Ainulindalë (Le récit de la Création)

Ainulindalë (Le récit de la Création)

Ainulindalë

Ainulindalë
Auteur J. R. R. Tolkien, édité par Christopher Tolkien
Genre Fantasy
Version originale
Titre original Ainulindalë
Éditeur original Allen & Unwin
Langue originale anglais
Pays d'origine Royaume-Uni Royaume-Uni
Lieu de parution original Londres
Date de parution originale 1977
Version française
Traducteur Pierre Alien
Éditeur Christian Bourgois
Date de parution 1978
Série le Silmarillion
Chronologie
Valaquenta

L’Ainulindalë est le premier récit du Silmarillion, ouvrage de l'écrivain britannique J.R.R. Tolkien. C'est aussi le nom de l'événement qu'il raconte et qui fait partie du legendarium créé par l'écrivain.

La première version de l’Ainulindalë, aussi appelée La Musique des Ainur, fut écrite entre novembre 1918 et le printemps de 1920[1],[2] et, après diverses modifications, la version définitive ne fut pas écrite avant la fin des années 1940[3]. Ce texte ne fut publié qu'en 1977, quatre ans après sa mort, par son fils Christopher. La plupart des critiques du Silmarillion considèrent le roman comme un tout et l’Ainulindalë a généralement été l'objet de commentaires positifs.

L’Ainulindalë relate l'histoire de la Création d'Ëa, le monde fictif dans lequel se déroule le legendarium de Tolkien, par Ilúvatar et les Ainur, et comment ces derniers sont descendus dans le monde pour lui donner forme et le préparer pour l'arrivée des Elfes et des Humains, les « Enfants d'Ilúvatar ». Au sein de la fiction, Ainulindalë (« Musique des Ainur » en quenya) est également le nom du chant par lequel est formé le monde, également appelé « Grande Musique ».

Il existe également un groupe musical d'origine française nommé « Ainulindalë », créé en octobre 2002[4]. En 2004, il a sorti un album intitulé Le Lai de Leithian, avec dix thèmes inspirés de l’œuvre de Tolkien[5].

Sommaire

Personnages principaux

Nom Résumé
Ilúvatar Son véritable nom est Eru (« l'unique » ou « Celui qui est seul »), mais il est plus connu sous le titre qu'il reçut des elfes, Ilúvatar « Père de tout »[6]. C'est le Dieu unique du legendarium de J.R.R Tolkien, un être spirituel qui habite dans les Salles Intemporelles situées dans le Vide, loin du monde.
Melkor C'est le plus puissant des Ainur, frère de Manwë dans la pensée d'Ilúvatar. Avant l’Ainulindalë et en méconnaissant le dessein d’Ilúvatar, Melkor est sorti fréquemment dans le Vide à la recherche de la Flamme Impérissable, puisqu'il désirait donner naissance à ses propres créations.
Manwë C'est le second en puissance des Valar, après son frère Melkor, et le représentant d'Ilúvatar dans le monde. Dans l'Ainulindalë il fut celui qui pensa le plus à l'air et au vent et pour cela il fut nommé Súlimo (« Seigneur du souffle d’Arda » ou (Celui qui souffle »)[7].

Résumé

L’Ainulindalë commence en racontant comment Ilúvatar créa les Ainur à partir de sa pensée et leur proposa de réaliser des thèmes musicaux. Les Ainur chantèrent longtemps seuls ou en petits groupes, puisque chacun entendait seulement la partie de la pensée d'Ilúvatar de laquelle il procédait, jusqu'à ce que celui-ci leur communique un thème dans lequel ils devaient chanter en harmonie.

Illustration de l'Ainu Melkor, plus tard connu comme Morgoth.

Une fois qu'ils eurent commencé, et à mesure que la chanson avançait, Melkor commença à inclure dans sa partie des pensées propres qui ne lui avaient pas été communiquées par Ilúvatar. Ce fait provoqua une discordance dans la musique et Ilúvatar se leva en souriant, élevant sa main gauche, de sorte qu'un nouveau thème commença à résonner. Malgré cela, la discordance provoquée par Melkor prédomina et de nouveau Ilúvatar se leva, cette fois sérieux, et de sa main droite fit sonner un troisième thème. Celui-ci ne fut pas non plus capable d'éteindre la discordance et Ilúvatar se leva pour la dernière fois, agacé, et des deux mains fit entendre un nouvel accord qui mit un terme la musique.

Ilúvatar conduisit ensuite les Ainur hors de sa demeure et ils virent comment la musique, au sortir du Vide, avait créé le monde et comment l'histoire de celui-ci se trouvait maintenant transcrite devant eux. De cette façon, ils virent l'arrivée des Enfants d'Ilúvatar, les Elfes et les Hommes, créés par le troisième thème, et beaucoup des Ainur désirèrent aller dans le monde afin de le préparer pour eux. Cependant, la vision s'éteignit quand fut transcrit le Quatrième Âge et Ilúvatar, sachant que les Ainur désiraient que le monde ne fût pas seulement une vision, le rendit réel en utilisant le mot (« Que cela soit » ou « Le monde qui est » en langue quenya).

Quelques Ainur restèrent avec Ilúvatar dans les Salles Intemporelles, mais d'autres descendirent sur le monde et furent connus comme les Valar. Ceux-ci commencèrent à travailler en Eä dans le but de la préparer pour l'arrivée des Enfants d'Ilúvatar, mais Melkor détruisait constamment ce qu'ils avaient fait, et Manwë convoqua les Ainur pour lui déclarer la guerre. Melkor se retira pour un temps, mais quand les Valar prirent une forme corporelle, il en adopta une également et cette fois il y eut la guerre, la première guerre sur Eä.

Composition

La première version de l'histoire de l'Ainulindalë portait le nom de La Musique des Ainur et fut conçue comme un conte qui faisait partie des Contes perdus, écrits par JR.R. Tolkien durant les années 1910-1920 et publiés par son fils Christopher dans les deux premiers volumes de l'Histoire de la Terre du Milieu. Selon le commentaire d'une carte envoyée à Christopher Bretherton et datée du 16 juillet 1964, Tolkien écrivit la première version de l'Ainulindalë quelque part entre novembre 1918 et le printemps de 1920, alors qu'il travaillait dans l'équipe du dictionnaire de l'Université d’Oxford[1],[2].

J. R. R. Tolkien en 1916, peu d’années avant d’écrire la première version de l’Ainulindalë.

Du premier brouillon, écrit rapidement au crayon, subsistent quelques feuilles volantes dans le cahier de la version corrigée. Les changements consistaient simplement en ajouts, comme l'inclusion de Manwë et d'Aulë (qui n'apparaissait pas dans le brouillon), et de petites corrections comme le changement d’Ilu en Ilúvatar. Dans cette première version du conte, l'histoire est racontée par l'elfe Rúmil, si bien que le langage usité diffère assez de celui de la version publiée dans Le Silmarillion. La trame est très similaire, hormis quelques exceptions : il est dit qu'Ilúvatar créa les Ainur en chantant, Melkor se nomme ici Melko, et la deuxième fois qu'Ilúvatar se lève pour rompre la discordance qu'il provoque dans la musique, il pleure au lieu d'être sérieux ; de plus, pour finaliser la musique, Ilúvatar ne montre pas aux Ainur une vision du monde, mais celui-ci déjà réel, et à aucun moment il n'est fait référence à sa création au moyen du mot . La fin du conte décrit les Valar, un passage qui deviendra ultérieurement la deuxième partie du Silmarillion, la Valaquenta[8].

Tolkien abandonna l'histoire pendant de nombreuses années. Elle n'apparaît même pas dans l’Esquisse de la mythologie, texte qu'il composa en 1926 comme résumé de son legendarium pour un ancien professeur de Birmingham[9]. Dans la Quenta, version développée de l’Esquisse datée de 1930, et dans la première version des Annales de Valinor, chronologie qui reprend les principaux événements survenus depuis l'arrivée des Valar dans le monde jusqu'au commencement du Premier Âge, l'histoire n'est pas plus mentionnée. Tolkien réécrivit complètement La Musique des Ainur dans les années 1930, n'apportant cependant presque aucune modification à la trame du récit[10].

En 1946, durant la rédaction du Seigneur des anneaux, Tolkien écrivit une nouvelle version de l’Ainulindalë qui fut perdue, à l'exception d'une demi-page déchirée. Peu après, il rédigea une autre version qui introduisit un changement radical dans son legendarium : Arda y est ronde dès l'origine, Soleil est déjà dans le monde quand celui-ci est créé et la Lune est formée comme conséquence d'une des destructions provoquées par Melkor. L'idée des Lampes des Valar est ainsi abandonnée, au profit d'un mythe cosmogonique plus cohérent avec la réalité scientifique. Cette version d'un « monde rond » fut finalement mise de côté, peut-être sous l'influence d'une lectrice qui indiqua à Tolkien qu'elle préférait la version présentant un « Monde Plat » (celle des années 1930) à celle présentant un « Monde Rond » (celle de 1946)[11]. Les interrogations de Tolkien concernant le besoin de « systématiser » ou de « rationaliser » son legendarium allaient toutefois perdurer encore longtemps[12].

En 1948, Tolkien recommença à élaborer une nouvelle version, éliminant toute la partie relative au Soleil et à la Lune et introduisant en premier le passage où Ilúvatar crée le monde après que la vision offerte aux Ainur se soit éteinte. De plus, le narrateur est un autre elfe, Pengoloð, Rúmil devenant le rédacteur du récit. Tolkien réalisa encore une nouvelle version de l'histoire, sous la forme d'un manuscrit très élégant, dans lequel quelques petits détails sont ajoutés, comme le fait que la vision du monde s'éteint avant la Domination des Hommes (le Quatrième Âge) ou la prononciation du mot Eä de la part d’Ilúvatar pour le créer[13].

Résumé des différentes versions de l’Ainulindalë
Référence Date Description Publication
La Musique des Ainur Entre janvier et juin 1919[14] Manuscrit au crayon abondamment corrigé, suivi d'une seconde version à l'encre qui présente des corrections supplémentaires. Le Livre des contes perdus
Ainulindalë A[15] Milieu des années 1930 Manuscrit très brouillon qui reprend fréquemment des lectures de La Musique des Ainur, immédiatement rayées et remplacées. Non
Ainulindalë B Milieu des années 1930 Copie au propre de A, dont elle diffère essentiellement du point de vue du style ; « Monde Plat ». La Route perdue et autres textes
Ainulindalë ? 1946 Version perdue, dont ne subsiste qu'une feuille déchirée. Non
Ainulindalë C* 1946 Texte dactylographié basé sur cette version perdue ; « Monde Rond » Morgoth's Ring
Ainulindalë C Entre 1948 et 1951 Texte écrit sur le verso des pages de B. Il se base essentiellement sur ce dernier, mais incorpore également des éléments de C*.
Ainulindalë D Entre 1948 et 1951 Texte particulièrement élégant basé sur C et réalisé probablement peu après.

Critique

L'écrivain britannique Joseph Pearce a qualifié l’Ainulindalë de mythe « le plus beau de tout le monde de Tolkien »[16].

Le plus souvent, les critiques du Silmarillion se sont attachés à l'œuvre dans son ensemble, mais les commentaires reçus par l’Ainulindalë en particulier furent positifs. Dans son ouvrage Tolkien: Man and Myth, l'écrivain britannique Joseph Pearce qualifie le récit « la partie la plus importante du Silmarillion », et ajoute que « ce mythe de la Création est peut-être le plus significatif et le plus beau de tout le monde de Tolkien »[16]. De son côté, Brian Rosebury commenta dans son livre Tolkien: A Critical Assessment qu'il lui semblait être un grand succès, très bien travaillé, avec une « prose convenablement biblique et en même temps caractéristique de Tolkien »[17].

Plusieurs jésuites ont fait écho à l'histoire de l’Ainulindalë, comme le père James V. Schall, qui dit : « jamais je n'ai lu quelque chose d'aussi beau que la première page du Silmarillion », ou le père Robert Murray, ami de Tolkien, qui commenta : « dans toutes les littératures, depuis la formation des livres sacrés de l'humanité, il est très difficile qu'il y ait un mythe de la création comparable, par sa beauté et son pouvoir imaginatif »[16].

Notes et références

  • (es) Cet article est partiellement ou en totalité issu d’une traduction de l’article de Wikipédia en espagnol intitulé « Ainulindalë ».
  1. a  et b Lettres, p. 345
  2. a  et b Le Livre des contes perdus, p. 67
  3. Morgoth's Ring, p. 6
  4. Ainulindalë - History. Consulté le 28 octobre 2008
  5. Ainulindalë - The Lay Of Leithian, Discogs. Consulté le 28 octobre 2008
  6. Le Silmarillion, p. 336
  7. Le Silmarillion, p. 349
  8. Christopher Tolkien détaille les différences entre cette première version du mythe et la version finale dans Le Livre des contes perdus, p. 88-90
  9. La Formation de la Terre du Milieu, p. 42
  10. La Route perdue et autres textes, p. 155
  11. Morgoth's Ring, p. 4-6
  12. Morgoth's Ring, p. 369, 371
  13. Christopher Tolkien analyse ces versions successives de l’Ainulindalë dans la première partie de Morgoth's Ring, p. 3-44.
  14. Hammond & Scull, p. 123
  15. Les lettres employées pour identifier les versions de l'Ainulindalë sont celles employées par Christopher Tolkien dans l’Histoire de la Terre du Milieu.
  16. a , b  et c Joseph Pearce, p. 87-89
  17. Brian Rosebury, Tolkien: A Critical Assessment, St. Martin's, 1992 (ISBN 0-333-53896-X), p. 97 

Bibliographie

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