Alain Laubreaux

Alain Laubreaux (de son vrai nom Alin Laubreaux, né à Nouméa, Nouvelle-Calédonie, le 9 octobre 1899, décédé à Madrid, Espagne, le 15 juillet 1968) est un journaliste et écrivain français.

Sommaire

Biographie

Fils d'un homme d'affaires installé depuis 1898 en Nouvelle-Calédonie, il y passe sa jeunesse et la colonie française marquera plusieurs de ses récits ultérieurs. Il se rend en Métropole pour finir sa scolarité au Lycée Louis-le-Grand. Il revient un temps en Nouvelle-Calédonie après la Première Guerre mondiale et, après avoir exercé comme clerc de notaire, il y fait ses armes dans le journalisme en y fondant avec son père le Messager de la Nouvelle-Calédonie en 1919, journal dont il écrit l'essentiel des articles et dont il fait seul la mise en page.

En 1921, il revient en France métropolitaine et sert tour à tour dans Le Journal (quotidien fortement ancré à droite, anticommuniste et ne cachant pas alors son admiration pour le régime fasciste de Mussolini, Laubreaux n'y écrit alors que pour la rubrique dite des « chiens écrasés ») puis à L'Œuvre (au contraire plutôt à gauche et pacifiste). Il se spécialise bientôt comme critique littéraire auprès du quotidien radical Dépêche de Toulouse (ancêtre de la Dépêche du Midi). Il est également rédacteur en chef du Paris matinal à partir de 1927 et de L'Européen à partir de 1929. Malgré ses convictions républicaines, il écrit un temps pour la revue maurrassienne Candide. Il fut avant-guerre le secrétaire d'Henri Béraud, une sombre affaire de plagiat entachera leur relation qui prendra fin en 1928.

Il entre à l'hebdomadaire, Je suis partout, en 1936 où il remplit la fonction de critique de théâtre, tout en traitant occasionnellement de sujets politiques. Il y tient des positions pacifistes et antisémites, prônant l'entente avec l'Allemagne. Lucien Rebatet, autre journaliste de Je suis partout, expliquera l'attitude collaborationniste de Laubreaux en ces termes : "Avec lui, aucune équivoque. Venu de plusieurs bandes de réfractaires et de radicaux-socialistes toulousains fort débraillés dans leurs convictions, il n'avait pas à secouer comme nous des scrupules d'hommes de droite. Aucun débris de dogmes ne l'embarrassait. On peut dire qu'il s'était rallié à nous d'instinct, en 1936, du jour où ses amis démocrates avaient commencé d'agiter le boute-feu. Pas le moindre débat de conscience dans son cas, pas une seule de ces ridicules bouffées de chaleur que nous avions presque tous à confesser"[1] .

Arrêté déjà en mai 1940 par Georges Mandel (nouveau ministre de l'Intérieur du gouvernement Paul Reynaud qui tente alors d'empêcher la débâcle et fait ainsi arrêter les principaux intellectuels d'extrême-droite favorables à l'Allemagne nazie), libéré rapidement suite à la défaite française, il soutient régulièrement dans ses articles la collaboration et ne cache pas ses idéaux antisémites. En plus de sa participation à Je suis partout, il écrit également durant la guerre dans les principaux journaux collaborationnistes, dont Le Cri du peuple et Le Petit Parisien. Après la Libération et les différents débarquements alliés de 1944 (de Normandie et de Provence), il s'exile dans l'Espagne de Franco. Il est plus tard condamné à mort par contumace en 1947 par la Cour de Justice de la Seine pour sa participation à un journal collaborationniste et notamment pour ses articles antisémites[2]. Il meurt en exil à Madrid en 1968.

Anecdote

Connu pour ses critiques acides, il était craint et haï par une bonne partie du monde du spectacle. Ainsi, durant l'Occupation, Alain Laubreaux fut frappé publiquement par Jean Marais, qui lui reprochait notamment d'avoir éreinté la pièce La Machine à écrire, de Jean Cocteau[3]. L'anecdote inspira librement la scène du film Le Dernier Métro, où le comédien interprété par Gérard Depardieu s'en prend à Daxiat, le critique de Je suis partout incarné par Jean-Louis Richard[4].

Bibliographie

Outre ses nombreux articles, dont certains à l'époque du Je suis partout avant la guerre furent publiés dans la Terreur rose (recueil d'articles d'opposition au gouvernement de Front populaire paru aux Éditions Denoël en 1939), Alain Laubreaux a écrit plusieurs œuvres littéraires dont la plupart furent inspirés par la Nouvelle-Calédonie.

  • Histoires canaques, éd. Fayard, coll. « Œuvres libres », Paris, 1926.
  • Yan-le-métis, éd. Albin Michel, Paris, 1928, . Raconte les aventures plus ou moins rocambolesques d'un métis calédonien échoué aux Nouvelles-Hébrides, il perdit pour cette œuvre un procès en plagiat intenté par un autre auteur calédonien, Georges Baudoux[5].
  • Diane La Goule, éd. Albin Michel, Paris, 1929.
  • Le Corset noir, éd. Albin Michel, Paris, 1930.
  • Le Rocher à la voile, éd. Albin Michel, Paris, 1930. Roman très critique sur la « bourgeoisie » nouméenne et l'administration coloniale et faisant l'éloge de la société « broussarde »[6].
  • L'Amateur de Cuisine, éd. Denoël & Steel, Paris, 1931. Œuvre humoristique dans laquelle il revient sur sa passion de la cuisine et de la gastronomie, une version anglaise est parue la même année sous le titre de The Happy Glutton.
  • Aventures cocasses de Boulot aviateur, éd. Albin Michel, Paris, 1931 (avec Georges de La Fouchardière). Il écrit d'ailleurs les dialogues de l'adaptation cinématographique de ce roman, Boulot aviateur, réalisé par Maurice de Canonge en 1937[7].
  • Wara, éd. Albin Michel, Paris, 1932.
  • Catherine Le Grand : le roman d'un couple impérial, Les Éditions nationales, Paris, 1936.
  • J'étais un autre, éd. Albin Michel, Paris, 1941. Histoire romancée d'un bagnard et dont la véritable identité cache peut-être de nobles origines.
  • Écrit pendant la guerre, éd. du Centre d'études de l'agence inter-France, Paris, 1944.

Notes

Sources

  • (fr) P. O'REILLY, Calédoniens : Répertoire bio-bibliographique de la Nouvelle-Calédonie, Publications de la Société des Océanistes, n° 3, éd. Musée de l'Homme, Paris, 1953.

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