François Taldir-Jaffrenou

François Taldir-Jaffrennou

François-Joseph-Claude Jaffrennou, né le 15 mars 1879 à Carnoët et mort le 26 mars 1956 à Bergerac, est un écrivain (poésie, théâtre, souvenirs...) et directeur de journaux en langue bretonne. Il était nationaliste et barde du mouvement néodruidique.

Il est le père de Gildas Taldir-Jaffrennou.

De son vrai nom François Jaffrennou, son nom de néodruide est Taldir (Front d’Acier). Il est l’un des précurseurs du mouvement autonomiste breton.

Il est fils d'un notaire. Sa mère s’appelle Anne-Marie Ropars et est de Bolazec. Il devient par la suite licencié en droit, puis docteur ès lettres.

Sommaire

Hymne

Il a traduit l'hymne gallois, en breton, (?) en 1897 de Bro goz ma zadoù (Vieux pays de mes pères), qui est l'hymne national de la Bretagne. Cet hymne est reconnu et accepté par toutes les tendances politiques et culturelles de la Bretagne démocratique, partis bretons et français sont réunis sur cette question.

Cet hymne est copié sur le l’hymne gallois composé en 1846. Il sort en 1898 dans La Résistance de Morlaix et est tiré sur feuilles volantes avec en sous-titre Henvelidigez (Adaptation).

Journaliste

En août 1898, à Morlaix, à la suite de fêtes bretonnes, fut créée l’Union régionaliste bretonne sous la présidence d’Anatole Le Braz dont il devient secrétaire de la section de langue et de littérature bretonnes. En 1898-1899, il travaille, à Morlaix, au journal La Résistance, dont Auguste Cavalier était le directeur. Il y publie une page bretonne. En octobre 1899, il part à Rennes faire son droit. Deux mois après son arrivée, il fait la connaissance du directeur de L’Ouest-Éclair, alors à ses débuts et il y publie deux colonnes en breton. Quelque temps après, il fonde la Fédération des Etudiants bretons. Il accomplit son service militaire au 48r à Guingamp et au Peloton des Dispensés.

Militant et écrivain breton

En 1901, avec Jean Le Fustec, il crée une Gorsedd des bardes s'inspirant du modèle gallois. Ayant fini sa licence en droit, il travaille avec son père à l’étude de notaire. Il fait la connaissance de l’imprimeur Alexandre Le Goaziou et crée avec lui Ar Vro (le Pays) dont le premier numéro paraît le 1er mars 1904. Ils décident alors de s’associer pour créer une imprimerie à Carhaix. Elle publie Ar vro ainsi qu’un journal bilingue Ar Bobl (le Peuple), qui paraît jusqu'en 1914. En 1913, il obtient le titre de Docteur de l’Université de Rennes pour une thèse qu’il a écrit en breton sur Prosper Proux.

C'est un ancien combattant de la Première Guerre mondiale. Quand il revient à Carhaix, il cède alors son imprimerie.

Il poursuit ses activités militantes à la Fédération régionaliste de Bretagne. Il participe à la revue La Bretagne libertaire en 1923. Il crée en 1926, An Oaled (Le Foyer), bulletin trimestriel de régionalisme et de bardisme en français et en breton, qu'il dirige avec le Dr Menguy. Il publie, jusqu'à sa mort en 1956, de nombreux articles, des pièces de théâtre et divers ouvrages, dont Buhez Sant Erwan, An Hirvoudou (1899), An Delen Dir (1900), Breiziz (1911).

Érudit

Taldir Jaffrennou est réputé pour être un homme cultivé et humaniste, il a connu et fréquenté madame Ange M. Mosher, l'Américaine bretonnante. Taldir Jaffrennou est également apprécié par Sir et Lady Mond, qui le recevaient souvent dans leur Villa Castel-Mond de Dinard ou dans leur château de Coat-an-noz en Belle-Isle-en-Terre. Il est sociétaire élu du Félibrige de Provence et Languedoc.

Engagement

Son engagement breton et notamment pour la langue bretonne écrite avec son journal, ses revues, ses maisons d'édition, sa culture, sa position sociale, ses relations internationales notamment dans le monde anglo-celtique ainsi que ses fréquentations assidues des autorités britanniques et françaises et des personnalités qui comptaient dans la Bretagne de son temps en ont fait un personnage en vue et critiqué. Dans le cadre des activités du Gorsedd il avait des relations anciennes, nombreuses et suivies avec la Grande Bretagne, pays dans lequel il s'était souvent rendu depuis 1899 en délégation officielle. Il avait souvent, en Bretagne, reçu les délégations et représentants de l'Écosse, du Pays de Galles, de la Cornouaille et de l'Irlande qui venaient assister ou participer aux différentes cérémonies du Gorsedd. Le 18 juillet 1899, il est à Cardiff à l’Eisteddfod avec 21 autres bretons. Il est reçu au Gorsedd sous le nom de Taldir ab Hernin.

Les années 1930

Il devient Grand Druide du Gorsedd de Bretagne en 1933. Il crée en 1935 le syndicat d'initiative de Carhaix-Plouguer et sa région. Durant toutes les années 1930, il était en guerre ouverte avec les nationalistes bretons du PNB dirigé par Mordrel et François Debauvais principalement sur la question du drapeau Gwenn-ha-Du, de l'orthographe KLTG qu'il n'acceptait pas et surtout sur la question du séparatisme qu'il rejetait également entrainant à sa suite toute la mouvance folklorique et régionaliste de l'URB du Marquis de l'Estourbeillon, Léon Le Berre, Camille Le Mercier d'Erm, le comte René de Laigue, et des cercles celtiques.

Ces deux sujets ont été l'objet d'une longue polémique et de nombreux articles publiés dans sa revue An Oaled-Consortium breton dans lesquels Taldir-Jaffennou se montre plutôt comme un ennemi déclaré du PNB lequel dans son journal Breiz Atao ne lui ménage pas ses sarcasmes lui reprochant son loyalisme à la France, sa Légion d'honneur et ses trop bonnes relations avec l'Establishment de la France officielle, la culture bretonne traditionnelle, régionaliste et folklorique véhiculée par sa revue An Oaled-Consortium Breton, l'Union Régionaliste Bretonne, les cercles et groupes celtiques ainsi que le Gorsedd des bardes.

Dans l'article « Que veut l'Allemagne » page 344 du n°70 d'An Oaled4° trimestre 1939 il se montre très clairement anti-allemand pro-français et de tout cœur breton très pro-britannique :

« Vaincue (l'Allemagne) par les coalisés de 1918 ceux-ci ont témoigné vis à vis d'elle de la plus coupable faiblesse… »,
« … les envahisseurs germains dont Tacite disait il y a deux mille ans : “Qu'ils ont su faire de la guerre une industrie” »
« À notre avis il n'y a que deux moyens de sauvegarder notre liberté et notre tranquillité: renforcer la frontière de l'Est de défenses infranchissables et consolider l'alliance avec les Britanniques »,
« L'Allemagne après s'être assuré la complicité de la Russie, a cru l'heure venue de démembrer la Pologne une fois de plus. La Grande-Bretagne et la France, engagées envers ce brave pays, ont mobilisé leurs forces terrestres, maritimes et aériennes. »

Seconde Guerre mondiale

En 1939, il suspend la parution de sa revue régionaliste An Oaled-Consortium breton et proclame le Gorsedd en congé pour la durée des hostilités suivant la règle du Gorsedd.

Séparation de la Bretagne ?

Le 29 septembre 1940, l’Heure Bretonne faisait paraître, sous le titre : Taldir veut écarteler la Bretagne, l’article suivant:

« Taldir-Jaffrennou vient de commettre un rapport qui est un véritable assassinat de la Bretagne. Ce rapport contient comme caractéristique principale le sectionnement de la Bretagne en trois parties : L’Ille-et-Vilaine est rattachée à la Manche pour former une région économique. La Loire-Inférieure est rattachée à la Vendée pour la même raison. Les trois départements, Finistère, Côtes-du-Nord et Morbihan, sont destinés à former un « tout culturel ». Ce rapport a été porté à Vichy et M. Pierre Lavai l’a trouvé « très intelligent ». Eh bien, nous ne marchons pas, nous ne laisserons pas dépecer la Bretagne. Halte ! La Bretagne est une dans ses cinq départements. C’est en vertu de cette unité que son sort doit être considéré. Nous publierons dans notre prochain numéro les protestations de nos Comités et de nos lecteurs de la Loire-Inférieure et de l’ille-et-Vilaine. D’ores et déjà, nous prenons position contre le monstrueux projet de Taldir-Jaffrennou qui corrobore singulièrement les données que nous avions reçues de Vichy.»

Il semble douteux, en dépit des volte-face dont il était coutumier, qu'il ait pu souscrire à un tel projet alors même qu'il allait être, quelques mois plus tard, l'un des défenseurs officiels de l'intégrité bretonne auprès du maréchal Pétain.

Régime de Vichy

Il signe un placet au Maréchal (décembre 1940) et participe au Comité Consultatif de Bretagne (1942). Il pensait agir ainsi pour le bien de la Bretagne afin de promouvoir et défendre ses intérêts politiques, économiques et culturels dans ces années de guerre mondiale particulièrement difficiles.

En 1941 à l'occasion du trentième anniversaire du Parti Nationaliste Breton, le PNB rend un vibrant hommage à son pionnier Camille Le Mercier d'Erm, créateur du parti en 1911. À ce moment, le Grand druide au "front d'acier" qui n'a cessé auparavant de prôner la prudente politique du régionalisme, répudie un système qu'il juge désormais "caduc et périmé" et engage ouvertement ses compatriotes à embrasser la cause du "nationalisme" intégral.

En contradiction totale avec sa décision de cesser toute parution, il participe à la presse bretonne (dont L'Heure Bretonne) et écrit des articles en rupture complète avec sa vie passée.

La libération

Arrestation

Le 7 août 1944, Taldir est arrêté par « un groupe de patriotes » (des FTP de la région de Carhaix qui constituent un tribunal de quatre membres pour le juger) sous l’accusation d’avoir servi l’ennemi en étant du côté du Maréchal Pétain et d’avoir voulu faire de la Bretagne un pays indépendant dans une Europe hitlérienne. Il est acquitté et reconduit à son domicile. Le 10 août 1944, Taldir est arrêté de nouveau. Après un bref séjour au Château Lancien à Carhaix, il est emmené à la prison St Charles à Quimper. Au début de juin 1945, il est transféré à Mesgloaguen, autre prison de Quimper. Il est inculpé d’actes ayant pu nuire à la défense nationale, en fait de relations avec les Allemands et de dénonciation de patriotes. Il passe en jugement devant la Cour de Justice que préside le Président Chauvin.

Procès

À la Libération, la police française a retrouvé à la préfecture française de Quimper la liste des dénonciations de ce secteur. Les Allemands exigeaient en effet des dénonciations écrites. Aucun document manuscrit ou dactylographié accusant Jaffrennou ne s'y trouvait. L'accusateur en chef de Jaffrennou, M. Baudet-Germain (fonctionnaire de l'État français de Vichy, secrétaire général de la Préfecture Régionale de Rennes), affirma qu'il avait reçu une lettre dénonçant le libraire-éditeur Adolphe Le Goaziou de Quimper comme résistant (qui fut relâché par les Allemands faute de preuves). Lors du procès, M. Baudet-Germain affima qu'il avait recopié l'original avant de détruire celui-ci en le brûlant. À la demande du Président de produire une copie de l'original de la dénonciation M. Baudet-Germain répondit qu'il avait détruit la copie également. Il n'y avait donc aucune preuve matérielle contre Jaffrennou. Ce témoignage, non corroboré par des preuves matérielles, fit condamner Jaffrennou à 5 ans de prison, à la confiscation du quart de ses biens et à l'indignité nationale.

Baudet-Germain avait, en tant que secrétaire général de la Préfecture de Région, dirigé la Commission aux Affaires Juives et reçut les ordres de René Bousquet, secrétaire général de la Police, organisateur notamment de la rafle du Vel d' Hiv. Baudet-Germain, accusateur de Taldir Jaffrennou, avait donc au titre de Directeur de la Commission aux Affaires Juives de Rennes dirigé la répression contre les Juifs en Bretagne et les Commissaires et Inspecteurs des Renseignements Généraux, tels que Riant, avaient été ses exécutants. Une Commission aux Affaires Juives existait en effet à la la Préfecture de Région de Rennes.

D'autre part, le fait qu' Adolphe Le Goaziou soit un gaulliste était connu bien avant la dénonciation de Taldir de décembre 1943 puisque le 12 avril 1942, dans son Rapport général sur le préfet de la région de Rennes François Ripert, adressé par le professeur allemand Leo Weisgerber celui-ci mentionnait déjà comme « de gaulliste » connu Adolphe Le Goaziou, libraire à Quimper.

À l'audience du Tribunal lors du Procès de Jaffrennou, M. Adolphe Le Goaziou qui était, à la Libération, Président du Comité départemental de Libération du Finistère, interrogé sur ce qu'il pense de Jaffrennou, dit qu'il a toujours entretenu de bons rapports avec lui, qu'il ne doute pas de sa sincérité, qu'il partage ses idées régionalistes, mais qu'il a regretté de le voir compromettre son ancienne réputation en pactisant avec Vichy. Il affirme que son arrestation a été antérieure à la dénonciation faite par Jaffrennou aux inspecteurs de police Riand et le Goff, dénonciation attestée par un rapport des inspecteurs daté du 5 décembre 1943 et adressé au Commissaire de la Police Nationale de Quimper. Rapport sans doute non transmis, d'après Adolphe Le Goaziou aux autorités allemandes.

C'est ce que pensait également le célèbre écrivain autrichien de confession juive Leo Perutz, membre du Gorsedd de Bretagne qui écrivit deux lettres, adressée l'une au Procureur général de la Cour d'Appel de Rennes le 16 juillet 1945,(N°430) l'autre au général de Gaulle, (N°431) de Tel Aviv (Israël), le 1er octobre 1945, pour la défense de Taldir. À la suite des interventions internationales en provenance notamment de Grande-Bretagne et aussi d'Israël, François Taldir Jaffrennou a été gracié, en deux temps, en 1945 et en 1946 par décision de Georges Bidault, Président du Conseil des Ministres de la République Française.

Exil

Relaché en 1946, il ne revint jamais en Bretagne. En 1947, il a repris la direction de Gorsedd. Il se retire au Mans puis à Bergerac où il meurt le 23 mars 1956. Il est enterré à Carhaix le 26 mars.

Publications

  • Bue sant Ervoan ha Sant Briek, Bue Sant Briek-Saint-Brieuc : impr. Saint-Guillaume, 1896.
  • Consortium Breton (Le) (Ar c'hevre Breizek) kelaouen-gelc'h evid ober gant hon bro unan binvidik. Carhaix 1927-1939. Du numéro 1 (Février 1927) au numéro 70 et dernier (4e trim. 1939), revue crée par François Taldir-Jaffrennou, barde, qui l'administre jusqu'à la fin, la revue baptisée Le Consortium Breton, ar c'hevre breizek" deviendra An Oaled, le foyer breton à partir du n° 19 et s'affirme comme la revue du régionalisme et du bardisme;
  • 20 chansons populaires pour les Écoles de Bretagne sur les airs du Folklore celtique. Chant Breton et Chant Français, Paris, Bruxelles, H. Lemoine;
  • Barzaz Taldir. Les poèmes de Taldir. Texte breton et traduction française. 3 volumes. Tome I : Paris, Champion, 1903 Tome II : Carhaix, impr. librairie du peuple, 1911, Tome III : Rennes, Ed. Ouest-Eclair, 1923;
  • Histoire anecdotique de Carhaix, (Ancienne vorganium) en sept veillées, contée par un Génie romain, Quimper, ATR, 1984, réimpression de l'édition originale de 1924;
  • Eur Wech e oa "Il était une fois", souvenirs héroïques et cocasses. Eur c'hrennard Eun diskard Eur soudard (Envorennou Yaouankiz) Carhaix, Ed. armorica N°24 -1944;
  • Trois Orphées aux enfers, ouvrage composé avec Ronan Pichery-Abroc'hell et Auguste Boncors, 1952.

Voir aussi

Bibliographie

  • L'Affaire Taldir. Le Grand Druide était innocent. S.l., Beltan. 2001. de Gwenc'hlan Le Scouëzec.
  • Le Néodruidisme en Bretagne de Philippe Le Stum (Éditions Ouest-France).
  • A la cour de justice. l'épilogue de l'affaire Jaffrennou, La voix de l'ouest, N°129, juin 1945.
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