Agriculture urbaine

L’agriculture urbaine est une forme émergente de pratiques agricoles en ville, généralement en parcelles partagées, ou en jardins, individuelles et/ou collectives.
Cette notion recouvre différents types de production d'intérêt économique local, de plantes, champignons (ex : champignons de Paris), de végétaux ou d'animaux sur le territoire urbain ou sur les espaces le jouxtant.
Un concept relevant encore de la prospective, mais faisant l'objet d'études, voire de projets à moyen terme est celui de l'Agriculture verticale.

Ferme urbaine à Chicago
Maraîchage urbain sur une parcelle située devant la gare d’Ezhou en Chine.
Une gestion différenciée des espaces verts peut être (à certaines conditions, par exemple de non-pollution de l'eau, du sol, de l'eau d'irrigation) source d'une biomasse d'intérêt pour une petite agriculture urbaine, ici à Kstovo (Russie).

L'agriculture urbaine est une des solutions proposées et recommandées par l'ONU et la FAO[1] pour faire face aux besoins de sécurité alimentaire[2] aux défis de l'urbanisation et de la périurbanisation, notamment dans les villes des pays dits pauvres. En effet, selon la FAO, l'agriculture urbaine et périurbaine est déjà utilisée par environ 700 millions de citadins (une personne sur 4 environ dans le monde), et si la tendance se poursuit, en 2030, la presque totalité de la croissance de la population se fera dans les villes des pays émergents et environ 60 % des habitants de ces pays seront des urbains[2].

Certains écoquartiers ont intégré une ferme urbaine dans leur périmètre (exemple : E.V.A. Lanxmeer, écoquartier d'environ 250 maisons et bureaux aux Pays-Bas).
Des architectes, urbanistes et prospectivistes ont aussi imaginé des projets d'agriculture verticale (dans de grandes tours de plusieurs dizaines d'étages), parfois avec une perspective de relative autonomie alimentaire. Souvent l'écoquartier cherche à mettre en place un dispositif de type AMAP à proximité.

Sommaire

Types de production

Les grands objectifs

Ils sont de deux grands types :

  • Ce sont des objectifs économiques et alimentaires directs, éventuellement de survie dans les pays plus pauvres, pour les plus démunis ; elle est parfois un des moyens de résolution de problèmes posés par la gestion de certains déchets urbains (biodégradables ou susceptibles de nourrir des animaux) ;
  • Outre, une vente directe intéressante pour l'agriculteur et l'urbain, ce sont plutôt les fonctions sociales ou pédagogiques qui sont valorisées dans les pays dits « développés ». Il existe ainsi des fermes pédagogiques ou faisant travailler des handicapés ; l'objectif de production y existe, mais est secondaire. Certains parcs urbains (ex. : en France, le Parc de la Deûle au sud de la communauté urbaine de Lille) intègrent une agriculture de proximité, avec l'idée de coupure verte, de parc de campagne[4] ou de « pause urbaine »[5].

Avantages

  • Une agriculture urbaine et de proximité permet des boucles en « cycle court », diminuant les coûts, les émissions de CO2 et le besoin en énergie et en carbone fossile.
  • Autoproduction pour une partie des besoins (en fruits et légumes par exemple).
  • Recyclage rapide de certains déchets organiques (en veillant à limiter et suivre les risques de pollution).
  • Outil (parmi d'autres) de protection du foncier face au front d'urbanistion[6], de maintien de coupures « vertes »[7] contre l'urbanisation totale et la périurbanisation…
  • Lien de rencontre ville-campagne, rural-citadin[8],[9].
  • Limite en outre l'appel aux chaînes de transport et de conservation coûteuses en engins, machines et carburants, en rendant les populations plus autonomes.

Inconvénients, difficultés

  • La présence de certains animaux est source de bruit (chant du coq, meuglement, bêlements, aboiements, etc.).

Limites et difficultés

Les principales contraintes et difficultés sont :

  • le coût du foncier, ou le manque de foncier disponible ;
  • la pression de l'urbanisation, et de la périurbanisation ;
  • la dégradation (dérangement, artificialisation, surfréquentation, pollution) que la ville peut occasionner aux milieux fragiles qu'elle jouxte ou entoure (sols, zones humides utilisées pour le maraîchage et hortillonnages, agrosylviculture, forêts de protection, forêts urbaines[10] ;
  • les pollutions qui affectent souvent les sols urbains et périurbains encore disponibles pour l'agriculture urbaine ;
  • l'accès à l'eau (souvent déjà rationnée dans les zones arides) et soleil (ombrage des bâtiments);
  • les risques sanitaires induits par l'usage de boues d'épuration ou urines et excréments mal compostés ou non sécurisés du point de vue sanitaire ;
  • certains risques liés aux élevages semi-industiels (ex. : grippe aviaire ou autres zoonoses, mauvaise gestion des déchets, etc.) ;
  • l'impact de la délinquance (vol, branches de fruitiers cassées, etc.) est généralement plus important en zone urbaine, et pose des problèmes particuliers de responsabilités, gestion et surveillance ;
  • le contexte urbain ne favorise pas la mécanisation agricole, dont l'absence relative peut toutefois être compensée par un moindre besoin de stockage, de transport, etc. Ceci explique que le maraîchage est bien plus courant en contexte urbain que la céréaliculture ou le gros élevage.

Financement

Selon les contextes, des aides des collectivités, de banques solidaires, ou de type Tiers-investisseur existent ou sont théoriquement possibles (notamment via des systèmes de type jardins partagés, jardins ouvriers, jardins familiaux, etc.). Parfois, c'est un groupe de citoyens motivés qui cherche à mettre en place une zone d'agriculture urbaine ou périurbaine pour répondre à ses besoins.

En France

Un programme de recherche Agriculture urbaine a été initié par l’ENSP, dans le cadre d'un intérêt pour les formes nouvelles d'agriculture durable, en ciblant surtout les fonctions non alimentaires de l'agriculture urbaine ou périurbaine (fonctions aménitaires, entretient et gestion restauratoire de l'eau et des espaces ouverts, lagunage naturel, aménités paysagères, culture, pédagogie à l'environnement, etc). Il a notamment porté sur la région parisienne[11],[12],[13].

Les marais de Bourges sont classés depuis 2003 sur la liste des Monuments Naturels et des Sites et forment une enclave d'agriculture urbaine de 135 ha[14],[15].

Le Mittelfeld (littéralement le champs du milieux), à Wittenheim est une zone d'agriculture urbaine de 90 hectares située dans la banlieue de Mulhouse, sa vocation a été confirmée le 25 juin 2010[16].

Voir aussi

Lien externe

Bibliographie

  • Pierre Donadieu ; Campagnes urbaines ; 1998, Actes Sud / École nationale supérieure du paysage de Versailles (Description de l'ouvrage par l'INRA).
  • BOISOT, Hélène. Les représentations de l'agriculture péri-urbaine : Périgny-sur-Yerres ou l'utopie d'un lieu de rencontre entre le monde rural et le monde citadin. Mémoire de DEA de l'école d'architecture de Paris-la-Villette et de l'EHESS, 1995.
  • Charles-Materne Gillic, Corinne Bourgery, Nicolas Amann ; L'arbre et Lionel CHABBEY et Pascal BOIVIN (deux pédologues) ; "L'arbre en milieu urbain" ; Ed: Infolio ; Collection: Arch.paysage ; 28-11-2008, 216 pages.

Notes et références

  1. Rapport de prospective sur l’urbanisation, World Urbanization Prospects, rendu public en octobre 2006
  2. a et b Page de la FAO sur Agriculture urbaine et sécurité alimentaire Journée mondiale de l'environnement : des villes plus vertes
  3. NAOUFEL, Day. Vers une représentation symbolique de l'arbre fruitier en milieu péri-urbain, le cas de Chambourcy et de ses environs. Mémoire de DEA de l'école d'architecture de Paris-la-Villette et de l’EHESS, 1995.
  4. JACQUEY, Lionel, LAFFRANCHY, Elodie. Projet de paysage pour un parc de campagne dans la plaine de l'Aulnay. Ministère de l’Environnement, ministère de l'Agriculture, ENSP, Versailles, 1996, 52 p.
  5. FRANCOU, Valérie. Pour une pause urbaine en boucle de Chanteloup-les-Vignes. Mémoire de paysagiste DPLG, Versailles : ENSP, 1996, 33 p.
  6. MARZIN, Lena. L'agriculture dans le secteur de la Seine aval. Propositions pour les espaces à fonction de coupure verte et de maîtrise des fronts urbains. Versailles : Conseil général des Yvelines, ENSP, laboratoire de recherches, 1996, 63 p.
  7. BERNARDON, E., CHABAUD, J., GUIOMAR, X. L'agriculture dans les secteurs d'Orgeval et d'Aubergenville, propositions pour les espaces à fonction de coupure verte et de maitrise des fronts urbains. Sous la direction de A. Fleury, Conseil général des Yvelines, ENSP Versailles, 1996, 125 p.
  8. BOISOT, Hélène. Les représentations de l'agriculture péri-urbaine : Périgny sur Yerres ou l'utopie d'un lieu de rencontre entre le monde rural et le monde citadin. Mémoire de DEA de l'école d'architecture de Paris-la-Villette et de l'EHESS, 1995.
  9. DUMONT-FILLON, Nathalie. Un parc de campagne dans la vallée de la Mérantaise : le parc des girouettes. Mémoire de paysagiste DPLG, ENSP, Versailles, 1995, 114 p.
  10. CERBELLE, Lydia. Étude écologique des lisières forestières du quart sud-est du Val-de-Marne. IUP, option espaces et milieux, Paris VII, 1996
  11. DONADIEU, P. et FLEURY, A. (sous la direction de). Programme de recherche « Agriculture urbaine », rapport d'étape, 1ère phase : méthodologie et diagnostic dans deux sites d'Ile-de-France, la boucle de Chanteloup-les-Vignes et la plaine de l'Aulnay. Ministère de l'Environnement, ministère de l'Agriculture, ministère de l’Équipement, 1995.
  12. DONADIEU, P. et FLEURY, A. (sous la direction de). Programme de recherche « Agriculture urbaine », rapport final : 1994-1997. Ministère de l'Environnement, ministère de l'Agriculture, ministère de l’Équipement, Conseils généraux des Yvelines et du Val-de-Marne, 1997.
  13. DUMONT-FILLON, N., MARZIN, L., PRUDHON, G. (sous la direction de FLEURY, A.). Projet d'agriculture urbaine pour le plateau Notre-Dame (Val-de-Marne). Versailles : ENSP et Conseil général du Val-de-Marne, 1996, 195 p. et cartes.
  14. http://marais.er.gs
  15. http://www.ville-bourges.fr/environnement/marais.php
  16. Bulletin municipal décembre-janvier-février page 8
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