Alain Mimoun
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Alain Mimoun Portail athlétisme
Informations
Discipline(s) 5 000 m, 10 000 m, marathon
Période d'activité 1947-1999
Nationalité Drapeau de France France
Naissance 1er janvier 1921 (1921-01-01) (90 ans)
Lieu Maïder
Palmarès
Jeux Olympiques 1 3 0
Championnats d'Europe 2
Championnats de France 28

Alain Mimoun, de son ancien nom O'Kacha Mimoun[1], est un ancien combattant de la Seconde Guerre mondiale et un athlète français, né le 1er janvier 1921 à Maïder (arrondissement du Telagh, département d'Oran)[2] en Algérie française. Il est particulièrement connu pour sa victoire au marathon des Jeux olympiques d'été de 1956 à Melbourne.

Sommaire

Biographie

Jeunesse

Aîné d'une fratrie de sept enfants, issu d’une famille de modeste agriculteurs, sa mère Halima le destine à une carrière d’instituteur. Il obtient le certificat d’études primaires (avec mention « Bien »), mais on lui refuse malgré tout une bourse. Il s'engage alors dans l'armée au début de la Seconde Guerre mondiale, alors qu'il n'a pas encore 19 ans, et est envoyé sur la frontière belge. Après la débâcle, il est cantonné à Bourg-en-Bresse où il vient s'entraîner dans le stade. Là, le président du club d'athlétisme local, M. Vilar, le remarque. Il participe au championnat départemental de l'Ain et remporte l'épreuve du 1 500 mètres.
Muté en Algérie, au 19e Régiment du génie à Alger, il intègre l'équipe de cross-country de l'unité, puis combat contre l'Afrika korps lors de la Campagne de Tunisie (novembre 1942 - mai 1943) sous les ordres du général Giraud.
Dès juillet 1943, il participe à la campagne d'Italie comme caporal dans le 83e bataillon du génie, au sein de la 3e Division d'infanterie algérienne du Corps expéditionnaire français commandé par le maréchal Juin. Grièvement blessé au pied par un éclat d'obus lors de la bataille du mont Cassin le 28 janvier 1944, il évite de justesse l'amputation de sa jambe gauche préconisée par les médecins américains et est soigné à l'hôpital français de Naples qui lui évite cette épreuve, puis participe néanmoins au débarquement de Provence (15 août 1944). Son bataillon y gagnera la Croix de guerre avec quatre citations. Après le conflit, il devient garçon de café au Racing club de France à la Croix-Catelan.

Avant 1956

Mimoun domine nettement la course de fond en France dès 1947 et enlève cette année-là ses premiers titres de champion de France sur le 5 000 et 10 000 mètres. Il croise également le Tchèque Emil Zatopek, qui devient rapidement son ami, à l'occasion d'un match international à Prague le 16 août 1947. Les oppositions Zatopek-Mimoun tournent le plus souvent à l'avantage de la locomotive tchèque, au sommet de son art entre 1948 et 1952. Mimoun doit ainsi se contenter de trois médailles d'argent olympiques lors de cette période : sur 10 000 mètres aux JO de Londres en 1948 et sur 10 000 et 5 000 aux JO d'Helsinki en 1952, chaque fois derrière Zatopek. Il en va de même aux championnats d'Europe en 1950, où il termine second derrière Zatopek sur 5 000 et 10 000 mètres.

Après les titres nationaux gagnés en 1947, Mimoun en accumule nombre d'autres : sur 5 000 mètres en 1949, 1951, 1952, 1953, 1954, 1955 et 1956 (record), du 10 000 mètres en 1947, 1949, 1950, 1951, 1952, 1953, 1954, 1955, 1956, en cross-country en 1950, 1951, 1952, 1954, 1956.

En 1949 il remporte le cross national organisé par la ville de Mézidon (Calvados), victoire qu'il renouvelle en 1959 en gagnant devant Abdeslam Radi.

Il est élu champion des champions français par le journal L'Équipe en 1949.

Aux Jeux méditerranéens de 1951 et 1955, il remporte le 5 000 et le 10 000 mètres. À la date de 1956, il détenait conjointement les huit records de France des 2 miles, 3 miles, 5 000 m, 6 miles, 10 000 m, 15 000 m, 20 km et de l'heure.

Le Marathon olympique de 1956

Malgré ce copieux palmarès, la presse française pensait que Mimoun n'était pas au niveau pour disputer au Tchèque Emil Zátopek la victoire lors du marathon olympique de 1956. Mais la presse ignorait alors que Zátopek avait été opéré un mois plus tôt d'une hernie et que Mimoun, après une ultime séance d'entraînement sur 30 km sur le parcours du marathon, était très affuté. Mimoun ne promit pas la victoire à son entraîneur : « Vous savez, je ne promets rien. Je ferai seulement mon possible pour aller jusqu'au bout », mais très sensible aux « signes » du destin, il était persuadé qu'il allait gagner. Les signes, souvent évoqués par Mimoun après la course, étaient multiples aux yeux du fondeur français. Il portait le dossard numéro 13. La course débuta à 15 h 13. La veille de la course, il apprend par télégramme qu'il est père d'une petite fille qu'il prénomme Olympe. Pour Mimoun, la victoire de 1956 devait revenir aux Français, qui l'avaient déjà emporté en 1900 et 1928 (1928 + 28 = 1956).

Le 1er décembre 1956, après un faux départ, seul cas de ce type sur un marathon olympique, les quarante-cinq concurrents, représentant vingt-trois nations, s'élancent sous une chaleur accablante (36 °C à l'ombre) pour les 42,195 km du parcours. Un groupe de treize hommes se dégage après quinze kilomètres. Il n'en reste plus que cinq au passage des vingt kilomètres. L'Américain John Kelley donne une tape dans le dos de Mimoun pour l'inviter à le suivre. Mimoun et Kelley s'appréciaient, et les deux hommes s'échappent. Après quelques minutes d'efforts intensifs de Kelley, Mimoun prend le relais, et lâche Kelley. Il se trouve seul en tête alors que la marque de mi-parcours n'est pas encore franchie. Un instant, Mimoun pense à se laisser rejoindre par ses poursuivants, puis choisit finalement de faire la course à son rythme, en profitant du tracé du parcours pour jauger l'allure de ses adversaires, qu'il croisait après avoir passé le piquet marquant la moitié du parcours. Il constate que Kelley est à la peine et quand il croise les deux Soviétiques, il prend le temps de leur faire un petit signe pour les chambrer... Exténués, ils n'ont pas la force de répondre. Il croise ensuite Zatopek, qui n'a pas sa foulée habituelle. Il comprend alors que Zatopek ne gagnera pas ce Marathon.

Le dernier quart du parcours est difficile pour Mimoun qui s'insulte afin de s'obliger à poursuivre. Sa foulée devient de plus en plus courte. Il demanda à 12 kilomètres de l'arrivée où étaient situés ses poursuivants, mais personne ne lui communiqua l'information. Tout lui pesait, même le simple mouchoir protégeant sa tête du soleil. Il le jeta et fut revigoré quand il s'aperçut qu'une jeune fille blonde (!!) se précipitait pour ramasser cette relique. La foule australienne lui criait « Very good! Very good! » mais ne lui donnait aucune indication sur l'écart avec ses poursuivants. Quand il aperçoit le mât du stade olympique, à plus de trois kilomètres de la ligne d'arrivée, il accélère la cadence. Il entre dans le stade olympique à 17 h 37 sous les ovations de 120 000 spectateurs et devient ainsi champion olympique du marathon.

À l'arrivée, Mimoun se précipite vers son ami Zatopek : « Tu ne me félicites pas Emil ? ». Sixième à l'arrivée et complètement exténué, Zatopek pensait que Mihalic était le vainqueur. Son visage s'éclaira quand Mimoun lui annonça la nouvelle. Il se mit alors au garde à vous, retira sa casquette, et félicita le vainqueur : « Alain, je suis heureux pour toi »[3],[4]. Et ils s'enlacèrent pendant de longues secondes. C'était la dernière fois que ces deux-là s'alignaient sur la même course.

À l'aéroport d'Orly, Mimoun est accueilli en héros par une foule considérable et porté en triomphe. Déjà désigné champion des champions français par le journal L'Équipe en 1949, il connaît de nouveau cet honneur en décembre 1956.

Après 1956

Mimoun poursuit sa domination sur le fond français en remportant d'autres titres nationaux sur 10 000 mètres en 1957, 1958 et 1959, et de cross-country en 1959.

Malgré son âge, il tient à défendre son titre à Rome en 1960, et compte un total de 86 sélections en équipe de France A (record toujours valide).

En 1960, il initie la création de Centre d'entrainement sportif national centre-sportif-bugeat.com de Bugeat en Corrèze (devenu l'« Espace 1000 Sources Corrèze »).

En 1966, à 45 ans, il remporte son dernier titre national, sur le marathon, après ceux de 1958, 1959, 1960, 1964 et 1965 (record national, devant Fernand Kolbeck 5 titres). Au total, ce seront 32 titres nationaux et 20 records de France à son actif.

Il a été décoré par quatre présidents de la République française : Commandeur de la Légion d’honneur puis grand officier de la Légion d'honneur en 2007, de l’Ordre national du Mérite, commandant de l’Ordre du Mérite sportif.

À l'âge de 81 ans, il court toujours une quinzaine de kilomètres par jour. Il a même pu assister à l'inauguration du 50e stade portant son nom, le 25 septembre 2002 à Argenteuil dans le département du Val-d'Oise.

En 2005, il est toujours le recordman de France vétérans :

  • du 5 000 m (-50 ans) depuis 1971
  • du 10 000 m (-45 ans) depuis 1966, et (-50 ans) depuis 1972
  • du 20 000 m (-40 ans et -45 ans) depuis 1966
  • de l'heure (-45 ans) depuis 1966, et (-50 ans) depuis 1971

Principaux résultats sportifs

  • Champion de France du 5 000 m en 1947, 1949, 1951, 1952, 1953, 1954, 1955, 1956
  • Champion de France du 10 000 m en 1947, 1949, 1950, 1951, 1952, 1953, 1954, 1955, 1956
  • Champion de France de Marathon en 1958, 1959, 1960, 1964, 1965 et 1966 (record du nombre de titres)
  • Champion de France de cross-country en 1950, 1951, 1952, 1954, 1956, 1959,
  • Médaille d'argent aux JO sur 10 000 m en 1948
  • Médaille d'argent aux JO sur 5 000 m en 1952
  • Médaille d'argent aux JO sur 10 000 m en 1952
  • Médaille d'or aux JO en marathon en 1956 (2 h 25 min)
  • Médaille d'or aux Jeux méditerranéens sur 5 000 m en 1951
  • Médaille d'or aux Jeux méditerranéens sur 10 000 m en 1951
  • Médaille d'or aux Jeux méditerranéens sur 5 000 m en 1955
  • Médaille d'or aux Jeux méditerranéens sur 10 000 m en 1955
  • Médaille d'argent aux Championnats d'Europe sur 5 000 m en 1950 (14 min 26 s 0)
  • Médaille d'argent aux Championnats d'Europe sur 10 000 m en 1950 (30 min 21 s 0)
  • Champion d'Afrique du Nord de cross-country en 1942

Distinctions

Alain Mimoun a été décoré de la Légion d'honneur par quatre présidents :

  • Chevalier de la Légion d'honneur (1956) par René Coty, après son exploit à Melbourne (lauréat la même année du Prix Henri Deutsch de la Meurthe de l'Académie des sports, récompensant un fait sportif pouvant entraîner un progrès matériel, scientifique ou moral pour l’humanité).
  • Officier de la Légion d'honneur (1972) par Georges Pompidou (à titre militaire, dans la cour des Invalides, recevant les honneurs du 501e RCC)
  • Commandeur de la Légion d'honneur (1999) par Jacques Chirac.
  • Grand officier de la Légion d'honneur (2007) par Nicolas Sarkozy[5].

Alain Mimoun a aussi été félicité par la presse sportive :

À ce jour, une bonne cinquantaine de stades ou d'écoles portent son nom.

Divers

  • Alain Mimoun est un ancien combattant, héros de la seconde guerre mondiale
  • Il a toujours été un grand admirateur du Général de Gaulle, qu'il considérait comme le représentant d'une République juste et démocratique.
  • Le symbole du Coq gaulois a été utilisé pendant des années pour représenter la nation française, il est présent sur les maillots des sportifs dans les compétitions internationales. En 1997, le CNOSF décida de retirer cet emblème du logo officiel. Beaucoup de personnalités se sont élevées contre cette décision ; Mimoun fut leur porte-parole.
  • Dans les années 1950 et 1960, il était de mise, pour encourager un jeune sportif dans les compétitions, que ses camarades lui lancent : « Allez Mimoun ! ».
  • Après sa victoire en 1956, il déclara : « Je compare ma carrière à un château : ma médaille d'argent de Londres, ce sont les fondations ; mes 2 médailles d'Helsinki, ce sont les murs ; ma médaille d'or de Melbourne, c'est le toit. »
  • Alain Mimoun a érigé un véritable musée en l'honneur de l'histoire de France dans son pavillon de Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne). On y trouve des références au chevalier Bayard, au général de Gaulle, à Sainte-Thérèse de l'Enfant-Jésus et aux papes Jean XXIII et Jean-Paul II[6].
  • Alain Mimoum est fervent catholique ; le champion olympique s'est déjà fait construire une chapelle dans le cimetière de Bugeat, en Corrèze, pour son dernier repos.

Sources

Bibliographie

  • Raymond Pointu, Les Marathons olympiques (Athènes 1896 - Athènes 2004), Paris, Calmann-Lévy, 2004, p. 94-106
  • Stéphane Gachet, Le Dictionnaire des médaillés olympiques français, éditions La Maison d'Editions, juin 2011

Références

  1. Norman Giller, The marathon: the runners and the race, Chartwell Books, 1983, p. 40
  2. Petite histoire de la médaille, incarnation des Jeux olympiques" dans Le Monde du 26 juillet 2011.
  3. La fabuleuse histoire des Jeux Olympiques, Robert Parienté, Guy Lagorce, (ISBN 978-2-8307-0583-6)
  4. (fr) Récit du marathon de Melbourne sur marathoninfo.free.fr
  5. Décret du 13 juillet 2007 publié au JO du 14 juillet 2007.
  6. http://www.france24.com/fr/20101230-alain-mimoun-90-ans-champion-olympique-1956-celebre-lhistoire-france

Voir aussi

Liens externes


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