Agriculture brésilienne

Agriculture au Brésil

Un engenho-bangüê (production de sucre) en fonctionnement dans les années 1950, État du Pernambouc.

L'agriculture au Brésil ne représente qu'environ 5 % du PIB (Produit industriel brut) [1] du pays. Toutefois, le Brésil est une grande puissance agricole d'exportation. Certaines cultures commerciales telles que le soja ou la canne à sucre (utilisée en particulier pour l'éthanol) sont en plein essor, en particulier depuis la modernisation de l'agriculture lancée dans les années 1980, lors de la transition démocratique. Le Brésil est aussi un important producteur de viande bovine, avec un bétail spécifique (dès la première moitié du XXe siècle, des races bovines adaptées au climat brésilien sont créées, telles que la nélore ou la canchim).

Sommaire

Introduction générale

Le Gaúcho brésilien, Statue du Laçador, Porto Alegre, Rio Grande do Sul.

Toutefois, la propriété foncière est très inégalement répartie, les grands domaines latifundiaires absorbant la majorité des terres, et la pauvreté rurale reste très importante. En 2009, il y avait ainsi 4 millions de familles de paysans sans terre [2], le Mouvement des sans-terre (MST) étant leur principal porte-voix. Le gouvernement Lula affirme avoir permis à 520 000 d'entre eux d'obtenir des terres depuis 2003, ce qui est contesté par le MST, fondé dans les années 1980 [2]. Le gouvernement Lula a par exemple procéder à l'expropriation de la fazenda da Barra, en 2007, dans la région de Ribeirão Preto, à 300 km de São Paulo, allouant ainsi 1 780 hectares aux paysans sans terre [3].

Sur le plan écologique, les progrès de l'agriculture sont liées à une forte déforestation, en particulier en Amazonie, ainsi qu'à de la pollution. En effet, chaque année, les pâturages sont dans un état avancé de dégradation, les agriculteurs cherchent de nouvelles terres car les rendements sont de plus en plus faibles ce qui entraîne la déforestation.

Peinture de Jean-Baptiste Debret (1768-1848). Un propriétaire d'esclave au Brésil punissant son esclave, XIXe siècle. Le Brésil a longtemps fonctionné autour d'une économie de plantation et jouait un rôle important dans la traite atlantique. L'esclavage a été aboli par la Lei Áurea de 1888.

Malgré son décollage industriel, le Brésil n'a pas renoncé à son développement agricole : il reste un des tout premiers exportateurs mondiaux dans ce domaine, juste derrière les États-Unis, les Pays-Bas et la France. Il y est parvenu en s'adaptant rapidement à la demande et en mettant sur le marché de nouveaux produits, qui ont parfois éclipsé les plus anciens.

Ainsi, alors qu'il ne produisait pas de soja avant 1975, il est devenu rapidement le deuxième producteur dans le monde [réf. nécessaire], la région du Mato Grosso, du Paraná puis du Goiás étant les plus importantes productrices [4]. Profitant d'un hiver rigoureux en Floride, il a pu s'emparer d'une bonne part du marché des jus d'oranges dont il contrôle à présent la moitié des exportations mondiales [réf. nécessaire].

En 1959, le café représentait encore 57 % des exportations [réf. nécessaire] ; aujourd'hui, les annuaires statistiques ne se donnent plus la peine de le distinguer et le noient dans une rubrique « café, thé, épices », bien que le Brésil en soit est toujours le premier producteur au monde [réf. nécessaire].

Le maïs est principalement produit dans le Paraná, dans le sud du pays; le riz dans le Rio Grande do Sul et, en moindre mesure, dans le Mato Grosso [5];

Canne à sucre et éthanol

Le président Luiz Inácio Lula da Silva, le ministre des Affaires étrangères Celso Amorim et le roi Charles XVI Gustave de Suède devant un des 400 omnibus de Stockholm roulant à l'éthanol (12 septembre 2007).

Le Brésil a aussi fortement augmenté le nombre de champs de canne à sucre, dont la moitié sont consacrés à la production d'éthanol (un « biocarburant ») [6] (en particulier dans la région de Ribeirão Preto, à 300 km de São Paulo, ou d'Araçatuba). Dans la dernière décennie (2000-2009), sa part dans les exportations mondiales de sucre brut est ainsi passée de 7% à 62% [6]. Avec les Etats-Unis, le Brésil produit à lui seul 70% de l'éthanol mondial [6], dont la plus grande partie (85%) est consommée sur le marché intérieur [6].

La production d'éthanol a comme effet de faire radicalement augmenter le prix de la terre (entre 2001 et 2006, la valeur moyenne de l'hectare a augmenté de 113 % dans l'État de São Paulo, principal producteur d'éthanol, selon une étude de l'Institut d'économie agricole [3]) et le coût de production du maïs, du lait, du sucre et de la viande. Les producteurs d'éthanol comme Archer Daniels Midland ou le conglomérat Cosan (pt), propriété du milliardaire pauliste Rubens Ometto Silveira Mello (pt), ont suscité les critiques de chercheurs qui craignent une éventuelle famine en raison d'une hausse probable du prix de la nourriture et de la monoculture du sol, ce qui oblige les producteurs à importer les aliments essentiels [3]. En 2008, le Brésil a produit 22,3 milliards de litres d'éthanol, soit 1/3 de la production mondiale [6].

Production forestière et industrie du papier

Le groupe finlandais Stora Enso, n°2 mondial de l'industrie papetière, et le chilien Arauco (en), ont une coentreprise propriétaire de plantations et d'un moulin à Arapoti (Paraná) [7].

Le complexe agro-industriel et le défrichage de nouvelles terres

Le Brésil a pu conserver sa forte position agricole en développant, en aval, un puissant complexe agro-industriel, qui transforme et valorise les denrées agricoles. Ainsi les tourteaux produits à partir du soja sont utilisés dans l'alimentation des volailles vendues jusque sur les marchés du Moyen-Orient où le Brésil concurrence vigoureusement les éleveurs bretons. En outre, le Brésil peut accroître sa production en défrichant de nouvelles terres. Entre 1975 et 1985, les exploitations ont conquis 52 millions d'hectares [réf. nécessaire], soit plus d'une fois et demie la surface agricole de la France [réf. nécessaire].

C'est en partie pour ouvrir de nouvelles terres qu'ont été construites certaines routes. La colonisation de l'Amazonie n'a pas résolu les problèmes fonciers du Nordeste et du Sud mais, du moins, les grands axes ont-ils permis la conquête des cerrados, ces savanes arborées du Centre-Ouest (Mato Grosso, Goiás), où se sont développées les cultures mécanisées du riz et du soja. Toutefois, l'érosion des sols est préoccupante dans le Paraná, tandis que la conquête de l'Amazonie a entraîné d'énormes défrichements, rapidement suivi par un fort lessivage des sols.

L'esclavage et la canne à sucre

Voir aussi Commerce triangulaire et Histoire du Brésil.

Au Nord-Est du Brésil, dans les capitaineries de Pernambouc et de Bahia, les premières plantations sucrières virent le jour sur le sol américain, au début du XVIe siècle [8]. La demande en travail servile explosa. Les Portugais avaient alors à leur disposition les Indiens. Mais la persévérance de Bartolomé de Las Casas et d'autres dominicains finirent par rendre l'asservissement des Indiens illicite[9]. De plus, l'épidémie de dysenterie associée à la grippe avaient décimé la population indienne au Brésil dans les années 1560[10]. Enfin les planteurs n'étaient pas satisfaits du travail des Indiens. Ceux-ci ne résistaient pas aux mauvais traitements qui leur étaient infligés. Pour toutes ces raisons, la demande d'esclaves noirs en provenance du Congo et de l'Angola se raffermit. De 2 000 à 3 000, en 1570, la population noire du Brésil s'élevait à 15 000 en 1600. Le quotidien de ces esclaves était très dur. Leur espérance de vie était d'environ dix ans. Il fallait donc sans cesse de nouveaux arrivages d'Angola et du Congo. Le Brésil devenait le principal fournisseur en sucre de l'Europe[11].

Dans le premier quart du XVIIe siècle, le nombre total d'esclaves déportés d'Afrique devait approcher les 200 000, dont 100 000 allèrent au Brésil, plus de 75 000 en Amérique espagnole, 12 500 à São Tomé et quelques centaines en Europe[12].

Références

  1. 5,1% en 2001 selon la Banque mondiale.
  2. a  et b Christophe Ventura, « Sans terre mais non sans voix », Le Monde diplomatique, avril 2009, p.  12.
  3. a , b  et c Au Brésil, la fièvre de l'éthanol fait flamber le prix de la terre, Le Figaro, 21 juin 2007
  4. Tableau de la production brésilienne de soja de 1990 à 2005, Ministère de l'Agriculture
  5. Tableau de la production de riz au Brésil de 1990 à 2005, Ministère de l'Agriculture.
  6. a , b , c , d  et e Philippe Revelli, « Quand le Brésil joue le « pétrole vert » contre la réforme agraire », Le Monde diplomatique, avril 2009
  7. Stora Enso and Arauco join forces to create a leadership position in low-cost pulp through the acquisition of the majority of Grupo ENCE's operations in Uruguay for USD 344 million, communiqué de Stora Enso, 18 mai 2009
  8. Hugh Thomas, La Traite des Noirs, Paris, Robert Laffont, 2006, p.129-130
  9. Hugh Thomas, La Traite des Noirs, Paris, Robert Laffont, 2006, p.116
  10. Hugh Thomas, La Traite des Noirs, Paris, Robert Laffont, 2006, p.124
  11. Hugh Thomas, La Traite des Noirs, Paris, Robert Laffont, 2006, p.125-127
  12. Hugh Thomas, La Traite des Noirs, Paris, Robert Laffont, 2006, p.137

Voir aussi

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