Agnam-Goly

15° 59′ 36″ N 13° 39′ 45″ W / 15.9933, -13.6624

Agnam-Goly
Administration
Pays Drapeau du Sénégal Sénégal
Région Matam
Département Matam
Géographie
Coordonnées 15° 59′ 36″ Nord
       13° 39′ 45″ Ouest
/ 15.9933, -13.6624
Altitude 12 m
Démographie
Gentilé Golinaabé
Population 3 143[1] hab. (2003)
Localisation
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Agnam-Goly

Agnam-Goly est un village sahélien du Sénégal oriental[1] peuplé de 3 143 habitants. Le village est situé dans la région de Matam, à 630 kilomètres au nord-est de Dakar, en bordure du fleuve Sénégal.


Agnam-Goly, entre tradition et modernité

Sommaire

Géographie

Situation

Agnam-Goly est situé dans le nord-est du Sénégal, en bordure du fleuve Sénégal qui coule au nord du village. Il est traversé par la route N2 reliant Matam (au sud-est) à Dagana (au nord-ouest), plus précisément entre les villages de Ouro Molo et Agnam Lidoubé.

Le village fait partie de la communauté rurale et de l'arrondissement de Agnam Civol, dans le département de Matam et la région de Matam[1].

L'altitude, qui varie de dix à treize mètres, est en moyenne de douze mètres.

Le village se situe à la limite entre le walo argileux et inondable au nord et le diéri formé de dunes de sable et parsemé de pierres en béton au sud.

Professeur honoraire de l'UCAD et spécialiste du Fouta-Toro, Oumar Kane décrit la place de l'eau dans une région qui tire une bonne partie de ses ressources de la culture de décrue, et dont Goli (Agnam-Goly) fait partie :

« De Duumga à Mbaan, la basse plaine d'inondation s'étend à perte de vue sur près de 50 kilomètres. C'est ce qui explique la forte concentration des villages du jeejegol de Duumga à Hoorefoonde : Vokijawe, Dabia-Koɓvillo, Cilon, Kaaƴe-Pawe, Ɓaarga, Tulel-Calle, Godo, Siwol, Wuro-Siree, Coɗay, Goli, Wuro-Molo, Liiduɓe, Asnde Balla, Njaakir, Hooƴo, etc.[2]. »

Climat

Senegal 245.jpg

Agnam-Goly se situe dans la zone sahélienne du Sénégal, en climat tropical à saison sèche (climat sahélien) qui découpe l'année en deux saisons distinctes et où l'ensoleillement est quasi permanent.

Lors de la saison sèche qui se déroule de début novembre à fin juin, l'harmattan, un vent chaud et sec venant de l'est, chasse les alizés (vents frais et humides venant du sud-sud-ouest) et apporte chaleur (plus de 43 °C) et sécheresse atmosphérique (aucune précipitation).

En revanche, au cours de la saison humide qui se déroule de début juillet à fin octobre, les alizés venant du sud-ouest amènent la mousson qui rafraîchit l'atmosphère (alternance de températures chaudes et fraîches pouvant descendre à 21 °C), fortes précipitations et vent.

Les pluies, réparties essentiellement durant la saison humide, commencent plus tôt (environs d'août). Depuis de nombreuses années, les précipitations sont en baisse et arrivent plus tard dans la saison ce qui est source d'inquiétudes pour les paysans.

Urbanisme et architecture

Plan simplifié du village.

Le village d'Agnam-Goly, traversé par la route nationale N2, comporte les infrastructures et services suivants :

Les habitations du village dont principalement des terrasses et des R+1 sont aussi des fruits de l'immigration.

Démographie

En 2003, Agnam-Goly comptait 3 143 habitants répartis en 318 ménages[1].

Histoire

Fondation

Les premières habitations

Agnam-Goly est fondé par la famille des Thioye bien avant 1529. Les Thioybé commencent à habiter les grottes dans le diéri, au sud du village, à plus de douze mètres d'altitude. Ces grottes qui leur servent d'abri sont protégées par de grosses pierres, toujours visibles dans ce site historique. Ils y laissent une mosquée en clôture de pierres avant de regagner la partie nord du walo qui abrite l'actuel site du village pour les besoins de l'agriculture et de la pêche. Au début, le village ne comporte qu'un seul foyer autour duquel sont construites des cases abritant une famille chacune afin de resserrer les liens de parenté et d'encourager la solidarité entre voisins. Ces premières habitations, dont certaines ont survécu, se situaient au centre de l'actuel village.

Le village comprend traditionnellement six quartiers avec leurs notables : Diobé-Barrobé, Saarbé, Salsalbé, Gadiobé, Koundiobé et Sinthiou.

Au XVIe siècle, au moment de la conquête du Fouta par Koli Teŋella, Agnam-Goly – comme les autres Agnam (Aañam) – fait déjà figure de véritable ville :

« Le Booseya occidental va de Hoorefoonde à Bokijawe. C'est une rue de communautés villageoises dont certaines sont de véritables villes : les Aañam (Wuro-Moolo, Goli, Liiduɓe, Coɗay, Wuro-Sira, Siwol, Godo, Tulel-Calle, Ɓaarga), la grosse agglomération de Cilon, Daabia Odeeji, Kobillo, Gudduɗe-Joobbe et Gudduɗe Ndueetɗe, Voki-Jawe[4]. »

Mythe de Dooroy et Boda-ngal

Le mythe de Dooroy et Boda-ngal est toujours vivant.

Le site de Dooroy - Boda-ngal

Dooroy se situe dans le walo et le Boda-ngal dans le diéri. Ces deux lieux mythiques sont habités par l'esprit d'un mbaroodi Dooroy légendaire qui migre respectivement de Dooroy au Boda-ngal avec la crue et la décrue du fleuve Sénégal. Que ce soit au Dooroy ou au Boda-ngal, le mbaroodi Dooroy ne peut habiter que dans un point d'eau. Le Dooroy comprend une petite rivière au milieu d'une forêt dense en acacia non loin de la mare de Tain-ngu, tandis que le Boda-ngal abrite la mare de Biidal en passant par le cimetière.

Le « mbaroodi Dooroy » est un mâle et sans queue suite à une bataille contre le « mbaroodi maayel Barga » qu'il rendra borgne à son tour. La mare de Barga en question les opposait. Le nôtre voulait annexer cette mare suite à une longue saison sèche mais en vain. Et par l'intermédiaire du rêve, il donna l'ordre de lui creuser des puits dans la partie du Dooroy et d'y verser du lait en offrande sans oublier ses interdits :

« N'y lavez point vos nattes et vos marmites, une femme enceinte et une nouvelle mariée n'y traversent pas et surtout n'y urinez pas. »

Avec la crue du fleuve Sénégal, sa place préférée de Boorti Thioura reste toujours agitée, c'est-à-dire que l'eau est en mouvement et la profondeur inimaginable.

Les sages l'invoquaient à chaque fois que besoin est en prononçant la formule secrète commençant par « Yaa Dooroy, yaa Boda-ngal... » avec son argile béni.

Religion

La grande mosquée

La présence de mythes n'interfère pas avec l'islam qui est la religion la plus pratiquée.

Administration et organisation sociale

Conseil des Sages

Le Conseil des Sages, composé de notables des quartiers du village détient tous les pouvoirs comme celui de désigner le Chef du village, de le révoquer en cas d'incapacité notoire ou s'il s'avère incompétent à remplir ses charges de Chef, de jouer le rôle de tribunal à l'amiable en cas de litiges entre villageois.

Le Conseil des Sages réfléchit aussi sur les questions agricoles, sociales, sanitaires, éducatives, etc et sert donc d'instance suprême et gère l'organisation de base du village.

Chef du village

Le village a un Chef[5] désigné de coutume dans la famille royale des Sall par le Conseil des Sages. Le Chef du village est désigné à vie, mais en cas d'incapacité, il doit remettre son trône au Conseil des Sages car ce n'est pas un système héréditaire. La famille des Sarr organise l'investiture coutumière du Chef qui est une grande cérémonie. En cas de litige pour lui trouver un successeur, le trône est remis à cette famille jusqu'à ce que le Conseil des Sages désigne un nouveau Chef. Le Chef du village porte le titre de Diagaraph et tout homme issu de la famille royale des Sall porte le titre de Lawahé (Prince).

Le Chef agit de concert avec le Conseil des Sages. Il représente le village sur les questions administratives et peut agir en son nom. Le Chef a le privilège de convoquer le Conseil des Sages qui lui doit respect. Il détient le Grand Tambour du village avec un crieur public. Le Chef a de vastes terrains cultivables et bénéficie de la main de tout villageois. Il rend le verdict du Conseil des Sages.

Village saisonnier de Ndoussoudji

Le puits Samba Binta

Ndoussoudji est une extension du village située dans le diéri, à 35 kilomètres d'Agnam-Goly. Environ dix familles s'y rendaient en charrettes durant la saison des pluies pour les besoins de l'agriculture et du pâturage. Actuellement, Ndoussoudji est devenu un petit village avec un grand puits (woyndu Feu Samba Binta Barro - émigré qui quittait la France pour s'installer à Ndoussoudji durant ses congés) avec ses terres cultivables et son cheptel.

Les habitations sont faites de terre cuite avec des chaumes en paille, à l'exception de la mosquée qui est en ciment. Le château d'eau renforce le village en eau potable.

Culture

Éducation

École et écoliers d'Agnam-Goly.

L'école élémentaire d'Agnam-Goly a été fondée en 1960 avec à l'origine deux salles de classes. Aujourd'hui, elle compte douze salles en partie électrifiées, une petite bibliothèque, deux grandes cours de récréation, des toilettes et un logement pour le directeur de l'école. L'effectif total de l'école pour l'année scolaire 2010-2011 est de 511 élèves : 301 filles et 210 garçons répartis en deux classes de CI, deux classes de CP, deux classes de CE1, trois classes de CE2, deux classes de CM1 et deux classes de CM2 avec un enseignant par classe. Le village compte aujourd'hui une deuxième école élémentaire de six classes avec un effectif total 184 élèves dont 116 filles et 68 garçons pour l'année scolaire 2010-2011. Les conditions d'études sont difficiles pour plusieurs raisons : surnombre dans les classes (trois élèves pour un banc, un seul livre), un enseignant par classe, manque de matériels didactiques, faibles ressources de l'Association des Parents d'Elèves (APE) qui a du mal à soutenir l'école, coopérative faible, etc.

Élèves et étudiants d'Agnam Goly.

Les 323 collégiens dont 185 filles et 138 garçons (chiffre de 2010-2011) fréquentent le collège d'enseignement moyen d'Agnam-Goly situé au sud-est du village. Une centaine de lycéens fréquentent les lycées des Agnams, Matam et Thilogne. Une dizaine d'étudiants (chiffre de 2007) sont principalement inscrits à l'Université Cheikh Anta Diop (UCAD) de Dakar dans les facultés de lettres, sciences humaines, droit, économie, médecine, sciences et techniques. Ils sont souvent confrontés à des problèmes de logement et d'insertion dans la vie active. L'école coranique contribue aussi à l'éducation des jeunes.

Malgré des décennies au cours desquelles les étudiants et écoliers quittaient le système éducatif pour choisir l'émigration, le village compte aujourd'hui de nombreux écoliers grâce à la promotion de l'éducation : construction de salles de classe, alimentation de l'école en électricité, achat de matériels didactiques et pédagogiques, initiation des écoliers à l'informatique (session organisée sur Dakar), construction d'une maison de dix pièces pour les enseignants volontaires sans oublier la très forte scolarisation des filles.

Traditions

Tenues traditionnelles.

De nos jours, le village est bien partagé entre la tradition et le modernisme. Cependant, les alphabétisateurs en langue peul sont très actifs pour la promotion de la culture par le biais d'animations culturelles (théâtre, journées de sensibilisation) et de cérémonies coutumières. L'Association des Élèves et Étudiants Ressortissants d'Agnam-Goly (AEERAG) projette d'aller vers les 72 culturelles d'Agnam-Goly.

Économie et développement

Système d'irrigation goutte à goutte

Les villageois d'Agnam-Goly vivent des cultures pratiquées dans le walo grâce à la crue du fleuve Sénégal (sorgho, maïs, haricot, pastèque) et des cultures du diéri (mil, haricot, bissap, melon, sorgho) grâce à la saison des pluies. Mais l'agriculture est en crise car la pluviométrie est très faible, l'irrigation est insuffisante, les terres s'appauvrissent, les engrais sont chers et des ravageurs (criquets, vers) provoquent des dégâts aux cultures. Néanmoins, le maraîchage pourrait être prometteur dans les années à venir.

Troupeau à Ndoussoudji

Outre l'agriculture, les villageois pratiquent aussi l'élevage intensif et extensif dont le cheptel est majoritairement composé de bovins, d'ovins et de caprins. L'élevage de volailles n'est pas très développé de même que le commerce.

Le village vit donc principalement des fruits de l'émigration. Ces émigrés soutiennent leur famille mensuellement en leur envoyant des sommes d'argent pour la ration alimentaire nécessaire. Ils assurent ainsi l'éducation de leurs enfants et la santé de leurs familles.

Associations

  • Association des ressortissants d'Agnam-Goly en France (ARAGF)
  • Association des jeunes d'Agnam-Goly (AJAG) ;
  • Association des femmes d'Agnam-Goly (AFAG) ;
  • Association des élèves et étudiants ressortissants d'Agnam-Goly (AEERAG) ;
  • Dental Agnam-Goly en France.

Notes et références de l'article

  1. a, b, c et d Programme d'eau potable et d'assainissement du millénaire - Agnam Goly
  2. Oumar Kane, La première hégémonie peule : le Fuuta Tooro de Koli Teŋella à Almaami Abdul, Paris-Karthala/Dakar-Presses universitaires de Dakar, 2004, p. 46
  3. a et b Mouvement national 2007-Enseignement élémentaire p 36 Site de l'éducation nationale sénégalaise
  4. O. Kane, La première hégémonie peule, op. cit., p. 201
  5. Djibril Diop, « Le village et les quartiers », dans Décentralisation et gouvernance locale au Sénégal. Quelle pertinence pour le développement local ?, Paris, L'Harmattan, 2006, p. 119

Voir aussi

Bibliographie

  • (fr) Mohamadou Kane, « Les migrations contemporaines internationales à partir du département de Matam », Annales de la Faculté des lettres et sciences humaines de Dakar, 1984
  • (fr) Oumar Kane, La première hégémonie peule : le Fuuta Tooro de Koli Teŋella à Almaami Abdul, Paris-Karthala/Dakar-Presses universitaires de Dakar, 2004, 670 p. (ISBN 978-2-84586-521-1) (thèse de doctorat remaniée, Université de Dakar, 1986)

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