Aktion Reinhard

Aktion Reinhard (orthographié aussi Aktion Reinhardt) est un nom de code qui désigne l'extermination systématique des Juifs, des Roms, des Sintis et des Yéniches du Gouvernement général en Pologne pendant la période du Troisième Reich.

C'est dans le cadre de l'Action Reinhard qu'ont été exterminés plus de deux millions de Juifs entre mars 1942[1] et octobre 1943 ainsi que près de 50 000 Roms des cinq districts du Gouvernement général (Varsovie, Lublin, Radom, Cracovie et en Galicie) dans les trois camps d'extermination de Belzec, Sobibor et Treblinka (voir Shoah).

Sommaire

Étymologie

« Au contraire de ce que pensent la majorité des historiens, il n'est pas certain que le nom de cette opération ait été attribué en souvenir de Heydrich » ; celui-ci est décédé le 5 juillet 1942, alors que les travaux de construction du camp d'extermination du camp de Belzec débutent en novembre 1941, suivi par Sobibor en mars 1942 puis Treblinka fin mai 1942.

Genèse de l'action Reinhard

Prémices

La date à laquelle l'ordre d'exterminer tous les Juifs d'Europe a été donné ne peut pas être précisément attestée puisqu'il ne subsiste aucune trace écrite. Il n'est d'ailleurs pas certain qu'un tel ordre ait été écrit par Adolf Hitler. Quelques indications laissent cependant penser que la décision a été prise en même temps que celle de l'assaut sur l'Union soviétique le 22 juin 1941. C'est en effet à cette date que les groupes d'action spéciaux de l'Office central de la sécurité du Reich ont commencé à assassiner tous les Juifs. On parle donc d'un génocide.

Buts

Selon les indications de son chef Odilo Globocnik, l'Aktion Reinhard aurait couvert quatre domaines :

  • l'évacuation des Juifs,
  • l'exploitation de la main-d'œuvre,
  • la valorisation du matériel,
  • la collecte des valeurs et biens immobiliers dissimulés.

Il s'agissait en réalité de l'extermination complète et immédiate des Juifs du Gouvernement général de Pologne.

Mise en place

La date à laquelle Odilo Globocnik, chef de l'Aktion Reinhard a reçu de Heinrich Himmler, Reichsführer SS, l'ordre d'extermination des Juifs ne peut être établie qu'indirectement[2] . Adolf Eichmann a déclaré à Jerusalem que Reinhard Heydrich lui avait confié deux à trois mois après l'invasion de l'Union soviétique que Hitler avait ordonné l'extermination des Juifs. Heydrich aurait ainsi ordonné à Eichmann :

Rejoignez Globocnik. Le Reichsführer lui a donné des instructions explicites. Allez constater où il en est de sa démarche“.

À Lublin, Eichmann aurait été conduit à un camp où Christian Wirth lui aurait expliqué les dispositifs mis en place pour gazer les Juifs (Wirth était le premier commandant du camp de Belzec; il sera plus tard l'inspecteur de tous les camps de l'Aktion Reinhard. Auparavant il était chargé du programme d'euthanasie). Ainsi Globocnik aurait été dès l'été 1941 chargé par Himmler de l'extermination des Juifs. En faveur de cette thèse plaide aussi le fait que, dès la fin de l'été 1941, Wirth a été muté dans un institut d'euthanasie dans le district de Lublin. Quelques semaines après sont arrivés d'autres experts inemployés du programme d'euthanasie interrompu en août par Hitler. La construction du premier camp de Belzec a commencé le 1er novembre 1941. Au début, ils n'ont pas su précisément comment mettre techniquement et organisationnellement en œuvre l'extermination des Juifs. Les expériences tirées du programme d'euthanasie n'ont pu être que partiellement utilisées car l'ampleur de l'action Reinhard était beaucoup plus grande. C'est entre le 20 janvier 1942, date de la Conférence de Wannsee et mars 1942, début des déportations vers Belzec que se situe le début de la mission de Globocnik.

Les centres d'extermination

Belzec

Article détaillé : Belzec.

Sobibor

Article détaillé : Camp d'extermination de Sobibor.

Treblinka

Article détaillé : Treblinka.

Effectifs

Pour exterminer plus de deux millions de Juifs dans le Gouvernement général de Pologne, les nazis ont en réalité eu recours à un nombre d'hommes assez peu important.

Le personnel allemand

Pour le personnel allemand, l'historien Yitzhak Arad en établit le total à 450 hommes, dont[3] :

  • 153 SS et membres des services de police initialement déjà en poste dans le district de Lublin ;
  • 205 autres SS et membres des services de police affectés en renfort dans le cadre de l'action Reinhard ;
  • 92 membres du « programme d'euthanasie » (T4) dépendant de la Chancellerie du Führer, dont Christian Wirth, créateur du camp de Belzec puis inspecteur des camps en août 1942, Gottlieb Hering qui lui succéda à Belzec, Irmfried Eberl, Franz Stangl puis Kurt Franz qui furent successivement commandants du camp de Treblinka, ou encore Franz Reichleitner à Sobibor.

Les membres du programme T4 furent chargés des postes clés ayant trait à la mise en place des camps et à la conduite des techniques d'extermination dont ils avaient acquis l'expertise auparavant. La participation à l'Aktion Reinhard était « volontaire »[réf. nécessaire]. Franz Stangl a expliqué qu'ayant eu le choix en février 1942 au terme de l'action T4 entre une affectation à Lublin et le retour à son poste initial à Linz, il choisit Lublin mais qu'il ne découvrit de quoi il s'agissait réellement qu'une fois sur place au camp de Sobibor[4].

Incorporés dans la SS, ces hommes étaient placés localement sous les ordre de Globocnik et de son adjoint Hermann Höfle mais dépendaient toujours formellement du programme d'euthanasie et de leur supérieur direct Viktor Brack quant à leur carrière et en matière personnelle (prime de salaire, courrier)[5]. T4 livrait également[réf. nécessaire] des suppléments de nourriture et quelques extras (comme par exemple de grandes quantités d'eau-de-vie qui permettaient de mieux "supporter" le travail meurtrier).

Tous devaient signer dans le bureau de Höfle un engagement de respect du secret[6] stipulant en particulier :

  1. Que je n'ai en aucun cas le droit de transmettre à qui que ce soit, hors du cercle du personnel de l'Einsatz [opération ou plutôt en terme militaire:engagement] Reinhard, le moindre renseignement, par oral ou par écrit, sur l'évolution, sur la procédure ou sur les incidents liés à l'évacuation des Juifs ;
  2. que le processus d'évacuation des Juifs est un sujet classé sous la rubrique « Document secret du Reich », en vertu des règlements sur la censure [...]

Bien que prendre des photographies des opérations ait été explicitement interdit, plusieurs clichés pris à Treblinka ont été retrouvé dans les années cinquante dans l'album personnel de Kurt Franz[7]. Dans le même ordre d'idée, les consignes quant à la corruption furent fréquemment ignorés et une partie des biens et des valeurs prises aux victimes furent détournées lors des expulsions ou dans les camps[8].

Les auxiliaires ukrainiens

Il s'y ajoute environ 1 000[réf. nécessaire] auxiliaires ukrainiens et lituaniens, les Hilfswillige ou Trawnikis, qui ont constitué la principale force employée pour les déportations depuis les ghettos et les exécutions de masse, tels John Demjanjuk ou Feodor Fedorenko. Chaque camp de l'action Reinhard était doté d'une compagnie de 90 à 130 auxiliaires sous les ordres d'une trentaine d'officiers et sous-officiers SS[9].

Les victimes

Le nombre de Juifs tués s'élève au minimum à 1,7 million. Odilo Globocnik a déclaré en mai 1945, alors qu'il était en fuite sur le Wörthersee et qu'il se cachait chez une connaissance antérieure, que deux millions de Juifs avaient été liquidés.

Les victimes juives polonaises

Les victimes juives originaires d'autres pays occupés

Les Roms

Les aspects économiques

Depuis Trieste, le 4 novembre 1943, Globocnik rend compte dans une lettre adressée à Himmler qu'il a terminé le 19 octobre 1943 l'Aktion Reinhard menée dans le Gouvernement général de Pologne et dissous tous les camps[10]. Il a également envoyé un rapport conclusif de synthèse.

Dans sa lettre de réponse Himmler a remercié Globocnik et lui a exprimé sa reconnaissance pour les services rendus au peuple allemand.

De fait l'Aktion Reinhard a rapporté d'énormes revenus au Troisième Reich[réf. nécessaire]. Dès l'été 1942 près de 50 000 000 Reichsmarks en billets, devises, pièces et bijoux et aussi environ 1 000 wagons de textiles, dont 300 000 vêtements neufs avaient été collectés.

Ces comptes sont à coup sûr sous-évalués. Il ne comprennent pas en effet les biens, en particulier immobiliers, qui ont été volés aux personnes déportées avant leur déportation.

Globocnik avait ordonné la constitution d'un fichier central pour recenser les biens juifs volés. Mais les gardes prenaient tout ce dont ils pouvaient avoir besoin.

Un décompte final du 5 janvier 1944 a donné les valeurs suivantes:

Synthèse:
Argent collecté RM   73 852 080,74
Métaux précieux "     8 973 651,60
Devises en billets "     4 521 224,13
Devises en pièces d'or "     1 736 554,12
Bijoux et valeurs diverses "     43 662 450,--
Textiles "     46 000 000,--
Total 178 745 960,59 RM

Odilo Globocnik est véritablement celui qui a conduit l'Aktion Reinhard. C'est lui qui a imposé aux intérêts économiques d'autres secteurs du Reich et aussi à la Wehrmacht l'assassinat de Juifs qui travaillaient dans des entreprises pourtant indispensables à l'effort de guerre[réf. nécessaire].

L'Action Erntefest

A l'Aktion Reinhard est également rattachée l'Aktion Erntefest qui n'a cependant pas été menée par les mêmes personnes. Début novembre 1943 dans le district de Lublin presque tous les Juifs encore vivants ont été tués dans les camps en l'espace de deux jours.

Notes et références

  1. la déportation des Juifs de Lublin le 17 mars 42 vers Belzec marque le début de l'opération Reinhardt
  2. certains historiens émettent l'hypothèse que Himmler a donné à Odilo Globocnik un ordre écrit mais que celui-ci aurait été détruit par Himmler en 1943 in les chambres à gaz, secret d'état, Eugen Kogon, Hermann Langbein, Seuil 1987,p.134
  3. Yitzhak Arad : Belzec, Sobibor, Treblinka: the Operation Reinhard death camps Bloomington: Indiana University Press, 1987, p. 17 et pp. 191-198
  4. Gitta Sereny Au fond des ténèbres : un bourreau parle, Franz Stangl, commandant de Treblinka, pp. 84 et 108-118
  5. Ibid. p. 18 ainsi que La Destruction des Juifs d'Europe, Raul Hilberg, 3e  éd., Gallimard, 2006, pp. 1661-1662. Hilberg note cependant que leur promotion dans la SS se heurta à des réticences de la part du RSHA
  6. Formulaire du 18 juillet 1942 cité dans Himmler et la Solution finale, l'architecte du génocide, Richard Breitman, Calman-Lévy/Mémorial de la Shoh, Paris, 2009, p. 286
  7. In the Name of the People: Perpetrators of Genocide in the Reflection of their Post-war Prosecution in West Germany, Dick de Mildt, Martinus Nijhoff, 1996, p. 256
  8. Yitzhak Arad : Belzec, Sobibor, Treblinka: the Operation Reinhard death camps Bloomington: Indiana University Press, 1987, p. 161-164
  9. Yitzhak Arad : Belzec, Sobibor, Treblinka: the Operation Reinhard death camps Bloomington: Indiana University Press, 1987, pp. 19-22
  10. Document original au United States Document center, Berlin

Annexes

Articles connexes

Liens externes

Bibliographie

  • Uwe Dietrich Adam, « Les chambres à gaz », dans L'Allemagne nazie et le génocide juif, Paris, Gallimard, Le Seuil, 1985, 600 p. (ISBN 2-02-008985-8) 
  • Raul Hilberg La Destruction des Juifs d'Europe éditions Fayard, 1988, et Gallimard, « Folio »-histoire, deux vol., 1991 ; troisième édition, trois volumes, Gallimard, « Folio »-histoire, 2006
  • Eugen Kogon, Hermann LangbeinLes chambres à gaz, secret d’état Histoire, Le Seuil, 1987.
  • Gitta Sereny Au fond des ténèbres : un bourreau parle, Franz Stangl, commandant de Treblinka.
  • Christopher Browning Des hommes ordinaires. Le 101e bataillon de réserve de la police allemande et la solution finale en Pologne, traduit de l'anglais par Elie Barnavi, préface de Pierre Vidal-Naquet, Paris, Les Belles Lettres, Collection Histoire, 1994, 284 pages.
  • (en) Yitzhak Arad : Belzec, Sobibor, Treblinka: the Operation Reinhard death camps Bloomington: Indiana University Press, 1987.

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