le palais, une langue haute permet de prononcer des voyelles hautes (u et i du sanskrit par exemple). La langue s'abaisse en s'éloignant du palais, en sa position la plus basse elle permet d'énoncer la voyelle la plus basse qui est aussi la plus neutre (le a du sanskrit). Les diphtongues de Pân.ini- seront moins neutres et plus hautes que ce a fondamental.

En s'éloignant ou s'approchant mutuellement, les lèvres ouvriront ou fermeront la bouche. Une voyelle est dite ouverte lorsqu'elle se prononce la bouche ouverte (a du sanskrit), et fermée lorsqu'elle s'énonce au travers d'une bouche qui tend à se fermer (ainsi le i et le u du sanskrit).

C'est la posture des organes de phonation qui est d'arrière ou d'avant ou neutre, haute ou basse, ouverte ou fermée, et les voyelles ne sont ainsi qualifiées que par ellipse (la phonologie dit "voyelle fermée" pour "voyelle prononcée par une bouche presque fermée", et "voyelle d'arrière" pour "voyelle prononcée avec la langue massée vers l'arrière").

Les angles d'un triangle théorique nommé "triangle des voyelles" correspondent aux positions extrêmes de la langue dans la cavité buccale : position neutre et basse du a, position d'avant haute du i, position d'arrière haute du u.

  • Durées vocaliques :

La longueur d'une voyelle est fonction de la durée de son émission, produite par l'expiration d'air des poumons. L'émission d'une voyelle longue dure deux fois plus longtemps que celle d'une voyelle brève. Ce phénomène sera un critère déterminant pour l'accentuation des mots sur une syllabe longue (syllabe qui contient une voyelle longue).

L'alphabet aks.arasamâmnâya- présente méthodiquement par paires les phonèmes homophones du sanskrit en fonction vocalique, chaque son bref étant suivi de sa variante longue (sont homophones les phonèmes de même timbre mais de durée différente, ainsi a et â, i et î, u et û, r. et rr., l. et ll.). A noter cependant que a et â ne sont pas vraiment homophones, a se prononçant légèrement plus bas que â, comme signalé dans la section d'orthophonie.

  • Diphtongues et diérèses :

Une diphtongue résulte, au cours d'une même émission vocalique, de la traversée (du grec dia) voisée (du grec phthonguè) de l'air entre deux positions successives des organes de phonation. Au contraire de la diérèse, qui émet successivement deux voyelles différenciées (en français "aïoli" par exemple), la diphtongue n'émet qu'un son, modulé sur deux positions vocaliques différentes. L'effet de la diphtongue donne une voyelle synthétique, fusionnée (le français dit "quoi" et non quo-ï").

Le français ne considère pas les diphtongues comme des sons élémentaires, mais bien comme des combinaisons de voyelles ; en conséquence, il énonce dans son alphabet (latin) des voyelles pures, analysées, et non les diphtongues qui, pour lui, résultent d'une synthèse. Le sanskrit au contraire cite les diphtongues e ai o au dans son aks.arasamâmnâya- au titre de phonèmes indécomposables (aks.ara-), (bien qu'il n'économise pas une description structurelle de ces phonèmes qui lui sera fort utile pour expliquer les alternances vocaliques dont il sera question plus loin, en morphologie).

Le proto-védique prononçait des diérèses qui commençaient en position basse et neutre de la langue (a/â), et tendaient vers une position de la langue haute et différenciée (d'arrière u/û, ou d'avant i/î), ce qui produisait les diérèses et . L'évolution historique de la langue conduisit ensuite à prononcer ces diérèses avec une telle rapidité qu'elles fusionnèrent en diphtongues ai et au (comme dans "reis" et "flauw" en flamand, mais pas "monophtonguées" comme dans les mots "lait" et "autre" du français). Ces diphtongues passèrent enfin aux "monophtongues" e et o longues (qui par cette longueur gardèrent la trace de leur origine "double"). La phonologie moderne considère ai et au comme de vraies diphtongues, e et o comme de fausses diphtongues. Mais le sanskrit ne connait pas les voyelles e et o brèves et pures de l'indo-européen, que l'on retrouve en français.

  • Nasalisation des voyelles :

L'explication phonologique de la nasalisation des voyelles, notées par l’anusvâra- et l’anunâsika-, est fort bien développée dans un autre article déjà cité auparavant, dont le lien est donné ci-après.

  • Voir aussi : Sanskrit (phonologie), section : Caractéristiques principales de la phonologie sanskrite.

2. Système consonantique du sanskrit

L'alphabet aks.arasamâmnâya- énonçait ensuite les 33 consonnes et demi-consonnes selon l'ordre phonologique rigoureux transmis dès Pāninī jusqu'à nos jours. La phonologie contemporaine reprend en gros cet ordre : aux 25 occlusives déterminées par leurs cinq modes et leurs cinq points d'articulation succèdent les quatre fricatives (s’ s. s h), puis les quatre sonnantes (y r l v), ces huit phonèmes étant aussi classés selon leur point d'articulation, ce que l'alphabet de Pân.ini- ne montrait pas.

La phonologie d'aujourd'hui corrige légèrement la terminologie de Pân.ini-, en ce qui concerne les points d'articulation. Elle indique que les phonèmes dits gutturaux (kan.thya-) par Pân.ini- sont en fait des vélaires (k kh g gh n' ). Et elle nomme justement rétroflexes les cérébrales, mûrdhanya- du grand grammairien indien, considérant plus importante la mention de la flexion de la langue plutôt que l'appui de t. th. d. dh. n. sur le point d'articulation cacuminal. Elle renomme enfin bilabiales les labiales (os.th.ya-) de Pāninī.

Pour le reste, l'article Sanskrit (phonologie) déjà mentionné fournit un tableau complet des occlusives (dites aussi plosives), des fricatives, des sonnantes (dites "continues autres"), et y joint les homorganiques (anusvâra- et visarga-) tous phonèmes qu'il serait redondant de décrire à nouveau ici.

Silences

En 458 av. J.-C. un cosmologue jaïniste écrivit en sanskrit son lokavibhâga-, traité de cosmologie qui mentionne pour la première fois la notion de zéro. Révolution mentale que d'inventer un concept, et un signe, notant l'absence de quelque chose. Sans utiliser à proprement parler le zéro, sa langue (sanskrite) connait pourtant quelques manières d'arrêter l'élocution, de marquer une pause, de faire silence.

  • Ainsi une syncope du a initial d'un mot peut se produire (lorsque e ou o termine le mot qui précède, par exemple). Le signe orthographique formé comme un S par l'écriture devanâgarî-, nommé avagraha-, remplace alors ce a pour en marquer l'élision phonétique. En translittération l’avagraha- est noté par un signe d'apostrophe.
  • Exemple : les mots râjo, atra, âste, peuvent former une phrase râjo'trâste, avec "élision" du a initial qui devient… muet, silencieux. (Traduction : le roi siège ici, littéralement : le roi ici s'assied).
  • Le virâma- est un signe orthographique de l'écriture devanâgarî- en forme de trait oblique, qui souligne la consonne finale d'un mot pour signaler la syncope, dans cette demi-syllabe, du a bref neutre qui normalement devrait terminer toute consonne.
  • Exemple : lorsque le thème vâc- (voix, prononcé "vâtcha") devient le mot vâk (qui normalement devrait se prononcer "vâka") un trait virâma- souscrit au k permet de signaler la prononciation vâk non syllabique, c’est-à-dire se terminant sur l'occlusive non voisée. En translittération le virâma- ne sera guère utilisé puisque la graphie vâk signale sans ambiguïté l'absence de a final, autrement dit le silence imposé au a qu'attend l'oreille sanskrite, et qui marque une pause à la fin d'un mot.
  • Pour marquer une pause (après une demi-strophe en poésie ou, en prose, après une phrase), ce que le français noterait à l'aide d'une virgule est marqué en devanâgarî- par une barre de demi-pause nommée dan.da- (bâtonnet).
  • Pour marquer un silence plus fort (qui termine une strophe en poésie ou, en prose, un paragraphe), le français utilise un point final, l'écriture devanâgarî- emploie une double barre de pause nommée double dan.da- (double bâton). Ces deux signes de ponctuation furent déjà présentés dans la section traitant de la calligraphie.

Les textes classiques édités par Nadine Stchoupak dans sa Chrestomathie sanskrite montrent la manière d'utiliser ces signes, et les chiffres indiens (dont le zéro !), dans l'écriture de la poésie. (Ce livre, déjà cité, figure dans la bibliographie qui termine cet article).

La syllabe finale d'un mot sanskrit suivi d'une pause ou d'un silence est, disent les grammairiens, en finale absolue. Les modifications phonétiques que subit un mot en "finale absolue" le prépare aux transformations phonétiques supplémentaires qu'il subira en sandhi. Par cette notion de sandhi, développée dans la section suivante, la phonologie quitte le domaine de la description des phonèmes élémentaires isolés, extraits de leur contexte phraséologique, pour aborder les altérations phonétiques générées par leur contact mutuel au cours de leur élocution en mots et en phrases.

Altérations phonétiques

Une phrase sanskrite est composée (sam.hitâ-) d'une suite (chanda-) de mots, soit invariables tels les adverbes, soit fléchis tels les noms déclinés ou les verbes conjugués. La syllabe finale de chacun de ces mots peut être phonétiquement modifiée au contact (sam.dhi-) de l'initiale du mot qui la suit. Ce sandhi (sam.dhi-) ou contact entre la syllabe terminale d'un mot et la syllabe initiale du mot suivant est qualifiée de sandhi externe.

  • Exemple : qui entend athayogânus'âsanam reconnait le premier verset (sûtra-) du samâdhipâda- qui commence les yogasûtra- de Patañjali-.Ce verset présente trois mots, un adverbe (atha- ensuite), et deux noms (yoga- pratique du yoga, et anus'âsana- maîtrise), qui forment une phrase nominale. Le a bref final de yoga- et le a bref initial de anus'âsana- sont en sandhi externe et s'altèrent phonétiquement en un â long.

Par analogie, le sandhi (contact) entre deux syllabes constitutives d'un seul mot (qui peut entraîner, lui aussi, diverses altérations phonétiques) est dit sandhi interne.

  • exemple : le mot vr.ddhim (accroissement) s'analyse ainsi : racine vr.dh-, suffixe -ti-, désinence -m marquant l'accusatif. Le phonème dh qui termine la racine, et le son t initial du suffixe sont en sandhi interne et s'altèrent phonétiquement en ddh, modification déjà plus complexe que celle de l'exemple précédent (a + a = â).

Enfin, la syllabe finale d'un mot suivi d'une pause est, comme déjà signalé, en position de finale absolue.

  • Exemple : en finale absolue bh s'assourdit en p, et anus.t.ubh- (nom d'un mètre védique) s'entend, avant une pause, anus.t.up ||

Une description phonétique complète du phénomène nommé sandhi abordera donc successivement :

  1. les altérations phonétiques d'un mot sanskrit en finale absolue,
  2. celles du sandhi externe entre deux mots sanskrits,
  3. et celles du sandhi interne dans un mot sanskrit.

Cette description passera en revue tous les phonèmes possibles en suivant l'ordre de l'alphabet aks.arasamâmnâya- de Panini.

Finale absolue

Si, devant une pause ou un silence, un mot se termine par :

1° une voyelle (a â i î u û r. rr. l.) ou une diphtongue (e ai o au) : la prononciation maintient sans altérations cette voyelle ou cette diphtongue ;

  • Exemple : krîn.âmi (j'achète) le i final reste inchangé ;

2° plusieurs consonnes : la première consonne est seule prononcée, les suivantes syncopées ;

  • Exemple : soit le verbe kr.- (faire) au nominatif singulier du participe présent : kurvants, la syncope de ts prépare une pause et l'on écrit et prononce kurvan|| (faisant) ;

3° une occlusive sourde non palatale (k t. t p) : elle se maintient inaltérée ;

  • Exemple : pañcâs'at (cinquante) n'altère pas son t final avant une pause ;

4° une occlusive aspirée (kh gh th. dh. th dh ph bh) : l'aspiration se reporte sur la consonne sonore initiale de la dernière syllabe prononcée ; à défaut d'une telle sonore (g d ou b), l'aspiration se perd ;

  • Exemple : un mot terminé par °budh- deviendrait °bhud- mais un mot terminé par °s.t.ubh- donnerait °s.t.ub n'était la règle suivante ;

5° une occlusive sonore non aspirée (g d. d b) : la prononciation assourdit ce phonème sonore (qui devient respectivement k t. t ou p) ;

  • Exemple : la terminaison °budh- de l'exemple précédent, devenue °bhud après report d'aspiration, se prononce °bhut avant une pause, et la terminaison °s.t.ubh-, devenue °s.t.ub après perte d'aspiration se prononce °s.t.up avant une pause ; le nominatif singulier de l'adjectif dharmabudhs (qui veille à bien se conduire) se prononce et s'écrit donc dharmabhut avant une pause, et le nom de mètre anus.t.ubhs rencontré ci-avant, décliné ici au nominatif singulier, devient anus.t.up avant une pause ;

6° une occlusive palatale (c ch j jh) : le point d'articulation se transporte sur la vélaire sourde k dite gutturale par Pāṇinī (et plus rarement sur la rétroflexe cérébrale sourde t.), avec report ou perte d'aspiration comme expliqué ci-dessus ;

  • Exemple : l'adjectif उदच् (udac) (septentrional) se prononce et s'écrit udak au nominatif singulier ; et le sang (अस्ड़ज् asr.aj) se prononce et s'écrit asr.k en finale absolue ; mais सम्राज् (samrâj) (souverain) devient ' (सम्राट् samrât.) avant une pause ;

7° une occlusive nasale (n’ ñ n. n m) : cette nasale se maintient inaltérée, sauf la nasale palatale ñ qui transporte son point d'articulation sur celui de la nasale rétroflexe cérébrale n'  ;

  • Exemple :

8° une ûs.man-, soit une fricative chuintante s' ou s., soit la laryngale sonore h (mais pas la sifflante s) : point et mode d'articulation se transportent sur la rétroflexe cérébrale sourde t. (et plus rarement sur la vélaire sourde k) ;

  • Exemple : en finale absolue dis'- se prononce dik (point cardinal), s.as.- se dit s.at. (six), et l'avette de Ronsard, petite lécheuse de miel (madhu-) est l'abeille madhulih- qui devient madhulit. ;

9° la roulante r ou la sifflante s : s'amuïssent en visarga- h. ;

  • Exemple : अन्तर् (antar) (à l'intérieur) devient अन्तः (antah.), et महाराजस् (mahârâjas) (les grands rois) s'amuit en महाराजः (mahârâjah.) ;

Les altérations phonétiques décrites ci-dessus conduisent aux phonèmes suivants, les seuls effectivement entendus en finale absolue :

  • toutes les voyelles et diphtongues (sauf r. rr. l.)
  • les consonnes suivantes : les occlusives sourdes k t. t p, les nasales n' n. n m, le visarga- h., et la liquide l.

Sandhi externe

Sandhi vocalique :

Lorsque la voyelle finale d'un mot rencontre la voyelle initiale du mot suivant, ces deux voyelles peuvent être homophones (a et â) ou hétérophones (a et i). Panini qualifie de savarn.a- (de nuance semblable) les voyelles homophones.

Sandhi de voyelles simples homophones (savarn.a-) :

Le sandhi fusionne deux voyelles simples homophones en un son long de même timbre, ainsi :

  • â résulte de a + a, a + â, â + a, â + â ,
  • î résulte de i + i, i + î, î + i, î + î ,
  • û résulte de u + u, u + û, û + u, û + û ,
  • rr. résulte de r. + r., r. + rr., rr. + r., rr. + rr., (possibilités théoriques, d'occurrence peu fréquente),
  • ll. résulte de l. + l., l. + ll., ll. + l., ll. + ll., (possibilités théoriques, d'occurrence très rare),
  • Exemples : athâste (il s'assied alors) s'analyse en atha + âste (alors + il s'assied) ; yadîcchasi (si tu désires) s'analyse en yadi + icchasi (au cas où + tu désires) ; mr.dûdakam (une eau douce) s'analyse en mr.du + udakam (doux + eau, mots neutres).

Sandhi de voyelles hétérophones : Le sandhi de deux voyelles simples hétérophones dont la première n'est pas neutre (a ou â) altère cette voyelle finale du premier mot en la semi-consonne correspondante, ainsi :

  • ya résulte de i + a, î + a, et résulte de i + â, î + â ,
  • yu résulte de i + u, î + u, et résulte de i + û, î + û ,
  • va résulte de u + a, û + a, et résulte de u + â, û + â ,
  • vi résulte de u + i, û + i, et résulte de u + î, û + î ,
  • Exemples : atyârtâ (très soucieuse) s'analyse en ati + ârtâ (très + soucieuse) ; atyugrah. (trop violent) s'analyse en ati + ugras (trop + violent) ; mr.dvasti (c'est doux) s'analyse en mr.du + asti (doux au nominatif neutre singulier + il est) ; asavîs'varah. (celui-là est seigneur) s'analyse en asau + îs'varas (celui-là + seigneur) ;

de même :

  • ra résulte de r. + a, rr. + a, et résulte de r. + â, rr. + â ,
  • ri résulte de r. + i, rr. + i, et résulte de r. + î, rr. + î ,
  • ru résulte de r. + u, rr. + u, et résulte de r. + û, rr. + û ,
  • la/, li/, lu/ résultent de formations analogues, mais d'occurrence pratiquement nulle dans les textes sanskrits post-védiques.
  • Exemple : bhrâtrartham (pour un frère) s'analyse en bhrâtr. + artham (frère + pour) ;

Le sandhi de deux voyelles simples hétérophones dont la première est la neutre (a ou â) altère ces deux voyelles en une diphtongue (de degré plein, gun.a-), ainsi :

  • e résulte de a + i, a + î, â + i, â + î ,
  • o résulte de a + u, a + û, â + u, â + û ,
  • ar résulte de a + r., a + rr., â + r., â + rr. ,
  • al résulte de a + l., a + ll., â + l., â + ll., (théorique mais d'occurrence quasi nulle) ;
  • Exemples : itaratheritam (autrement prononcé) s'analyse en itarathâ + îritam (autrement + prononcé, participe passé de îr-) ; cogrâ (et violente) s'analyse en ca + ugrâ (et + violente) ; yathars.abhah. (tel un taureau) s'analyse en yatha + r.s.abhas (comme + taureau) ;

Sandhi interne

Le sandhi interne… (à compléter)…

  • Le sanskrit est une langue, son caractère oral est prééminent. L'écriture de cette langue est phonétique, et reproduit fidèlement la prononciation des mots. Les formes grammaticales des mots fléchis (noms déclinés ou verbes conjugués) s'altèrent fortement en cours d'élocution. L'orthographe phonétique camoufle souvent les formes grammaticales théoriques sous-jacentes, et demande un effort mental pour deviner celles-ci !
  • L'alphabet sanskrit (aks.arasamâmnâya) classe tous les sons de la langue selon des critères phonétiques très précis.
  • le sandhi en sanskrit

Accentuation

Accent de hauteur

Accent tonique

L'accent tonique

Morphologie

Racines

Lexème

La racine est l'élément fondamental du mot sanskrit. Sa structure est ternaire et comprend généralement une initiale consonantique, une vocalisation, et une finale consonantique (e.g. TUD-). À quelques racines manquent un ou deux de ces trois éléments théoriquement constitutifs de la racine (e.g. AD-, DHÂ-, I- ,). Le tiret qui suit la racine marque l'absence de terminaison grammaticale nécessaire pour que le mot puisse fonctionner dans le contexte (samhitâ) d'une phrase.

Alternances vocaliques

Mots-racine

Thèmes

Dérivation

Dérivation primaire

L'utilisation d'affixes permet de créer des mots nouveaux en partant de la racine. Ces affixes sont des préfixes (e.g. adhiKAR-) des infixes (e.g. BHInaD-) ou des suffixes (e.g. MANana-). Ces mots dérivés ont un sens plus spécifique que celui, très général, de la racine. L'utilisation d'affixes permet au mot de passer de l'état de racine à l'état de thème (déclinable ou conjugable selon les règles de flexion décrites ci-après).

Dérivation secondaire

La dérivation secondaire est analogue (utilisation d'affixes) mais part d'un dérivé primaire et non de la racine. Ce mode de dérivation permet entre autres de passer d'un dérivé primaire masculin à son dérivé secondaire correspondant féminin. (e.g. DÂtr.- DÂtrî-)

Composition

La composition permet de joindre deux thèmes indépendants qui forment alors un mot composé. La finale du second membre prend les désinences flexionnelles, le premier membre du composé figure sous la forme de son thème nu (sans désinences). Les paradigmes des quatre sortes de composés en sanskrit furent repris par la linguistique moderne pour signaler divers modes de composition dans d'autres langues que le sanskrit.

  • Composés dvandva :
  • Composés karmadhâraya :
  • Composés tatpurus.a :
  • Composés bahuvrîhi (bahuvrihi) :

Mots

La lexicologie conçoit chaque mot (lemme) comme un radical (lexème) entouré d'affixes. La racine sanskrite est l'élément fondamental du radical-lexème. La mentalité védique ne séparait pas les notions de signifiant et signifié. Les mots védiques n'étaient pas conçus comme des étiquettes apposées à des objets. Un "pouvoir dynamique" se manifeste dans l'élocution de chaque mot sanskrit, infusé en lui par cette syllabe fondamentale que nous nommons racine. Ce pouvoir s'incarne dans un corps humain vivant qui prononce des syllabes puissantes modulées par les affixes qui lui donnent l'aspect des mots d'un chant magique très fortifiant (telle est la fonction des chandas du rigveda). Le texte écrit n'a aucun pouvoir d'évocation, il n'est que l'empreinte graphique de ce qui est dit, une sorte d'aide-mémoire.

Flexion nominale

Des désinences complètent les thèmes décrit ci-dessus, afin de constituer des mots fléchis pouvant entrer en contexte (samhitâ) dans une phrase.

La catégorie de nom recouvre en sanskrit les noms, pronoms, noms de nombre et adjectifs. En sanskrit un nom se décline: il ajoute au thème nu une désinence qui indique le genre, le nombre, et le cas du mot rendu capable de rejoindre une phrase.

Flexion verbale

La construction d'un verbe se forme à partir de sa racine. On note un alternance vocalique de la racine en fonction du genre, du nombre et du temps utilisé. Trois "système de conjugaisons existent : le présent, l'aoriste, le parfait.

Mots invariables

Syntaxe

Emploi des cas

Usage des temps et modes verbaux

Phrase nominale

Appendices

Sciences annexes

Noia 64 apps xeyes.png Voir aussi

Liens internes

Liens externes

Bibliographie

Grammaires

  • Louis Renou, Grammaire sanskrite, Paris 1935
  • Louis Renou, Grammaire védique, Paris 1952
  • Louis Renou, Grammaire sanskrite élémentaire, 109 pages, Librairie d'Amérique et d'Orient, Adrien Maisonneuve, J.Maisonneuve, succ., Paris 1978.
  • Jan Gonda, professeur à l'université d'Utrecht, (traduit de l'allemand par Rosane Rocher, aspirant du fonds national belge de la recherche scientifique), Manuel de grammaire élémentaire de la langue sanskrite, 157 pages, E.J. Brill, Leiden, & Adrien Maisonneuve, Paris, 1966.
  • Jean Varenne, professeur à l'université de Provence, Grammaire du sanskrit 128 pages, Presses Universitaires de France, collection "Que sais-je" n° 1416, Paris 1971.
    (ISBN 9782130358947)

Lexiques

  • N. Stchoupak, L. Nitti et Louis Renou, Dictionnaire sanskrit-français, 897 pages, Librairie d'Amérique et d'Orient, Jean Maisonneuve Successeur, Paris 1932, réédition 1987.
    (ISBN 2-7200-1049-9)
  • (en) R.S.McGregor, Oxford Hindi-English Dictionary, 1083 pages, Oxford University Press, Delhi, 1993 (réimpression 2002). (ISBN 0-19-864339-X)
    Cet ouvrage contient de nombreux mots sanskrits en devanâgarî et translittération genevoise.

Autres ouvrages

  • Françoise Bonnefoy et dix-sept autres auteurs, Chronologie de l'histoire mondiale : grands événements classés par année (de 4000 av. J.-C. à 1977 de notre ère) et par rubrique (208 pages), grands hommes cités dans un tableau synoptique (de 700 av. J.-C. à 1977 de notre ère) en 57 pages polychromes, index alphabétique, et quatorze planisphères historiques, collection Chronos, Sélection du Reader's Digest, première édition, Paris, 1978, 378 pages.
    (Le tableau synoptique cite de nombreux grands indiens, de Bouddha à Gandhi, mais l'histoire de l'Inde commence, dans la section événements, en 2000 av. J.-C.).
  • Georges Ifrah, Histoire universelle des chiffres, ouvrage publié avec le concours du Centre national de la recherche scientifique, Editions Seghers, Paris, 1981, 568 pages.
    (Origine des chiffres "indo-arabes" au chapitre 30, informations relatives aux écritures indiennes anciennes, et repères chronologiques en fin d'ouvrage).
  • Nadine Stchoupak, Chrestomathie sanskrite, préfacée par Louis Renou, publication de l'institut de civilisation indienne, Librairie d'Amérique et d'Orient, Adrien Maisonneuve, Jean Maisonneuve successeur, Paris, 1977, 88 pages.
    (Contient une rareté : un lexique du français au sanskrit).
  • Krishna Baldev Vaid, Histoire de renaissances, nouvelles présentées et traduites du hindi par Annie Montaut, avec le concours du Centre national du livre, ouvrage bilingue hindi-français, Langues & Mondes, l'Asiathèque, Paris 2002, 211 pages. (ISBN 2-911053-81-8)
    (Pour se familiariser avec l'écriture nâgarî- contemporaine).
  • Alexandre Langlois, membre de l'Institut, Rig-Véda ou livre des hymnes, traduit du sanscrit, deuxième édition datée de 1872 revue, corrigée et augmentée d'un index analytique par Ph. Ed. Foucaux, réimpression en 1984, Librairie d'Amérique et d'Orient, Jean Maisonneuve successeur, Paris, 646 pages. (ISBN 2-7200-1029-4)
    (Nombreuses transcriptions de mots sanskrits « à la française », antérieures au Xe Congrès des Orientalistes en 1894).

Notes et références

  1. Avertissement : Les mots sanskrits seront cités dans le texte en caractères italiques et sous la forme du thème, l'absence de désinence étant marquée par un tiret (exemple : deva-). Les signes diacritiques souscrits de la translittération genevoise seront transcrits par un point adscrit à droite de la lettre qu'il modifie (exemple : as.t.a-). Le n surmonté d'un point diacritique en translittération genevoise figurera sous la forme n' (exemple : an'ga-). Le s surmonté d'un accent aigu dans la translittération genevoise figurera sous la forme s' (exemple : s'ruti-). Bien que le sanskrit n'utilise pas de majuscules, l'initiale des noms propres sera transcrite en capitale (exemple : Patañjali-). Cette transcription "dactylographique" rend les termes sanskrits directement lisibles. Pour les puristes, ces mots seront aussi notés en écriture devanâgarî-, suivis de leur translittération genevoise illisible sans l'usage de la page d'aide Unicode (car elle présente à l'écran des carrés vides, des points d'interrogations, etc.).
  2. remarque : les noms de langues, masculins en français, sont féminins en sanskrit. Le ardhamagadhi signifie littéralement : la demi (ardha-) magadhienne (mâgadhî- parlée au magadha-), ou mieux dit la langue « partiellement magadhienne ».
  3. cette section se réfère à deux ouvrages utiles :
    • Chronologie de l'histoire mondiale, collection Chronos, permet de situer hommes et faits indiens remarquables parmi les événements importants de l'histoire universelle (voir bibliographie ci-dessous).
    • Histoire universelle des chiffres de Georges Ifrah (né en 1947) décrit, outre les systèmes de numération des premiers hommes à nos jours, l'histoire des chiffres et des lettres, dont celle des écritures indiennes (voir bibliographie ci-dessous).
  4. deux remarques :
    • Nana Ghat fut-il le lieu de différents (nânâ-) meurtres (ghâta-) ?
    • Quant à Nasik, le Ramayana raconte que Lakshmana (laks.man.a-), frère de Rama, y coupa le nez (nâsika-) de la sœur du démon Ravana (râvan.a-) (l'abondance de vocabulaire en ces pages familiarise l'esprit avec des mots qu'analysera ensuite la section de morphologie).
  5. loin de se concurrencer, l'article Sanskrit (phonologie) et le présent exposé se complètent harmonieusement et sans redondance : l'article en épigraphe fournit, sous la forme de tableaux pratiques à consulter, suivis de remarques numérotées, un très bon inventaire de différentes caractéristiques de la phonologie du sanskrit, tandis qu'un exposé propédeutique prépare ici systématiquement l'abordage de la morphologie du sanskrit, incompréhensible sans une connaissance exhaustive de préalables phonologiques auxquels il sera fait constamment référence par la suite.
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