Al Hindi

Rahmatullah al Hindi ou Rahmatullah Kairanvi (arabe : رحمة الله الهندى), né en 1817 et mort en 1891, est un érudit musulman sunnite indien affilié à l'école de jurisprudence Hanafite et à l'école théologique Maturidite. Son nom complet est Muhammad Rahmatullah al-Uthmânî al Hindi. Il est surtout connu pour son livre Iz'hâr ul-haqq ou Manifestation de la Vérité.

Sommaire

Biographie

Jeunesse et études

Rahmatullah al Hindi est né en mars 1817 dans la ville de Kairana, proche de New Delhi (Inde). Il est issu d'une famille aisée, comptant des émirs, savants et médecins. D'après les sources familiales, sa généalogie remonterait à Uthman ben Affan, troisième calife de l'islam. Rahmatullah commence à suivre une éducation islamique traditionnelle à partir de 6 ans, mémorisant le Coran vers 12 ans. Il se rend ensuite à New Delhi où il étudie différentes disciplines, telles les mathématiques et la médecine. Il maîtrise l'arabe, le persan et l'ourdou, trois langues dans lesquelles il rédigera plusieurs livres. Exerçant les fonctions de mufti et d'enseignant de la charia, il fonde une école religieuse à Kairana.

Débat avec Pfander

Rahmatullah se consacre par la suite à l'écriture et à réfuter les missionnaires chrétiens dont l'activité est croissante dans la région. En 1854, à Âgrâ, il est confronté au pasteur Karl Gottlieb Pfander dans un débat théologique portant sur des thèmes variés comme les évangiles, le Coran, la divinité du Christ, la Trinité et Mahomet. D'après le récit de Rahmatullah, le débat joua en défaveur de Pfander qui décida de se retirer.

L'approche coranique de la Bible, selon Al Hindi

Al Hindi est l'un des théologiens musulmans qui a le plus étudié la question de l'approche des anciennes écritures dans le Coran[1]. Il structure son analyse sur base des versets suivants : (Cor. V : 13) & (Cor. II : 40-42). Le Coran affirmant que des faux livres ont également été forgés : (Cor. II : 79). Ainsi, il souligne concernant les livres oubliés dont parle le Coran, sans doute d'après des échos chez des érudits juifs de Yathrib, que nous trouvons des références dans la Bible-même à des livres qui ne s’y trouvent point ; voici les endroits où la Bible cite des livres sacrés qui nous sont introuvables qu'il retient : (Nombres ; 21 : 14) : « Aussi est-il écrit dans le Livre des guerres de Yahvé : Vaheb près de Supha et le torrent d’Arnon et la pente du ravin etc. ». Or le Livre des guerres de Yahvé est introuvable. Il cite également : Le Livre de Jaschar  : (Josué ; 10 : 13) & (2Samuel ; 1 : 18). Les Mille cinq Proverbes et chants de Salomon sur les créatures. : (1 Rois ; 4 : 32-33). Les Paroles de Nathan : (2 Chroniques ; 9 : 29). L’Histoire d’Ozias : 2 Chroniques ; 26 : 22). L’Histoire d’Ezéchias & Les Actes d’Ezéchias : (2 Chroniques ; 32 : 32). Chants sur Josias : (2 Chroniques ; 35 : 25). Le Livre des signes du temps : (Néhémie ; 12 : 23). Le théologien cite ensuite des extraits du Nouveau Testament évoquant des prophéties en référence aux anciennes écritures qui y sont introuvables, voici les exemples qu'il cite : (Epitre de Saint Jude : 9, 14) ; (Hébreux ; 12 : 21) ; (2 Timothée ; 3 : 8) ; (Actes ; 7 : 22-28) etc. Il écrit ensuite que la Bible confirme donc qu’une partie des écritures a été soit cachée soit perdue, soit oubliée, et affirme qu'il y a eu des corruptions, des altérations par interpolation et omission dans le corpus du texte en comparant différentes versions et en faisant des analyses croisées des différents livres par Bible[2]. Il appuie ensuite ses affirmations pas d'autres théologiens de différentes obédiences[3].

Il rappelle que Jérémie dit que le Livre aurait été manipulé sciemment [4] : (Jérémie ; 8 : 8), et donne ensuite quelques exemples des contradictions dans la Bible qui semblent conforter, selon l'auteur, les affirmations du Coran, dont : (2 Samuel ; VIII : 1, 3, 4, 8, 9, 10, 12, 17) & (1 Chroniques ; XVIII : 1, 3, 4, 8, 9, 10, 11, 16) ; (1 Rois ; XV : 33) & (2 Chroniques ; XVI : 1) ; (1 Rois ; IV : 26) & (2 Chroniques ; IX : 25).

Il fait également une analyse sur l'historique de la canonisation des Bibles par églises[5]. Il note que les livres cachés sont une partie des livres qualifiés d’apocryphes, mot qui vient du grec apokryphos, « caché » [6]. Il cite des livres apocryphes : Judith, Tobie, Sirac, la Sagesse de Salomon, Baruch et les deux livres des Maccabées, les livres d'Esdras, le Cantique des trois jeunes gens, Suzanne, Bel et le Dragon, et la Prière de Manassé, la Lettre d'Eugnostos ; et d’entre les évangiles l'Évangile selon les Hébreux, L’évangile de Barnabé, l’évangile du Christ, l’évangile selon Thomas, l’évangile de l’Enfance, l’évangile selon Marie et d’autres qui sont tenus pour apocryphes, c’est-à-dire textes à cacher. Pour terminer, il fait remarquer que pour certains, il s’agit de livres dont les chrétiens ont toujours des souvenirs par tradition : comme la scène de Jésus dans une écurie qui figure chez Barnabé et nulle part dans la Bible actuelle. Pourtant, les crèches sont universellement connues et cette scène est même représentée sur les murs de certaines églises.

Rébellion indienne de 1857

En 1857 se produit un soulèvement populaire général contre l'occupant colonial britannique. Rahmatullah y participe en organisant une petite cellule de résistance. Traqué par les Anglais, il doit s'enfuir au Yémen et rejoint la Mecque où il s'installe.

La madrasa Sawlatia

Résidant à la Mecque, Rahmatullah y fonde la première école moderne, la madrasa Sawlatia (également nommée al Madrasat-i Hindiyya en son hommage).

Séjour à Istanbul

Selon ses écrits[7], Rahmatullah est alors convoqué à Istanbul par le Sultan Abdulaziz Khan, inquiété par des rumeurs mentionnant la défaite de Rahmatullah face à Pfander et la christianisation de l'Inde. Rassuré par les réponses de Rahmatullah, le Sultan le récompense et interdit les activités missionnaires en Turquie.

Décès

Rahmatullah meurt en mai 1891 et est enterré à la Mecque.

Œuvres

Rahmatullah al Hindi est l'auteur de nombreux livres en arabe, persan et ourdou :

  • Izâlat al-Shurûk (Dissiper les doutes) deux volumes rédigés en ourdou.
  • I'jâzun isawî (Une inimitabilité Christique), en ourdou.
  • AL-Burûq al-Lâmi'a (Les Eclairs éticelants), en arabe.
  • Taqlîb al-matâ'in (Le renversement des réfutations), en arabe.
  • Mu'addal i'wijâj al-Thalâlîth (La stabilisation du déséquilibre de la balance), en ourdou.
  • Izâlât'ul awhâm (Dissiper les illusions), en persan.
  • Ahsan'al ahâdîth fî ibtâl al tathlîth (Le meilleur du Hadith pour une réfutation de la Trinité), en arabe.
  • Al-Bahth al-Sharîf si ithbât al-naskh wat'tahrîf (Le Noble exemple en démonstration de l'abrogation et de l'altération), en arabe.
  • Mi'yâr al-Tahqîq (Critère d'inverstigation), en arabe.

Manifestation de la Vérité

Iz'hâr ul-haqq (Manifestation de la Vérité), rédigé en arabe, est l'ouvrage le plus célèbre de Rahmatullah al Hindi. Il y répond aux critiques et attaques des missionnaires[8].

Voir aussi

Liens externes

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Voir sur Wikisource en langue arabe :

Bibliographie

Références

  1. Rahmatoullah Al Hindi, Manifestation de la Vérité, éditions IQRA. (1996). ISBN 978-2-911509-03-2.
  2. Rahmatoullah Al Hindi, Manifestation de la Vérité, éditions IQRA. pp.139-170. (1996). ISBN 978-2-911509-03-2.
  3. Rahmatoullah Al Hindi, Manifestation de la Vérité, éditions IQRA. pp.171-180. (1996). ISBN 978-2-911509-03-2.
  4. Rahmatoullah Al Hindi, Manifestation de la Vérité, éditions IQRA. (1996). pp.68-112. ISBN 978-2-911509-03-2.
  5. Rahmatoullah Al Hindi, Manifestation de la Vérité, éditions IQRA. (1996). pp.54-67 ISBN 978-2-911509-03-2.
  6. Rahmatoullah Al Hindi, Manifestation de la Vérité, éditions IQRA. (1996). pp.9-24, 113-136. ISBN 978-2-911509-03-2.
  7. Plusieurs éléments de cet article sont tirés de : Rahmatoullah Al Hindi, Manifestation de la Vérité, Éditions IQRA, 1996, ISBN 978-2-911509-03-2
  8. la maison de l'Islam

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