Gallicanisme

Le gallicanisme est une doctrine religieuse et politique sous-tendant l'organisation d'une Église catholique de France largement autonome du pape. Le gallicanisme affirme la spécificité française, et rejette une trop grande intervention du pape dans les affaires de l'Église de France. Il reconnaît au pape une primauté spirituelle et juridictionnelle, mais conteste sa toute-puissance, au bénéfice des conciles généraux dans l'Église, des évêques dans leurs diocèses et des souverains dans leurs États.

En pratique, cela se traduit surtout par une mainmise étroite du souverain français sur les nominations et les décisions des évêques. Bien que respectueuse de la papauté, cette doctrine pose néanmoins certaines limites à sa puissance ; elle enseigne en particulier que le pouvoir des évêques réunis en concile est plus grand que celui du pape.

Il convient donc de distinguer le gallicanisme ecclésiastique, qui est une position théologique et ecclésiologique, et le gallicanisme parlementaire, qui est une doctrine politique et administrative.

Sommaire

L'Église gallicane

La doctrine gallicane commence à se formuler après l'opposition entre Philippe le Bel et le pape Boniface VIII. Les légistes du roi qui sont en lutte contre ce qu'ils jugent des abus de la justice spirituelle justifient l’indépendance du pouvoir temporel par rapport au pouvoir spirituel d'abord sur le plan judiciaire. Le pape publie la bulle Unam sanctam, le 8 novembre 1302, dans laquelle il affirme "Il est de nécessité de salut de croire que toute créature humaine est soumise au pontife romain : nous le déclarons, l’énonçons et le définissons". Le roi réagit vivement en envoyant Guillaume de Nogaret pour tenter d'enlever le pape à Anagni en 1303. C'est un échec.

Philippe VI réunit en 1329 l'assemblée de Vincennes afin d'avoir un avis sur les conflits entre la justice temporelle et la justice spirituelle. Pierre de Cuignières défend la supériorité de la justice du roi dans le domaine temporel de la Couronne.

Pendant le grand schisme d'Occident, le concile de Paris se réunit entre 1396 et 1398, l'Université de Paris propose de décréter que les Conciles sont supérieurs au pape et l'indépendance temporelle du roi. En mai 1398, le troisième concile de Paris vota la soustraction d'obédience à Benoît XIII. Le parlement de Paris vota le 11 septembre 1406 la suppression des annates, menus et communs services, procurations et autres taxes apostoliques à partir du 27 juillet 1398. L’église gallicane décida de reconnaître l’autorité du pape seulement au spirituel le 14 janvier 1407. Le concile de Paris de 1408 édicta des décrets sur l'organisation de l'église gallicane.

Au concile de Constance, Jean Gerson, chancelier de l'Université de Paris, défendit la supériorité du concile sur le pape. Par son décret Frequens, le concile se déclara institution permanente de l’Église en charge du contrôle de la papauté. Le concile de Bâle confirme le décret Frequens de Constance mais le pape Eugène IV le transfère à Bologne ce qui amène le concile à ouvrir un procès contre le pape. Le pape décide finalement de déplacer le concile à Ferrare en 1437. Les pères du concile de Bâle se déplacent à Lausanne. Le conflit entre les pères du concile et le pape se termina en 1449 quand le pape Nicolas V ratifie tous les décrets de Bâle et de Lausanne

Au XVe siècle le Royaume de France fait une première tentative de gallicanisme : en 1438, le roi Charles VII par la Pragmatique Sanction de Bourges, limite les prérogatives papales et affirme la supériorité des décisions des conciles de Bâle et de Constance sur celles du pape.

Au XVIIe siècle, le plus illustre représentant de ce courant est Bossuet, évêque de Meaux, qui rédige les quatre articles gallicans de 1682 signés par l'assemblée des évêques de France. Bossuet y reprend les décisions du concile de Constance (1414-1418) qui rappelait que le concile œcuménique (assemblée de tous les évêques et abbés) était l'organe suprême en matière d'autorité et d'enseignement au sein de l'Église.

À la fin du XVIIe siècle, le gallicanisme s'implante largement dans le clergé français, d'une part grâce aux théories de Bossuet, largement approuvées, d'autre part grâce aux positions gallicanes des jansénistes qui reprochent au pape son intervention à l'intérieur du clergé français. Le clergé français du XVIIIe siècle est donc largement gagné aux idées gallicanes, ce qui permet, au début de la Révolution française, l'adoption de la Constitution civile du clergé. Cette constitution religieuse, d'inspiration gallicane, fait quasiment des membres du clergé des fonctionnaires salariés par l'État sous réserve de prêter un serment de fidélité à la constitution à partir du 4 janvier 1791. Après une longue hésitation, le pape Pie VI condamne cette Constitution civile, ce qui a pour conséquence une division du clergé français entre jureurs et réfractaires.

L'Église constitutionnelle, en place jusqu'en 1801, se considère comme une Église gallicane, c'est-à-dire catholique, romaine (les évêques reconnaissent la primauté spirituelle du pape, à qui ils adressent une lettre de communion), mais qui a ses libertés propres. Elle ne se veut en aucun cas une Église schismatique.

L'effacement progressif de l'idée gallicane au XIXe siècle

Soucieux de rétablir la paix civile, Napoléon Bonaparte négocie le Concordat avec le pape Pie VII. À cette occasion, en 1801, le souverain pontife, à la demande du chef de l'État, dépose l'ensemble de l'épiscopat français : évêques élus en vertu de la Constitution civile du clergé comme prélats d'Ancien Régime survivants : c'est la fin des principes de l'Église gallicane, et la reconnaissance, implicite, de la primauté de juridiction du pape. Certains évêques et prêtres réfractaires, d'esprit gallican, refusent de se soumettre et fondent la Petite Église.

Le gallicanisme tend à se réduire à une doctrine administrative pour justifier l'intrusion du pouvoir dans les affaires religieuses. Ainsi les Articles organiques imposés unilatéralement par Napoléon Bonaparte sont d'essence gallicane : enseignement de la Déclaration de 1682 dans les séminaires, interdiction de publier un texte pontifical sans l'accord du gouvernement, nomination des évêques par le gouvernement, réglementation très stricte de l'exercice du culte... Leur principal artisan, Portalis, explique ainsi que « d’après les vrais principes catholiques, le pouvoir souverain en matière spirituelle réside dans l’église et non dans le Pape, comme, d’après les principes de notre ordre politique, la souveraineté en matière temporelle réside dans la nation et non dans un magistrat particulier ». Après la Restauration, l'ultime sursaut du gallicanisme parlementaire (c'est-à-dire politique) se manifeste avec la parution en 1845 du Manuel sur le droit ecclésiastique français de Dupin.

Ainsi subordonné à l'État et à ses intérêts, le gallicanisme perd de plus en plus de terrain au sein du clergé. Le catholicisme français se romanise progressivement, avec la victoire des ultramontains, en philosophie, en théologie morale, dans la liturgie et dans les formes de la piété. Dans cette évolution, Félicité Robert de Lamennais et son livre Essai sur l'indifférence en matière de religion, écrit de 1817 à 1823, a joué un rôle pionnier. Il qualifie ainsi le gallicanisme de « dégoûtant mélange de bêtise et de morgue, de niaiserie stupide et de sotte confiance, de petites passions, de petites ambitions et d’impuissance absolue de l’esprit ». D'ailleurs, tous ses partisans sont des adversaires farouches du gallicanisme : Mgr Gousset, dom Guéranger, Rohrbacher... L'Univers de Louis Veuillot devient l'organe de ce clergé ultramontain et intransigeant.

Néanmoins, certaines institutions religieuses restent fidèles à un gallicanisme modéré : la faculté de théologie de la Sorbonne, le séminaire de Saint-Sulpice... Grâce au Concordat – c'est le gouvernement qui nomme les évêques –, les gallicans modérés restent présents dans l'épiscopat : Mgr Mathieu archevêque de Besançon, Mgr Dupanloup évêque d'Orléans, Mgr Affre et Mgr Darboy archevêques de Paris... Leur opposition à la centralisation romaine rejoint celle des défenseurs d'un catholicisme libéral, comme Montalembert, ou d'un néo-gallicanisme ouvert à la démocratie, dont le théoricien est Mgr Maret, professeur à la Sorbonne.

Mais en 1870 a lieu à Rome la proclamation du dogme de l'infaillibilité pontificale par le concile Vatican I. Cette décision, quoique fortement contestée par les évêques français, sonne le glas du gallicanisme. Plus globalement, la fin du gallicanisme ecclésiastique s'explique par la déconfessionalisation progressive de l'État, et la disparition de l'Ancien Régime, fondé sur l'alliance mystique du trône et de l'autel.

La loi de séparation de l'Église et de l'État en 1905 supprime les liens entre l'Église de France et l'État.

L’Église gallicane aujourd’hui

Il subsiste toutefois aujourd'hui plusieurs Églises gallicanes ne s’interférant pas les unes les autres comme :

Doctrine

Si l'église gallicane se déclare aujourd'hui proche de l'église catholique romaine, elle s'en distingue notamment par les tolérances ci-après[4] :

  • Acceptation du mariage des prêtres et des évêques
  • Diaconat féminin
  • Rejet de la confession obligatoire
  • Bannissement des excommunications
  • Liberté en matière de jeûne et d'abstinence
  • Participation des fidèles au gouvernement de l'Église
  • Élection des évêques par le clergé et les fidèles
  • Prise en considération du monde animal dans la réflexion de l'Église.

Bibliographie

  • Aimé-Georges Martimort, Le Gallicanisme, PUF 1973, coll. Que sais-je
  • Dale K. Van Kley, Les origines religieuses de la Révolution française, Point-Seuil Histoire, Paris 2002, 572 p. (édition américaine 1996, Yale University),

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Notes et références


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